{"id":9481,"date":"2014-10-20T23:07:16","date_gmt":"2014-10-20T23:07:16","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9481"},"modified":"2014-10-20T23:16:58","modified_gmt":"2014-10-20T23:16:58","slug":"le-retour-des-juifs-francais-en-israel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-retour-des-juifs-francais-en-israel\/","title":{"rendered":"Le \u00ab retour \u00bb des juifs fran\u00e7ais en Isra\u00ebl"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLe &laquo; retour &raquo; des juifs fran&ccedil;ais en Isra&euml;l<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div id=\"articleBody\" itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\tUne envie de trente ans, longtemps repouss&eacute;e. Et puis les &eacute;toiles ont fini par s&#39;aligner, comme une &eacute;vidence.&nbsp;&laquo; La finalit&eacute; &eacute;tait de rentrer chez soi &raquo;, disent-ils en choeur. A 48 ans, Carole Derei a enfin convaincu son mari Andr&eacute; de quitter la France et de&nbsp;&laquo; monter &raquo;, selon l&#39;expression consacr&eacute;e, en Isra&euml;l. De faire son alya. Andr&eacute; est n&eacute; &agrave; Alger et Carole &agrave; Lyon, de parents originaires d&#39;Alg&eacute;rie. Le 10 juillet, ils sont arriv&eacute;s &agrave; Ashdod, port situ&eacute; &agrave; mi-chemin entre Tel-Aviv et la bande de Gaza. Deux jours plus t&ocirc;t, les forces arm&eacute;es isra&eacute;liennes avaient lanc&eacute; l&#39;op&eacute;ration &laquo; Bordure protectrice &raquo; contre le Hamas, qui fera pr&egrave;s de 2 100 morts en cinquante jours.<\/p>\n<p>\n\t\tLe soir de leur arriv&eacute;e &agrave; Ashdod, Carole et Andr&eacute; ont suivi le mouvement g&eacute;n&eacute;ral. Ils se sont r&eacute;fugi&eacute;s dans un abri, pour &eacute;chapper aux roquettes du Hamas. Un peu plus t&ocirc;t, sur le balcon, une amie avait point&eacute; son doigt vers le sud.&nbsp;&laquo; Tu vois, Gaza, c&#39;est l&agrave;-bas. &raquo;&nbsp;&Ccedil;a lui a fait tout dr&ocirc;le, &agrave; Carole. Mais rien ne pouvait att&eacute;nuer leur d&eacute;termination.<\/p>\n<p>\n\t\tLorsqu&#39;elle a envisag&eacute; pour la premi&egrave;re fois d&#39;&eacute;migrer en Isra&euml;l, &agrave; la fin des ann&eacute;es 1980, le projet tombait mal pour Andr&eacute;, qui travaillait &agrave; la SNCF et pensait &agrave; sa carri&egrave;re. Le temps a fil&eacute;, les enfants &ndash; un gar&ccedil;on, quatre filles &ndash; ont grandi &agrave; Lyon, inscrits dans une &eacute;cole juive. Il y a dix ans, le fils du couple est parti en &eacute;claireur. Il s&#39;est install&eacute; &agrave; Ashdod, est devenu agent immobilier. Il sera bient&ocirc;t papa. Carole et Andr&eacute; ont senti l&#39;envie ancienne remonter &agrave; la surface, d&#39;autant que l&#39;atmosph&egrave;re, en France, leur paraissait de plus en plus oppressante. Le supplice d&#39;Ilan Halimi en 2006, l&#39;&eacute;quip&eacute;e sanguinaire de Mohamed Merah en 2012, la logorrh&eacute;e haineuse de Dieudonn&eacute;. Le sentiment d&#39;&ecirc;tre assi&eacute;g&eacute; dans son propre pays. L&#39;une de leurs filles s&#39;est fait cracher au visage dans la rue. L&#39;autre, tr&egrave;s croyante, la t&ecirc;te couverte, prenait le m&eacute;tro &agrave; Marseille avec son b&eacute;b&eacute; lorsqu&#39;elle a &eacute;t&eacute; insult&eacute;e.&nbsp;&laquo; J&#39;ai peur pour elle &raquo;, dit sa m&egrave;re.<\/p>\n<p>\n\t\tIls en ont eu assez d&#39;&eacute;prouver la peur au quotidien, d&#39;avoir le sentiment que les digues c&eacute;daient en France et que l&#39;intol&eacute;rable ne l&#39;&eacute;tait plus.&nbsp;&laquo; J&#39;en avais marre des &eacute;trangers &raquo;, l&acirc;che-t-elle aussi. Lui, plus diplomate, raconte comment, &agrave; Lyon, il a progressivement renonc&eacute; &agrave; porter la kippa, lui pr&eacute;f&eacute;rant la casquette, sauf pour les f&ecirc;tes.&nbsp;&laquo; Ici en Isra&euml;l,&nbsp;dit-il,&nbsp;on marche dans la rue, il n&#39;y a pas de pr&eacute;jug&eacute;s. On peut &ecirc;tre bleu, noir, vert, tout le monde s&#39;en moque ! C&#39;est une soci&eacute;t&eacute; cosmopolite. &raquo;&nbsp;Fa&ccedil;on de parler, tant les discriminations contre les Arabes isra&eacute;liens, qui repr&eacute;sentent un quart de la population, sont accablantes. Mais de cela, les&nbsp;olims&nbsp;(immigrants) fran&ccedil;ais ne parlent jamais, comme si ce monde parall&egrave;le n&#39;entrait pas dans leur champ de vision.<\/p>\n<p>\n\t\tLe repr&eacute;sentant de l&#39;Agence juive &agrave; Paris, organisation semi-gouvernementale isra&eacute;lienne, a provoqu&eacute; un grand &eacute;moi en annon&ccedil;ant, d&eacute;but septembre, que pour la premi&egrave;re fois dans l&#39;Histoire, la France &eacute;tait en t&ecirc;te des pays sources pour l&#39;alya. Sur les huit premiers mois de l&#39;ann&eacute;e, 4 566 juifs fran&ccedil;ais sont &laquo; mont&eacute;s &raquo; en Isra&euml;l, ce qui reste encore marginal par rapport &agrave; l&#39;ensemble de la communaut&eacute; en France, estim&eacute;e &agrave; environ 500 000 membres.<\/p>\n<p>\n\t\tEn 2013, un chiffre record avait d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; enregistr&eacute;, avec 3 263 partants. La France est devenue un pays prioritaire pour l&#39;Agence juive, qui y multiplie les r&eacute;unions d&#39;information pour s&eacute;duire des candidats au d&eacute;part. Deux cibles de choix apparaissent : les retrait&eacute;s, qui ont une certaine aisance, et les jeunes, en qu&ecirc;te identitaire ou de nouvelles perspectives professionnelles. La crise en Europe renforce les envies de d&eacute;part.&nbsp;&laquo; Il y a trente ans, on &eacute;tait dans un sionisme beaucoup plus mystique, autour de l&#39;id&eacute;e de retour du peuple juif sur ses terres, explique Ari&eacute; Bensemhoun, ancien pr&eacute;sident de la communaut&eacute; juive &agrave; Toulouse et directeur ex&eacute;cutif d&#39;Elnet-France, organisation d&#39;influence promouvant les &eacute;changes entre les deux pays.&nbsp;C&#39;&eacute;tait une rupture. Aujourd&#39;hui, il s&#39;agit d&#39;exil&eacute;s de l&#39;int&eacute;rieur, de gens se sentant incompris, orphelins d&#39;une France malade, qui souffre, avec laquelle ils gardent des contacts permanents. Certains d&eacute;cident de faire leur alya alors qu&#39;on ne savait m&ecirc;me pas qu&#39;ils &eacute;taient juifs ! C&#39;est la r&eacute;alit&eacute; qui les a amen&eacute;s &agrave; un questionnement. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>PRIS EN CHARGE D&Egrave;S L&#39;ARRIV&Eacute;E &Agrave; L&#39;A&Eacute;ROPORT<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tAshdod est l&#39;une des destinations c&ocirc;ti&egrave;res o&ugrave; ils s&#39;&eacute;tablissent. Moins cher, du point de vue immobilier, que la clinquante Tel-Aviv, moins &agrave; la mode que la station de Netanya et ses 11 km de plage, le port profite n&eacute;anmoins de l&#39;arriv&eacute;e des olims. La branche locale du minist&egrave;re de l&#39;int&eacute;gration &ndash; &laquo; Ministry of Immigrant Absorption &raquo; en anglais &ndash; avance des chiffres spectaculaires. Depuis le 1er&nbsp;janvier, 555 Fran&ccedil;ais sont arriv&eacute;s en ville, contre 320 et 248 sur les deux ann&eacute;es pr&eacute;c&eacute;dentes,observe Mich&egrave;le Nabet, responsable des francophones.&nbsp;&laquo; J&#39;ai re&ccedil;u ce matin une pharmacienne, dont le mari est compositeur. J&#39;ai des jeunes, des c&eacute;libataires, des familles avec des enfants en bas &acirc;ge, chose rare ces derni&egrave;res ann&eacute;es. Ces familles juives ressentent la peur de les faire grandir en France. &raquo;&nbsp;Mich&egrave;le Nabet est arriv&eacute;e en 1983. N&eacute;e &agrave; Mulhouse (Haut-Rhin), mari&eacute;e &agrave; un Isra&eacute;lien, elle a travaill&eacute; au bureau de l&#39;Agence juive &agrave; Paris, avant de faire son alya.&nbsp;&laquo; Je suis fran&ccedil;aise ET isra&eacute;lienne. Mais la France d&#39;aujourd&#39;hui n&#39;est plus du tout celle d&#39;il y a trente ans. Quand on voit qu&#39;il n&#39;y a que des musulmans dans la queue devant la S&eacute;curit&eacute; sociale&hellip; &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tMich&egrave;le Nabet guide les arrivants dans leurs d&eacute;marches. D&egrave;s leur atterrissage &agrave; l&#39;a&eacute;roport Ben-Gourion, ils sont pris en charge, couv&eacute;s. On leur remet une liasse de shekels &eacute;quivalant &agrave; quelques centaines d&#39;euros pour leurs premi&egrave;res d&eacute;penses, puis, une fois leur compte en banque activ&eacute;, ils per&ccedil;oivent une aide pour l&#39;installation, pendant six mois, proportionnelle &agrave; la taille de la famille. En revanche, ils doivent s&#39;engager &agrave; suivre des cours intensifs d&#39;h&eacute;breu, au rythme de cinq heures par jour, cinq jours par semaine pendant trois mois.<\/p>\n<p>\n\t\tParfois, la greffe ne prend pas, pour des raisons diverses : le co&ucirc;t de la vie, qui surprend souvent les arrivants ; la difficult&eacute; &agrave; trouver un emploi ; les diff&eacute;rences de mentalit&eacute; ; le cafard de l&#39;expatriation. Sans surprise, l&#39;alya la plus pr&eacute;par&eacute;e en amont se passe le mieux. Il est impossible de donner un ordre de grandeur de l&#39;&eacute;chec. Les autorit&eacute;s taisent les statistiques, alors que l&#39;administration suit forc&eacute;ment les arrivants &agrave; la trace.<\/p>\n<p>\n\t\tEn dehors des structures &eacute;tatiques isra&eacute;liennes, les olims fran&ccedil;ais peuvent aussi compter sur les r&eacute;seaux francophones, qui se sont renforc&eacute;s ces derni&egrave;res ann&eacute;es. A Ashdod, Patricia Hassoun, 54 ans, est incontournable. Elle re&ccedil;oit autour d&#39;une limonade, dans son appartement situ&eacute; en hauteur, dans l&#39;un de ces immeubles modernes qui poussent dans ce quartier r&eacute;sidentiel. De son balcon, d&eacute;cor&eacute; tout le long de drapeaux isra&eacute;liens, on aper&ccedil;oit le petit port et la mer tentatrice. Les grues, dans les environs, g&acirc;chent le paysage mais donnent une id&eacute;e de la mutation d&#39;Ashdod.<\/p>\n<p>\n\t\tPatricia Hassoun est arriv&eacute;e en France &agrave; un an, en provenance d&#39;Alg&eacute;rie. Elle a travaill&eacute; au service d&#39;urbanisme, puis aux affaires sociales, &agrave; la mairie de Cabri&egrave;s (Bouches-du-Rh&ocirc;ne). En 2003, elle ach&egrave;te sur plan, avec son mari, l&#39;appartement o&ugrave; elle nous re&ccedil;oit. Depuis, son prix a &eacute;t&eacute; multipli&eacute; par deux. Il ne s&#39;agissait alors que d&#39;avoir une r&eacute;sidence secondaire.&nbsp;&laquo; Ce sont les enfants qui ont ma&icirc;tris&eacute; le mouvement du d&eacute;part, pas moi &raquo;, s&#39;amuse-t-elle. Son fils a&icirc;n&eacute; a d&eacute;cid&eacute; de s&#39;installer en 2007 dans le port isra&eacute;lien, &agrave; 24 ans, avec sa fianc&eacute;e. Puis sa fille est venue &eacute;tudier &agrave; l&#39;&acirc;ge de 15 ans. Mais la d&eacute;gradation du climat social et politique en France l&#39;a &eacute;galement pouss&eacute;e &agrave; changer de vie. Un jour, la fonctionnaire d&eacute;couvre une croix gamm&eacute;e sur sa voiture.&nbsp;&laquo; Je n&#39;ai pas compris. J&#39;&eacute;tais hyper-int&eacute;gr&eacute;e. &Ccedil;a fait r&eacute;fl&eacute;chir. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tEn octobre 2010, elle arrive &agrave; Ashdod. L&#39;apprentissage de la langue ne va pas sans peine. Au lieu de profiter de la plage, Patricia Hassoun se lance dans l&#39;immobilier. Mais tr&egrave;s vite, l&#39;id&eacute;e de cr&eacute;er un site d&#39;information sur la ville s&#39;impose &agrave; elle.&nbsp;&laquo; A l&#39;&eacute;poque o&ugrave; je venais simplement en vacances &agrave; Ashdod, je me disais qu&#39;il n&#39;y avait pas de lien, malgr&eacute; l&#39;existence de diff&eacute;rentes associations, que les Fran&ccedil;ais &eacute;taient horriblement mal organis&eacute;s. &raquo;&nbsp;Elle lance donc, avec l&#39;aide de son fils, Ashdod Caf&eacute;, un site donnant conseils et adresses aux compatriotes.&nbsp;&laquo; Il y a aujourd&#39;hui 17 000 Fran&ccedil;ais et 60 000 francophones pour une population de 250 000 personnes, dit-elle.&nbsp;Pour certains, &ccedil;a ne marche pas. Ils prennent trop leur temps, se croient en vacances. Ici, le fric file vite. Alors, ils retournent en France, au pays des aides. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tPatricia Hassoun se sent comme la reine de la marina. Son t&eacute;l&eacute;phone sonne sans cesse. Elle oriente, avertit, f&eacute;licite, encourage. Elle rage contre le maire d&#39;Ashdod, Yehiel Lasry, pas assez dynamique &agrave; son go&ucirc;t, alors qu&#39;il y aurait tant &agrave; faire pour attirer encore plus de Fran&ccedil;ais. Sa fille, &acirc;g&eacute;e de 20 ans, vient de finir ses deux ans de service militaire.&nbsp;&laquo; Elle r&eacute;pare les h&eacute;licopt&egrave;res. Pendant les combats &agrave; Gaza, elle a fait toutes les nuits. Elle connaissait Jordan. &raquo;Jordan Bensemhoun, 22 ans, est devenu le symbole de l&#39;engagement des jeunes juifs fran&ccedil;ais pour leur nouvelle patrie. Ce soldat franco-isra&eacute;lien, tu&eacute; &agrave; Gaza, avait quitt&eacute; Lyon pour s&#39;installer en Isra&euml;l &agrave; l&#39;&acirc;ge de 16 ans. Il faisait partie de l&#39;unit&eacute; terrestre d&#39;&eacute;lite Egoz. Le 22 juillet, &agrave; Ashkelon, plusieurs milliers de personnes ont assist&eacute; &agrave; ses fun&eacute;railles.&nbsp;&laquo; Le choix de vie de Jordan &eacute;tait une le&ccedil;on de sionisme &raquo;,&nbsp;a d&eacute;clar&eacute; l&#39;ancien ministre de la d&eacute;fense, Shaul Mofaz, lors d&#39;un &eacute;loge fun&egrave;bre. Patricia est triste quand elle &eacute;voque sa m&eacute;moire. Comme s&#39;il s&#39;agissait d&#39;un proche.<\/p>\n<p>\n\t\t<span>LE MONDE&nbsp;<\/span><a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/journaliste\/piotr-smolar\/\" target=\"_blank\">Piotr Smolar<\/a><span>&nbsp;(J&eacute;rusalem, correspondant)<\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le &laquo; retour &raquo; des juifs fran&ccedil;ais en Isra&euml;l &nbsp; &nbsp; &nbsp; Une envie de trente ans, longtemps repouss&eacute;e. 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