{"id":9497,"date":"2015-10-03T23:55:37","date_gmt":"2015-10-03T23:55:37","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9497"},"modified":"2015-10-04T05:43:26","modified_gmt":"2015-10-04T05:43:26","slug":"croire-en-secret-lexperience-marrane","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/croire-en-secret-lexperience-marrane\/","title":{"rendered":"Croire en secret : l&rsquo;exp\u00e9rience marrane"},"content":{"rendered":"<p>\n\tCroire en secret : l&#39;exp&eacute;rience marrane<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tYVES MARC AJCHENBAUM<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div id=\"principal\" itemprop=\"articleBody\">\n<figure>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/figure>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s l&#39;obligation faite aux juifs d&#39;Espagne, le 31 mars 1492, et plus tard &agrave; ceux du Portugal, de se convertir au catholicisme, nombre d&#39;entre eux, visc&eacute;ralement attach&eacute;s au monde ib&eacute;rique, choisirent&nbsp; de mener une double vie, chr&eacute;tienne socialement et, dans l&#39;intimit&eacute;, respecteuse de pratiques et des valeurs&nbsp; du juda&iuml;sme. Ainsi sont n&eacute;s les marranes, ces &laquo;&nbsp;conversos&nbsp;&raquo; toujours contraints au secret et donc toujours suspects.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tL&#39;alternative? P&eacute;rir ou fuir vers le Maghreb ou l&#39;Europe du Nord. Certains choisirent l&#39;Am&eacute;rique du Sud.<\/p>\n<p>\n\t\tJean-Philippe Schreiber, Jacques Ehrendfreund et Jacques D&eacute;om&nbsp; inaugurent ce livre constitu&eacute; d&#39;une s&eacute;rie d&#39;articles, par une tentative fort s&eacute;duisante de transformer le marranisme en une &nbsp;exp&eacute;rience historique qui d&eacute;passe largement la cadre ib&eacute;rique. A leurs yeux, le ph&eacute;nom&egrave;ne marrane, et ses&nbsp; cons&eacute;quences humaines et sociales &agrave; l&#39;&eacute;chelle europ&eacute;enne, explique l&#39;adh&eacute;sion, d&egrave;s le XVIIIe si&egrave;cle, d&#39;une partie du juda&iuml;sme aux Lumi&egrave;res et &agrave; la modernit&eacute;. &nbsp;Les marranes, &agrave; partir de ce&nbsp;&laquo;&nbsp;n&oelig;ud d&#39;une pluralit&eacute; culturelle o&ugrave; celui qui a &eacute;t&eacute; contraint de&nbsp; renier sa religion d&#39;origine accepte d&#39;entrer en dialogue avec la religion qui lui est impos&eacute;e, et &nbsp;la conjugue de mani&egrave;re cr&eacute;ative avec son appartenance premi&egrave;re&nbsp;&raquo;,&nbsp;auraient donc construit, &laquo;&nbsp;un mod&egrave;le original caract&eacute;ristique de recomposition du religieux de la soci&eacute;t&eacute; moderne&nbsp;&raquo;. Un mod&egrave;le qui, selon Jacques D&eacute;om valorise le&nbsp;&laquo;&nbsp;for int&eacute;rieur et de l&#39;accomplissement personnel&nbsp;&raquo;, et offre, peut-&ecirc;tre, une forme de libert&eacute;.&nbsp; En tout cas, pour les initiateurs de ce livre, le ph&eacute;nom&egrave;ne marrane doit &ecirc;tre &eacute;tudi&eacute; avec grande attention par la sociologie contemporaine tant il porte en lui la question identitaire et&nbsp; d&eacute;voile la&nbsp;&laquo;&nbsp;tension identit&eacute;-changement&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Le marrane: un homme masqu&eacute;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tReste que cette&nbsp;&laquo;&nbsp;tension&nbsp;&raquo;&nbsp;produite par celui qui&nbsp;&laquo;&nbsp;passe de l&#39;autre cot&eacute;&nbsp;&raquo;&nbsp;ne saurait se r&eacute;duire &agrave; une forme de fascination positive. N&#39;oublions pas que &laquo;&nbsp;&nbsp;marrane&nbsp;&raquo;&nbsp;est, encore aujourd&#39;hui, un terme offensant,&nbsp;marrano, toujours utilis&eacute; en Espagne&nbsp;:&nbsp; un porc.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLa postface de l&#39;ouvrage, sign&eacute;e de Maurice Kriegel, sp&eacute;cialiste du monde juif au Moyen-&Acirc;ge&nbsp; sonne, &agrave; sa fa&ccedil;on, comme un avertissement &nbsp;pour ceux qui semblent attir&eacute;s par une certaine forme de &laquo;&nbsp;romantisme marrane&nbsp;&raquo; alli&eacute;e &agrave; une fascination pour l&#39;ancien monde jud&eacute;o-espagnol. Il nous rappelle fermement que la soci&eacute;t&eacute; des hommes tranche toujours en d&eacute;faveur de celui qui porte un masque.&nbsp; Elle se m&eacute;fie des secrets et du d&eacute;doublement , situations v&eacute;cues comme contraires aux principes d&#39;honn&ecirc;tet&eacute;, d&#39;honneur et de fid&eacute;lit&eacute;. Et ces jugements se retrouvent aussi bien dans le monde chr&eacute;tien que dans le monde juif qui craint, sinon d&eacute;nonce chez les&nbsp;&laquo;&nbsp;conversos&nbsp;&raquo;, &nbsp;une infid&eacute;lit&eacute; au Dieu qu&#39;ils se devaient &nbsp;de servir.&nbsp; Pour Maurice Kriegel, le marrane serait donc plut&ocirc;t un homme dans l&#39;impasse et la fermeture. Pis, un homme pi&eacute;g&eacute;. S&#39;il ne se convertit pas, il doit s&#39;exiler, s&#39;exposant alors, selon la tradition juive, &agrave; un risque et &agrave; une menace&nbsp;: se fondre au sein des soci&eacute;t&eacute;s d&#39;accueil. &laquo;&nbsp;Parmi ces nations tu n&#39;auras pas de tranquillit&eacute; et il n&#39;y aura pas d&#39;endroit ou reposer la plante de ton pied&nbsp;&raquo;,&nbsp;rappelle l&#39;historien en se r&eacute;f&eacute;rant au Deut&eacute;ronome (28,65).<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Les r&eacute;alit&eacute;s plurielles du marranisme<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCoinc&eacute;s entre ces deux regards sur le ph&eacute;nom&egrave;ne marrane, douze autres historiens,&nbsp; sociologues et &nbsp;philosophes &nbsp;nous proposent une sorte de &nbsp;voyage qui nous m&egrave;ne au Br&eacute;sil sur les chemins de l&#39;incertitude, de l&#39;irr&eacute;ligion, de l&#39;illuminisme ou en Iran parmi la communaut&eacute; des Mashadi, (de la cit&eacute; de Mashad) convertie de force &agrave; l&#39;islam en 1839 et qui, &agrave; New-York ou en Isra&euml;l maintient encore aujourd&#39;hui, &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&#39;un juda&iuml;sme orthodoxe, une pratique familiale et communautaire ferm&eacute;e sur elle-m&ecirc;me et transmise sans faille par les femmes.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tNous &eacute;loignant du juda&iuml;sme, Monique Weis, sp&eacute;cialiste des rapports du politique et du religieux en Europe occidentale,&nbsp; nous entra&icirc;ne dans l&#39;Angleterre des XVIe et XVIIe si&egrave;cles avec la d&eacute;couverte des&nbsp;&laquo;&nbsp;Church Papists&nbsp;&raquo;, ces fid&egrave;les de Rome qui, sous la pression politique de la royaut&eacute; et du clerg&eacute; anglican, choisissent une forme de double vie et que l&#39;auteur n&#39;h&eacute;site pas &agrave; d&eacute;signer sous le terme de&nbsp;&laquo;&nbsp;marranes catholiques&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tEnfin on ne peut &eacute;chapper aux versions protestantes du marranisme que Patrick Cabanel, historien du monde r&eacute;form&eacute;, analyse avec finesse et perplexit&eacute;, insistant certes sur ses diff&eacute;rentes variantes, mais &eacute;galement sur l&#39;opposition de Calvin &agrave; cette pratique du compromis. Et il n&#39;oublie d&#39;&eacute;voquer ses &eacute;checs au point de se demander si, au del&agrave; du discours imaginaire, le ph&eacute;nom&egrave;ne marrane a bien exist&eacute; au sein du protestantisme europ&eacute;en.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Le marrane imaginaire, un personnage contemporain<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tAu fil des pages et des articles, nous passons d&#39;un si&egrave;cle &agrave; l&#39;autre, d&#39;un pays&nbsp; &agrave; l&#39;autre. Nous sommes aussi bien au Royaume d&#39;Orange qu&#39;en Transylvanie avec le&nbsp;&laquo;&nbsp;semi-marranisme des sabbatariens&nbsp;&raquo;.&nbsp; Une travers&eacute;e dans le temps et l&#39;espace compl&eacute;t&eacute;e par une forme de rencontre avec des personnalit&eacute;s contemporaines qui ont peut-&ecirc;tre pour point commun d&#39;avoir tout fait pour &nbsp;&eacute;chapper &agrave; toute gr&eacute;garit&eacute; fusionnelle et pour n&#39;avoir jamais c&eacute;der &agrave; l&#39;illusion de l&#39;enracinement.&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tA ce titre, qu&#39;ils se nomment &nbsp;Jean-Marie (Aron) Lustiger, Marcel Proust, Jacques Derrida ou Andr&eacute; Suar&egrave;s, gr&acirc;ce aux r&eacute;flexions de discrets intellectuels comme Fr&eacute;d&eacute;ric Gugelot, Perrine Simon-Nahum, Martine Leibovici et Norman Simms, ils prennent &nbsp;place dans cette r&eacute;flexion collective certes un peu &eacute;clat&eacute;e mais n&eacute;anmoins passionnante dans laquelle le ph&eacute;nom&egrave;ne marrane appara&icirc;t tour &agrave; tour, ou &agrave; la fois, comme une ivresse silencieuse, &nbsp;une aspiration &agrave; se fondre&nbsp; ou m&ecirc;me l&#39;expression d&#39;une m&eacute;fiance envers toute forme de r&eacute;f&eacute;rence communautaire.<\/p>\n<p>\n\t\tMais n&#39;est-ce pas tout simplement, la condition m&ecirc;me de la vie juive&nbsp;?<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLes marranismes<\/p>\n<p>\n\t\tDe la religiosit&eacute; cach&eacute;e &agrave; la soci&eacute;t&eacute; ouverte<\/p>\n<p>\n\t\tSous la direction de Jacques Ehrenfreund et Jean-Philippe Schreiber<\/p>\n<p>\n\t\tEditions Demopolis<\/p>\n<p>\n\t\t337 pages&nbsp;; 28 euros<\/p>\n<p>\n\t\thttp:\/\/www.fait-religieux.com\/culture\/livres\/2014\/10\/11\/croire-en-secret-l-experience-marrane<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Croire en secret : l&#39;exp&eacute;rience marrane &nbsp; YVES MARC AJCHENBAUM &nbsp; &nbsp; &nbsp; Apr&egrave;s l&#39;obligation faite aux juifs d&#39;Espagne, le 31 mars 1492, et plus tard &agrave; ceux du Portugal, de se convertir au catholicisme, nombre d&#39;entre eux, visc&eacute;ralement attach&eacute;s au monde ib&eacute;rique, choisirent&nbsp; de mener une double vie, chr&eacute;tienne socialement et, dans l&#39;intimit&eacute;, respecteuse&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[15,1],"tags":[],"class_list":["post-9497","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-religion","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9497","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9497"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9497\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9497"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9497"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9497"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}