{"id":9421,"date":"2016-02-05T02:49:22","date_gmt":"2016-02-05T02:49:22","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9421"},"modified":"2016-02-05T00:30:03","modified_gmt":"2016-02-05T00:30:03","slug":"lettre-aux-tunisiens-sur-le-racisme-ordinaire-en-tunisie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lettre-aux-tunisiens-sur-le-racisme-ordinaire-en-tunisie\/","title":{"rendered":"\u00abLettre aux Tunisiens\u00bb sur le racisme ordinaire en Tunisie"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&laquo;Lettre aux Tunisiens&raquo; sur le racisme ordinaire en Tunisie<\/p>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tL&#39;auteur est une &eacute;tudiante malienne en Tunisie, qui a beaucoup souffert du racisme dans un pays dont elle avait, pourtant, avant d&#39;y mettre les pieds, une tout autre id&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\tPar&nbsp;Mariam Toure*<\/p>\n<p>\n\tJe m&#39;appelle Mariam Toure, &quot;Karaba&quot; pour les intimes, et pour la plupart d&#39;entre vous &quot;kahloucha&quot;&nbsp;ou &quot;guirda guirda&quot;.<\/p>\n<p>\n\tJe suis, officiellement, une malienne (mais selon certains de vos dires, de nationalit&eacute;&nbsp;&quot;africaine&quot;) qui vit depuis pr&egrave;s de 3 ans en Tunisie, ou pays europ&eacute;en pour d&#39;autres.<\/p>\n<p>\n\tEn quittant mon pays, il y a quelques ann&eacute;es, je souriais &agrave; l&#39;id&eacute;e de d&eacute;couvrir cette Tunisie dont tout le monde parlait, le &quot;Paris Africain&quot;, la &quot;Dame digne de tous les &eacute;loges&quot;, le pays de tous les droits, la patrie de la libert&eacute; et de la tol&eacute;rance.<br \/>\n\tHmmmmm&#8230; na&iuml;f est celui qui met la la charrue avant les boeufs.<\/p>\n<p>\n\tHelas, la phase d&#39;&eacute;merveillement pass&eacute;e, je me suis rendue compte que de l&#39;autre c&ocirc;t&eacute; du miroir se cachait une face plus sombre, plus lugubre: une soci&eacute;t&eacute; infect&eacute;e par le racisme. Infect&eacute;e, me direz-vous, est un mot fort! Mais quel autre terme voulez-vous que j&#39;emploie quand chaque jour pass&eacute;e au sein de cette soci&eacute;t&eacute; est presque un calvaire; quand chaque mot, insulte, humiliation que l&#39;on subit, est un supplice; quand chaque regard haineux pos&eacute; sur moi est un fardeau?&nbsp;&laquo;Infect&eacute;&raquo;&nbsp;serait plut&ocirc;t un euph&eacute;misme.<\/p>\n<p>\n\tL&agrave;, vous me direz :&nbsp;&laquo;Tu ne devrais pas juger tout un pays pour les actes de certains&raquo;.&nbsp;Je vous repondrai :&laquo;Certes, mais quand on se fait agresser devant des personnes qui ne disent rien, quand on se fait insulter devant des individus qui ne bougent pas, quand on est touch&eacute; de fa&ccedil;on d&eacute;plac&eacute;e dans un transport en commun devant des personnes qui en rient ou pr&eacute;f&egrave;rent ignorer l&#39;acte, que voulez vous que je vous dise?&raquo;<\/p>\n<p>\n\tPomme, orange, poire ou raisin, ce sont tous des fruits pour moi.<\/p>\n<p>\n\tAu d&eacute;but, j&#39;accusais l&#39;ignorance, le non &eacute;veil des mentalit&eacute;s, mais aujourd&#39;hui, j&#39;accuse les intellectuels, qui sont au courant de tout &ccedil;a mais ne mettent en place aucun moyen de les pr&eacute;venir; j&#39;accuse les intellectuels qui me disent :&nbsp;&laquo;Ne te laisse pas faire Mariam, affrontes-les&raquo;&#8230; Ohhh ! vous savez, j&#39;adorai mais je ne veux pas que mon p&egrave;re ait &agrave; payer des frais d&#39;h&ocirc;pitaux ou ma m&egrave;re &agrave; pleurer mon d&eacute;c&egrave;s .<\/p>\n<p>\n\tQue seriez-vous si, du jour au lendemain, je d&eacute;cidais de m&#39;en aller, d&#39;amener avec moi les milliers d&#39;euros qui permettent &agrave; votre &eacute;conomie de sortir la t&ecirc;te de l&#39;eau?<\/p>\n<p>\n\tQue seriez-vous si, du jour au lendemain, mes fr&egrave;res et soeurs &laquo;africains&raquo; faisaient la m&ecirc;me chose et vous tournaient le dos?<\/p>\n<p>\n\tQue seriez-vous si, du jour au lendemain, les &eacute;loges que j&#39;ai une fois entendus sur vous devenaient des avertissements:&nbsp;&laquo;N&#39;y allez pas. Ils n&#39;en valent pas la peine&raquo;.<\/p>\n<p>\n\tNe prenez point mes mots pour une insulte, mon but n&#39;est pas de vous insulter car si je d&eacute;cidais de vous rendre le quart des mots que vous m&#39;avez jet&eacute;s &agrave; la figure, 24h ne suffirait point.<\/p>\n<p>\n\tPrenez-les comme les cris d&#39;une soeur perdue qui ne comprend pas en quoi sa couleur de peau est source de moquerie.<\/p>\n<p>\n\tPrenez-les comme la rage d&#39;une soeur qui compte les jours qui la s&eacute;parent de la d&eacute;livrance, partir et ne plus jamais en entendre parler. Partir et ne plus jamais penser &agrave; revenir.<\/p>\n<p>\n\tPrenez-les comme les larmes d&#39;une soeur qui se rend compte qu&#39;ils ont r&eacute;ussi &agrave; nous s&eacute;parer. Plus qu&#39;une guerre mat&eacute;rielle, ils ont cr&eacute;&eacute; une tumeur intellectuelle, sociale: le racisme, l&#39;ignorance, la haine pour nous diviser.<\/p>\n<p>\n\tPrenez mes mots comme ceux de tous ceux qui comme moi, posent le pied sur le sol de l&#39;Afriqiah, la t&ecirc;te pleine de r&ecirc;ves, et en repartent le coeur plein de d&eacute;ceptions&#8230;<\/p>\n<p>\n\t<a href=\"https:\/\/www.facebook.com\/karaba.maria?fref=ts\">Page Facebook de l&#39;auteur.&nbsp;<\/a><\/p>\n<p>\n\t* Etudiante malienne en Tunisie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&laquo;Lettre aux Tunisiens&raquo; sur le racisme ordinaire en Tunisie &nbsp; &nbsp; L&#39;auteur est une &eacute;tudiante malienne en Tunisie, qui a beaucoup souffert du racisme dans un pays dont elle avait, pourtant, avant d&#39;y mettre les pieds, une tout autre id&eacute;e. Par&nbsp;Mariam Toure* Je m&#39;appelle Mariam Toure, &quot;Karaba&quot; pour les intimes, et pour la plupart d&#39;entre&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":19213,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[14,9,1],"tags":[],"class_list":["post-9421","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-paris","category-tunisie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9421","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9421"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9421\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19213"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9421"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9421"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9421"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}