{"id":9467,"date":"2015-12-30T02:35:43","date_gmt":"2015-12-30T02:35:43","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9467"},"modified":"2015-12-30T01:15:03","modified_gmt":"2015-12-30T01:15:03","slug":"lancien-cimetiere-israelite-de-tunis-et-lanthroponymie-des-juifs-de-la-cite-par-jacques-ta","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lancien-cimetiere-israelite-de-tunis-et-lanthroponymie-des-juifs-de-la-cite-par-jacques-ta\/","title":{"rendered":"L\u2019ANCIEN CIMETI\u00c8RE ISRA\u00c9LITE DE TUNIS ET L\u2019ANTHROPONYMIE DES JUIFS DE LA CIT\u00c9, par Jacques Ta\u00efeb"},"content":{"rendered":"<p>\n\tL&rsquo;ANCIEN CIMETI&Egrave;RE ISRA&Eacute;LITE DE TUNIS&nbsp;ET L&rsquo;ANTHROPONYMIE DES JUIFS DE LA CIT&Eacute;, par&nbsp;<span>Jacques Ta&iuml;eb<\/span><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tTelle &eacute;tait la d&eacute;nomination courante de cette n&eacute;cropole sous le Protectorat fran&ccedil;ais (1881-1956). Situ&eacute;e hors des murs de la m&eacute;dina et de ses faubourgs, elle s&rsquo;&eacute;tendait au nord de la cit&eacute;. Elle para&icirc;t bien avoir &eacute;t&eacute; fonctionnelle quatre si&egrave;cles durant avec, de si&egrave;cle en si&egrave;cle, l&rsquo;abandon de certains espaces et l&rsquo;occupation de terrains vierges.<br \/>\n\tNotre propos dans cette note est d&rsquo;abord de conter la longue histoire de ce cimeti&egrave;re, largement corr&eacute;l&eacute;e &agrave; l&rsquo;histoire de la communaut&eacute; juive de la ville. Il s&rsquo;agira ensuite de cerner la physionomie et le caract&egrave;re de ce champ du repos et de les recadrer dans la psychologie collective et les rites mortuaires des Juifs de la cit&eacute;. En troisi&egrave;me lieu, enfin, on tentera quelque &eacute;chapp&eacute;e anthroponymique &agrave; partir des &eacute;pitaphes des terres tombales ou en dehors d&rsquo;elles.<br \/>\n\t* *<br \/>\n\t*<br \/>\n\t<strong>I &#8211; HISTORIQUE D&rsquo;UNE N&Eacute;CROPOLE<\/strong><br \/>\n\tDans son ouvrage sur la ville de Tunisi, Paul Sebag pr&eacute;sentait quatre plans de la cit&eacute; et de ses abords aux XVI&egrave;me, XVII&egrave;me, XVIII&egrave;me et XIX&egrave;me si&egrave;cles avec, &agrave; quatre reprises, le cimeti&egrave;re isra&eacute;lite plac&eacute; au m&ecirc;me endroit ou, plus probablement, compte tenu de ce que nous &eacute;crivons dans l&rsquo;introduction de ce texte, &agrave; des emplacements voisins. Cette anciennet&eacute; de la n&eacute;cropole est attest&eacute;e par d&rsquo;autres sources. Dans son livre &laquo; Les Juifs &agrave; Bible v&eacute;cue &raquo;, Charles Haddad de Paz, pr&eacute;sident du Conseil de la communaut&eacute; isra&eacute;lite de Tunis de 1951 &agrave; 1958, signale que la communaut&eacute; disposait d&rsquo;un acte d&rsquo;achat, en bonne et due forme, vieux de plusieurs si&egrave;cles. Acte d&rsquo;achat effectu&eacute; par sept notables juifs, puisque la notion de personne morale n&rsquo;existait pas alors. Ces sept notables agissaient, bien entendu, au nom de la communaut&eacute; ; l&rsquo;acte de propri&eacute;t&eacute; enroul&eacute; &eacute;tait plac&eacute; dans un cylindre m&eacute;tallique. Il n&rsquo;y a donc, en la mati&egrave;re, aucune h&eacute;sitation ; cet ossuaire &eacute;tait bien pluris&eacute;culaire et il &eacute;tait la propri&eacute;t&eacute; de la communaut&eacute;.&nbsp;<br \/>\n\tMais au cours des si&egrave;cles les parties fonctionnelles du cimeti&egrave;re avaient migr&eacute; au fur et &agrave; mesure que se remplissaient certains espaces. &Agrave; la fin du XIX&egrave;me si&egrave;cle le cimeti&egrave;re isra&eacute;lite, limit&eacute; par l&rsquo;avenue de Londres au nord, la rue des Salines &agrave; l&rsquo;ouest, la rue Navarin et d&rsquo;autres petites art&egrave;res au sud, l&rsquo;avenue Roustan &agrave; l&rsquo;Est &ndash; devenue l&rsquo;avenue Habib Thameur apr&egrave;s l&rsquo;ind&eacute;pendance de la Tunisie &ndash; formait un grossier quadrilat&egrave;re.&nbsp;<br \/>\n\tCet espace n&rsquo;abritait que les tombes allant grossi&egrave;rement de 1800-1805 &agrave; 1890-1891, date &agrave; laquelle, faute de place, on cr&eacute;a, hors la ville, un nouveau cimeti&egrave;re dit de Borgel ou, de mani&egrave;re incorrecte, du Borgel.<br \/>\n\tLa carte annot&eacute;e par Paul Sebagiii dans son livre sur la \u1e24&acirc;ra de Tunis, montre bien que des tombes (essentiellement celles de docteurs de la loi) se trouvaient en dehors de la n&eacute;cropole du XIX&egrave;me si&egrave;cle. On y trouvait les pierres tombales datant du XVIII&egrave;me si&egrave;cle comme celles d&rsquo;Abraham Cohen, mort en 1715, d&rsquo;Abraham Benmoussa, Mo&iuml;se Darmon et Abraham Ta&iuml;eb, tous d&eacute;c&eacute;d&eacute;s en 1741, de Joseph Bismuth mort en 1775, comme Messaoud Rapha&euml;l El Fassi, d&rsquo;Isaac Lumbroso morts en 1752, et enfin d&rsquo;Elie Gabison mort en 1795.<br \/>\n\tPierres tombales ench&acirc;ss&eacute;es dans les nouveaux immeubles construits, autour de ou apr&egrave;s 1900, abrit&eacute;es par des chambrettes, apr&egrave;s accord avec les propri&eacute;taires et la municipalit&eacute; de Tunis. Accord peut-&ecirc;tre facilit&eacute; par le fait que la grande majorit&eacute; des habitants de ces immeubles &eacute;taient juifs. Une seule tombe b&eacute;n&eacute;ficiait d&rsquo;un modeste mausol&eacute;e, celle d&rsquo;Abraham Cohen dit B&acirc;b&acirc; er-rebbi ou B&acirc;b&acirc; Rebbi (&laquo; notre p&egrave;re le rabbin &raquo;, en arabe vernaculaire). Pas de doute, l&agrave; aussi, l&rsquo;espace comprenant les avenues de Londres, de Madrid, de Lyon et des rues transversales correspondait &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence &agrave; la n&eacute;cropole du XVIII&egrave;me si&egrave;cle, voire &agrave; celle du second XVII&egrave;me si&egrave;cle. Nous garderons, d&rsquo;ailleurs, sur ce th&egrave;me l&rsquo;ancienne terminologie coloniale pour &eacute;viter tout anachronisme, beaucoup de rues et d&rsquo;avenues ayant chang&eacute; de noms depuis l&rsquo;ind&eacute;pendance de la Tunisie.<br \/>\n\tMais o&ugrave; &eacute;taient donc les s&eacute;pultures des premi&egrave;res d&eacute;cennies du XVII&egrave;me et celles du XVI&egrave;me si&egrave;cles ? Peut-&ecirc;tre, au-del&agrave; de l&rsquo;avenue de Lyon, plus au nord donc et pas trop loin de la porte du faubourg B&acirc;b El kha\u1e0dra (&laquo; la porte de la verdure &raquo; en arabe). Une information communiqu&eacute;e par notre ami Itshaq Avrahami para&icirc;t aller dans ce sens. Il nous signalait chez de veilles personnes, autour de 1900, le souvenir d&rsquo;un cimeti&egrave;re dit de B&acirc;b El kha\u1e0dra. Il ne s&rsquo;agissait sans doute pas d&rsquo;un autre cimeti&egrave;re, mais de la partie la plus ancienne et la plus septentrionale de la grande n&eacute;cropole. Grande n&eacute;cropole dont la partie r&eacute;serv&eacute;e aux s&eacute;pultures du XIX&egrave;me si&egrave;cle faisait 6,5 hectares, et celles abritant les tombes des si&egrave;cles ant&eacute;rieurs bien davantage, 15 hectares, voire plus ? Remonter aux &eacute;poques ant&eacute;rieures au XVI&egrave;me si&egrave;cle pour d&eacute;terminer l&rsquo;emplacement du ou des cimeti&egrave;res juifs s&rsquo;av&egrave;re d&eacute;licat faute de documents.&nbsp;<br \/>\n\tIl y a toutefois une certitude, la pr&eacute;sence des Juifs dans la cit&eacute; est ant&eacute;rieure, tr&egrave;s ant&eacute;rieure au XVI&egrave;me si&egrave;cle. Une consultation rabbinique autour de 1465iv, adress&eacute;e par les rabbins de Tunis &agrave; ceux d&rsquo;Alger, montre bien l&rsquo;existence d&rsquo;une communaut&eacute;. D&rsquo;autre part, la grande synagogue de la \u1e24&acirc;ra de Tunis, le vieux quartier juif de la m&eacute;dina, aurait &eacute;t&eacute; fonctionnelle d&egrave;s 1365, selon des sources autoris&eacute;esv.<br \/>\n\tCe cimeti&egrave;re multis&eacute;culaire fut aussi par bien d&rsquo;autres aspects li&eacute; &agrave; la vie de la collectivit&eacute;. Retenons l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, celui du schisme des Livournais. Ces derniers, d&rsquo;anciens marranes portugais &eacute;tablis &agrave; Livourne &agrave; la fin du XVI&egrave;me si&egrave;cle, commenc&egrave;rent &agrave; affluer &agrave; Tunis au d&eacute;but du si&egrave;cle suivant. En 1710, ils se s&eacute;par&egrave;rent des indig&egrave;nes, lesquels finirent par reconna&icirc;tre, en 1741, la s&eacute;paration. Il y eut d&eacute;sormais dans la capitale deux communaut&eacute;s, celle des Tw&acirc;nsa (Tunisiens), et celle des Gr&acirc;na (Livournais). Encore que ces derniers utilisassent dans leurs actes officiels le terme de communaut&eacute; portugaise, ce qui n&rsquo;&eacute;tait rien qu&rsquo;une erreur.<br \/>\n\tCette s&eacute;paration, selon certains, aurait entra&icirc;n&eacute; l&rsquo;existence de deux cimeti&egrave;res. Affirmation erron&eacute;e. Dans la carte pr&eacute;sent&eacute;e par Paul Sebag dans son &eacute;tude sur la \u1e24&acirc;ra de Tunis, Abraham Benmoussa (Tunisien) et Mo&iuml;se Darmon (Livournais) sont enterr&eacute;s c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te. On retrouve aussi, au milieu des s&eacute;pultures, des lettr&eacute;s indig&egrave;nes, comme celle d&rsquo;Isaac Lumbroso, &eacute;galement Livournais. Il n&rsquo;y avait donc, au XVIII&egrave;me si&egrave;cle, qu&rsquo;un seul cimeti&egrave;re.<br \/>\n\tIl faudra attendre 1851 pour voir se cr&eacute;er un second cimeti&egrave;re. D&eacute;bord&eacute;s par le nombre de d&eacute;c&egrave;s, lors de l&rsquo;&eacute;pid&eacute;mie de chol&eacute;ra de 1850-1851, les Livournais demandent au ca&iuml;d des Juifs, Joseph Bella&iuml;che, l&rsquo;autorisation d&rsquo;acheter un terrain pour y ensevelir leurs morts. Ils se heurt&egrave;rent &agrave; un refus. Le ca&iuml;d, toujours choisi chez les Tw&acirc;nsa, craignant peut-&ecirc;tre la mise en place d&rsquo;un cimeti&egrave;re s&eacute;par&eacute;. C&rsquo;est ce qui se produisit. Les Livournais, disposant sans doute d&rsquo;appuis &agrave; la cour, pass&egrave;rent outre et firent l&rsquo;acquisition d&rsquo;une pi&egrave;ce de terre situ&eacute;e au sud-est de la n&eacute;cropole, adjacente &agrave; ce qui deviendra sous le Protectorat la rue Navarin (voir carte de P. Sebag, p. 79). Cet &eacute;pisode aggravait donc la s&eacute;paration des deux communaut&eacute;svi, bien qu&rsquo;il n&rsquo;y e&ucirc;t aucune cl&ocirc;ture entre les deux espaces.<br \/>\n\tL&rsquo;instauration du Protectorat fran&ccedil;ais, le 12 mai 1881, allait ouvrir un nouvel et long &eacute;pisode de nature diff&eacute;rente de tout ce qui pr&eacute;c&egrave;de. La municipalit&eacute; de Tunis, probablement apr&egrave;s 1884, cl&ocirc;tura la n&eacute;cropole du XIX&egrave;me si&egrave;cle encore fonctionnelle, expropriant, de facto, la communaut&eacute; de tout le reste, pour cause d&rsquo;utilit&eacute; publique. L&agrave; s&rsquo;&eacute;lev&egrave;rent, par la suite, les immeubles dont nous avons parl&eacute; (Avenue de Londres, de Madrid, etc).<br \/>\n\tPendant toute la dur&eacute;e du Protectorat (1881-1956), la municipalit&eacute; tenta, sans succ&egrave;s, d&rsquo;acheter le cimeti&egrave;re du XIX&egrave;me si&egrave;cle &agrave; la communaut&eacute; qui s&rsquo;y refusa, ne voulant ali&eacute;ner le lieu de crainte (crainte fond&eacute;e) que les cadavres ne fussent exhum&eacute;s, acte interdit par la loi juive. En fait, la n&eacute;cropole ne pouvait qu&rsquo;attirer les convoitises, car situ&eacute;e entre la m&eacute;dina et le lac de Tunis dans l&rsquo;espace qui, d&egrave;s 1884-1885, deviendra la ville europ&eacute;enne, de part et d&rsquo;autre des avenues de France et Jules Ferry, la partie sud &eacute;tant le domaine des Europ&eacute;ens, la partie nord celui des Juifs &eacute;vad&eacute;s de la \u1e24&acirc;ra et de ses d&eacute;pendances.<br \/>\n\tL&rsquo;article de Rodolphe Arditti sur les &eacute;pitaphes rabbiniquesvii apporte encore quelques lumi&egrave;res. Rodolphe Arditti ou Rapha&euml;l de son nom h&eacute;bra&iuml;que, d&rsquo;origine bulgare, &eacute;tait un rabbin issu du S&eacute;minaire isra&eacute;lite de Paris. Il s&rsquo;installa en Tunisie fin 1898 et sans doute commen&ccedil;a-t-il ses recherches autour de 1900-1910, ne retenant, bien s&ucirc;r, que les tombes des docteurs de la loi. Toutes ces tombes visit&eacute;es dataient des XVIII&egrave;me et XIX&egrave;me si&egrave;cles. Il y avait donc un &eacute;norme trou pour les p&eacute;riodes ant&eacute;rieures. &Agrave; cela plusieurs raisons, pas n&eacute;cessairement oppos&eacute;es ; les lettr&eacute;s &eacute;taient rares &agrave; Tunis avant la renaissance des &eacute;tudes h&eacute;bra&iuml;ques au XVIII&egrave;me si&egrave;cle. Dans ces espaces mal cl&ocirc;tur&eacute;s o&ugrave; plus personne ne venait visiter les tombes depuis des g&eacute;n&eacute;rations, des vandales ou des voyous s&rsquo;&eacute;taient sans doute appropri&eacute; les pierres tombales comme mat&eacute;riaux de construction. On dit enfin que le Bey Hamouda Pacha, qui r&eacute;gna de 1782 &agrave; 1814, aurait confisqu&eacute; des pierres tombales. Peut-&ecirc;tre eut-il l&rsquo;&eacute;l&eacute;gance de ne pas toucher &agrave; celles du XVIII&egrave;me si&egrave;cle, encore visit&eacute;es, et se contenta-t-il des s&eacute;pultures du XVII&egrave;me si&egrave;cle, voire du XVI&egrave;me si&egrave;cle, depuis longtemps &agrave; l&rsquo;abandon. Episode qui, a priori, ne para&icirc;t pas irrecevable dans l&rsquo;exacte mesure o&ugrave;, au del&agrave; des pillages priv&eacute;s, des confiscations publiques eurent probablement lieu.<br \/>\n\tCe cimeti&egrave;re eut une fin assez triste. Deux ans apr&egrave;s l&rsquo;ind&eacute;pendance, le 26 f&eacute;vrier 1958, la municipalit&eacute; de Tunis expropria la communaut&eacute; sans indemnit&eacute; aucune, et dans les mois qui suivirent le cimeti&egrave;re devint un jardin public. De toute mani&egrave;re, pour les raisons signal&eacute;es plus haut, la communaut&eacute; ne pouvait accepter aucune indemnit&eacute;. On parvint, apr&egrave;s de longues n&eacute;gociations, &agrave; inhumer, dans le nouveau cimeti&egrave;re, les d&eacute;pouilles de plusieurs lettr&eacute;s, exhum&eacute;s de cet espace. Autoritaire, &ocirc; combien, cet &eacute;pisode laissa chez les Juifs de la ville des traces &eacute;videntes.<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\t<strong>II &ndash; LE SITE MORTUAIRE. D&Eacute;POUILLEMENT ET EXTRAVAGANCES<\/strong><br \/>\n\tComment se pr&eacute;sentait la n&eacute;cropole, forte de pr&egrave;s de 22 hectares, situ&eacute;e extramuros et inaugur&eacute;e de longs si&egrave;cles plus t&ocirc;t, vers 1881-1890, au d&eacute;but du Protectorat fran&ccedil;ais ? Il s&rsquo;agissait de terrains humides et sal&eacute;s &agrave; cause de la proximit&eacute; du lac de Tunis. Terrains m&eacute;diocres et gorg&eacute;s d&rsquo;eau en hiver, &agrave; l&rsquo;herbe dess&eacute;ch&eacute;e et squelettique en saison chaude. Cet espace, d&rsquo;une grande platitude, n&rsquo;&eacute;tait &eacute;gay&eacute; par aucun arbre, aucune fleur. Seuls couraient les rongeurs dont de nombreux li&egrave;vres. Il en restait quelques-uns encore, en 1945, dans le cimeti&egrave;re-croupion du XIX&egrave;me si&egrave;cle. D&eacute;saffect&eacute; vers 1890-1891, ce cimeti&egrave;re du XIX&egrave;me si&egrave;cle n&rsquo;en devint pas pour autant un lieu d&eacute;sert, contrairement &agrave; ce qui s&rsquo;&eacute;tait pass&eacute; aux si&egrave;cles pr&eacute;c&eacute;dents. Cl&ocirc;tur&eacute;, encore que de mani&egrave;re rudimentaire, le cimeti&egrave;re fut bien moins qu&rsquo;auparavant la proie des pillards. Surtout, il conserva quelques activit&eacute;s bien pr&eacute;cises. Il connut quelques &eacute;pisodes folkloriques ou tristes, resta fr&eacute;quent&eacute; par les visites aux tombes ant&eacute;rieures &agrave; 1890-1891, et ce jusqu&rsquo;aux ann&eacute;es 1920, et plus encore par les p&egrave;lerinages sur les s&eacute;pultures de deux rabbins fameux.<br \/>\n\t&Agrave; partir de 1887, la communaut&eacute; &eacute;rigea avenue de Londres le d&eacute;positoire des Tw&acirc;nsa o&ugrave; les corps des d&eacute;funts &eacute;taient d&eacute;pos&eacute;s au moment des pri&egrave;res d&rsquo;usage, avant d&rsquo;&ecirc;tre transport&eacute;s par voiture hippomobile au nouveau cimeti&egrave;re. Rue Navarin on construisit celui des Livournais. Innovation que ces voitures tir&eacute;es par des chevaux robustes &agrave; la belle prestance, esth&eacute;tiquement harnach&eacute;s, tranchant sur les humbles cort&egrave;ges du temps jadis o&ugrave; les cercueils &eacute;taient port&eacute;s par des hommes. Se r&eacute;pandit aussi &agrave; cette &eacute;poque, ou un peu plus t&ocirc;t, l&rsquo;usage, tr&egrave;s italien, des avis mortuaires placard&eacute;s sur les murs de la ville, et surtout sur ceux du cimeti&egrave;re.<br \/>\n\tLes p&egrave;lerinages anim&egrave;rent surtout la n&eacute;cropole jusque vers 1958, p&egrave;lerinages presque strictement locaux, quasiment limit&eacute;s aux habitants de Tunis et un peu plus tard de ses banlieues, lorsque, apr&egrave;s 1914-1918, des Juifs commenc&egrave;rent &agrave; y habiter. P&egrave;lerinages sur les tombes de deux rabbins : Josu&eacute; Bessis, lettr&eacute; connu et cabaliste, per&ccedil;u par le petit peuple comme intercesseur aupr&egrave;s de Dieu et occultiste, voire thaumaturge ; et surtout \u1e24ay Ta&iuml;eb, personnage &eacute;trange, tr&egrave;s port&eacute; sur l&rsquo;eau de vie de figue (la b&ucirc;kha en arabe), tenu en pi&egrave;tre estime par les clercs de son temps dont la production litt&eacute;raire nous est globalement inconnue. Il para&icirc;t avoir &eacute;crit un trait&eacute; dit \u1e24elev \u1e25i \u1e24i\u1e6d\u1e6d&acirc;m (&laquo; suc de froment &raquo; en h&eacute;breu) mais la sottise d&rsquo;une servante en fit dispara&icirc;tre la plus grande partie.<br \/>\n\tSa tombe, sur&eacute;lev&eacute;e de 15 ou 20 cm au-dessus du sol, sur&eacute;l&eacute;vation pompeusement appel&eacute;e, en arabe, El jbel, la montagne, &eacute;tait entour&eacute;e d&rsquo;une petite foule, canalis&eacute;e par le d&eacute;nomm&eacute; &lsquo;An&icirc;ba (&laquo; petit raisin &raquo; en arabe), personnage atypique, sombre comme Othello, sec et noueux comme un sarment de vigne, descendant d&rsquo;un collat&eacute;ral du rabbin et qui r&eacute;clamait quelque argent &agrave; l&rsquo;issue de la c&eacute;r&eacute;monie. Il est &agrave; noter que le cimeti&egrave;re du XIX&egrave;me si&egrave;cle abritait les s&eacute;pultures, jamais visit&eacute;es, de bien d&rsquo;autres savants, car trop intellectualis&eacute;s, trop distants, incapables de faire des miracles ou de jouer le r&ocirc;le d&rsquo;intercesseur, ils &eacute;taient boud&eacute;s, donc, par le petit peuple. Notons enfin que les tombes des rabbins du XVIII&egrave;me si&egrave;cle, hors cimeti&egrave;re, &eacute;taient aussi visit&eacute;es mais de mani&egrave;re moins fournie et plus discr&egrave;te.<br \/>\n\tDeux &eacute;pisodes tr&egrave;s dissemblables &eacute;maill&egrave;rent la vie du cimeti&egrave;re apr&egrave;s sa d&eacute;saffection. Celui courant de novembre 1942 &agrave; mai 1943, lors de l&rsquo;occupation allemande, o&ugrave; l&rsquo;on creusa des tranch&eacute;es pour permettre &agrave; la population des immeubles voisins de se mettre &agrave; l&rsquo;abri lors des bombardements alli&eacute;s. Celui, plus haut en couleurs, dit de la &laquo; guerre du cimeti&egrave;re &raquo;, opposant, au cours de l&rsquo;ann&eacute;e scolaire 1943-1944, des enfants juifs &agrave; des enfants musulmans, &agrave; coups de pierres, qui dura de longs mois, jusqu&rsquo;&agrave; ce que le Conseil de la communaut&eacute; isra&eacute;lite de Tunis qui n&rsquo;avait aucun go&ucirc;t pour le folklore, ne mette fin &agrave; cette guerre &laquo; picrocholine &raquo;, selon l&rsquo;expression de Fran&ccedil;ois Rabelais, en colmatant les br&egrave;ches des murs. Le combat cessa alors, faute de combattants.<br \/>\n\tL&rsquo;aspect de la grande n&eacute;cropole (le cimeti&egrave;re du XIX&egrave;me si&egrave;cle mais aussi ceux des si&egrave;cles pass&eacute;s) au niveau des pierres tombales &eacute;tait, encore que de mani&egrave;re complexe et contradictoire, intriqu&eacute; avec les rites mortuaires de la population juive de la cit&eacute;. Ces pierres tombales du XVI&egrave;me au XIX&egrave;me si&egrave;cles &eacute;taient de simples dalles, pos&eacute;es &agrave; m&ecirc;me le sol, sans aucune ostentation et d&eacute;pourvues de surcharges ornementales. Or ce d&eacute;pouillement, cette simplicit&eacute;, contrastait violemment avec l&rsquo;exub&eacute;rance des c&eacute;r&eacute;monies mortuaires dont il faudrait maintenant parler.<br \/>\n\tAvant les fun&eacute;railles, les cris et les pleurs des femmes, accompagn&eacute;s des hurlements des pleureuses qui souvent se laceraient les joues, composaient un &eacute;trange tableau contrastant avec les visages ferm&eacute;s des hommes et leur pesant silenceviii. Les cort&egrave;ges fun&egrave;bres se composaient la plupart du temps d&rsquo;hommes. Les femmes apparaissaient, en force, lors des visites au cimeti&egrave;re, en r&egrave;gle g&eacute;n&eacute;rale, les vendredis matins. L&agrave;, assises pr&egrave;s des s&eacute;pulcres ou couch&eacute;es sur eux, elles reprochaient am&egrave;rement au d&eacute;funt, ou &agrave; la d&eacute;funte, leur absence, les tenaient au courant des menus &eacute;v&eacute;nements de la chronique, r&eacute;clamaient leur retour. Ces manifestations, le plus souvent, duraient quelques mois ou un peu plus. Puis s&rsquo;installait le silence et l&rsquo;opacit&eacute;. Ainsi au d&eacute;pouillement, &agrave; l&rsquo;humilit&eacute; des lieux, &agrave; la modestie des pierres tombales, s&rsquo;opposaient la violence de la gestuelle, l&rsquo;extravagance, et l&rsquo;excentricit&eacute; du discours. Mort baroque, dirions-nous, selon l&rsquo;expression de l&rsquo;historien fran&ccedil;ais Michel Vovelle, mais &agrave; la diff&eacute;rence que le baroque d&rsquo;Occident comportait une surcharge ornementale des monuments fun&eacute;raires, ici absente.<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\t<strong>III &ndash; EPITAPHES, ANTHROPONYMIE<\/strong><br \/>\n\tLes sources concernant les &eacute;pitaphes et leurs retomb&eacute;es anthroponymiques se trouvent, bien s&ucirc;r, dans l&rsquo;article de Rodolphe Arditti d&eacute;j&agrave; cit&eacute;. Cependant, la liste des patronymes que nous pourrions y d&eacute;couvrir est loin d&rsquo;&ecirc;tre exhaustive. Il faut donc recourir &agrave; deux ouvrages r&eacute;cents. Celui de Paul Sebag sur les noms des Juifs de Tunisie, paru en 2002, et celui que nous avons nous-m&ecirc;mes commis en 2004 sous l&rsquo;&eacute;gide du Cercle de g&eacute;n&eacute;alogie juive concernant tout le Maghrebix.<br \/>\n\tNous nous bornerons dans cette &eacute;tude anthroponymique &agrave; la communaut&eacute; des Tw&acirc;nsa, celle des Gr&acirc;na ayant d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; trait&eacute;e dans les pages de la Revue du Cercle de g&eacute;n&eacute;alogie juivex. Le livre de Paul Sebag et le n&ocirc;tre ayant d&eacute;j&agrave;, dans une large mesure, &eacute;lucid&eacute; le sens des patronymes et leur date d&rsquo;apparition, il ne sera pas question d&rsquo;y revenir. On recensera donc simplement les noms de famille, on cherchera &agrave; d&eacute;terminer leur fr&eacute;quencexi ou leur raret&eacute;. On se livrera, enfin, &agrave; quelques consid&eacute;rations sur les caract&eacute;ristiques anthroponymiques de la population juive de la cit&eacute;.<br \/>\n\tL&rsquo;article de Rodolphe Arditti recense, pour les XVIII&egrave;me et XIX&egrave;me si&egrave;cles, plusieurs dizaines de patronymes appartenant surtout &agrave; la communaut&eacute; des Tw&acirc;nsa. Il s&rsquo;agit le plus souvent de familles patriciennes, de lign&eacute;es rabbiniques. Nous en citons ici simplement quelques-uns comme les Borgel, les Cohen-Tanugi, les Cohen-Solal, mais &eacute;galement les Scemama, les Nataf, les Bessis qui, elles, avaient des homonymes, en revanche, dont il fallait se distinguer.<br \/>\n\tAu-del&agrave;, vient la masse des noms de famille. Mais l&agrave; encore il ne saurait &ecirc;tre question de recenser tous les noms de famille de la capitale tunisienne au temps du Protectorat. On se contentera des Tunisois de souche, c&rsquo;est-&agrave;-dire de ceux qui y vivaient avant le Protectorat. Car eux, et eux seuls, s&rsquo;inscrivaient dans la longue dur&eacute;e. Quant un nom, selon la m&eacute;moire collective, provenait d&rsquo;une autre ville ou d&rsquo;une autre r&eacute;gion, nous en avons mentionn&eacute; l&rsquo;origine entre parenth&egrave;se et parfois, approximativement, la date d&rsquo;installation &agrave; Tunis.<br \/>\n\tNous commencerons, dans le tableau ci-apr&egrave;s, par pr&eacute;senter les noms de famille les plus courants. Comme pour le second tableau qui suivra, nous retiendrons les orthographes les plus fr&eacute;quentes.<br \/>\n\tNOMS DE FAMILLE FR&Eacute;QUENTS<\/p>\n<p>\n\tAbitbol ou Boutboul<br \/>\n\tGozlan<br \/>\n\tNadjar ou Nizard<br \/>\n\tAnkri<br \/>\n\tGuetta (Libye ?)<br \/>\n\tNahum ou Nahoum<br \/>\n\tAssous<br \/>\n\tGuez ou Ghez<br \/>\n\tNataf<br \/>\n\tAttal<br \/>\n\tHaddad (Djerba)<br \/>\n\tPariente&nbsp;<br \/>\n\tAzoulay<br \/>\n\tHaouzi<br \/>\n\tPerez<br \/>\n\tBarouch<br \/>\n\tHayoun<br \/>\n\tSaada<br \/>\n\tBella&iuml;che<br \/>\n\tJami<br \/>\n\tSamama ou Scemama<br \/>\n\tBerrebi<br \/>\n\tJaoui<br \/>\n\tSarfati<br \/>\n\tBessis<br \/>\n\tJourno (Sicile ou Italie du Sud ?)<br \/>\n\tSebag<br \/>\n\tBijaoui ou Bigiaoui<br \/>\n\tJun&egrave;s ou Youn&egrave;s<br \/>\n\tSfez<br \/>\n\tBocobza ou Bokobza<br \/>\n\tKalfon ou Halfon<br \/>\n\tSitbon ou Setbon<br \/>\n\tBoubli ou Boublil<br \/>\n\tKayat ou Hayat<br \/>\n\tSitruk<br \/>\n\tBramli ou Brami*<br \/>\n\tKoskas ou Coscas<br \/>\n\tSlama<br \/>\n\tChikly ou Chikli<br \/>\n\tKrief<br \/>\n\tSmadja ou Smaja<br \/>\n\tChemla ou Chmila<br \/>\n\tKtorza ou Ctorza<br \/>\n\tTa&iuml;eb<br \/>\n\tCohen (Djerba pour partie)<br \/>\n\tLellouche&nbsp;<br \/>\n\t(Testour S.O de Tunis pour partie)<\/p>\n<p>\n\tUzan<br \/>\n\tCohen-Tanugi (Sicile, 1493 ?)<br \/>\n\tL&eacute;vi ou L&eacute;vy<br \/>\n\tZarka<br \/>\n\tDana<br \/>\n\tMaarek<br \/>\n\tZerah<br \/>\n\tFellous<br \/>\n\tMadar (Djerba)<br \/>\n\tZeitoun ou Zitoun<br \/>\n\tFitoussi<br \/>\n\tMarouani<br \/>\n\tZuili (Mahdia, centre est<br \/>\n\tde la Tunisie ?)<br \/>\n\tGabison<br \/>\n\tMeimoun et Me&iuml;mouni**<\/p>\n<p>\n\tGablula (Libye ?)<br \/>\n\tMoati<\/p>\n<p>\n\tGanem ou Ghanem<br \/>\n\tNaccache<\/p>\n<p>\n\t*Les deux patronymes Brami et Bramli n&rsquo;appartiennent pas &agrave; la m&ecirc;me souche. Le premier signifie en h&eacute;breu &laquo; appartenant &agrave; la famille &raquo; d&rsquo;un certain Abrahami ou Brahami. Le second signifie en arabe &laquo; tonnelier &raquo;. Il &eacute;tait plus fr&eacute;quent que l&rsquo;autre vers 1880. Pour des raisons qui nous &eacute;chappent, la municipalit&eacute; de Tunis transforma, pour l&rsquo;&eacute;tat-civil, beaucoup de Bramli en Brami, cr&eacute;ant une certaine confusion.<br \/>\n\t**Le second patronyme, assez rare, appartient &agrave; la m&ecirc;me souche que le premier et serait originaire de Testour, S.O. de Tunis.<\/p>\n<p>\n\tNous chercherons donc d&rsquo;abord &agrave; d&eacute;terminer la fr&eacute;quence de ces patronymes et &agrave; nous livrer &agrave; quelques exercices statistiques. La m&eacute;moire collective, souvent fid&egrave;le dans ces soci&eacute;t&eacute;s traditionnelles, retient ais&eacute;ment l&rsquo;origine g&eacute;ographique des porteurs de patronymes, conna&icirc;t les noms les plus fr&eacute;quents mais sans fournir, bien entendu, la moindre donn&eacute;e statistique. Essayer de d&eacute;m&ecirc;ler quelque chose dans le pr&eacute;c&eacute;dent tableau commanderait de conna&icirc;tre, m&ecirc;me approximativement, le nombre des Juifs de la capitale &agrave; diff&eacute;rentes &eacute;poques. En nous basant sur les premiers recensements effectu&eacute;s la Tunisie, apr&egrave;s la Grande Guerre et plus encore sur des estimations communautaires s&eacute;rieuses datant de 1895, on peut raisonnablement penser que vers 1880 il y avait &agrave; Tunis 14 000 Juifs dont quelque 2 000 Livournais. La population &agrave; cerner s&rsquo;&eacute;l&egrave;verait donc &agrave; quelque 12 000. Pour la plupart des patronymes du tableau il y avait une grosse centaine de porteurs, mais certains en comptaient davantage.&nbsp;<br \/>\n\tCes patronymes plus fr&eacute;quents &eacute;taient les suivants : Assous, Attal, Bella&iuml;che, Bismuth, Brami et Bramli, Chemla et son diminutif Chmila, Cohen, Fellous, Guez, Haddad, Maarek, Najjar ou Nizard, Saada, Samama ou Scemama, Serfati, Sitbon, Sitruk, Slama, Smadja, Ta&iuml;eb, Uzan, Ze&iuml;toun.<br \/>\n\tLe tableau ci-apr&egrave;s comptait donc probablement plus de 10 000 porteurs, c&rsquo;est-&agrave;-dire pr&egrave;s de 85 % de la population. L&rsquo;anthroponymie &eacute;tait donc relativement resserr&eacute;e et &eacute;galement probablement ancienne. Une partie de la population descendait de gens vivant dans la ville avant la pr&eacute;sence ottomane (fin du XVI&egrave;me si&egrave;cle). Une partie s&rsquo;y &eacute;tait install&eacute;e apr&egrave;s cette date, tout au long des XVII&egrave;me et XVIII&egrave;me si&egrave;cles, avec le d&eacute;veloppement &eacute;conomique dont b&eacute;n&eacute;ficiaient la cit&eacute; et son avant-port de la Goulette.<br \/>\n\tTous ces noms, sauf Cohen-Tanugi, correspondaient &agrave; plusieurs familles homonymes. Ces familles appartenaient &agrave; des strates sociales diff&eacute;rentes, s&eacute;par&eacute;es qu&rsquo;elles &eacute;taient par le revenu et le niveau de dignit&eacute; urbaine. Quelques-uns &eacute;taient, en ce temps, consid&eacute;r&eacute;s comme pl&eacute;b&eacute;iens : Haouzi, Journo, Krief.<\/p>\n<p>\n\t<strong>NOMS DE FAMILLES RARES*<\/strong><\/p>\n<p>\n\tAdda<br \/>\n\tCohen-Boulakia<br \/>\n\t(Levant ottoman)<br \/>\n\tRaccah (Libye)<br \/>\n\tAddaoui<\/p>\n<p>\n\tCohen-Hadria**<br \/>\n\tRiahi ou Yarhi*** (Languedoc,<br \/>\n\tProvence ?)<br \/>\n\tAllal<\/p>\n<p>\n\tCohen-Jonathan<br \/>\n\t(Alger ?)<br \/>\n\tRuben, Rubens<br \/>\n\tAllouche (Sud tunisien)<\/p>\n<p>\n\tCohen-Solal<br \/>\n\t(Bal&eacute;ares, Alger ?)<br \/>\n\tSaadoun (Sud tunisien)<br \/>\n\tAssal<br \/>\n\tCohen-Zardi<br \/>\n\tSaal<br \/>\n\tBaran&egrave;s<br \/>\n\tConstantini<\/p>\n<p>\n\tSabban (Djerba ?)<br \/>\n\tBelhassen (Maroc)<br \/>\n\tDiens ou Dian<\/p>\n<p>\n\tSberro ou Zbirou<br \/>\n\t(Libye ?)<br \/>\n\tBena&iuml;nous (Alger 1800 ?)<br \/>\n\tDouieb (Djerba)<br \/>\n\tSecnazi<br \/>\n\tBenmoussa<\/p>\n<p>\n\tEl Malih (Maroc)<br \/>\n\tSenouf<br \/>\n\tBenattar&nbsp;<br \/>\n\t(Gibraltar fin XVIII&egrave;me)<br \/>\n\tFargeon (Djerba)<br \/>\n\tSlakmon (Djerba)<br \/>\n\tBenisti<br \/>\n\tFarhi (Levant ottoman)<\/p>\n<p>\n\tStioui (Libye ?)<br \/>\n\tBenn&eacute;ro<br \/>\n\tFassi, Elfassi (Maroc)<\/p>\n<p>\n\tTaji et Bismuth-Taji<br \/>\n\tBerda (Lybie)<\/p>\n<p>\n\tHababou (Sousse, Tunisie ?)<\/p>\n<p>\n\tTartour<br \/>\n\tBesna&iuml;nou<br \/>\n\tHaccoun (Alger)<br \/>\n\tTemam<br \/>\n\tBijaoui-Bellham<br \/>\n\tHassan<br \/>\n\tTemim<br \/>\n\tBissor<br \/>\n\tHassid<\/p>\n<p>\n\tTibi<br \/>\n\tBittan&nbsp;<br \/>\n\tHoubani<br \/>\n\tTouitou (Tozeur S.O Tunisie)<\/p>\n<p>\n\tBorgel<\/p>\n<p>\n\tJarmon (Tripoli de<br \/>\n\tBarbarie, Libye)<br \/>\n\tTubiana (Alger ?)<\/p>\n<p>\n\tCacoub<\/p>\n<p>\n\tJerusalmi (Levant ottoman)<br \/>\n\tTuil<\/p>\n<p>\n\tCaroubi<\/p>\n<p>\n\tKrissi<\/p>\n<p>\n\tTuil-Tartour<\/p>\n<p>\n\tCastro (Espagne)<\/p>\n<p>\n\tNataf-Tartour<\/p>\n<p>\n\tWakil ou Ouakil ou Ouaki<\/p>\n<p>\n\tCattan (Levant ottoman)<\/p>\n<p>\n\tLahmi<\/p>\n<p>\n\tZakine<\/p>\n<p>\n\tChaltiel&nbsp;<br \/>\n\t(Testour S.O de Tunis)<\/p>\n<p>\n\tMarzouk<\/p>\n<p>\n\tZarhi<\/p>\n<p>\n\tChaouat<\/p>\n<p>\n\tMelloul<br \/>\n\tZouari<br \/>\n\tChiche (Alger 1800 ?)<\/p>\n<p>\n\tMessas ou Mechach<\/p>\n<p>\n\tMessica (nord de la<br \/>\n\tTunisie)<\/p>\n<p>\n\t*On pourrait y rajouter le patronyme de Freva. Mais sa naissance serait r&eacute;cente (&agrave; quelle date ?). Il semble en tout cas ext&eacute;rieur &agrave; notre horizon temporel &agrave; long terme.<br \/>\n\t**Les Cohen-Hadria ne seraient qu&rsquo;une branche des Cohen-Tanugi.<br \/>\n\t***Riahi peut bien &ecirc;tre la metath&egrave;se (inversion de lettres) de Yarhi. Ou encore il pourrait s&rsquo;agir de deux noms diff&eacute;rents :&nbsp;<br \/>\n\tRiahi, en arabe, d&eacute;signe un membre d&rsquo;une tribu b&eacute;douine, celle des Riy&acirc;h, du nord de la Tunisie. Yar&egrave;a\u1e25, qui signifie &ldquo;lune&rdquo; en aram&eacute;en. Les Riahi ou Yarhi se disent originaires de la cit&eacute; de Lunel en Languedoc qui, avant l&rsquo;expulsion des Juifs de France au XIV&egrave;me si&egrave;cle, abritait une importante communaut&eacute;<\/p>\n<p>\n\tLe nombre de porteurs par patronymes (un peu plus de vingt ?) est ici sensiblement plus bas que pr&eacute;c&eacute;demment, mais certains noms comme Assal, Baran&egrave;s, Chaouat, Hababou, Raccah, Temam, Tuil, Zakine, Zouari &eacute;taient sans doute un peu moins rares. Peut-&ecirc;tre avons-nous affaire &agrave; l&rsquo;existence de deux familles homonymes dans ces cas pr&eacute;cis ?<br \/>\n\tLa faible fr&eacute;quence correspondait &agrave; l&rsquo;existence de surnoms, par essence, typiques et limit&eacute;s. Un cas paradigmatique nous est donn&eacute; par l&rsquo;existence du patronyme Tartour (un couvre-chef turc) donn&eacute; (vers 1800 ?) &agrave; une famille Nataf et &agrave; une famille Tuil avec cr&eacute;ation de deux noms compos&eacute;s ou &agrave; une v&eacute;ritable substitution, Tartour tout court.<br \/>\n\tUne autre cause de ces faibles moyennes de fr&eacute;quence est, peut-&ecirc;tre, &agrave; chercher dans l&rsquo;arriv&eacute;e au cours des si&egrave;cles de familles nucl&eacute;aires, par essence, peu nombreuses, surtout avec les ravages de la mortalit&eacute; d&rsquo;alors. Le ph&eacute;nom&egrave;ne para&icirc;t moins se retrouver dans le pr&eacute;c&eacute;dent tableau. En particulier, les immigr&eacute;s venus nombreux de Djerba, surpeupl&eacute;e et pauvre, appartenaient souvent &agrave; des familles homonymes install&eacute;es dans la capitale &agrave; diff&eacute;rentes &eacute;poques (Cohen, Haddad, Madar). Cons&eacute;quence de cette faiblesse statistique, le fait probable que les patronymes du second tableau, globalement, &eacute;taient des familles uniques sans homonymes.<br \/>\n\tMentionnons, comme pour le premier tableau, que certains noms, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, &eacute;taient per&ccedil;us comme pl&eacute;b&eacute;iens, tels Assal, Benisti, Bissor, El Malih, Haccoun, Hasson, Melloul, Tuil, Wakil, Zarhi, Zouari. Les Krissi, enfin, &laquo; petite chaise &raquo; en arabe, se seraient jadis appel&eacute;s Bonan (une vieille famille de Tunis consid&eacute;r&eacute;e comme livournaise), tout au moins &agrave; l&rsquo;origine.<br \/>\n\t* *<br \/>\n\t*<\/p>\n<p>\n\tSitu&eacute; en plein c&oelig;ur de la ville coloniale, de 1900 &agrave; 1958, le vieux cimeti&egrave;re fut jadis en position p&eacute;riph&eacute;rique, extramuros. En fait, au fil des si&egrave;cles, il ne cessa de glisser du Septentrion vers le Midi au fur et &agrave; mesure des mises &agrave; sac ou des abandons des vieilles n&eacute;cropoles, surtout celles du XVI&egrave;me et du XVII&egrave;me si&egrave;cles, plus jamais visit&eacute;es, l&rsquo;oubli des d&eacute;c&egrave;s les plus anciens ayant fait son &oelig;uvre.<br \/>\n\tAu d&eacute;but du Protectorat, les autorit&eacute;s communautaires n&rsquo;oseront s&rsquo;opposer &agrave; ce qui ressemblait &agrave; une expropriation pour les parties les plus anciennes du cimeti&egrave;re (XVI&egrave;me, XVII&egrave;me, XVIII&egrave;me si&egrave;cles). Par la suite, la d&eacute;couverte de l&rsquo;&eacute;tat de droit permit de sauvegarder l&rsquo;espace du XIX&egrave;me si&egrave;cle avant l&rsquo;&eacute;viction rapide de 1958. Demeur&eacute; plus ou moins un mus&eacute;e, cet espace frappait par sa pauvret&eacute; et son aust&eacute;rit&eacute;, &agrave; l&rsquo;image des usages du pays o&ugrave; les n&eacute;cropoles musulmanes pr&eacute;sentaient le m&ecirc;me aspect. Le cimeti&egrave;re r&eacute;siduel fut aussi un livre d&rsquo;histoire. L&rsquo;anthroponymie qu&rsquo;il livra fut, durant quatre si&egrave;cles, celle de la communaut&eacute; des vivants, de leur foi et de leurs peines ; mais elle peupla massivement, aux m&ecirc;mes &eacute;poques, les st&egrave;les fun&eacute;raires d&rsquo;une cit&eacute; qui, du d&eacute;but du XVIII&egrave;me si&egrave;cle &agrave; la Grande Guerre, voire au-del&agrave;, abrita la plus grande collectivit&eacute; juive du Maghreb, avant d&rsquo;&ecirc;tre devanc&eacute;e par l&rsquo;agglom&eacute;ration de Casablanca, probablement d&egrave;s avant 1940, puisque, en 1947, la cit&eacute; marocaine et ses banlieues d&eacute;passaient vraisemblablement 86 000 Juifsxii au-del&agrave; de ce que disaient les annuaires statistiques.&nbsp;<br \/>\n\tLa fin du cimeti&egrave;re inaugura la fin des lieux de m&eacute;moire. En 1958 on expropria les morts. En 1960-1961 fut d&eacute;truit le vieux cimeti&egrave;re historique de la \u1e24&acirc;ra et de sa v&eacute;n&eacute;rable grande synagogue, le tout, quelques ann&eacute;es avant que les vivants ne quittent &agrave; jamais les rives de Carthage. Demeur&eacute; en l&rsquo;&eacute;tat, le nouveau cimeti&egrave;re de Borgel, inscrit dans la modernit&eacute;, mais d&eacute;pourvu de l&eacute;gitimit&eacute; faute d&rsquo;enracinement dans le temps long. Survivra-t-il d&rsquo;ailleurs devant l&rsquo;extension urbaine de la ville de Tunis ? Rien n&rsquo;est moins s&ucirc;r.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ANCIEN CIMETI&Egrave;RE ISRA&Eacute;LITE DE TUNIS&nbsp;ET L&rsquo;ANTHROPONYMIE DES JUIFS DE LA CIT&Eacute;, par&nbsp;Jacques Ta&iuml;eb &nbsp; &nbsp; Telle &eacute;tait la d&eacute;nomination courante de cette n&eacute;cropole sous le Protectorat fran&ccedil;ais (1881-1956). Situ&eacute;e hors des murs de la m&eacute;dina et de ses faubourgs, elle s&rsquo;&eacute;tendait au nord de la cit&eacute;. 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