{"id":9247,"date":"2016-06-23T00:24:07","date_gmt":"2016-06-23T00:24:07","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9247"},"modified":"2016-06-23T02:26:54","modified_gmt":"2016-06-23T02:26:54","slug":"la-bible-de-andre-chouraqui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-bible-de-andre-chouraqui\/","title":{"rendered":"La Bible de Andr\u00e9 Chouraqui"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLa Bible en son sens &#8211; entretien avec Andr&eacute; Chouraqui par Guitta Pessis Pasternak<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t(Revue Question De. No&nbsp;39. Novembre-D&eacute;cembre 1980)<\/p>\n<p>\n\t\tUne nouvelle traduction de la Bible est parue entre 1974 et 1977 et qui &eacute;tait le fruit d&rsquo;un travail m&eacute;thodique poursuivi par&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.andrechouraqui.com\/\" target=\"_blank\">Andr&eacute; Chouraqui<\/a>&nbsp;(1917-2007) depuis 40 ans. Elle b&eacute;n&eacute;ficie de l&rsquo;exp&eacute;rience accumul&eacute;e par les traductions traditionnelles, enrichie de la somme des connaissances actuelles en mati&egrave;re de linguistique, de philologie, d&rsquo;histoire et d&rsquo;arch&eacute;ologie. Elle tient compte des d&eacute;couvertes les plus r&eacute;centes de la critique biblique et fait entendre, dans son irrempla&ccedil;able originalit&eacute;, l&rsquo;appel profond du Livre des Livres.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Bereshit &raquo; dit la Bible&hellip; &laquo; En t&ecirc;te &raquo; traduit Andr&eacute; Chouraqui au lieu de &laquo; Au commencement&nbsp;&raquo;. Il forge le mot juste, plonge aux racines des significations exactes, pour retrouver&nbsp;&mdash;&nbsp;au-del&agrave; des traductions gr&eacute;co-latines&nbsp;&mdash;&nbsp;la voix m&ecirc;me des proph&egrave;tes qu&rsquo;il traduit. Comme par transparence, il restitue le rythme de leurs phrases, de leurs images, la structure de leurs pens&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\t\tLa v&eacute;ritable originalit&eacute; de cette traduction r&eacute;side dans le fait que c&rsquo;est la premi&egrave;re, &agrave; longueur d&rsquo;histoire, &agrave; na&icirc;tre en milieu h&eacute;br&eacute;ophone. Depuis qu&rsquo;il vit &agrave; J&eacute;rusalem, Andr&eacute; Chouraqui parle quotidiennement la langue de la Bible, redevenue la langue vivante de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l.<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est cette r&eacute;surrection qui lui permet aujourd&rsquo;hui de donner &agrave; chaque mot son sens, son poids, sa valeur. D&rsquo;o&ugrave; la surprenante concision du texte fran&ccedil;ais : ce n&rsquo;est plus une glose sur la Bible, c&rsquo;est la Bible elle-m&ecirc;me, dont l&rsquo;&acirc;pre beaut&eacute; du texte nous est restitu&eacute;e dans son int&eacute;grit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tLes &eacute;chos suscit&eacute;s par cette nouvelle lecture de la Bible sont &eacute;tonnants :<\/p>\n<p>\n\t\tJacques Ellul&nbsp;: &laquo; La traduction d&rsquo;Andr&eacute; Chouraqui est probablement un &eacute;v&eacute;nement aussi important que la traduction de Luther. Elle provoque une conversion de l&rsquo;intelligence et du c&oelig;ur. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tAndr&eacute; Neher&nbsp;: &laquo; Emanant de J&eacute;rusalem, un signe th&eacute;ologique avec toutes ses indications actuelles. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tAndr&eacute; Mandel&nbsp;: &laquo; La Bible de Chouraqui est celle de l&rsquo;imm&eacute;diate et effective contestation de l&rsquo;euph&eacute;misme timor&eacute; ou hypocrite. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tJacques Madaule&nbsp;: &laquo; La traduction d&rsquo;Andr&eacute; Chouraqui est un &eacute;v&eacute;nement spirituel&hellip; enfin un instrument comparable &agrave; ce que furent la Bible de Luther et du Roi Jacques. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tJean Potin&nbsp;: &laquo; Ce travail de d&eacute;capage donne au texte biblique un visage nouveau. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tPresse Montr&eacute;al&nbsp;: &laquo; Si vous ne deviez lire qu&rsquo;une Bible dans votre vie, que ce soit celle-ci. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t***&nbsp; ***<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>G.P.P. Vous &ecirc;tes &agrave; la fois d&rsquo;Orient et d&rsquo;Occident ; votre nom-m&ecirc;me, Nathan Andr&eacute; Chouraqui, n&rsquo;est-il pas un appel et une destin&eacute;e ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tA.C. En effet, mon nom refl&egrave;te curieusement les lieux et les cultures qui polarisent mon existence, les trois langues de mes racines, l&rsquo;H&eacute;breu, le Grec et l&rsquo;Arabe, qui font de mon identit&eacute; une phrase pleine de signification : &laquo; Nathanael &raquo; en H&eacute;breu signifie &laquo; Dieu a donn&eacute; &raquo; ; &laquo; Andr&eacute; &raquo;, en Grec &laquo; C&rsquo;est l&rsquo;homme &raquo; ; &laquo; Chouraqui &raquo;, en Arabe d&eacute;signe &laquo; l&rsquo;Orient &raquo; : &laquo; Dieu a donn&eacute; un homme venu de l&rsquo;Orient&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tDans les civilisations du verbe, la personne ou l&rsquo;objet s&rsquo;identifient aux noms qui les d&eacute;signent, et changer de nom &eacute;quivaut, dans la Bible, &agrave; changer de personnalit&eacute;. Il me semble que les articulations de ma vie r&eacute;alisent l&rsquo;ordre de mon nom, en me restituant &agrave; cet Orient de mes anc&ecirc;tres, dont ils ne cess&egrave;rent de r&ecirc;ver deux mill&eacute;naires durant, jusqu&rsquo;&agrave; ce qu&rsquo;il me soit redonn&eacute;. Toute ma vie et mon &oelig;uvre ont pris pour base ces donn&eacute;es de d&eacute;part ; la culture fran&ccedil;aise dont je suis un fils adoptif, la culture h&eacute;bra&iuml;que qui me nourrit tout entier et enfin la connaissance du monde arabe o&ugrave; je suis n&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;&eacute;lan extraordinaire qu&rsquo;exige la traduction de la Bible h&eacute;bra&iuml;que en Fran&ccedil;ais, ne provient-il pas de votre retour &agrave; J&eacute;rusalem, de la red&eacute;couverte du Dieu biblique dans le d&eacute;pouillement du d&eacute;sert ?<\/p>\n<p>\n\t\tCertes, il y a eu le d&eacute;pouillement du d&eacute;sert qui est ma r&eacute;serve de puissance, et cette red&eacute;couverte du Dieu de la Bible, au vertige duquel je ne cesse de vivre. Mais il y a eu surtout un &eacute;v&eacute;nement capital &agrave; mon sens, la renaissance d&rsquo;Isra&euml;l, et, au sein d&rsquo;Isra&euml;l, la renaissance de la culture biblique. Ma traduction, qui est la premi&egrave;re faite en Isra&euml;l depuis Saint-J&eacute;r&ocirc;me (la Vulgate), et la premi&egrave;re traduction dans l&rsquo;Histoire faite par un Juif de J&eacute;rusalem, n&rsquo;&eacute;tait possible que gr&acirc;ce &agrave; la r&eacute;surrection de l&rsquo;H&eacute;breu.<\/p>\n<p>\n\t\tMon projet de traduire la Bible ne pouvait se r&eacute;aliser que maintenant, car j&rsquo;avais ma terre sous mes pieds ; j&rsquo;&eacute;tais devant les paysages o&ugrave; v&eacute;curent les proph&egrave;tes et les Ap&ocirc;tres, o&ugrave; je pouvais dialoguer avec la Bible dans la langue o&ugrave; elle est &eacute;crite.<\/p>\n<p>\n\t\tDepuis que l&rsquo;H&eacute;breu parl&eacute; par le Roi David et le proph&egrave;te Isa&iuml;e &eacute;tait redevenue ma langue maternelle, je voyais avec plus de clart&eacute; les d&eacute;fauts de mes traductions ant&eacute;rieures (Cantique des Cantiques, etc.) : elles &eacute;taient &eacute;cras&eacute;es sous une chape d&rsquo;habitudes mill&eacute;naires, o&ugrave; le relief, l&rsquo;ardeur et les significations du texte original se reconnaissaient &agrave; peine. Ma vocation de traducteur se serait probablement arr&ecirc;t&eacute;e l&agrave; si je n&rsquo;&eacute;tais venu m&rsquo;&eacute;tablir &agrave; J&eacute;rusalem. A mesure que mon enracinement isra&eacute;lien s&rsquo;approfondissait, j&rsquo;ai pris conscience qu&rsquo;il me fallait reprendre &agrave; la racine toute la probl&eacute;matique et la m&eacute;thodologie des traductions de la Bible. Une r&eacute;volution &eacute;tait n&eacute;cessaire, si l&rsquo;on entend par ce terme un retour aux sources. Oui, si l&rsquo;on voulait lib&eacute;rer l&rsquo;homme, il fallait commencer par lib&eacute;rer le verbe.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Vous avez offert votre traduction du Nouveau Testament, la premi&egrave;re traduction faite par un Juif de J&eacute;rusalem, au Pape Paul VI. Quel a &eacute;t&eacute; votre dialogue lors de cette rencontre solennelle ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tEffectivement, le 19 octobre 1977, j&rsquo;ai eu le privil&egrave;ge d&rsquo;&ecirc;tre re&ccedil;u en audience officielle par le Pape Paul VI. La partie publique fut int&eacute;gralement diffus&eacute;e &agrave; plusieurs reprises par la t&eacute;l&eacute;vision italienne. Lors de cette rencontre solennelle, je lui ai offert les vingt-six volumes de ma traduction&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Cela devait peser lourd ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJe ne lui ai remis que le volume de l&rsquo;Evangile et mon &eacute;diteur portait les vingt-cinq autres volumes dans une grande valise. Le Pape Paul VI m&rsquo;a re&ccedil;u avec simplicit&eacute; et chaleur, visiblement &eacute;mu de recevoir des mains du p&egrave;lerin de J&eacute;rusalem cette premi&egrave;re traduction faite par un Juif. Il m&rsquo;a dit, dans une formule rendue publique : &laquo; Il fallait beaucoup d&rsquo;amour pour r&eacute;aliser une telle &oelig;uvre ! &raquo; Effectivement, si j&rsquo;ai commis un p&eacute;ch&eacute; en accomplissant cette &oelig;uvre, c&rsquo;est un p&eacute;ch&eacute; d&rsquo;amour, car, toute ma vie, j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; et continue d&rsquo;&ecirc;tre amoureux de la Bible. D&rsquo;autre part, nous avons parl&eacute; du besoin d&rsquo;&oelig;uvrer pour la paix au Moyen-Orient et nous &eacute;tions en profonde communion. Il se demandait seulement si les r&ecirc;ves de paix exprim&eacute;s dans mes livres &laquo;&nbsp;Lettre &agrave; un Ami Arabe&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;Lettre &agrave; un Ami Chr&eacute;tien&nbsp;&raquo; et &laquo;&nbsp;Vivre &agrave; J&eacute;rusalem&nbsp;&raquo;, n&rsquo;&eacute;taient pas pr&eacute;matur&eacute;s. &laquo; Croyez-vous que le temps en soit arriv&eacute; ? &raquo;, se demanda-t-il. Reprenant un antique adage h&eacute;bra&iuml;que, je lui r&eacute;pondis sans h&eacute;siter : &laquo; Sinon maintenant, quand ? &raquo; Le 19 novembre 1977, un mois jour pour jour apr&egrave;s notre entretien, Sadate &eacute;tait &agrave; J&eacute;rusalem. Ainsi mon utopie &eacute;tait en voie de r&eacute;alisation.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Comment les th&eacute;ologiens chr&eacute;tiens ont-ils accueilli votre travail sur le Nouveau Testament, cette re-lecture qui lui rend son contexte s&eacute;mitique en le purifiant des influences hell&eacute;nistiques ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tA ma grande joie, les centaines de comptes rendus faits aussi bien par les revues scientifiques, par les Eglises et les Synagogues, que par la critique biblique proprement dite, &eacute;taient positifs. L&rsquo;esprit supraconfessionnel et scientifique avec lequel j&rsquo;ai abord&eacute; cette traduction, l&rsquo;introduction du substrat s&eacute;mitique et du contexte historique, ont suscit&eacute; un tr&egrave;s grand et durable int&eacute;r&ecirc;t.<\/p>\n<p>\n\t\tMa traduction de la litt&eacute;rature des H&eacute;breux eut &eacute;t&eacute; incompl&egrave;te si elle n&rsquo;avait compris le Nouveau Testament, ce chant du cygne d&rsquo;Isra&euml;l biblique, qui est devenu, par pr&eacute;dilection, le Livre du peuple chr&eacute;tien.<\/p>\n<p>\n\t\tLe Nouveau Testament pose &agrave; ses traducteurs modernes des probl&egrave;mes th&eacute;oriques et pratiques plus complexes que la Bible h&eacute;bra&iuml;que. Pour ce qui est des Evangiles, quatre auteurs nous d&eacute;crivent, de quatre points de vue diff&eacute;rents, un m&ecirc;me &eacute;v&eacute;nement dans une langue autre que celle du milieu o&ugrave; les &eacute;v&eacute;nements d&eacute;crits ont &eacute;t&eacute; v&eacute;cus. Le Nouveau Testament est une synth&egrave;se unique de deux univers, celui des H&eacute;breux et celui des Grecs.<\/p>\n<p>\n\t\tLa traduction que je publie, nourrie par l&rsquo;apport des versions traditionnelles, a pour vocation de rechercher, sous le texte grec, son contexte historique et son substrat s&eacute;mitique.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Il est &eacute;tonnant qu&rsquo;on n&rsquo;ait pas cherch&eacute; plus t&ocirc;t &agrave; r&eacute;introduire dans le Nouveau Testament ces deux &eacute;l&eacute;ments essentiels&hellip;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCette d&eacute;marche n&rsquo;est devenue possible qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, gr&acirc;ce aux progr&egrave;s r&eacute;alis&eacute;s par les diff&eacute;rentes disciplines n&eacute;otestamentaires, cherchant &agrave; ressusciter les r&eacute;alit&eacute;s historiques du milieu o&ugrave; le Nouveau Testament a &eacute;t&eacute; v&eacute;cu et r&eacute;dig&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tPar surcro&icirc;t, le schisme jud&eacute;o-chr&eacute;tien a &eacute;t&eacute; l&rsquo;une des causes de l&rsquo;effacement du substrat s&eacute;mitique du Nouveau Testament ; les chr&eacute;tiens avaient m&ecirc;me perdu conscience que J&eacute;sus &eacute;tait un Juif. Depuis la r&eacute;conciliation, des chr&eacute;tiens se sont mis &agrave; la recherche des racines h&eacute;bra&iuml;ques qui les portent. Le Concile Vatican II, diff&eacute;rentes d&eacute;clarations du Conseil &OElig;cum&eacute;nique des Eglises, ont acc&eacute;l&eacute;r&eacute; le processus de la r&eacute;int&eacute;gration, par la Chr&eacute;tient&eacute; de ses sources historiques et spirituelles, dont son enracinement occidental et parfois des traditions antijuda&iuml;ques avaient pu l&rsquo;&eacute;loigner. A ce mouvement correspond un &eacute;v&eacute;nement non moins r&eacute;volutionnaire : la r&eacute;int&eacute;gration par Isra&euml;l, au sein de sa propre histoire, de l&rsquo;histoire de J&eacute;sus, confirmant ce qu&rsquo;Einstein disait de J&eacute;sus : &laquo; Ce Juif central. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tSi je n&rsquo;&eacute;tais pas Isra&eacute;lien, j&rsquo;aurais sans doute, comme les Juifs de la Diaspora l&rsquo;ont fait pendant 2000 ans, continu&eacute; &agrave; ignorer le Nouveau Testament. C&rsquo;est le fait de vivre dans les lieux m&ecirc;mes o&ugrave; J&eacute;sus a v&eacute;cu, de conna&icirc;tre Bethl&eacute;em, Nazareth, J&eacute;rusalem, qui m&rsquo;a fait reprendre ces textes et leur donner l&rsquo;interpr&eacute;tation que je leur ai donn&eacute;e et qui a suscit&eacute; cet &eacute;cho mondial.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Quelles sont les convergences ou les divergences de conception et de style entre les deux grands classiques de la traduction biblique : les Septante et la Vulgate ? Comment ont-elles influenc&eacute; les 1431 traductions de la Bible faites depuis lors ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLes Septante ont &eacute;t&eacute;, non seulement les premiers traducteurs de la Bible, mais aussi les premiers traducteurs de l&rsquo;Histoire : c&rsquo;est la premi&egrave;re fois qu&rsquo;on a entrepris la traduction d&rsquo;un grand texte d&rsquo;une langue dans une autre langue, c&rsquo;est-&agrave;-dire passer d&rsquo;un contexte culturel d&eacute;termin&eacute; dans un autre. Les Septante ont fait &oelig;uvre de pionniers : ce fut l&rsquo;un des plus grandioses monuments de l&rsquo;aventure spirituelle de l&rsquo;humanit&eacute;. A cette fin, les Septante opt&egrave;rent pour une technique de traduction r&eacute;solument syncr&eacute;tiste et apolog&eacute;tique.<\/p>\n<p>\n\t\tEn apologistes, ils entendaient prouver que les H&eacute;breux avaient au moins autant de philosophie et de lettres que les Grecs ; et, syncr&eacute;tistes, ils introduisirent dans la Bible tout l&rsquo;arsenal conceptuel de l&rsquo;hell&eacute;nisme, avec la conscience d&rsquo;autant plus tranquille qu&rsquo;ils &eacute;taient persuad&eacute;s que Platon et Aristote &eacute;taient des disciples de Mo&iuml;se. Il n&rsquo;&eacute;tait donc pas &eacute;tonnant de retrouver des concepts hell&eacute;nistiques dans la traduction que les 70 rabbins d&rsquo;Alexandrie donn&egrave;rent des proph&egrave;tes. Et sans doute, n&rsquo;avaient-ils pas d&rsquo;autre choix que d&rsquo;hell&eacute;niser la Bible pour en ouvrir l&rsquo;acc&egrave;s acc&egrave;s au monde grec et rendre ainsi &agrave; un peuple qui succombe sous les dominations &eacute;trang&egrave;res, la conscience et la connaissance de ses traditions ravag&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\t\tSaint J&eacute;r&ocirc;me, en &eacute;crivant la Vulgate, a essay&eacute; de faire une traduction r&eacute;vis&eacute;e, avec ce qu&rsquo;il appelle la &laquo; veritas hebraicas &raquo;, un retour aux sources aussi radical que possible. Au fond, il a tent&eacute; de faire au IVe&nbsp;si&egrave;cle ce que j&rsquo;ai tent&eacute; de faire au XXe&nbsp;si&egrave;cle. En l&rsquo;appelant &laquo; vulgate &raquo; c&rsquo;est-&agrave;-dire pour le vulgum, pour le peuple, il a offert la premi&egrave;re Bible de &laquo; poche &raquo; en Latin. Les Septante et la Vulgate sont deux grands monuments de la culture universelle et ces deux grandes traductions ont inspir&eacute; toutes les autres.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;importance de ma traduction, d&rsquo;apr&egrave;s les critiques, est justement ce retour radical aux vraies sources bibliques d&rsquo;avant les Septante.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Est-ce donc la troisi&egrave;me traduction capitale de la Bible ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJe n&rsquo;oserai pas l&rsquo;affirmer, mais elle a &eacute;t&eacute; accueillie avec un tr&egrave;s grand int&eacute;r&ecirc;t, et je dois r&eacute;p&eacute;ter que si le peuple d&rsquo;Isra&euml;l n&rsquo;&eacute;tait pas revenu en Isra&euml;l, s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu ce grand mouvement de renaissance des &eacute;tudes bibliques, chez les Chr&eacute;tiens et chez les Juifs, je n&rsquo;aurais pas pu faire ma traduction, qui est l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une longue &oelig;uvre collective.<\/p>\n<p>\n\t\tLes Septante ont op&eacute;r&eacute; un profond d&eacute;placement des significations de la Bible h&eacute;bra&iuml;que : par exemple, l&rsquo;aust&egrave;re Dieu du Sina&iuml;, YHWH ELOHIM, fut traduit par &laquo; Theos &raquo;, terme qui d&eacute;signait avant tout les idoles. Comment peut-on &eacute;viter de telles transpositions d&eacute;formantes ?<\/p>\n<p>\n\t\tJe pense que les Septante, pour se faire entendre des Grecs et des Juifs hell&eacute;nis&eacute;s, devaient employer leur langage. L&rsquo;audace g&eacute;niale consista &agrave; appeler le Dieu du Sina&iuml; (YHWH ELOHIM) d&rsquo;un nom qui d&eacute;signait les idoles de l&rsquo;Olympe : &laquo; Theos &raquo;, le &laquo; Deus &raquo; des Latins, le &laquo; Dieu &raquo; des Occidentaux. Ainsi &laquo; Dieu &raquo; est n&eacute; &agrave; Alexandrie du m&eacute;tissage des divinit&eacute;s pa&iuml;ennes, &eacute;tonn&eacute;es d&rsquo;accueillir en leur sein l&rsquo;aust&egrave;re et redoutable Elohim du Sina&iuml;. Lui-m&ecirc;me devait se sentir comme une personne d&eacute;plac&eacute;e, arrach&eacute; &agrave; son Asie natale et sa solitude de Dieu transcendant pour devenir sous les cieux d&rsquo;Europe l&rsquo;un des dieux des nations. Mais si les Septante avaient utilis&eacute; le mot &laquo; Elohim &raquo;, les Grecs l&rsquo;auraient consid&eacute;r&eacute; comme barbare.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Croyez-vous qu&rsquo;il leur &eacute;tait impossible d&rsquo;accepter une conception monoth&eacute;iste ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tPar la suite, gr&acirc;ce au Christianisme, le concept de Theos, Dieu &raquo;, se remplit des significations monoth&eacute;istes bibliques d&rsquo;Elohim, dont la Bible est pleine. D&rsquo;autre part, m&ecirc;me les Grecs finissaient par comprendre que leur Theos de l&rsquo;Olympe ne correspondait pas r&eacute;ellement &agrave; Elohim de la Bible, tandis que les Juifs finissaient par oublier que le Theos Grec n&rsquo;&eacute;tait pas Elohim.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Pourriez-vous donner d&rsquo;autres exemples flagrants de d&eacute;placement des significations?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Olam &raquo; veut dire en H&eacute;breu &laquo; la totalit&eacute; du r&eacute;el, de l&rsquo;espace et du temps con&ccedil;u dans son aspect myst&eacute;rieux&nbsp;&raquo;. Ils l&rsquo;ont traduit par &laquo; &eacute;ternit&eacute; &raquo; puisque le concept se trouve dans Platon et ont ainsi introduit l&rsquo;opposition entre le temps et l&rsquo;&eacute;ternit&eacute;, dualit&eacute; inconnue en H&eacute;breu. J&rsquo;ai traduit &laquo; olam &raquo; par &laquo; p&eacute;rennit&eacute; &raquo;, puisque le concept &laquo; olam &raquo;, signifiant &agrave; la fois le temps et l&rsquo;espace, n&rsquo;a pas d&rsquo;&eacute;quivalence dans une langue occidentale. Autre exemple : &laquo; Nefesh &raquo; qui veut dire en H&eacute;breu &laquo; la totalit&eacute; de l&rsquo;&ecirc;tre, corps et &acirc;me &raquo;, ils l&rsquo;ont traduit par &laquo; &acirc;me &raquo;, faisant ainsi opposition entre corps et &acirc;me, dualisme inexistant en H&eacute;breu. Il se cr&eacute;a ainsi une nouvelle langue, une sorte d&rsquo;h&eacute;breu-grec, o&ugrave; le ciel biblique se refl&eacute;tait dans son miroir hell&eacute;nique.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Le probl&egrave;me essentiel de la traduction ne provient-il pas des diff&eacute;rentes r&eacute;alit&eacute;s socio-culturelles v&eacute;cues par les divers peuples, qui sont, de ce fait, refl&eacute;t&eacute;es dans leur vocabulaire ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJe crois, en effet, que c&rsquo;est un probl&egrave;me qui d&eacute;passe de loin la traduction. Apr&egrave;s Babel, le mythe de la langue universelle dispara&icirc;t et la transparence dans la traduction est pratiquement devenue impossible. N&eacute;anmoins, chaque &eacute;poque, chaque soci&eacute;t&eacute;, ont leur style de traduction, leur langage, leur vocabulaire : chaque homme traduit en permanence, et la premi&egrave;re traduction s&rsquo;op&egrave;re entre ce que je pense et ce que je dis, entre l&rsquo;objet et son expression, entre le mot et la chose. Toute traduction op&egrave;re donc un d&eacute;placement de signification quand elle passe d&rsquo;un contexte culturel &agrave; un autre. D&rsquo;autant plus que l&rsquo;&eacute;cart &eacute;tait infranchissable entre le monde s&eacute;mitique et le dieu sina&iuml;tique d&rsquo;une part, et le monde hell&eacute;nistique et les Dieux de l&rsquo;Olympe d&rsquo;autre part.<\/p>\n<p>\n\t\tLa Bible &eacute;tant v&eacute;n&eacute;r&eacute;e comme un livre sacr&eacute;, unique, ses traductions elles-m&ecirc;mes ont &eacute;t&eacute; trop longtemps consid&eacute;r&eacute;es comme sacr&eacute;es, donc fig&eacute;es ; une traduction de la Bible devrait ressembler &agrave; l&rsquo;interpr&eacute;tation d&rsquo;un morceau de musique ; il faudrait multiplier les traductions afin de d&eacute;gager les multiples richesses du texte.<\/p>\n<p>\n\t\tTandis que les Septante ont consid&eacute;r&eacute; eux-m&ecirc;mes leur livre comme intouchable ; J&eacute;r&ocirc;me a &eacute;t&eacute; d&eacute;clar&eacute; Saint et sa Vulgate, la version autoris&eacute;e. Ainsi, pendant des mill&eacute;naires, les traductions de la Bible ont &eacute;t&eacute; fig&eacute;es jusque dans leur vocabulaire. La traduction des Septante et la Vulgate refl&eacute;taient une certaine lecture de la Bible qui confirmait l&rsquo;interpr&eacute;tation dont elle &eacute;tait le fruit et faisait &eacute;cran avec le texte original.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Est-ce que certaines versions ne refl&eacute;taient pas, d&rsquo;une certaine fa&ccedil;on, des intentions politiques ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCertainement. Prenons les Rabbins d&rsquo;Alexandrie, leur traduction de la Bible &eacute;tait visiblement faite pour rehausser le prestige des commer&ccedil;ants juifs. Ils ne pr&eacute;sentaient donc pas la Bible objectivement, mais l&rsquo;adaptaient au monde intellectuel grec, de la m&ecirc;me mani&egrave;re qu&rsquo;eux-m&ecirc;mes, groupe minoritaire, tentaient de s&rsquo;assimiler au monde social majoritaire grec. Ils n&rsquo;ont pas essay&eacute; de montrer en quoi les H&eacute;breux &eacute;taient diff&eacute;rents des Grecs, mais en quoi les H&eacute;breux &eacute;taient aussi grecs que les Grecs. C&rsquo;est une &oelig;uvre de colonis&eacute;, con&ccedil;ue dans une culture dominante. Je pense d&rsquo;ailleurs que c&rsquo;est &agrave; peu pr&egrave;s in&eacute;vitable.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Votre traduction n&rsquo;&eacute;tait donc possible que dans un Etat d&rsquo;Isra&euml;l ind&eacute;pendant, dans une libert&eacute; culturelle r&eacute;elle ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tEn effet, j&rsquo;ai perdu en Isra&euml;l mon complexe de minoritaire vis-&agrave;-vis du monde chr&eacute;tien, face auquel j&rsquo;ai cess&eacute; d&rsquo;avoir besoin de m&rsquo;affirmer, du fait que j&rsquo;ai un pays sous mes pieds. Le Talmud dit &laquo; Un homme qui n&rsquo;a pas de terre sous ses pieds n&rsquo;est pas un homme. &raquo; Je suis d&eacute;sormais lib&eacute;r&eacute; int&eacute;rieurement et je peux jeter un regard objectif et amical sur le Nouveau Testament ; je n&rsquo;ai plus besoin de l&rsquo;ignorer, comme l&rsquo;ont fait trop souvent les Juifs minoritaires. Bien au contraire, je le consid&egrave;re comme une page importante de la culture h&eacute;bra&iuml;que et l&rsquo;une des plus importantes de la culture universelle.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Votre m&eacute;thode de traduction biblique utilise les connaissances s&eacute;mantiques, arch&eacute;ologiques et socio-historiques de notre temps. En quoi diff&egrave;re-t-elle d&rsquo;une m&eacute;thode de traduction classique ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tIl fallait reprendre le travail de traduction &agrave; la base, remettre en question le sens de chaque mot, de chaque expression pour retrouver l&rsquo;authenticit&eacute; de leurs significations. Ce d&eacute;capage &eacute;tait rendu possible par le progr&egrave;s des &eacute;tudes ex&eacute;g&eacute;tiques, ainsi que par les recherches arch&eacute;ologiques, historiques et surtout s&eacute;mantiques qui ont suivi la renaissance de l&rsquo;H&eacute;breu. Ayant &eacute;t&eacute; moi-m&ecirc;me traducteur de la Bible &agrave; Paris (&laquo; Devoirs des C&oelig;urs &raquo;, &laquo; Psaumes &raquo;, &laquo; Cantique des Cantiques &raquo;) je connais la m&eacute;thodologie utilis&eacute;e par les traducteurs bibliques en exil, qu&rsquo;ils soient juifs, catholiques ou protestants. Ils ne pouvaient &eacute;viter de recourir aux dictionnaires pour d&eacute;chiffrer les textes puisque l&rsquo;H&eacute;breu, avant sa renaissance en Isra&euml;l, n&rsquo;&eacute;tait plus parl&eacute; quotidiennement et nul ne pouvait avoir recours &agrave; la langue vivante pour v&eacute;rifier les affirmations des linguistes. De ce fait, aussi, les dictionnaires &eacute;taient n&eacute;cessairement compil&eacute;s &agrave; partir des traductions et commentaires de la Bible ; on faisait les dictionnaires &agrave; coups de traduction et vice-versa. Ce cercle ferm&eacute; entretenait l&rsquo;immobilisme des traductions tandis qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, il y a un terme de r&eacute;f&eacute;rence vivant.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Les d&eacute;couvertes arch&eacute;ologiques avaient aussi des cons&eacute;quences terminologiques&hellip;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tGr&acirc;ce aux d&eacute;couvertes arch&eacute;ologiques, on conna&icirc;t maintenant la signification de chaque objet ainsi que le vocabulaire technique de la Bible. Avant, on traduisait les noms de la flore et de la faune selon ceux qu&rsquo;on connaissait en Europe : &laquo; Shoshana &raquo; &eacute;tait traduit par &laquo; narcisse &raquo;, &laquo; lys &raquo; ou &laquo; rose &raquo;, quand, en r&eacute;alit&eacute;, cela signifie &laquo; lotus&nbsp;&raquo;. Ainsi naissait un d&eacute;placement de signification : le lotus &eacute;tait la fleur des pharaons, un symbole d&rsquo;&eacute;ternit&eacute;, de splendeur, de perception et de cr&eacute;ation et il &eacute;tait significatif que la femme soit compar&eacute;e &agrave; un lotus.<\/p>\n<p>\n\t\tEn ce qui concerne l&rsquo;arch&eacute;ologie, je pr&eacute;pare une grande &eacute;dition illustr&eacute;e et comment&eacute;e, o&ugrave; j&rsquo;expliquerai, verset par verset, avec des articles de synth&egrave;se, les significations et la clef des options de ma traduction. Cette &eacute;dition aura 4000 illustrations en couleurs et s&rsquo;appellera &laquo; L&rsquo;Univers de la Bible&nbsp;&raquo; [paru en 10 tomes, Br&eacute;pols-Lidis, 1982-1989]. Chaque objet, chaque plante, chaque paysage de la Bible y sera illustr&eacute; d&rsquo;apr&egrave;s les d&eacute;couvertes arch&eacute;ologiques, non seulement h&eacute;bra&iuml;ques, mais aussi celles de la M&eacute;sopotamie, de la Syrie et de l&rsquo;Egypte. Cette &oelig;uvre gigantesque sera publi&eacute;e en 1981 et diffus&eacute;e par Brepols et Lidis.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Pourriez-vous illustrer la fa&ccedil;on dont vous avez r&eacute;ussi &agrave; &laquo; d&eacute;caper &raquo; certaines expressions bibliques profond&eacute;ment ancr&eacute;es dans les esprits, afin de leur redonner l&rsquo;authenticit&eacute; de leur signification originelle ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJ&rsquo;ai tenu, dans la mesure du possible, &agrave; respecter le sens des mots, en tenant compte de la p&eacute;riode o&ugrave; ils ont &eacute;t&eacute; &eacute;crits, de leur contexte historique. Prenons le mot &laquo; Asherai &raquo; ; &laquo; asher &raquo; en H&eacute;breu signifie &laquo; le pas de l&rsquo;homme &raquo;. &laquo; Asherai &raquo; signifie ainsi &laquo; une marche sur une route sans obstacle qui conduit vers Dieu &raquo;. Les Septante, en le traduisant par &laquo; Macarios &raquo; c&rsquo;est-&agrave;-dire &laquo; bienheureux &raquo;, y ont introduit tout l&rsquo;hell&eacute;nisme grec, pour lequel le bonheur est l&rsquo;id&eacute;al supr&ecirc;me. Cette fausse traduction a donc op&eacute;r&eacute; une v&eacute;ritable d&eacute;viation de signification, car, dans la Bible qui n&rsquo;est pas un livre h&eacute;doniste, ce n&rsquo;est pas le bonheur qui est un id&eacute;al, mais Dieu et la justice. Personnellement, je traduis &laquo; asherai &raquo; par &laquo; en marche &raquo;, &laquo; debout &raquo;, &laquo; en avant &raquo;, tandis que les traductions classiques disent &laquo; bienheureux, b&eacute;atitude &raquo;, ce qui est un contresens. Quand, dans le Sermon sur la Montagne, J&eacute;sus dit &agrave; ses disciples &laquo; asherai &raquo;, il parle &agrave; des maquisards malheureux, pers&eacute;cut&eacute;s par les Romains ; il est donc inconcevable qu&rsquo;il leur dise &laquo; bienheureux &raquo;, mais plut&ocirc;t &laquo; debout &raquo;, &laquo; en marche &raquo;, &laquo; en avant &raquo;&hellip; C&rsquo;est un cri de r&eacute;veil et non pas d&rsquo;assoupissement dans le bonheur grec.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Est-ce que les lecteurs n&rsquo;&eacute;taient pas d&eacute;concert&eacute;s par cette toute nouvelle lecture de la Bible ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tSurpris certes, parce que je d&eacute;classe des si&egrave;cles d&rsquo;habitudes. C&rsquo;est une Bible o&ugrave; le mot &laquo; Dieu &raquo; ne figure pas, remplac&eacute; par &laquo; Adonai &nbsp;&raquo; ; o&ugrave; &laquo; &acirc;me &raquo; ne figure pas pour &laquo; nefesh &raquo; mais &laquo; &ecirc;tre &raquo;; o&ugrave; le mot &laquo; &eacute;ternit&eacute; &raquo; ne figure pas pour &laquo; olam &raquo; mais &laquo; p&eacute;rennit&eacute; &raquo; ; &laquo; faute &raquo; remplace &laquo; p&eacute;ch&eacute; &raquo;, devenu un concept eccl&eacute;siastique.<\/p>\n<p>\n\t\tLa r&eacute;volution &eacute;tait compl&egrave;te et correspondait peut-&ecirc;tre &agrave; l&rsquo;attente o&ugrave; l&rsquo;on &eacute;tait d&rsquo;une lecture nouvelle de ces textes dont l&rsquo;actualit&eacute; ne cesse de nous questionner et de nous &eacute;mouvoir.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Pourriez-vous d&eacute;crire d&rsquo;autres cheminements originaux de votre transcription des noms de personnes et de lieux, comme, par exemple, &laquo; la sortie de Mitsra&iuml;m &raquo; au lieu de &laquo; la sortie d&rsquo;Egypte &raquo; ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCompte tenu de la profonde &eacute;volution de l&rsquo;H&eacute;breu au cours des si&egrave;cles qui voient na&icirc;tre les diff&eacute;rents textes de la Bible, ma traduction tente d&rsquo;&eacute;viter l&rsquo;anachronisme. Ainsi, elle ne parle pas de la sortie d&rsquo;Egypte mais de la sortie de Mitsra&iuml;m : &laquo; Egypte &raquo; ne d&eacute;signait l&rsquo;Empire des Pharaons (Massara) qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;poque grecque, et seulement en milieu gr&eacute;co-latin, soit un mill&eacute;naire apr&egrave;s l&rsquo;Exode. Admettrait-on que l&rsquo;on parl&acirc;t de la France et non de la Gaule &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de Vercing&eacute;torix ?<\/p>\n<p>\n\t\tLes noms des personnes et des lieux ont &eacute;t&eacute; transcrits selon une grille qui entend demeurer proche du contexte historique et qui r&eacute;v&egrave;le, sous la d&eacute;formation subie par les noms au cours des si&egrave;cles, le relief r&eacute;el du texte.<\/p>\n<p>\n\t\tAinsi, Mo&iuml;se est en r&eacute;alit&eacute; &laquo; Moshe &raquo; : c&rsquo;est en l&rsquo;adaptant &agrave; l&rsquo;alphabet grec qui n&rsquo;a pas de &laquo; sh &raquo; qu&rsquo;il est devenu &laquo; Moses &raquo;. Le sort de &laquo; Yehoshoua &raquo; est encore plus malheureux ; le grec n&rsquo;ayant ni &laquo; sh &raquo; ni &laquo; ain &raquo; il est devenu &laquo; J&eacute;sus&nbsp;&raquo;. Ainsi le m&ecirc;me nom h&eacute;bra&iuml;que &laquo; Yehoshua &raquo; est traduit dans l&rsquo;Ancien Testament par &laquo; Josu&eacute; &raquo; et dans le Nouveau Testament par &laquo; J&eacute;sus&nbsp;&raquo;. L&rsquo;exemple le plus curieux est celui de &laquo; Jaacov &raquo; devenu &laquo; Jacob &raquo; et par d&eacute;formation &laquo; Jacques &raquo;, et &laquo; James &raquo; en Anglais.<\/p>\n<p>\n\t\tJe pense que &mdash; le monde entier &eacute;tant &agrave; la recherche de l&rsquo;authenticit&eacute; de ses racines &mdash; il est n&eacute;cessaire de faire ce que Malraux a fait pour Paris : enlever les pl&acirc;tres, les fausses apparences, et revenir aux sources. Appeler un chat, un chat, et James, Jaacov.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>&Eacute;tiez-vous amen&eacute; &agrave; forger beaucoup de n&eacute;ologismes ? Et comment proc&eacute;dez-vous &agrave; leur cr&eacute;ation ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDe m&ecirc;me que les Septante et la Vulgate ont cr&eacute;&eacute; leurs langues, tout traducteur authentique de la Bible est amen&eacute; &agrave; forger sa propre langue. J&rsquo;ai donc accept&eacute; le risque de cr&eacute;er des mots nouveaux chaque fois qu&rsquo;il &eacute;tait n&eacute;cessaire d&rsquo;&eacute;pouser plus &eacute;troitement le relief du texte, pour, dans la mesure du possible, ne rien effacer. Prenons l&rsquo;exemple de &laquo; rahamim &raquo; que les traducteurs donnent pour &laquo; mis&eacute;ricorde &raquo; ; or l&rsquo;H&eacute;breu est beaucoup plus concret : &laquo; rehem &raquo; signifie &laquo; matrice &raquo;, origine de toute vie. &laquo; Adona&iuml; maleh rahamim &raquo; signifie alors &laquo; Dieu qui est matrice de l&rsquo;univers &raquo;. De m&ecirc;me que la matrice nourrit, garde et d&eacute;veloppe un germe de vie, Dieu des H&eacute;breux fait pareil vis-&agrave;-vis de chaque cr&eacute;ature, de l&rsquo;univers tout entier. J&rsquo;ai donc lanc&eacute; le n&eacute;ologisme &laquo; matricier-matriciel&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tParfois, pourtant, la traduction est impossible et on est oblig&eacute; de se satisfaire d&rsquo;une approximation. Par exemple : &laquo; Le-varech &raquo; est traduit par &laquo; b&eacute;nir &raquo;, &laquo; benedicire &raquo; &laquo; dire du bien &raquo;. Or, en H&eacute;breu, &laquo; le-varech &raquo; signifie &laquo; se mettre dans une attitude physique et spirituelle telle qu&rsquo;agenouill&eacute; devant Dieu (Berech : genou), on se met en position d&rsquo;en induire les bienfaits &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tDepuis de longues ann&eacute;es, j&rsquo;ai interrog&eacute; les meilleurs linguistes et philologues afin de trouver une &eacute;quivalence pertinente, mais en vain.<\/p>\n<p>\n\t\tChaque fois qu&rsquo;on relit un verset de la Bible, on y d&eacute;c&egrave;le un sens nouveau. Croyez-vous qu&rsquo;en relisant votre propre traduction dans quelques ann&eacute;es, vous-m&ecirc;me la remettriez en cause ?<\/p>\n<p>\n\t\tLes versets de la Bible, mille fois lus et relus, restent toujours vierges, et, &agrave; la milli&egrave;me lecture, il me semble d&eacute;couvrir un texte pour la premi&egrave;re fois. En h&eacute;breu, la structure de la langue favorise la multiplication des r&eacute;sonances infinies de chaque verset. Si bien que la lecture n&rsquo;a jamais de fin : un livre achev&eacute; est aussit&ocirc;t m&ucirc;r pour une nouvelle lecture qui en renouvellera le sens.<\/p>\n<p>\n\t\tDepuis cette premi&egrave;re traduction de la Bible en 26 volumes, chemin faisant, j&rsquo;ai beaucoup appris, beaucoup approfondi, et la nouvelle &eacute;dition (10 volumes de 500 pages, illustr&eacute;s et comment&eacute;s) ne sera pas une traduction corrig&eacute;e mais, pratiquement, une nouvelle traduction qui met en &oelig;uvre tout ce que j&rsquo;ai acquis de nouveau sur la Bible. Toute traduction est perp&eacute;tuellement &agrave; refaire et celle de la Bible tout particuli&egrave;rement.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Quelle est l&rsquo;acceptation pratique de &laquo; votre &raquo; Bible ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;autre jour, je rentre par hasard dans une &eacute;glise de Paris et, en chaire, on pr&ecirc;che d&rsquo;apr&egrave;s ma traduction. Des &eacute;v&ecirc;ques, des cardinaux, des cur&eacute;s de campagne, lisent en chaire ma traduction. Le plus &eacute;tonnant est une troupe th&eacute;&acirc;trale, le UY&rsquo;RAMET de Belgique, qui a cr&eacute;&eacute; un spectacle de trois heures, bas&eacute; sur ma traduction, avec une mise en sc&egrave;ne prodigieusement &eacute;labor&eacute;e qui se donne devant un public enthousiaste.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;Acad&eacute;mie fran&ccedil;aise m&rsquo;a accord&eacute; une distinction tr&egrave;s rare, pour cette traduction de la Bible, la M&eacute;daille d&rsquo;Or de la Langue fran&ccedil;aise.<\/p>\n<p>\n\t\tEsp&eacute;rez-vous ainsi, en aplanissant les &laquo; contresens &raquo; des traductions anciennes, et en r&eacute;ins&eacute;rant les Ecritures dans leur vrai contexte historique, que juifs et Chr&eacute;tiens se comprendront mieux ? Car, vous expliquez que la pol&eacute;mique entre Juifs et Chr&eacute;tiens, concernant la divinit&eacute; du Christ, provient de la profonde diff&eacute;rence de signification que les univers s&eacute;mitiques et hell&eacute;niques donnent au mot &laquo; Fils de Dieu &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est l&rsquo;un des cas les plus frappants o&ugrave; une traduction exacte par le simple transfert d&rsquo;une langue &agrave; l&rsquo;autre op&egrave;re une profonde mutation de la signification des mots. L&rsquo;expression &laquo; Fils de Dieu &raquo; se dit en h&eacute;breu &laquo; Ben-Elohim &raquo; et en grec &laquo; Huios-Theou&nbsp;&raquo;. Ces mots sont parfaitement traduits mais ils n&rsquo;ont pas le m&ecirc;me sens en h&eacute;breu et en grec. En h&eacute;breu, le mot &laquo; Ben &raquo; d&eacute;signe le fils ou un jeune homme sans aucune r&eacute;f&eacute;rence de filiation. Le mot &laquo; Ben &raquo; est ainsi un simple relatif qui doit s&rsquo;entendre comme tel dans un univers dont Dieu est le cr&eacute;ateur, le P&egrave;re. Dire qu&rsquo;un homme est le fils de Dieu, c&rsquo;est affirmer une &eacute;vidence admise par tous et enseign&eacute;e par Mo&iuml;se : &laquo; vous &ecirc;tes des fils pour YHWH, votre Elohim &raquo;. Traduisez cette expression aussi exactement que possible en grec et en latin et elle prend un sens profond&eacute;ment diff&eacute;rent. Les mots &laquo; Theou &raquo; en grec ou &laquo; Filius Dei &raquo; en latin, entendus dans l&rsquo;empire de Tib&egrave;re o&ugrave; les dieux ne sont pas des cr&eacute;ateurs mais des procr&eacute;ateurs, ont un sens pr&eacute;cis et exclusif. Juifs et chr&eacute;tiens se heurtent depuis deux mill&eacute;naires sur le sens de la filiation divine de J&eacute;sus. Mais c&rsquo;est l&agrave; un faux conflit : jamais les mots &laquo; Huios-Theou &raquo; n&rsquo;auront le m&ecirc;me sens que &laquo; Ben-Elohim &raquo;, &agrave; moins de d&eacute;truire l&rsquo;univers conceptuel des Grecs et de le remplacer par celui des H&eacute;breux ou inversement.<\/p>\n<p>\n\t\tLa pol&eacute;mique jud&eacute;o-chr&eacute;tienne sur la divinit&eacute; du Christ me para&icirc;t ainsi d&eacute;nu&eacute;e de sens, si l&rsquo;on admet le principe de la coexistence de cultures diff&eacute;rentes et non celui de la pr&eacute;dominance de l&rsquo;une sur l&rsquo;autre. Dans cette optique, une recherche commune des Juifs et des Chr&eacute;tiens vers la v&eacute;rit&eacute; historique de leurs sources m&rsquo;appara&icirc;t essentielle &agrave; la r&eacute;novation de leur pens&eacute;e. Ils verront que ces textes devraient les unir au lieu de les s&eacute;parer, donnant tout son sens au cri de Pie XI : &laquo; Nous sommes spirituellement des s&eacute;mites. &raquo; J&rsquo;ai tent&eacute; de m&rsquo;y engager avec mes travaux de traducteur. Etant &agrave; la d&eacute;couverte renouvel&eacute;e des significations de la Bible h&eacute;bra&iuml;que et du Nouveau Testament, j&rsquo;avais conscience de ce que la d&eacute;livrance de l&rsquo;homme impliquait la lib&eacute;ration du verbe.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>La Bible r&eacute;alise le miracle de parler directement &agrave; tous les hommes de tous pays et de toutes les &eacute;poques, en &eacute;voquant les r&eacute;alit&eacute;s les plus essentielles. Son extraordinaire impact ne proviendrait-il pas aussi de son imagerie en mouvement ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tVous venez de le dire, la Bible parle des choses les plus profondes, les plus universelles, c&rsquo;est un livre unique. Tout &eacute;crivain, tout &eacute;diteur, sait qu&rsquo;un livre s&rsquo;adresse &agrave; un public, &agrave; une &eacute;poque et que, la plupart du temps, son &eacute;ph&eacute;m&egrave;re dur&eacute;e ne d&eacute;passe pas quelques ann&eacute;es et s&rsquo;il tire &agrave; 30000 exemplaires, on crie au miracle, c&rsquo;est un &laquo; best-seller &raquo;. Tandis que la Bible, depuis 2000 ans, se traduit en 1431 langues et tire &agrave; des millions d&rsquo;exemplaires dans chacune d&rsquo;elle. Car elle s&rsquo;adresse aussi bien au savant qu&rsquo;au paysan, au contemporain d&rsquo;Isa&iuml;e qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;homme des cit&eacute;s industrielles, sans perdre de sa puissance de communication et d&rsquo;inspiration : ceci provient de son g&eacute;nie propre.<\/p>\n<p>\n\t\tQuand on me demande si je consid&egrave;re que la Bible est un livre inspir&eacute; par Dieu, je r&eacute;ponds que si c&rsquo;&eacute;tait le cas, alors rien d&rsquo;&eacute;tonnant qu&rsquo;il soit si grand, si beau, si superbe&hellip; Mais, admettre que la Bible a &eacute;t&eacute; inspir&eacute;e par Dieu serait simplifier l&rsquo;explication du myst&egrave;re de sa nature et de l&rsquo;universalit&eacute; de son influence. Si Dieu se m&ecirc;le d&rsquo;&eacute;crire des livres, les pauvres &eacute;crivains que nous sommes n&rsquo;ont plus qu&rsquo;&agrave; lever les bras au ciel et &agrave; se rendre : il n&rsquo;y aurait plus rien d&rsquo;&eacute;tonnant &agrave; constater que la Bible est ce qu&rsquo;elle est. Le myst&egrave;re &agrave; mes yeux commencerait si j&rsquo;&eacute;tais convaincu que les proph&egrave;tes ont &eacute;crit seuls, sans le secours de ce souffle tout puissant, sensible encore des mill&eacute;naires apr&egrave;s sa r&eacute;daction : comment ces simples hommes, perdus dans les d&eacute;serts asiatiques, parlant une langue s&eacute;mitique herm&eacute;tique, ont-ils eu le g&eacute;nie d&rsquo;interpeller les cieux et la terre, de tutoyer Dieu et de dicter &agrave; l&rsquo;humanit&eacute; sa loi, son langage, ses valeurs et ses buts. D&eacute;cid&eacute;ment, ici le naturel parait surnaturel et le surnaturel naturel : quel que soit le parti que l&rsquo;on prenne, la Bible garde son myst&egrave;re.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Un myst&egrave;re cont&eacute; en images cin&eacute;matographiques?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCette gageure unique a &eacute;t&eacute; gagn&eacute;e gr&acirc;ce &agrave; une technique d&rsquo;expression qui a permis un vrai miracle de la communication universelle. J&rsquo;aime &agrave; penser que mes anc&ecirc;tres, les H&eacute;breux, ont &eacute;t&eacute; les vrais inventeurs du cin&eacute;matographe ; la Bible est essentiellement une imagerie en mouvement. Du premier verset de la Gen&egrave;se au dernier de l&rsquo;Apocalypse, le texte d&eacute;crit des images ou rapporte des dialogues avec la concision d&rsquo;un synopsis de film. Ouvrez votre Bible, lisez-la : vous &ecirc;tes le spectateur install&eacute; au cin&eacute;matographe d&rsquo;une parole vivante, la pens&eacute;e s&rsquo;exprime par des images concr&egrave;tes qui se succ&egrave;dent avec une telle rapidit&eacute; que votre esprit est soudain entra&icirc;n&eacute; par le rythme : le film peut &ecirc;tre vu par quiconque s&rsquo;installe devant l&rsquo;&eacute;cran, les images sont comprises directement par tous les regards. Ainsi en est-il de la Bible : tout le monde est invit&eacute; &agrave; participer &agrave; ce spectacle que les vitraux, la statuaire et la peinture du Moyen Age illustraient d&eacute;j&agrave;.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>La Bible, porteuse d&rsquo;un nouvel espoir de justice ? Votre lecture &eacute;voque d&rsquo;autres recherches actuelles : Bernard-Henri Levy (Le Testament de Dieu, Grasset) et Ren&eacute; Girard (les Choses cach&eacute;es depuis le d&eacute;but du Monde, Grasset), etc. Comment expliquer cette &eacute;tonnante convergence aux m&ecirc;mes sources bibliques ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tOn assiste actuellement &agrave; un grand besoin de ressourcement dans le monde. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne s&rsquo;exprime effectivement chez une pl&eacute;iade d&rsquo;auteurs. Cela provient, d&rsquo;une part, de l&rsquo;effondrement des cultures occidentales traditionnelles, et, d&rsquo;autre part, de l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;un nouveau monde technologique totalement diff&eacute;rent. On cherche le langage de cet univers neuf. On a besoin de r&eacute;ponses aux probl&egrave;mes que l&rsquo;effondrement de la culture gr&eacute;co-latine laisse sans r&eacute;ponse.<\/p>\n<p>\n\t\tJe crois que, dans cette grande crise intellectuelle que nous traversons tous, la Bible apporte sa r&eacute;ponse et que les auteurs dont vous parlez y puisent leur solution &agrave; cette impasse. La Bible est redevenue un livre extraordinairement actuel.<\/p>\n<p>\n\t\tLes proph&egrave;tes savaient que le r&eacute;el poss&egrave;de une unit&eacute; organique, que le salut serait global ou ne serait pas. Ainsi annoncent-ils la mutation &mdash; non le progr&egrave;s &mdash; du r&eacute;el. Ils pr&eacute;voient l&rsquo;apparition d&rsquo;un homme nouveau, d&rsquo;une nouvelle terre, qui seront dignes de la justice qui les m&egrave;nera vers la fin des conflits entre riches et pauvres, entre ma&icirc;tres et esclaves &eacute;rigeant sur terre le r&egrave;gne de la paix, de la fraternit&eacute;, de l&rsquo;amour. Une esp&eacute;rance est ainsi greff&eacute;e au c&oelig;ur de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Croyez-vous donc que l&rsquo;attrait actuel de la Bible r&eacute;side aussi dans un message contestataire ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLa Bible est une vision futuriste de l&rsquo;univers : elle a con&ccedil;u le monde sous l&rsquo;esp&egrave;ce de l&rsquo;unit&eacute;, en assignant &agrave; l&rsquo;humanit&eacute; des buts que nous sommes loin d&rsquo;avoir atteints ; les proph&egrave;tes, parce qu&rsquo;ils adorent un dieu de vie, savent que la mort est le supr&ecirc;me ennemi de l&rsquo;homme et que tant qu&rsquo;elle existera, le r&egrave;gne de YHWH ne sera pas total ; elle est donc destin&eacute;e &agrave; &ecirc;tre vaincue. Avec cette folle vision, les proph&egrave;tes ont redress&eacute; l&rsquo;humanit&eacute;. C&rsquo;est notamment ce qui fait la grandeur de la Bible et la raison pour laquelle elle correspond si profond&eacute;ment aux angoisses de notre temps. Car, cette fois-ci, la mort sera l&rsquo;an&eacute;antissement atomique, l&rsquo;apocalypse. L&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de la Bible provient justement de ce qu&rsquo;elle avait situ&eacute; d&egrave;s le d&eacute;part son optique sur ce probl&egrave;me essentiel : &laquo; J&rsquo;ai plac&eacute; devant toi la vie ou la mort, la b&eacute;n&eacute;diction ou la mal&eacute;diction &mdash; Choisis la vie afin que tu vives. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tElle est plus que jamais un livre r&eacute;volutionnaire, en ce sens qu&rsquo;elle repr&eacute;sente une image de l&rsquo;homme parfait, accompli, qui r&eacute;alise ses id&eacute;aux. Depuis 3000 ans qu&rsquo;elle r&ecirc;ve d&rsquo;un monde pacifique, d&rsquo;un monde juste, d&rsquo;un monde o&ugrave; l&rsquo;homme est un fr&egrave;re pour l&rsquo;homme, d&rsquo;un monde o&ugrave; la haine, l&rsquo;injustice et la guerre seront abolies, la Bible r&ecirc;ve m&ecirc;me d&rsquo;un monde o&ugrave; la mort sera vaincue, o&ugrave; la vie sera la seule valeur supr&ecirc;me. Dans ce sens, la Bible reste aujourd&rsquo;hui encore un livre futuriste, r&eacute;volutionnaire, puissamment contestataire. Oui, toute pens&eacute;e r&eacute;volutionnaire appara&icirc;t naine aupr&egrave;s de celle-ci, neuve au bout de vingt-sept si&egrave;cles et de loin en avance aujourd&rsquo;hui non seulement sur ce que font les hommes, mais sur ce &agrave; quoi ils aspirent.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>La renaissance de la langue h&eacute;bra&iuml;que est &eacute;tonnante ; comment expliquer qu&rsquo;une langue qui date de l&rsquo;&acirc;ge du bronze peut aussi bien d&eacute;signer les r&eacute;alit&eacute;s du XXe&nbsp;si&egrave;cle ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLa vertu de la langue h&eacute;bra&iuml;que provient du fait qu&rsquo;elle est la seule langue moderne qui soit en m&ecirc;me temps une langue originelle, primitive. N&eacute;e &agrave; l&rsquo;&acirc;ge du bronze, assassin&eacute;e &agrave; l&rsquo;&acirc;ge du fer par les Empires qui &eacute;crasent les H&eacute;breux, elle est redevenue au seuil de l&rsquo;&egrave;re atomique la langue vivante du Nouvel Isra&euml;l. C&rsquo;est l&agrave; un fait sans pr&eacute;c&eacute;dent dans l&rsquo;histoire des civilisations. Rest&eacute;e endormie pendant deux mill&eacute;naires, elle est un instrument linguistique qui appartient &agrave; une &eacute;poque r&eacute;volue. En parlant H&eacute;breu, nous sommes les contemporains des hommes des cavernes. A cette &eacute;poque-l&agrave;, le langage &eacute;tait forc&eacute;ment concret ; il avait l&rsquo;impact de l&rsquo;imm&eacute;diatet&eacute;, du contact avec les choses. C&rsquo;est &agrave; partir de ce premier matin des mondes, que notre langue rena&icirc;t aujourd&rsquo;hui ; d&rsquo;o&ugrave; sa puissance d&rsquo;&eacute;vocation, sa force et sa jeunesse.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Cela rejoint la r&eacute;flexion de Michel Foucault, selon laquelle, en H&eacute;breu, il existe un lien r&eacute;el, non arbitraire, entre les mots et les choses qu&rsquo;ils d&eacute;signent ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tPour comprendre l&rsquo;H&eacute;breu, il convient d&rsquo;&ecirc;tre familiaris&eacute; avec un climat mental singulier, o&ugrave; les rapports sujet-objet sont diff&eacute;rents de ceux du monde occidental. En H&eacute;breu, il n&rsquo;y a pas de distinction entre &laquo; davar &raquo; qui signifie &laquo; objet &raquo; et &laquo; davar &raquo; qui signifie &laquo; parole&nbsp;&raquo;. Le m&ecirc;me mot d&eacute;signe indiff&eacute;remment &laquo; chose &raquo; ou &laquo; parole &raquo;, &laquo; affaire &raquo; ou &laquo; ordre &raquo;. C&rsquo;est pourquoi la chose n&rsquo;a de r&eacute;alit&eacute; que si elle porte un nom. L&rsquo;homme n&rsquo;est pas seulement d&eacute;sign&eacute; par son nom propre : il est ce nom. Ainsi &laquo; Abram &raquo; sait qu&rsquo;il n&rsquo;aura pas d&rsquo;enfant. Mais Dieu lui dit &laquo; ton nom sera d&eacute;sormais Abraham, car je te fais le p&egrave;re d&rsquo;une multitude de nations &raquo;. L&rsquo;homme h&eacute;bra&iuml;que vit dans un monde verbal o&ugrave; la notion de temps prime celle de l&rsquo;espace, o&ugrave; la dualit&eacute; entre le temps et l&rsquo;&eacute;ternit&eacute;, l&rsquo;&acirc;me et le corps n&rsquo;existe pas. Il vit dans un pr&eacute;sent, dans une totalit&eacute; o&ugrave; le pass&eacute;, le pr&eacute;sent et le futur du monde conscient, l&rsquo;objet et la parole, ne font qu&rsquo;un.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Bible en son sens &#8211; entretien avec Andr&eacute; Chouraqui par Guitta Pessis Pasternak &nbsp; &nbsp; (Revue Question De. No&nbsp;39. Novembre-D&eacute;cembre 1980) Une nouvelle traduction de la Bible est parue entre 1974 et 1977 et qui &eacute;tait le fruit d&rsquo;un travail m&eacute;thodique poursuivi par&nbsp;Andr&eacute; Chouraqui&nbsp;(1917-2007) depuis 40 ans. 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