{"id":9123,"date":"2015-08-04T23:19:33","date_gmt":"2015-08-04T23:19:33","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9123"},"modified":"2015-08-06T00:04:42","modified_gmt":"2015-08-06T00:04:42","slug":"la-guerre-de-bizerte-le-temoignage-du-general-elkateb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-guerre-de-bizerte-le-temoignage-du-general-elkateb\/","title":{"rendered":"La guerre de Bizerte : Le t\u00e9moignage du g\u00e9n\u00e9ral Elkateb"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLa guerre de Bizerte : Le t&eacute;moignage du g&eacute;n&eacute;ral Elkateb<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPar G&eacute;n&eacute;ral Sa&icirc;d El Kateb<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tLe 6 juillet 1961, le lieutenant Sa&iuml;d Elkateb, 25 ans d&eacute;barque&nbsp; avec sa compagnie (85 hommes) &agrave; la station ferroviaire de Sidi Ahmed &agrave; proximit&eacute; de la&nbsp; base a&eacute;rienne. Il est surpris d&rsquo;y trouver un chantier o&ugrave; des &laquo;ch&ocirc;meurs&raquo;&nbsp; s&rsquo;appr&ecirc;tent &agrave; creuser des tranch&eacute;es &agrave; la limite des barbel&eacute;s fran&ccedil;ais &laquo;sans aucune id&eacute;e de man&oelig;uvre&raquo;. Le commandant Kortas, chef de la garnison de Bizerte qui vient lui rendre visite, se garde de lui pr&eacute;ciser l&rsquo;objet de sa mission. 50 ans plus tard, Sa&iuml;d Elkateb est &laquo;persuad&eacute; qu&rsquo;il l&rsquo;ignorait lui-m&ecirc;me&raquo;. Le 19 juillet, le sous-officier charg&eacute; du poste liaison radio avec l&rsquo;&eacute;tat-major lui remet le message suivant : &laquo;Interdire par le feu, si n&eacute;cessaire, tout survol, d&eacute;collage ou atterrissage &agrave; la base de Sidi Ahmed&raquo;. Surpris, il demande confirmation. La r&eacute;ponse ne tardera pas &agrave; venir : &laquo;Confirm&eacute;. Ex&eacute;cution. Stop et fin&raquo;. La guerre de Bizerte vient de commencer.<br \/>\n\t\tLe g&eacute;n&eacute;ral Sa&iuml;d Elkateb, l&rsquo;un des principaux acteurs de cette guerre, nous livre ici son t&eacute;moignage :<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Comment le hasard m&rsquo;a-t-il fix&eacute; rendez-vous avec mon &laquo;Bapt&ecirc;me du feu&raquo;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tEn septembre 1960 d&egrave;s mon retour du stage de perfectionnement &eacute;questre (C.P.E) &agrave; Saumur en France, Septembre 1959-Ao&ucirc;t 1960, j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; mut&eacute; &agrave; l&rsquo;Escadron-Mixte, seule unit&eacute; de l&rsquo;Arme Blind&eacute;e Cavalerie de la jeune arm&eacute;e tunisienne. Cette unit&eacute; formant corps &eacute;tait compos&eacute;e:<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tD&rsquo;un escadron &agrave; 16, Automitrailleuses, half-tracks blind&eacute;s arm&eacute;s de Mitrailleuses de 50 dont une section de 4 Mortiers 81 mm.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t-C&rsquo;est le r&eacute;giment d&rsquo;honneur actuel.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\tJ&rsquo;&eacute;tais d&eacute;sign&eacute; commandant de cet unique escadron blind&eacute; de l&rsquo;arm&eacute;e et charg&eacute;, par ailleurs, de l&rsquo;instruction de tout le corps. C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai d&eacute;couvert une quantit&eacute; importante de munitions d&rsquo;instruction non utilis&eacute;es depuis plusieurs ann&eacute;es. Il n&rsquo;y avait pas encore, au corps, d&rsquo;officiers qualifi&eacute;s pour mener cette instruction relativement compliqu&eacute;e. Encourag&eacute; par mon chef de corps, je me suis lanc&eacute; &agrave; former les &eacute;quipes des armes de bord des half-tracks et des servants des mortiers de 81 mm. La formation th&eacute;orique et pratique termin&eacute;e, il fallait organiser une &eacute;cole &agrave; feu pour cl&ocirc;turer et couronner ce stage qui faisait figure d&rsquo;exception en ces temps h&eacute;ro&iuml;ques.<\/p>\n<p>\n\t\tCette formation devait nous permettre de compl&eacute;ter et de qualifier les servants des armes de bord et surtout de disposer, au plus vite d&rsquo;une section d&rsquo;appui de mortiers qualifi&eacute;e. On se pr&eacute;parait, sans le savoir, &agrave; la crise de l&rsquo;&eacute;vacuation de 1961.<\/p>\n<p>\n\t\tMais le plus dur restait &agrave; faire : obtenir l&rsquo;autorisation de l&rsquo;Etat-Major de l&rsquo;Arm&eacute;e de Terre (E.M.A.T) pour se d&eacute;placer au champ de tir de Bouficha et organiser cette &eacute;cole &agrave; feu, avec des munitions r&eacute;elles, et avec tous les risques que cela comportait ; surtout&nbsp; que cette initiative, consid&eacute;r&eacute;e comme farfelue, venait d&rsquo;un corps qui n&rsquo;&eacute;tait pas tr&egrave;s cr&eacute;dible aux yeux de l&rsquo;E.M.A.T.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>De quoi se m&ecirc;lent ces cavaliers? Ironisait-on dans les couloirs de l&rsquo;EMAT<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tIls feraient mieux de s&rsquo;occuper de leurs cheveux ! C&rsquo;&eacute;tait d&eacute;j&agrave; la guerre de clocher entre les diff&eacute;rentes armes (infanterie et cavalerie)<\/p>\n<p>\n\t\tAu printemps de 1961et apr&egrave;s moultes&nbsp; h&eacute;sitations l&rsquo;EMAT, curieux mais sceptique, a fini par nous accorder cette faveur.<\/p>\n<p>\n\t\tLe commandant Med Ch&eacute;rif, directeur du mat&eacute;riel de l&rsquo;arm&eacute;e, (DMA), &eacute;tonn&eacute; &agrave; son tour mais t&eacute;l&eacute;guid&eacute; par l&rsquo;Etat Major de l&rsquo;Arm&eacute;e de Terre (E.M.A.T), viendra assister &agrave; cette &eacute;cole &agrave; feu. Surpris par les r&eacute;sultats, il est all&eacute;, le lendemain m&ecirc;me des tirs, rendre compte &agrave; l&rsquo;E.M.A.T de sa surprise et aussi de sa satisfaction. Quelques mois plus tard, au d&eacute;but de l&rsquo;&eacute;t&eacute; de 1961, quand &eacute;clata la crise de Bizerte et alors que l&rsquo;E.M.A.T. pr&eacute;parait et comptait ses billes, pour faire face &agrave; toute &eacute;ventualit&eacute;, le cdt Cherif, grand conseiller aupr&egrave;s du chef de l&rsquo;E.M.A.T , encore lui, s&rsquo;empressa de lui rappeler que l&rsquo;Escadron-Mixte disposait d&eacute;j&agrave; d&rsquo;une bonne section de M81 mm qu&rsquo;il a vue, lui-m&ecirc;me, &agrave; l&rsquo;&oelig;uvre quelques mois auparavant. Ainsi les regards se sont tourn&eacute;s de nouveau vers Bab Saadoun et on ne tarda pas &agrave; recevoir l&rsquo;ordre de pr&eacute;parer cette fameuse section de mortiers et une section de voltigeurs pour sa protection, moi-m&ecirc;me en t&ecirc;te, et de se pr&eacute;parer &agrave; un emploi dans le cadre d&rsquo;&eacute;ventuels &eacute;v&eacute;nements &agrave; Bizerte.<\/p>\n<p>\n\t\t(Le 6 juillet 1961, le lieutenant Elkateb re&ccedil;oit l&#39;ordre de faire imm&eacute;diatement mouvement &agrave; la t&ecirc;te de sa compagnie -85 hommes- vers la station ferroviaire de Sidi Ahmed, pr&egrave;s de la base a&eacute;rienne du m&ecirc;me nom. Arriv&eacute; sur les lieux, il se retrouve au milieu d&#39;un chantier o&ugrave; des ouvriers creusaient des tranch&eacute;es &agrave; la limite des barbel&eacute;s fran&ccedil;ais, sans aucune id&eacute;&eacute; de manoeuvre. Intrigu&eacute;, il demande au commandant de la garnison de Bizerte, l&#39;objet &nbsp;de sa mission. Celui-ci se gardera bien de le lui d&eacute;voiler. Il ne le saura que 13 jours plus tard, le 19 juillet 1961)&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Le 19 juillet 1961, la tension &eacute;tait &agrave; son comble : &eacute;lectris&eacute;e et explosive<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tVers 14h, le sous-officier charg&eacute; du poste liaison radio avec notre &eacute;tat-major (ETAT) me pr&eacute;sente le message suivant : &laquo;Interdire par le feu, si n&eacute;cessaire, tout survol, d&eacute;collage ou atterrissage &agrave; la base de Sidi Ahmed&raquo;.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tSurpris, et pris de panique je ne savais plus quoi faire ! Pour me calmer et me montrer digne, j&rsquo;ai cru avoir eu l&rsquo;astucieuse id&eacute;e de demander &agrave; l&rsquo;EMAT (Etat-major de l&rsquo;arm&eacute;e de terre) confirmation de ce message, tout en priant le Bon Dieu, en mon for int&eacute;rieur, de l&rsquo;annuler ! Il &eacute;tait de bien mauvais augure. En attendant la r&eacute;ponse, il me fallait me reprendre, me montrer digne devant mes subordonn&eacute;s et faire face &agrave; mes nouvelles et &eacute;crasantes responsabilit&eacute;s. On allait peut-&ecirc;tre d&eacute;clencher la guerre avec la France.<\/p>\n<p>\n\t\tJ&rsquo;ai appel&eacute; donc mes deux chefs de section pour leur annoncer la bonne nouvelle et leur donner l&rsquo;ordre de se pr&eacute;parer &agrave; ex&eacute;cuter notre plan de combat pr&eacute;par&eacute; les jours pr&eacute;c&eacute;dents. Et comme un malheur n&rsquo;arrive jamais seul, la r&eacute;ponse, cinglante, ne tarda pas &agrave; venir : &laquo;Mission objet message N&deg;&hellip;-Confirm&eacute;e. Ex&eacute;cution.&nbsp; Stop et fin&raquo;. Il n&rsquo;est plus question maintenant de tergiverser, d&rsquo;h&eacute;siter et encore moins de murmurer. Le ton sec de cette confirmation ne me laissait plus aucun doute sur l&rsquo;intention de mes sup&eacute;rieurs, et m&rsquo;a rappel&eacute; le fameux premier article du r&egrave;glement fran&ccedil;ais, de discipline g&eacute;n&eacute;rale, que nous avons appris depuis 1956 &agrave; Saint-Cyr (Ex&eacute;cution de l&rsquo;ordre, sans h&eacute;sitation ni murmure). Ainsi on s&rsquo;est trouv&eacute; face &agrave; un mur en b&eacute;ton contre lequel on allait s&rsquo;&eacute;craser.<\/p>\n<p>\t\tC&rsquo;&eacute;tait le ciel qui nous tombait sur la t&ecirc;te. Sous la contrainte, je sonne le branle-bas de combat qui nous laissait pr&eacute;sager une vraie catastrophe. C&rsquo;&eacute;tait sans tambour ni trompette &eacute;videmment, mais dans un silence sourd car on &eacute;tait loin de ces charges h&eacute;ro&iuml;ques men&eacute;es par la cavalerie des temps r&eacute;volus qui excitait mon imagination de jeune officier de cavalerie.<\/p>\n<p>\t\t<strong>Tout ce branle-bas consistait principalement &agrave;:<\/strong><\/p>\n<p>\t\ta &#8211; Mettre en place les fusils mitrailleurs (FM), dont un dans l&rsquo;axe de la piste principale d&rsquo;envol &agrave; 10m des barbel&eacute;s fran&ccedil;ais.<br \/>\n\t\tb &#8211; Mettre en place les mortiers dans leur emplacement de tir sans retirer les tentes pour ne pas les d&eacute;voiler.<br \/>\n\t\tc &#8211; Compl&eacute;ter et parfaire l&rsquo;organisation du terrain.<\/p>\n<p>\t\tVers 17h, un premier avion Nord 2501 de transport et de largage fran&ccedil;ais a r&eacute;ussi &agrave; atterrir tr&egrave;s loin &agrave; l&rsquo;est de la base sans &ecirc;tre remarqu&eacute;. Il roula sur la piste principale est-ouest et vint sur nous face &agrave; la pi&egrave;ce FM install&eacute;e dans l&rsquo;axe de la piste, o&ugrave; je me tenais embusqu&eacute;. Arriv&eacute; &agrave; distance de tir, je donne l&rsquo;ordre, &agrave; plusieurs reprises, d&rsquo;ouvrir le feu. Je ne vois rien venir ! Rien ! Les soldats qui n&rsquo;ont pas connu encore le bapt&ecirc;me du feu, comme paralys&eacute;s, n&rsquo;arrivaient pas &agrave; ma&icirc;triser la peur qui les dominait et appuyer sur la d&eacute;tente. Exc&eacute;d&eacute;, je prends alors, moi-m&ecirc;me, le FM et d&eacute;clenche un tir nourri sur l&rsquo;avion qui continuait de rouler vers nous. Je voyais les gerbes tra&ccedil;antes p&eacute;n&eacute;trer dans le cockpit et l&rsquo;avion sortir de la piste et tomber dans le foss&eacute; de protection du bas-c&ocirc;t&eacute;.<\/p>\n<p>\t\tPar cette tentative d&rsquo;atterrissage rat&eacute;e, les Fran&ccedil;ais ont certainement cherch&eacute; &agrave; tester le degr&eacute; de notre vigilance et sonder notre capacit&eacute; de r&eacute;action. Ils se sont tr&egrave;s vite rendu compte qu&rsquo;on &eacute;tait bien l&agrave; et capables de faire mal.<\/p>\n<p>\t\tIls ont d&ucirc; regretter de nous avoir sous-estim&eacute;s. Encourag&eacute;s par mon initiative et comme lib&eacute;r&eacute;s, les soldats ont d&eacute;clench&eacute; le tir d&rsquo;une fa&ccedil;on anarchique. D&rsquo;un exc&egrave;s &agrave; l&rsquo;autre ! Devant cet &eacute;chec cuisant, les autres avions qui amenaient les r&eacute;giments paras, annonc&eacute;s en renfort, n&rsquo;ont plus cherch&eacute; &agrave; atterrir ; ils ont survol&eacute; la base et largu&eacute; personnels et &eacute;quipements. C&rsquo;&eacute;tait une v&eacute;ritable invasion venue du ciel. D&eacute;cha&icirc;n&eacute;s, nos tirs sont devenus difficilement contr&ocirc;lables, d&rsquo;o&ugrave; une consommation des munitions sans mod&eacute;ration.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tCette situation, devenue tr&egrave;s vite critique, a d&ucirc; rappeler aux Fran&ccedil;ais la m&eacute;saventure de leurs anciens &agrave; Di&ecirc;n Bi&ecirc;n Phu au Vietnam (topo des lieux et encerclement dans la cuvette form&eacute;e par le lac de Bizerte et les hauteurs environnantes).<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tPour prot&eacute;ger cette op&eacute;ration de largage, plusieurs avions de chasse Corsair et Mistral, partis de la base ou du porte-avions Arromanches, qui croisait au large du Cap Blanc, sont venus nous harceler pour faire cesser nos tirs qui ont d&ucirc; faire beaucoup de d&eacute;g&acirc;ts. On a observ&eacute; plusieurs ambulances aller et venir pour ramasser, peut-&ecirc;tre, morts et bless&eacute;s parmi les paras clou&eacute;s par terre et &eacute;parpill&eacute;s sur toute la base.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tEntretemps, un canon antichar de 17 Pounder et une mit. de 50 ont regagn&eacute; ma compagnie de 4 canons de 105 du r&eacute;giment d&rsquo;artillerie du Commandant Bejaoui qui devait regagner Bizerte, juste devant les portes de la base ! Ma compagnie &eacute;tait alors en plein accrochage avec l&rsquo;aviation ennemie.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tTr&egrave;s occup&eacute; (il y avait de quoi), je n&rsquo;ai pu tirer profit que du canon antichar. C&rsquo;&eacute;tait une vraie aubaine. Je l&rsquo;ai charg&eacute; d&rsquo;achever l&rsquo;avion Nord Atlas stopp&eacute; par nos armes l&eacute;g&egrave;res. Mission accomplie rapidement et sans h&eacute;sitation ni murmure. L&rsquo;avion a &eacute;t&eacute; pulv&eacute;ris&eacute; d&rsquo;un seul obus perforant.<br \/>\n\t\t\t\tLes &laquo;Nord 2501 &raquo; qui proc&eacute;daient au largage des paras volaient assez bas pour nous pr&eacute;senter des cibles id&eacute;ales mais il &eacute;tait trop tard pour pouvoir utiliser la mit. de 50.n n n<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tLes accrochages se sont poursuivis pendant tout l&rsquo;apr&egrave;s-midi.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tA la tomb&eacute;e de la nuit, un calme pr&eacute;caire s&rsquo;est install&eacute;. Profitant de cette accalmie, je suis all&eacute; inspecter mes hommes dans les tranch&eacute;es et v&eacute;rifier s&rsquo;il y avait des morts et des bless&eacute;s.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tJ&rsquo;&eacute;tais surpris, mais heureux, de constater qu&rsquo;il n&rsquo;y avait rien &agrave; signaler. &laquo; Miracle &raquo;, pas un bless&eacute;.<br \/>\n\t\t\t\tEst-ce gr&acirc;ce aux tranch&eacute;es et autres postes de combat assez profonds et bien am&eacute;nag&eacute;s ? Toujours est-il que les consignes du Cdt Kortas concernant l&rsquo;organisation du terrain se sont av&eacute;r&eacute;es bien pr&eacute;cieuses, voire vitales. Elles restent d&rsquo;ailleurs immuables.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t&bull;Vers 20h, alors que j&rsquo;&eacute;tais en pleine &eacute;valuation de situation, je re&ccedil;ois la visite du lieutenant Boujallabia, camarade de promotion, charg&eacute; du renseignement au 5&egrave;me Bataillon. Il n&rsquo;est arriv&eacute; jusqu&rsquo;&agrave; moi qu&rsquo;avec beaucoup de difficult&eacute;s. Il &eacute;tait venu aux nouvelles et m&rsquo;a demand&eacute; mes besoins, apr&egrave;s cette dure et longue journ&eacute;e. J&rsquo;ai demand&eacute;, seulement, le remplacement des munitions de petits calibres consomm&eacute;es sans mod&eacute;ration l&rsquo;apr&egrave;s-midi. Aussi&nbsp; lui ai-je expliqu&eacute;, rapidement, mes intentions pour la suite des &eacute;v&eacute;nements et principalement les tirs planifi&eacute;s des mortiers de 81 mm.<br \/>\n\t\t\t\tA signaler que j&rsquo;attendais toujours les munitions command&eacute;es. Depuis 50 ans d&eacute;j&agrave;. C&rsquo;&eacute;tait normal ! La logistique ne suivait pas, la situation ayant &eacute;chapp&eacute; &agrave; tout contr&ocirc;le d&egrave;s le d&eacute;but de l&rsquo;engagement.<br \/>\n\t\t\t\tLe lieutenant Boujallabia parti, et le calme revenu, il fallait reprendre la situation en main et arr&ecirc;ter la conduite &agrave; tenir pour faire face &agrave; la suite des &eacute;v&eacute;nements.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\t<strong>Voil&agrave; ce qui a &eacute;t&eacute; pr&eacute;cis&eacute; aux deux chefs de section:<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t1- Pointer les appareils de pointage des mortiers sur les objectifs correspondants.<br \/>\n\t\t2- Pr&eacute;parer les obus avec les charges et les fus&eacute;es correspondantes (40 par pi&egrave;ce)<br \/>\n\t\t3 &#8211; Le jeudi 20\/07\/1961 &agrave; 4h, retirer les tentes qui cachent les mortiers, et sur ordre seulement, d&eacute;clencher les tirs pr&eacute;par&eacute;s.&nbsp;<br \/>\n\t\t4 &#8211; Sur ordre se retirer, par &eacute;quipes, et rejoindre la ferme situ&eacute;e au sud-ouest de la gare, &agrave; 2 500m, le long de la voie ferr&eacute;e. Direction Tinja-Menzel Bourguiba. RDV &agrave; la ferme &agrave; 18h.<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tLa nuit du 19 au 20\/07\/1961 a &eacute;t&eacute; bien courte. On s&rsquo;est attach&eacute; &agrave; driller les servants des mortiers et &agrave; expliquer les d&eacute;tails de l&rsquo;exfiltration.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tLe jeudi 20\/07\/1961 &agrave; 4h exactement: d&eacute;clenchement simultan&eacute; des tirs des 4 pi&egrave;ces: 160 obus en 15 minutes\/ 40 par pi&egrave;ce.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tAvant d&rsquo;avoir eu le temps de donner l&rsquo;ordre de retrait, le tir de contre-batterie, attendu, s&rsquo;est abattu sur notre position, nous a clou&eacute;s dans les tranch&eacute;es et nous a emp&ecirc;ch&eacute;s de nous retirer en ordre.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tJ&rsquo;ai alors donn&eacute; l&rsquo;ordre de se retirer, individuellement, et rejoindre la ferme, notre premier point de ralliement. Il n&rsquo;&eacute;tait plus question de ramener les mortiers et la jeep-radio.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tL&rsquo;aviation, d&egrave;s les premi&egrave;res lueurs du jour, s&rsquo;est aussi mise de la partie par roquettes, canons et bombes de 500 livres.<br \/>\n\t\t\t\tSous les tirs nourris de l&rsquo;ennemi et malgr&eacute; notre insistance, beaucoup, se croyant en s&eacute;curit&eacute;, ont pr&eacute;f&eacute;r&eacute; ne pas quitter les tranch&eacute;es. Ils ont eu tort ; car cela leur a &eacute;t&eacute; fatal.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\tUne trentaine de soldats ont &eacute;t&eacute; tu&eacute;s et une autre trentaine faits prisonniers. Ceux-l&agrave; se sont battus avec acharnement jusqu&rsquo;&agrave; &eacute;puisement des derni&egrave;res munitions et aussi sous l&rsquo;effet des bombes de 250 kg et 83 obus de 105. Autocritique : il aurait fallu d&eacute;clencher les tirs de mortiers &agrave; 2h pour pouvoir se retirer en ordre avant le jour (manque d&rsquo;exp&eacute;rience). Moi-m&ecirc;me, j&rsquo;ai quitt&eacute; ma position vers 4h45, j&rsquo;ai rejoint la ferme vers 18h. J&rsquo;y ai trouv&eacute; une vingtaine de rescap&eacute;s.&nbsp; Nous avons mis, individuellement, 12heures en moyenne pour parcourir les 2 500m. Pendant toute une journ&eacute;e, on a jou&eacute; au chat et &agrave; la souris avec avions et h&eacute;licos fran&ccedil;ais qui avaient pris l&rsquo;air d&egrave;s le lever du jour pour nous barrer la retraite.<\/p>\n<p>\t\tLe 20\/07\/1961 vers 20h, ne voyant plus personne arriver &agrave; la ferme, j&rsquo;ai divis&eacute; l&rsquo;ensemble en 4 &eacute;quipes et leur ai donn&eacute; les directives suivantes : Prochain point de ralliement : poste de police de Tinja. Suivre les rails. Possibilit&eacute; de rencontrer l&rsquo;ennemi sur points de passage oblig&eacute;s (ponts). Eviter l&rsquo;accrochage, RDV &agrave; Tinja le 21\/7\/1961 &agrave; 1h du matin. A la tomb&eacute;e de la nuit, j&rsquo;ai l&acirc;ch&eacute; les &eacute;quipes l&rsquo;une apr&egrave;s l&rsquo;autre avec 15 minutes d&rsquo;intervalle. Vers 21h, j&rsquo;ai quitt&eacute; la ferme avec la derni&egrave;re &eacute;quipe.&nbsp; Apr&egrave;s avoir contourn&eacute; plusieurs points qui nous semblaient suspects, toutes les &eacute;quipes ont rejoint Tinja. J&rsquo;&eacute;tais le dernier &agrave; y arriver avec mon &eacute;quipe. Il &eacute;tait 1h du matin.&nbsp; De l&agrave; j&rsquo;ai contact&eacute;, par t&eacute;l&eacute;phone, le g&eacute;n&eacute;ral Tabib, chef d&rsquo;EMAT, et lui ai rendu compte de la situation.<br \/>\n\t\tSurpris, il ne pouvait croire que j&rsquo;&eacute;tais encore vivant, avec 25 hommes. Pour le commandement, et pour ma famille, j&rsquo;&eacute;tais port&eacute; disparu. J&rsquo;ai perdu tout contact avec le commandement apr&egrave;s le d&eacute;part du lieutenant Boujallabia le 19\/07\/1961 vers 21h.<\/p>\n<p>\n\t\tLes tirs de ma compagnie sur la base et les tirs de contre-batterie ennemis ainsi que l&rsquo;action de l&rsquo;aviation ont &eacute;t&eacute; observ&eacute;s de l&rsquo;autre c&ocirc;t&eacute; du lac (Menzel Abderrahmane). Leur intensit&eacute; ne laissait aucun espoir d&rsquo;avoir des survivants &agrave; la gare de Sidi Ahmed. Revenu &agrave; la r&eacute;alit&eacute;, le g&eacute;n&eacute;ral Tabib m&rsquo;ordonna de rejoindre Tunis au plus vite afin de reconstituer (d&eacute;j&agrave;) une nouvelle section de mortiers pour un &eacute;ventuel nouvel emploi. On craignait une action de l&rsquo;arm&eacute;e fran&ccedil;aise sur Tunis. Le lendemain matin, embarqu&eacute; avec les hommes, dans le dernier train partant de Tinja, nous sommes arriv&eacute;s &agrave; Tunis vers 11h. Les hommes ont &eacute;t&eacute; dirig&eacute;s vers l&rsquo;Escadron mixte, notre unit&eacute; m&egrave;re, et moi-m&ecirc;me vers l&rsquo;EMAT pour un compte rendu d&eacute;taill&eacute; de la situation. De l&agrave; j&rsquo;ai contact&eacute;&nbsp; ma famille pour la rassurer. Le lendemain, apr&egrave;s une nuit &agrave; la maison, de retour &agrave; mon corps d&rsquo;origine, on m&rsquo;a charg&eacute; de reconstituer la compagnie et de la pr&eacute;parer pour participer &agrave; la protection de Tunis.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Le 22 juillet 1961: rebelote!<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tIl fallait tout de suite:<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tTrouver, rapidement, du personnel susceptible d&rsquo;assimiler facilement les fonctions de servants mortiers de 81mm.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tAcc&eacute;l&eacute;rer la formation des servants et de la section.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tLe champ de Lambily &agrave; Bab Saadoun, actuellement Meftah Saadallah, a vu pour la deuxi&egrave;me fois en 6 mois cette compagnie, r&eacute;duite de 2\/3, revenir pour se reconstituer, s&rsquo;entra&icirc;ner et pr&eacute;parer une deuxi&egrave;me rencontre &eacute;ventuelle avec l&rsquo;ennemi. Mais le cessez-le-feu, d&eacute;cr&eacute;t&eacute; le 23\/07\/1961, en a d&eacute;cid&eacute; autrement.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\tIl ne nous a pas permis d&rsquo;affronter une deuxi&egrave;me fois l&rsquo;ennemi avec l&rsquo;avantage d&rsquo;avoir subi d&eacute;j&agrave; le bapt&ecirc;me du feu, quelques jours seulement auparavant. On avait plus confiance en nous.<\/p>\n<p>\t\t<strong>Bilan des pertes de la compagnie : effectif au d&eacute;part, 85 hommes environ.<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t1\/3 a pu regagner le poste de Tinja avec moi.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t1\/3 a &eacute;t&eacute; tu&eacute; par les tirs de contre-batterie et de l&rsquo;aviation le 20\/07\/1961.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t1\/3 fait prisonnier le m&ecirc;me jour. Les Fran&ccedil;ais ont reconnu leur r&eacute;sistance acharn&eacute;e avant de se rendre. Faute de munitions. Ils n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; ravitaill&eacute;s.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tUn seul sous-officier qui n&rsquo;a pu rejoindre le premier point de ralliement (la ferme) a d&ucirc;, &eacute;gar&eacute;, rejoindre seul les lignes amies. Pas un seul d&eacute;serteur.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tLa gare de Sidi Ahmed et les &eacute;normes eucalyptus, &acirc;g&eacute;s de plusieurs d&eacute;cennies, ont &eacute;t&eacute; ras&eacute;s compl&egrave;tement.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tLes deux lignes de chemin de fer d&eacute;truites totalement.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\tG &#8211; Comment l&rsquo;&eacute;tat-major tunisien a-t-il g&eacute;r&eacute; la crise transform&eacute;e en trag&eacute;die?<\/p>\n<p>\t\tPar cette tentative ultime de lib&eacute;rer notre pays du joug du colonialisme, la partie tunisienne d&eacute;tenait l&rsquo;initiative du moment du d&eacute;clenchement des hostilit&eacute;s. Quant au lieu, il &eacute;tait bien connu. Il s&rsquo;agissait de la Base strat&eacute;gique de Bizerte. C&rsquo;&eacute;tait une chance inesp&eacute;r&eacute;e et un avantage &eacute;norme, pour affronter un ennemi militairement beaucoup plus fort. L&rsquo;effet de surprise est toujours capital. Il vous donne l&rsquo;initiative de d&eacute;cider de l&rsquo;heure, de la date et du lieu pr&eacute;cis du d&eacute;clenchement des hostilit&eacute;s. Cet avantage a &eacute;t&eacute; tout simplement n&eacute;glig&eacute;. En exploitant cet avantage:<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tOn aurait d&ucirc; concevoir une action politique du gouvernement, soutenue par une action militaire appropri&eacute;e, bas&eacute;e sur une id&eacute;e de man&oelig;uvre planifi&eacute;e et adapt&eacute;e &agrave; nos moyens modestes, voire n&eacute;gligeables, et particuli&egrave;rement aux moyens &eacute;crasants de notre adversaire d&rsquo;alors.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tNotre action aurait d&ucirc; &ecirc;tre dos&eacute;e suivant les r&eacute;actions de cet ennemi. C&rsquo;est l&rsquo;inverse qui s&rsquo;est pass&eacute;.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\t<strong>Une analyse de la situation g&eacute;ostrat&eacute;gique du moment et une pr&eacute;paration minutieuse de la man&oelig;uvre nous auraient permis de:<\/strong><\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tNe pas nous lancer dans la bataille t&ecirc;te en avant sans la moindre id&eacute;e de man&oelig;uvre.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tNe pas agir dans la pr&eacute;cipitation et l&rsquo;improvisation comme cela a &eacute;t&eacute; le cas du d&eacute;but &agrave; la fin.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tNe pas prendre des d&eacute;cisions de conduite contre tout bon sens (cas du groupe d&rsquo;artillerie).<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t&bull; Ne pas jeter des unit&eacute;s dans la bataille d&rsquo;une fa&ccedil;on irr&eacute;fl&eacute;chie et sans la moindre directive comme cela a &eacute;t&eacute; mon cas &agrave; Sidi Ahmed et celui du r&eacute;giment d&rsquo;artillerie, sacrifi&eacute; devant les portes m&ecirc;mes de l&rsquo;ennemi (ENI).<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\t&bull; Eviter des pertes insupportables en personnel et en mat&eacute;riel (jeunesse destourienne massacr&eacute;e, militaires sacrifi&eacute;s et mat&eacute;riel pr&eacute;cieux d&eacute;truit b&ecirc;tement).<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\tUne action mieux pr&eacute;par&eacute;e puis bien men&eacute;e aurait pu au moins limiter les d&eacute;g&acirc;ts:<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tIl fallait tout particuli&egrave;rement &eacute;viter toute confrontation directe avec l&rsquo;arm&eacute;e fran&ccedil;aise, de loin mieux &eacute;quip&eacute;e, mieux instruite et surtout plus aguerrie.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tIl fallait &eacute;viter de d&eacute;clencher une guerre classique et opter pour des actions de harc&egrave;lement plus faciles &agrave; soutenir dans la dur&eacute;e et adaptables &agrave; toutes les situations.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tIl fallait aussi tenir compte du caract&egrave;re hautain et susceptible du g&eacute;n&eacute;ral de Gaulle, le pr&eacute;sident fran&ccedil;ais, et de sa perception de la grandeur de la France qui perdait de la hauteur sur la sc&egrave;ne internationale et qui se trouvait coinc&eacute; entre le marteau (la guerre en Alg&eacute;rie) et l&rsquo;enclume (les g&eacute;n&eacute;raux f&eacute;lons d&rsquo;Alger).<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tIl &eacute;tait donc condamn&eacute; &agrave; r&eacute;agir (vite et fort), surtout qu&rsquo;il avait en face un autre caract&egrave;re aussi fier et opini&acirc;tre, celui du pr&eacute;sident Bourguiba, accul&eacute; lui aussi &agrave; faire un coup d&rsquo;&eacute;clat.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tPar ailleurs, soyons r&eacute;alistes ! Est-ce que la Tunisie, ind&eacute;pendante depuis 5 ans seulement, apr&egrave;s 80 ans de colonisation, avec des institutions encore fragiles et une arm&eacute;e encore mal organis&eacute;e, mal &eacute;quip&eacute;e et mal instruite, pouvait soutenir une guerre classique contre l&#39;une des cinq premi&egrave;res arm&eacute;es du monde ? Bien s&ucirc;r que non.<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\t<strong>Le sacrifice du r&eacute;giment d&rsquo;Artillerie<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCe r&eacute;giment command&eacute; par le commandant Bjaoui venait de finir une man&oelig;uvre &agrave; Kasserine.<br \/>\n\t\tDans la pr&eacute;cipitation, il re&ccedil;oit l&rsquo;ordre de regagner Bizerte ville pour y faire quoi ? La guerre ! Quelle catastrophe ?<br \/>\n\t\tDeux de ses compagnies qui venaient de Medjez El Bab se sont retrouv&eacute;es d&eacute;filant devant l&rsquo;entr&eacute;e m&ecirc;me de la base de Sidi Ahmed, alors que l&rsquo;accrochage &eacute;tait &agrave; son comble entre mes &eacute;l&eacute;ments et l&rsquo;aviation fran&ccedil;aise, qui s&rsquo;est acharn&eacute;e sur ces &eacute;l&eacute;ments et les a compl&egrave;tement d&eacute;cim&eacute;s. Quel beau cadeau offert aux Fran&ccedil;ais sur un plateau d&rsquo;argent ! Il ne manquait que la cerise ! C&rsquo;aurait &eacute;t&eacute; le cdt du R&eacute;giment s&rsquo;il &eacute;tait l&agrave;. C&rsquo;est ainsi que le canon Anti-char et la Mit de 50 Anti-a&eacute;rienne cit&eacute;s plus haut ont &eacute;chapp&eacute; &agrave; la destruction et sont venus rejoindre ma compagnie.<\/p>\n<p>\n\t\tLe commandant Bjaoui, rescap&eacute; du carnage, a regagn&eacute; la ville de Bizerte en venant de Tunis. Frustr&eacute;, il s&rsquo;est jet&eacute; corps et &acirc;me dans la bataille. Echapp&eacute; le 19\/07\/1961 dans l&rsquo;apr&egrave;s-midi il a &eacute;t&eacute; tu&eacute; le 21\/07\/2013 dans les rues de Bizerte Au champ d&rsquo;honneur, l&rsquo;arme &agrave; la main.<\/p>\n<p>\n\t\tDevant cette perte catastrophique, en personnel et mat&eacute;riel, on ne peut pas ne pas se poser la question suivante<\/p>\n<p>\n\t\t<br \/>\n\t\tPourquoi a-t-on tenu co&ucirc;te que co&ucirc;te &agrave; envoyer &agrave; la casse ce r&eacute;giment dans la ville m&ecirc;me de Bizerte? Rien ne peut justifier cette d&eacute;cision irr&eacute;fl&eacute;chie, absurde, car l&rsquo;emploi rationnel de l&rsquo;artillerie veut qu&rsquo;elle soit plac&eacute;e dans un rayon de 15 km en moyenne de l&rsquo;objectif &agrave; battre par ses feux. Envoyer ce r&eacute;giment &agrave; Bizerte m&ecirc;me, c&rsquo;&eacute;tait le condamner &agrave; mort d&rsquo;avance et c&rsquo;est bien ce qui est arriv&eacute;. Cette d&eacute;cision d&eacute;notait un manque d&rsquo;assurance, une improvisation insens&eacute;e et une ignorance totale de l&rsquo;emploi des armes. Quel G&acirc;chis!<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Epilogue<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;&eacute;vacuation du dernier soldat fran&ccedil;ais eut lieu, enfin, le 15 Octobre 1963, soit 27 mois apr&egrave;s les &eacute;v&eacute;nements de juillet 1961, et apr&egrave;s avoir pi&eacute;tin&eacute; notre sol et humili&eacute; notre peuple pendant 82 ans. Aurait-elle eu lieu sans cette trag&eacute;die ? A savoir ? La Pol&eacute;mique &agrave; ce sujet est comme une vis sans fin! Elle ne finit jamais de tourner.<br \/>\n\t\tAux historiens&nbsp; objectifs d&rsquo;en &eacute;tudier les causes, la fa&ccedil;on de l&rsquo;avoir men&eacute;e et ses cons&eacute;quences n&eacute;gatives et positives.<br \/>\n\t\tA posteriori je suis personnellement heureux, voire fier (avec beaucoup de mod&eacute;ration):<\/p>\n<p>\n\t\t&#8211; De n&rsquo;avoir pas faibli devant ce g&eacute;ant qu&#39;&eacute;tait l&rsquo;Arm&eacute;e Fran&ccedil;aise.<br \/>\n\t\t&#8211; D&rsquo;avoir su et pu ma&icirc;triser cette peur qui m&rsquo;arrachait mes entrailles avant l&rsquo;engagement.<br \/>\n\t\t&#8211; D&rsquo;avoir domin&eacute; cette situation dangereusement &eacute;trange.<br \/>\n\t\t&#8211; De n&rsquo;avoir &agrave; aucun moment perdu le Nord, car c&rsquo;&eacute;tait essentiel pour avoir pu me donner &agrave; moi-m&ecirc;me une mission et l&rsquo;avoir parfaitement accomplie avec le concours de combattants courageux et bien instruits.<br \/>\n\t\t&#8211; D&rsquo;avoir surtout fait mal, tr&egrave;s mal, a un ennemi arrogant, agressif et belliqueux qui dit nous avoir donn&eacute; une dure le&ccedil;on. Ce qui &eacute;tait malheureusement bien vrai vu les n&eacute;gligences et les maladresses commises de notre part. Mais l&rsquo;ennemi de son c&ocirc;t&eacute; y a aussi laiss&eacute; des plumes:<br \/>\n\t\t&#8211; D&rsquo;avoir enfin surv&eacute;cu &agrave; cette confrontation et avoir pu ainsi participer :<\/p>\n<ul>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tA l&rsquo;organisation et au d&eacute;veloppement de notre arm&eacute;e depuis sa naissance.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tA la mise sur pieds de ses petites et grandes unit&eacute;s.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tAu d&eacute;veloppement et au commandement de ses &eacute;coles et centres d&rsquo;instruction.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tA la formation et &agrave; l&rsquo;&eacute;ducation de ses cadres de tous grades.<\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p>\n\t\t\t\tMalgr&eacute; ces pertes &eacute;normes:<\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p>\n\t\t&#8211; La Tunisie a gagn&eacute; la bataille de l&rsquo;&eacute;vacuation<br \/>\n\t\t&#8211; La jeune arm&eacute;e tunisienne, pour avoir subi son bapt&ecirc;me du feu, grandeur nature, face &agrave; un ennemi terrestre, a&eacute;rien et naval, beaucoup plus fort, a v&eacute;cu une exp&eacute;rience, certes douloureuse, mais n&eacute;cessaire, irrempla&ccedil;able et d&rsquo;un int&eacute;r&ecirc;t certain.<br \/>\n\t\t&#8211; Les peuples et les arm&eacute;es ne peuvent se d&eacute;velopper dans du coton !<br \/>\n\t\t&#8211; On ne peut pas faire des omelettes sans casser des &oelig;ufs!<br \/>\n\t\tCe t&eacute;moignage est sinc&egrave;re et plein d&rsquo;enseignements simples, modestes, bas&eacute;s sur des principes immuables, valables &agrave; tous les &eacute;chelons de la hi&eacute;rarchie. (du lieutenant, au G&eacute;n&eacute;ral, et au chef de l&rsquo;&eacute;tat).<br \/>\n\t\t&#8211; Si on les n&eacute;glige ou on les oublie, on prend le risque de s&rsquo;exposer et d&rsquo;exposer son pays et son arm&eacute;e &agrave; une dure le&ccedil;on.<br \/>\n\t\t&#8211; C&rsquo;est ce qui nous est arriv&eacute;, h&eacute;las, &agrave; Bizerte en Juillet 1961.<br \/>\n\t\tPuissent les g&eacute;n&eacute;rations futures de responsables politiques et de chefs militaires en tirer les meilleures le&ccedil;ons et &eacute;viter ainsi des pertes insupportables, inacceptables, comme celles que nous avons subies au cours de ces &eacute;v&eacute;nements.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>D&eacute;dicace<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tPour terminer et sans oublier tous les martyrs de la bataille&nbsp; de l&rsquo;&eacute;vacuation (Remada &ndash; Bizerte) , et ils sont nombreux, je d&eacute;die ce modeste t&eacute;moignage aux valeureux sous-officiers, caporaux et soldats, appel&eacute;s et engag&eacute;s, de cette compagnie de &laquo;l&rsquo;Escadron Mixte&raquo;, que j&rsquo;ai eu l&rsquo;honneur d&rsquo;encadrer, d&rsquo;instruire et de mener au combat dans les pires conditions et qui se sont battus avec courage jusqu&rsquo;au sacrifice supr&ecirc;me pour plusieurs d&rsquo;entre eux.<\/p>\n<p>\n\t\tIls ont ainsi fait d&rsquo;un coup d&rsquo;essai un coup de ma&icirc;tre et sauv&eacute; l&rsquo;honneur de l&rsquo;Arm&eacute;e Tunisienne.<\/p>\n<p>\n\t\tG&eacute;n&eacute;ral Said El Kateb<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/il-y-a-53-ans-la-guerre-de-bizerte-le-temoignage-du-general-elkateb?id=14539\">la guerre de Bizerte : Le t&eacute;moignage du g&eacute;n&eacute;ral Elkateb<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La guerre de Bizerte : Le t&eacute;moignage du g&eacute;n&eacute;ral Elkateb &nbsp; &nbsp; Par G&eacute;n&eacute;ral Sa&icirc;d El Kateb &nbsp; &nbsp; Le 6 juillet 1961, le lieutenant Sa&iuml;d Elkateb, 25 ans d&eacute;barque&nbsp; avec sa compagnie (85 hommes) &agrave; la station ferroviaire de Sidi Ahmed &agrave; proximit&eacute; de la&nbsp; base a&eacute;rienne. 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