{"id":9505,"date":"2014-10-22T00:53:41","date_gmt":"2014-10-22T00:53:41","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9505"},"modified":"2014-10-21T22:28:08","modified_gmt":"2014-10-21T22:28:08","slug":"pourquoi-la-turquie-t-elle-mal-tourne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/pourquoi-la-turquie-t-elle-mal-tourne\/","title":{"rendered":"Pourquoi la Turquie a-t-elle mal tourn\u00e9 ?"},"content":{"rendered":"<p>\n\tPourquoi la Turquie a-t-elle mal tourn&eacute; ?<\/p>\n<p>\n\tpar Daniel Pipes<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n<!-- PLAINTEXT STRIP END --><\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tIl y a douze ans &agrave; peine, la R&eacute;publique turque &eacute;tait per&ccedil;ue &agrave; juste titre comme un alli&eacute; exemplaire au sein de l&#39;OTAN, un mod&egrave;le d&#39;&Eacute;tat musulman pro-occidental et un pont entre l&#39;Europe et le Moyen-Orient. L&#39;alliance militaire avec le Pentagone sous-tendait toute une s&eacute;rie de relations &eacute;conomiques et culturelles avec les Am&eacute;ricains. Pour nous qui travaillons sur le Moyen-Orient, le temps pass&eacute; &agrave; Istanbul, &agrave; Ankara et dans d&#39;autres villes turques, &eacute;tait comme une oasis de fra&icirc;cheur au milieu d&#39;une r&eacute;gion en &eacute;bullition.<\/p>\n<p>\n\t\tMais voil&agrave; qu&#39;au lendemain de ces fameuses &eacute;lections de 2002, le pays a compl&egrave;tement chang&eacute; de cap. Dans un processus d&#39;abord lent qui s&#39;est ensuite acc&eacute;l&eacute;r&eacute; d&egrave;s le milieu de 2011, le gouvernement s&#39;est mis &agrave; violer ses propres lois, est devenu autocratique et s&#39;est alli&eacute; aux ennemis des &Eacute;tats-Unis. M&ecirc;me les plus r&eacute;ticents &agrave; reconna&icirc;tre ce changement ont bien &eacute;t&eacute; oblig&eacute;s de l&#39;admettre. Si en 2012 Barack Obama classait le dirigeant politique turc dominateur, Recep Tayyip Erdo\u011fan, parmi <a href=\"http:\/\/swampland.time.com\/2012\/01\/19\/inside-obamas-world-the-president-talks-to-time-about-the-changing-nature-of-american-power\/\">ses cinq meilleurs amis &eacute;trangers<\/a>, il a montr&eacute; une attitude toute diff&eacute;rente, il y a quelques semaines, en d&eacute;signant un simple <a href=\"http:\/\/www.whitehouse.gov\/the-press-office\/2014\/08\/26\/president-obama-announces-presidential-delegation-turkey-attend-inaugura\">charg&eacute; d&#39;affaires<\/a> pour le repr&eacute;senter &agrave; la c&eacute;r&eacute;monie d&#39;investiture d&#39;Erdo\u011fan devenu pr&eacute;sident &ndash; une gifle publique.<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; quoi ce changement est-il d&ucirc; ? Pourquoi la Turquie a-t-elle mal tourn&eacute; ?<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Ant&eacute;c&eacute;dents historiques<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tPour comprendre cette situation actuelle inattendue, il faut se reporter &agrave; l&#39;&eacute;poque de l&#39;Empire ottoman. Fond&eacute; en 1299, celui-ci &eacute;tablit son contr&ocirc;le sur une partie substantielle du continent europ&eacute;en (principalement la r&eacute;gion des Balkans qui re&ccedil;ut son nom d&#39;apr&egrave;s le mot turc signifiant montagne), ce qui fit de lui la seule entit&eacute; politique musulmane capable de rivaliser avec l&#39;Europe au moment o&ugrave; les chr&eacute;tiens occidentaux devenaient peu &agrave; peu le peuple le plus prosp&egrave;re et le plus puissant de la plan&egrave;te. Alors qu&#39;au fil des si&egrave;cles, l&#39;Empire ottoman s&#39;affaiblissait face aux autres puissances europ&eacute;ennes, son sort devint une pr&eacute;occupation majeure de la diplomatie europ&eacute;enne (la &laquo; Question d&#39;Orient &raquo;) et on se mit &agrave; le consid&eacute;rer comme une proie (&laquo; l&#39;homme malade de l&#39;Europe &raquo;).<\/p>\n<p>\n\t\tDu point de vue ottoman, la question insoluble qui se posait constamment &eacute;tait de savoir ce qui &eacute;tait bon &agrave; prendre de l&#39;Europe et ce qui ne l&#39;&eacute;tait pas. En g&eacute;n&eacute;ral, les Ottomans trouv&egrave;rent que les innovations militaires et m&eacute;dicales &eacute;taient les plus acceptables. Dans d&#39;autres domaines, ils se montr&egrave;rent plus h&eacute;sitants. Ainsi c&#39;est en <a href=\"http:\/\/www.historyofinformation.com\/expanded.php?id=397\">1493<\/a> que les juifs de l&#39;Empire publi&egrave;rent leur premier livre au moyen de l&#39;imprimerie &agrave; caract&egrave;res mobiles ; les musulmans, eux, attendirent des si&egrave;cles, plus pr&eacute;cis&eacute;ment <a href=\"http:\/\/sureshemre.wordpress.com\/2014\/01\/18\/on-the-late-adoption-of-the-printing-press-in-the-ottoman-empire\/\">1729<\/a>, avant de les imiter. En d&#39;autres termes, l&#39;adoption des m&eacute;thodes europ&eacute;ennes fut un processus lent, difficile et chaotique.<\/p>\n<p>\n\t\tC&#39;est dans ce contexte que survint la d&eacute;faite ottomane lors de la Premi&egrave;re Guerre mondiale, suivie de la prise du pouvoir par Mustafa Kemal. L&#39;&eacute;minent g&eacute;n&eacute;ral d&#39;arm&eacute;e victorieux mit fin &agrave; l&#39;Empire en proclamant la R&eacute;publique de Turquie, de loin plus r&eacute;duite et limit&eacute;e principalement aux populations turcophones. Durant les quinze premi&egrave;res ann&eacute;es de cette r&eacute;publique (1923-1938), le pays fut domin&eacute; par Mustafa Kemal qui se fit appeler Atat&uuml;rk. Champion de l&#39;occidentalisation et contempteur de l&#39;islam, il imposa une s&eacute;rie de changements radicaux qui caract&eacute;risent aujourd&#39;hui encore la Turquie et qui font d&#39;elle un pays tr&egrave;s diff&eacute;rent du reste du Moyen-Orient, notamment par sa la&iuml;cit&eacute;, ses lois calqu&eacute;es sur des codes europ&eacute;ens ainsi que l&#39;usage de l&#39;alphabet latin et des noms de famille.<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; certains &eacute;gards, Atat&uuml;rk &eacute;tait en avance sur ses compatriotes notamment lorsqu&#39;il proposa d&#39;installer des bancs dans les mosqu&eacute;es et de faire l&#39;appel &agrave; la pri&egrave;re non plus en arabe mais en turc. Presque imm&eacute;diatement apr&egrave;s sa mort en 1938, on commen&ccedil;a &agrave; d&eacute;tricoter sa politique de la&iuml;cisation. Cependant l&#39;arm&eacute;e turque, dans son double r&ocirc;le de pouvoir politique ultime et de d&eacute;positaire de l&#39;h&eacute;ritage d&#39;Atat&uuml;rk, posa des limites &agrave; ces changements. Les premi&egrave;res tentatives s&eacute;rieuses commenc&egrave;rent avec l&#39;instauration de la d&eacute;mocratie dans les ann&eacute;es 50. D&#39;autres tentatives suivirent mais sans succ&egrave;s.<\/p>\n<p>\n\t\tToutefois, l&#39;arm&eacute;e n&#39;&eacute;tant pas une force propice &agrave; la cr&eacute;ativit&eacute; ni au progr&egrave;s intellectuel, les maximes d&#39;Atat&uuml;rk, r&eacute;p&eacute;t&eacute;es sans cesse durant des d&eacute;cennies, devinrent des formules creuses et &eacute;cul&eacute;es. Alors que les d&eacute;saccords se multipliaient, les partis qui conservaient sa vision des ann&eacute;es 1920, stagn&egrave;rent et d&eacute;g&eacute;n&eacute;r&egrave;rent en organisations corrompues et avides de pouvoir. Dans les ann&eacute;es 1990, les gouvernements qui se succ&eacute;d&egrave;rent rapidement s&#39;ali&eacute;n&egrave;rent une partie importante de la population.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Essor de l&#39;AKP<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tProfitant de la situation, Erdo\u011fan fonda en 2001 avec Abdullah G&uuml;l, homme politique islamiste lui aussi, le Parti de la Justice et du D&eacute;veloppement (AKP). Promettant une bonne gouvernance et une croissance &eacute;conomique fond&eacute;es sur des valeurs traditionnelles, le parti connut un succ&egrave;s impressionnant lors de sa premi&egrave;re campagne &eacute;lectorale en novembre 2002, remportant un peu plus du tiers des suffrages. Mais en raison du refus des pachas des partis de la veille garde de coop&eacute;rer entre eux, le Parti R&eacute;publicain du Peuple (CHP) fut le seul &agrave; recueillir plus de 10 pourcents des voix, seuil &agrave; atteindre pour &ecirc;tre repr&eacute;sent&eacute; au parlement.<\/p>\n<p>\n\t\tPr&egrave;s de la moiti&eacute; des votes &eacute;tant pass&eacute;s ainsi &agrave; la trappe, l&#39;AKP avec ses 34 pourcents des suffrages remporta 66 pourcents des si&egrave;ges au parlement, transformant une majorit&eacute; absolue confortable en victoire &eacute;crasante. Lors des &eacute;lections suivantes, en 2007 et en 2011, les partis d&#39;opposition veill&egrave;rent &agrave; ne pas disperser leurs votes, si bien que l&#39;AKP connut un <a href=\"http:\/\/www.danielpipes.org\/blog\/2011\/06\/turkey-ironic-electoral-system\">sort paradoxal<\/a> : tout en augmentant le pourcentage des suffrages en sa faveur (46 puis 50 pourcents) il perdit des si&egrave;ges au parlement (62 puis 59 pourcents).<\/p>\n<p>\n\t\tErdo\u011fan s&#39;effor&ccedil;a tout d&#39;abord de se contr&ocirc;ler : il se concentra sur la croissance &eacute;conomique et r&eacute;gla les questions probl&eacute;matiques de l&#39;agenda politique turc telles que le probl&egrave;me chypriote, l&#39;adh&eacute;sion &agrave; l&#39;Union europ&eacute;enne et le refus tr&egrave;s ancien de reconna&icirc;tre que les Kurdes ne sont pas turcs. Par la suite, il engrangea les succ&egrave;s : dans un pays affichant des taux de croissance &eacute;conomique comparables &agrave; ceux de la Chine, il s&#39;imposa comme un m&eacute;diateur sur la sc&egrave;ne politique du Moyen-Orient (par exemple entre J&eacute;rusalem et Damas) et comme l&#39;islamiste favori de l&#39;Occident. Ce faisant, il sembla r&eacute;soudre l&#39;antagonisme vieux de plusieurs si&egrave;cles entre Islam et Occident, dont il fit une synth&egrave;se apparemment r&eacute;ussie.<\/p>\n<p>\n\t\tToutefois l&#39;objectif &agrave; long terme de l&#39;AKP fut la mise au pas de l&#39;arm&eacute;e : condition n&eacute;cessaire pour la r&eacute;alisation de son objectif ultime &agrave; savoir le renversement de la r&eacute;volution d&#39;Atat&uuml;rk et le retour de la Turquie &agrave; un r&eacute;gime int&eacute;rieur et &agrave; un statut international de type ottoman. Cet objectif fut atteint avec une surprenante facilit&eacute;. Pour des raisons qui demeurent obscures, les dirigeants des forces arm&eacute;es support&egrave;rent sans broncher les accusations de complots, les arrestations d&#39;officiers et finalement l&#39;&eacute;viction de l&#39;&eacute;tat-major. Ce drame pr&eacute;visible ne donna lieu &agrave; pratiquement aucune protestation.<\/p>\n<p>\n\t\tUne fois obtenue la capitulation de l&#39;arm&eacute;e, Erdo\u011fan s&#39;attaqua &agrave; ses rivaux int&eacute;rieurs, particuli&egrave;rement son alli&eacute; de longue date, l&#39;islamiste Fethullah G&uuml;len, chef d&#39;un mouvement national de masse disposant de r&eacute;seaux dans les institutions publiques cl&eacute;s. L&#39;extravagance populiste d&#39;Erdo\u011fan fut bien accueillie par son &eacute;lectorat &ndash; les Turcs se sentant oppress&eacute;s par l&#39;ataturquisme. Galvanis&eacute; par ce succ&egrave;s, il apparut dans toute sa splendeur m&eacute;galomaniaque en juin 2013 lors des manifestations du parc Gezi &agrave; Istanbul : se d&eacute;cha&icirc;nant contre ses concitoyens qu&#39;il accablait d&#39;injures, il tra&icirc;na en justice un groupe de fans de football pour tentative de renversement de son gouvernement.<\/p>\n<p>\n\t\tEn d&eacute;cembre 2013, la r&eacute;v&eacute;lation de preuves de corruption manifeste au sein de l&#39;AKP conduisit non pas &agrave; une reculade mais bien &agrave; l&#39;arrestation des officiers de police &agrave; l&#39;origine de la r&eacute;v&eacute;lation. Ce comportement agressif s&#39;&eacute;tendit aux opposants des m&eacute;dias, du parlement et m&ecirc;me de la magistrature. En diabolisant ses d&eacute;tracteurs, Erdo\u011fan r&eacute;jouit sa base &eacute;lectorale et remporta l&#39;une apr&egrave;s l&#39;autre chaque &eacute;lection, accroissant ainsi son pouvoir personnel, &agrave; l&#39;image du pr&eacute;sident v&eacute;n&eacute;zu&eacute;lien Hugo Ch&aacute;vez.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Politique &eacute;trang&egrave;re<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLes relations internationales connurent la m&ecirc;me &eacute;volution : au d&eacute;part, quelques objectifs modestes devenant au fil du temps de plus en plus ambitieux et hostiles. La politique de &laquo; z&eacute;ro probl&egrave;me avec les voisins &raquo; d&eacute;finie par son conseiller principal en politique &eacute;trang&egrave;re, Ahmet Davuto\u011flu, commen&ccedil;a &agrave; porter ses fruits : vacances avec le tyran de Damas, aide aux mollahs de T&eacute;h&eacute;ran cherchant &agrave; &eacute;viter des sanctions, relations r&eacute;ciproquement avantageuses quoique ti&egrave;des avec l&#39;&Eacute;tat juif. M&ecirc;me les ennemis de toujours comme la Gr&egrave;ce ou l&#39;<a href=\"http:\/\/www.cbsnews.com\/news\/after-dispute-turkey-armenia-sign-pact\/\">Arm&eacute;nie<\/a> profit&egrave;rent de son offensive de charme. Les grandes puissances privil&eacute;giant les bonnes relations, le projet n&eacute;o-ottoman de l&#39;AKP consistant &agrave; r&eacute;tablir la primaut&eacute; du pays dans ses anciennes colonies semblait &agrave; port&eacute;e de main.<\/p>\n<p>\n\t\tC&#39;est alors qu&#39;Erdo\u011fan montra sur la sc&egrave;ne &eacute;trang&egrave;re l&#39;arrogance extr&ecirc;me dont il avait fait preuve dans son pays et usa des pires critiques. Si la moiti&eacute; de l&#39;&eacute;lectorat turc applaudit ses exc&egrave;s de langage, peu d&#39;&eacute;trangers en firent autant. Au d&eacute;but de 2011, alors que les soul&egrave;vements dans les pays arabes bouleversaient le Moyen-Orient, Erdo\u011fan et Davuto\u011flu ne trouv&egrave;rent rien de mieux que de s&#39;&eacute;clipser au point qu&#39;Ankara vit ses relations se d&eacute;grader, voire s&#39;envenimer, avec nombre de ses voisins.<\/p>\n<p>\n\t\tLa rupture avec le pr&eacute;sident syrien Bachar al-Assad, qui demeure peut-&ecirc;tre l&#39;un de ses plus grands &eacute;checs, eut de nombreuses cons&eacute;quences n&eacute;gatives : arriv&eacute;e en Turquie de millions de r&eacute;fugi&eacute;s arabophones ind&eacute;sirables, situation de guerre par procuration avec l&#39;Iran, obstruction des routes commerciales turques vers une grande partie du Moyen-Orient et cr&eacute;ation de forces djihadistes &agrave; l&#39;origine de l&#39;&Eacute;tat islamique et de son califat autoproclam&eacute;. Le soutien turc aux sunnites d&#39;Irak pr&eacute;cipita l&#39;effondrement des relations avec Bagdad. Une hostilit&eacute; envers Isra&euml;l digne de l&#39;&eacute;poque nazie mit fin &agrave; l&#39;alliance la plus forte qu&#39;avait Ankara dans la r&eacute;gion. Le soutien ardent qu&#39;Erdo\u011fan apporta au r&eacute;gime des Fr&egrave;res Musulmans en &Eacute;gypte, qui dura un an en 2012-2013, se transforma par la suite en hostilit&eacute; ouverte envers le nouveau pouvoir. Les menaces dirig&eacute;es contre la R&eacute;publique de Chypre &agrave; la suite des d&eacute;couvertes de gisements de gaz, aigrirent encore plus des relations d&eacute;j&agrave; conflictuelles alors que les entrepreneurs turcs perdaient plus de 19 milliards de dollars dans <a href=\"http:\/\/www.todayszaman.com\/news-333992-turkish-contractors-face-hardships-in-libya-despite-support-of-revolution.html\">l&#39;anarchie libyenne<\/a>.<\/p>\n<p>\n\t\tSur le plan international, les relations avec Washington connurent de nouvelles difficult&eacute;s quand Ankara fit mine d&#39;acheter un <a href=\"http:\/\/www.danielpipes.org\/blog\/2013\/04\/ankara-flirts-with-the-shanghai-cooperation\">syst&egrave;me de missiles chinois<\/a>. Les appels lanc&eacute;s aux millions de <a href=\"http:\/\/www.spiegel.de\/international\/europe\/erdogan-urges-turks-not-to-assimilate-you-are-part-of-germany-but-also-part-of-our-great-turkey-a-748070.html\">Turcs vivant en Allemagne<\/a> pour ne pas s&#39;assimiler au pays d&#39;accueil cr&eacute;&egrave;rent des tensions avec Berlin, tout comme le r&ocirc;le potentiel d&#39;Ankara dans <a href=\"http:\/\/www.spiegel.de\/international\/europe\/suspicions-grow-of-turkish-involvement-in-murder-of-pkk-activists-a-952734.html\">l&#39;assassinat de trois Kurdes<\/a> &agrave; Paris.<\/p>\n<p>\n\t\tTous ces affronts laiss&egrave;rent Ankara pratiquement sans amis, les bonnes relations &eacute;tant maintenues avec un seul pays, le Qatar (peupl&eacute; de 225.000 habitants), avec le Gouvernement r&eacute;gional du Kurdistan dans le nord de l&#39;Irak, et avec les Fr&egrave;res Musulmans dont le Hamas et les branches syriennes de la confr&eacute;rie. Bizarrement, malgr&eacute; cet &eacute;chec cuisant, Erdo\u011fan <a href=\"http:\/\/www.danielpipes.org\/blog\/2014\/09\/erdogan-fails-to-conquer-new-york-city\">continua &agrave; soutenir<\/a> la politique de &laquo; z&eacute;ro probl&egrave;me &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Perspectives<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDurant l&#39;ann&eacute;e qui vient, Erdo\u011fan, fort d&#39;un nombre impressionnant de victoires &eacute;lectorales et d&#39;un pouvoir &eacute;tendu, sera n&eacute;anmoins confront&eacute; &agrave; trois d&eacute;fis : &eacute;lectoral, psychologique et &eacute;conomique. Son accession &agrave; la pr&eacute;sidence, le 28 ao&ucirc;t, n&eacute;cessite une modification de la constitution qui lui permettrait de devenir le chef de ce pouvoir ex&eacute;cutif fort qu&#39;il d&eacute;sire tant. Ce changement n&eacute;cessitera &agrave; son tour une bonne prestation de l&#39;AKP lors des &eacute;lections l&eacute;gislatives de 2015 ; faute de quoi, il faudra, pour r&eacute;aliser ses ambitions, faire des concessions substantielles aux Kurdes de Turquie afin de gagner leur soutien. Maintenant que le parti se trouve dans les mains inexp&eacute;riment&eacute;es de Davuto\u011flu, pass&eacute; r&eacute;cemment du poste de ministre des Affaires &eacute;trang&egrave;res &agrave; celui de Premier ministre, on peut douter de sa capacit&eacute; &agrave; remporter les si&egrave;ges n&eacute;cessaires.<\/p>\n<p>\n\t\tEnsuite, le sort d&#39;Erdo\u011fan d&eacute;pend de l&#39;attitude de Davuto\u011flu jusqu&#39;ici son fid&egrave;le consigliere. Si Davuto\u011flu se mettait &agrave; nourrir des ambitions personnelles, ce qui est tout &agrave; fait envisageable, Erdo\u011fan se trouvera cantonn&eacute; &agrave; un r&ocirc;le surtout protocolaire.<\/p>\n<p>\n\t\tEnfin, l&#39;&eacute;conomie instable de la Turquie d&eacute;pend de capitaux &eacute;trangers f&eacute;briles en qu&ecirc;te de taux de rendement plus &eacute;lev&eacute;s, de flux financiers douteux en provenance des pays du Golfe et dont l&#39;origine et le parcours posent question, ainsi que de toute une s&eacute;rie de projets d&#39;infrastructures destin&eacute;s &agrave; p&eacute;renniser la croissance. Ici, le comportement tr&egrave;s erratique d&#39;Erdo\u011fan (fulminant tant&ocirc;t contre ce qu&#39;il appelle le &laquo; lobby des int&eacute;r&ecirc;ts &raquo;, tant&ocirc;t contre les agences de notations comme <a href=\"http:\/\/www.todayszaman.com\/anasayfa_erdogan-warns-moodys-and-fitch-over-assessments_358862.html\">Moody&#39;s et Fitch<\/a>, voire m&ecirc;me contre le <a href=\"https:\/\/www.todayszaman.com\/diplomacy_erdogan-slams-new-york-times-for-isil-story_358972.html\">New York Times<\/a>) d&eacute;courage de nouveaux investissements alors qu&#39;un surendettement &eacute;norme menace de plonger le pays dans la banqueroute.<\/p>\n<p>\n\t\tC&#39;est pourquoi si la suite ininterrompue de succ&egrave;s &eacute;lectoraux pourrait laisser croire qu&#39;Erdo\u011fan continuera &agrave; dominer la vie politique turque, il existe n&eacute;anmoins des &eacute;l&eacute;ments de taille qui pourraient y mettre fin et la symbiose entre l&#39;exp&eacute;rience de l&#39;Occident et la fid&eacute;lit&eacute; aux valeurs islamiques pourrait bien voler en &eacute;clats.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Politique am&eacute;ricaine<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tDot&eacute;e d&#39;une population jeune de 75 millions d&#39;habitants, d&#39;une position centrale, du contr&ocirc;le d&#39;une voie navigable essentielle, et de huit voisins dont la plupart posent probl&egrave;me, la Turquie constitue un alli&eacute; de premier choix. En outre, le pays jouit d&#39;une position pr&eacute;&eacute;minente au Moyen-Orient parmi les populations turcophones &eacute;tablies de la Bosnie au Xinjiang et parmi les musulmans du monde entier. L&#39;alliance turco-am&eacute;ricaine qui a d&eacute;but&eacute; lors de la Guerre de Cor&eacute;e a &eacute;t&eacute; tr&egrave;s profitable &agrave; Washington qui, on peut le comprendre, n&#39;est pas dispos&eacute; &agrave; perdre cet alli&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tCeci dit, une alliance ne peut &ecirc;tre le fait d&#39;une seule partie. Les gestes pos&eacute;s par Ankara &ndash;relations amicales avec l&#39;Iran, soutien au Hamas et &agrave; l&#39;&Eacute;tat islamique qui mine l&#39;autorit&eacute; de Bagdad, virulence &agrave; l&#39;&eacute;gard d&#39;Isra&euml;l et menaces contre Chypre &ndash; rend sa qualit&eacute; de membre de l&#39;OTAN &agrave; tout le moins contestable et, au pire, hypocrite.<\/p>\n<p>\n\t\tWashington doit faire remarquer que les techniques d&#39;intimidation qui font gagner des &eacute;lections en Turquie ne marchent pas ailleurs dans le monde. Le Wall Street Journal a judicieusement propos&eacute; de d&eacute;placer la <a href=\"http:\/\/online.wsj.com\/articles\/our-non-ally-in-ankara-1410561462#printMode\">base militaire am&eacute;ricaine<\/a> de Turquie au Kurdistan irakien. Il faut en tous les cas d&eacute;savouer le pouvoir de plus en plus dictatorial exerc&eacute; par Erdo\u011fan tout comme il faudrait d&eacute;savouer Ankara pour son occupation continuelle de Chypre, son soutien aux terroristes et ses d&eacute;clarations antis&eacute;mites. Au-del&agrave; de ces d&eacute;marches, le temps est venu pour le gouvernement am&eacute;ricain de dire clairement que si des changements majeurs n&#39;interviennent pas rapidement, il insistera pour suspendre voire exclure la Turquie de l&#39;OTAN.<\/p>\n<p>\n\t\tSi Erdo\u011fan continue &agrave; se comporter en voyou, alors son ancien alli&eacute; devrait le traiter comme tel.<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/fr.danielpipes.org\/15032\/turquie-mal-tourne\">http:\/\/fr.danielpipes.org\/15032\/turquie-mal-tourne<\/a><\/p>\n<p>\n\t\tVersion originale anglaise:&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.danielpipes.org\/14988\/how-turkey-went-bad\">How Turkey Went Bad<\/a><br \/>\n\t\tAdaptation fran&ccedil;aise: Johan Bourlard<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pourquoi la Turquie a-t-elle mal tourn&eacute; ? par Daniel Pipes &nbsp; &nbsp; Il y a douze ans &agrave; peine, la R&eacute;publique turque &eacute;tait per&ccedil;ue &agrave; juste titre comme un alli&eacute; exemplaire au sein de l&#39;OTAN, un mod&egrave;le d&#39;&Eacute;tat musulman pro-occidental et un pont entre l&#39;Europe et le Moyen-Orient. 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