{"id":9615,"date":"2014-11-06T01:21:14","date_gmt":"2014-11-06T01:21:14","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9615"},"modified":"2014-11-06T01:24:38","modified_gmt":"2014-11-06T01:24:38","slug":"le-djihadisme-en-quelques-reperes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-djihadisme-en-quelques-reperes\/","title":{"rendered":"Le \u00ab djihadisme \u00bb en quelques rep\u00e8res"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><header> <\/header>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLe &laquo;&nbsp;djihadisme&nbsp;&raquo; en quelques rep&egrave;res &#8211;&nbsp;1&egrave;re Partie<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div style=\"font-size: 12px;\">\n<p>\n\t\tPar Mohamed Sifaoui &#8211;<\/p>\n<p>\n\t\tMohamed Sifaoui propose une r&eacute;flexion sur le ph&eacute;nom&egrave;ne djihadiste, en le pla&ccedil;ant dans son contexte historique, social, politique et religieux. Ph&eacute;nom&egrave;ne qui &laquo;&nbsp;gangr&egrave;ne depuis longtemps le monde arabe&nbsp;&raquo;, le &laquo;&nbsp;djihadisme&nbsp;&raquo;&nbsp;fut&nbsp;au mieux ignor&eacute;, au pire&nbsp;utilis&eacute; &agrave; des fins politiques. Son expansion impose aujourd&rsquo;hui d&rsquo;en comprendre la nature et d&rsquo;en prendre toute la mesure. Premi&egrave;re partie d&rsquo;une &eacute;tude de fond :&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Les djihadistes&nbsp;: combattants de la guerre sainte ou criminels&nbsp;?&nbsp;*<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLe monde occidental &ndash; et singuli&egrave;rement ses dirigeants &ndash; donne l&rsquo;impression qu&rsquo;il d&eacute;couvre &eacute;bahi la barbarie qui caract&eacute;rise le mouvement dit &laquo;&nbsp;djihadiste&nbsp;&raquo; dans son ensemble et ce groupe qui s&rsquo;autoproclame &laquo;&nbsp;Etat Islamique en Irak et au Levant&nbsp;&raquo; en particulier. Et pourtant&nbsp;! Faut-il souligner que l&rsquo;&eacute;mergence de cette organisation n&rsquo;est ni le fait d&rsquo;une g&eacute;n&eacute;ration spontan&eacute;e ni la suite logique des errements du pr&eacute;c&eacute;dent gouvernement irakien ni m&ecirc;me le r&eacute;sultat de la sauvagerie qui caract&eacute;rise le r&eacute;gime de Bashar el Assad, encore moins la cons&eacute;quence directe de l&rsquo;invasion am&eacute;ricaine de l&rsquo;Irak en 2003. M&ecirc;me s&rsquo;il faut continuer de d&eacute;noncer cette guerre, d&eacute;cid&eacute;e alors par George W. Bush et ses amis n&eacute;o-conservateurs, car bas&eacute;e sur des mensonges, car b&acirc;tie sur un unilat&eacute;ralisme contre-productif, cachant des arri&egrave;res pens&eacute;es douteuses et r&eacute;v&eacute;lant une erreur g&eacute;ostrat&eacute;gique manifeste, il serait n&eacute;anmoins pu&eacute;ril de r&eacute;p&eacute;ter &agrave; l&rsquo;envi que le groupe terroriste, qui a pris comme si&egrave;ge social le pays des deux fleuves, serait n&eacute; &agrave; cause de l&rsquo;administration am&eacute;ricaine ou par la seule faute des &laquo;&nbsp;injustices occidentales&nbsp;&raquo;. M&ecirc;me si tout ce qui pr&eacute;c&egrave;de constitue tout au plus les ingr&eacute;dients qui viennent se greffer &agrave; une logique &agrave; la fois destructrice et autodestructrice, l&rsquo;exacerber et l&rsquo;acc&eacute;l&eacute;rer, il n&rsquo;en demeure pas moins que ces m&ecirc;mes ingr&eacute;dients ne sauraient constituer la cause de ce que l&rsquo;on appelle commun&eacute;ment le &laquo;&nbsp;djihadisme&nbsp;&raquo;, terme qui, soit dit en passant, devrait &ecirc;tre mani&eacute; avec pr&eacute;caution tant il consacre le postulat des fanatiques qui en s&rsquo;autoproclament &laquo;&nbsp;djihadistes&nbsp;&raquo; et en incitant leurs propres ennemis &agrave; les affubler de ce qualificatif, s&rsquo;accordent une sorte de respectabilit&eacute;, en tout cas une l&eacute;gitimit&eacute;, en se pr&eacute;sentant comme des &laquo;&nbsp;combattants de la guerre sainte&nbsp;&raquo;. C&rsquo;est l&agrave; la d&eacute;finition du vocable &laquo;&nbsp;djihadistes&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tOr, nous semble-t-il, cette facilit&eacute; s&eacute;mantique est dangereuse puisqu&rsquo;elle incite &agrave; accorder, &agrave; travers une telle communication, un statut de &laquo;&nbsp;combattants&nbsp;&raquo; &agrave; de vulgaires criminels qui ne reconnaissent ni respectent aucune des r&egrave;gles internationales. C&rsquo;est d&rsquo;autant plus dangereux que cette approximation s&eacute;mantique valide le principe de l&rsquo;existence d&rsquo;une &laquo;&nbsp;guerre sainte&nbsp;&raquo;. Existe-t-il vraiment une guerre qui soit &laquo;&nbsp;sainte&nbsp;&raquo;, en d&rsquo;autres termes d&rsquo;inspiration divine&nbsp;? Qui pourrait valider une telle chose, sinon un esprit illumin&eacute;&nbsp;? Ceci pour la s&eacute;mantique.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>La n&eacute;buleuse terroriste se justifie en s&rsquo;inscrivant dans une logique d&eacute;fensive et en invoquant l&rsquo;histoire coloniale des pays occidentaux<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tPar ailleurs, il faut rappeler que pour l&eacute;gitimer ou, &agrave; tout le moins, pour justifier ses actions meurtri&egrave;res et barbares, la n&eacute;buleuse terroriste a besoin de tous ses relais m&eacute;diatiques qui, depuis plusieurs d&eacute;cennies, banalisent l&rsquo;acte criminel des terroristes islamistes en soutenant une th&eacute;orie compl&egrave;tement surr&eacute;aliste et ce, en affirmant en substance que ce terrorisme serait la cons&eacute;quence directe d&rsquo;une politique occidentale faite de m&eacute;pris, d&rsquo;injustice et de spoliation, convoquant au passage tous les &eacute;l&eacute;ments historiques susceptibles de conforter cette th&eacute;orie. Au premier chef desquelles, la colonisation. Il est n&eacute;cessaire de pr&eacute;ciser &eacute;galement que la pens&eacute;e salafiste qui pr&ocirc;ne la guerre a besoin de tordre la r&eacute;alit&eacute; pour inscrire l&rsquo;action dite &laquo;&nbsp;djihadiste&nbsp;&raquo; dans une logique &laquo;&nbsp;d&eacute;fensive&nbsp;&raquo; et non pas dans une logique &laquo;&nbsp;offensive&nbsp;&raquo;[1]. Ce choix est strat&eacute;gique, car il permet, selon les recommandations de la doctrine salafiste, de mobiliser davantage de &laquo;&nbsp;combattants&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tEn effet, ce &laquo;&nbsp;djihad&nbsp;&raquo;, consid&eacute;r&eacute; comme une guerre de &laquo;&nbsp;l&eacute;gitime d&eacute;fense&nbsp;&raquo;, consiste, selon la m&ecirc;me doctrine, &agrave; pousser toute puissance non musulmane &agrave; quitter un territoire consid&eacute;r&eacute; comme musulman. Et le salafisme consid&egrave;re que c&rsquo;est l&agrave; un engagement &laquo;&nbsp;obligatoire pour tous les musulmans&nbsp;&raquo;. Cette &laquo;&nbsp;obligation&nbsp;&raquo; est appel&eacute;e &laquo;&nbsp;Fard Ayn&nbsp;&raquo;.&nbsp;A titre d&rsquo;exemple, selon la doctrine dite &laquo;&nbsp;djihadiste&nbsp;&raquo;, la pr&eacute;sence &agrave; la t&ecirc;te de l&rsquo;Etat irakien d&rsquo;un gouvernement compos&eacute; de chiites est consid&eacute;r&eacute;e comme une &laquo;&nbsp;occupation&nbsp;&raquo; qui n&eacute;cessite la &laquo;&nbsp;guerre sainte&nbsp;&raquo;. De m&ecirc;me pour tous les pays compos&eacute;s majoritairement de musulmans qui seraient r&eacute;gis par des lois autres que celles &eacute;dict&eacute;es par la charia.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Les trois piliers du discours terroriste&nbsp;: diabolisation de la d&eacute;mocratie, auto-victimisation, d&eacute;shumanisation du non-islamiste<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tDans cette m&ecirc;me logique et pour frapper les esprits les plus fragiles et donc pour endoctriner et recruter, la n&eacute;buleuse terroriste a besoin, par ailleurs, de diaboliser les syst&egrave;mes d&eacute;mocratiques. D&rsquo;ailleurs, on&nbsp; voit bien que cette approche a donn&eacute; quelques r&eacute;sultats puisque des jeunes issus de soci&eacute;t&eacute;s d&eacute;mocratiques arrivent &agrave; id&eacute;aliser un syst&egrave;me totalitaire, liberticide et th&eacute;ocratique et &agrave; fantasmer la cit&eacute; r&eacute;gie par la charia et ses interpr&eacute;tations les plus barbares. Voil&agrave; en somme, les trois principaux points qui forment aujourd&rsquo;hui le discours de la n&eacute;buleuse terroriste&nbsp;: la diabolisation du syst&egrave;me (et des valeurs) d&eacute;mocratique(s)&nbsp;; l&rsquo;auto-victimisation pour laisser croire que les occidentaux seraient en guerre contre l&rsquo;islam&nbsp;; la d&eacute;shumanisation du citoyen non islamiste afin d&rsquo;user &agrave; son endroit d&rsquo;une barbarie sans limite dans le but de frapper les esprits et de terroriser les soci&eacute;t&eacute;s occidentales et de galvaniser les foules les plus attentives aux discours des fanatiques.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tPour revenir &agrave; notre sujet, plusieurs &eacute;l&eacute;ments objectifs nous incitent &agrave; insister sur des faits historiques et tenter ainsi de d&eacute;construire une id&eacute;e re&ccedil;ue, parmi d&rsquo;autres, qui continue d&rsquo;&ecirc;tre distill&eacute;e comme un fait indiscutable. Celle qui pr&eacute;tend que le terrorisme islamiste serait une r&eacute;action, voire un acte d&eacute;fensif face aux politiques men&eacute;es par l&rsquo;Occident.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>La pens&eacute;e &laquo;&nbsp;djihadiste&nbsp;&raquo; a toujours gangren&eacute; le monde arabe<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tIl convient donc de rappeler que la pens&eacute;e dite &laquo;&nbsp;djihadiste&nbsp;&raquo; est une tumeur qui a toujours gangren&eacute; le monde musulman. Elle n&rsquo;est, loin s&rsquo;en faut, ni la cons&eacute;quence de la politique de Washington, ni le r&eacute;sultat de la mis&egrave;re et de la pauvret&eacute;. Elle est d&rsquo;essence id&eacute;ologique. D&rsquo;ailleurs, cette pens&eacute;e dite &laquo;&nbsp;djihadiste&nbsp;&raquo; est n&eacute;e avant la d&eacute;couverte de l&rsquo;Am&eacute;rique et bien avant l&rsquo;&eacute;dification des Etats-Unis. Serait-ce utile de pr&eacute;ciser que l&rsquo;un des plus importants th&eacute;oriciens du djihad et dont les travaux continuent de faire r&eacute;f&eacute;rence, dans les milieux extr&eacute;mistes, a pour nom Ibn Taymiyya[2]. Il estimait, en son temps, que le djihad &laquo;&nbsp;est le meilleur acte volontaire qu&rsquo;un homme puisse accomplir&nbsp;&raquo;. Pour cette r&eacute;f&eacute;rence du salafisme djihadiste &laquo;&nbsp;tous les savants s&rsquo;accordent sur le fait qu&rsquo;il est meilleur que le Hajj (grand p&egrave;lerinage) et la&nbsp;&lsquo;Oumra&nbsp;(petit p&egrave;lerinage), que la pri&egrave;re b&eacute;n&eacute;vole et que le je&ucirc;ne b&eacute;n&eacute;vole&hellip;&nbsp;&raquo;[3]<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s lui, d&rsquo;autres id&eacute;ologues de la barbarie se succ&eacute;d&egrave;rent et reprirent des th&egrave;ses identiques dont Ibn El-Qayyim El-Jawziyya[4]. Mais le plus illustre d&rsquo;entre eux fut incontestablement Mohammed Ibn Abdelwaheb, co-fondateur de l&rsquo;Arabie Saoudite et initiateur de la fameuse doctrine wahhabite qui continue de cimenter ce royaume totalement pr&eacute;fabriqu&eacute;. S&rsquo;il fallait trouver un tort aux Etats-Unis, ce serait son aveuglement et surtout son incapacit&eacute; &agrave; voir, d&egrave;s l&rsquo;&eacute;poque Reagan, la dangerosit&eacute; du mouvement islamiste dans son ensemble et &agrave; anticiper une riposte efficace. Le monde occidental, l&rsquo;Am&eacute;rique en t&ecirc;te, a toujours cru bon d&rsquo;opposer la pens&eacute;e islamiste, tant&ocirc;t aux nationalistes arabes, tant&ocirc;t aux communistes. Par suffisance, par fain&eacute;antise ou tout simplement en raison de l&rsquo;assurance n&eacute;e du statut de &laquo;&nbsp;super-puissance&nbsp;&raquo; les grands dirigeants de la plan&egrave;te et leurs nombreux conseillers ne se sont jamais donn&eacute;s la peine d&rsquo;explorer s&eacute;rieusement le dogme islamiste. On a longtemps consid&eacute;r&eacute; que le terrorisme islamiste ne pouvait repr&eacute;senter qu&rsquo;une menace mineure et qu&rsquo;il &eacute;tait, avant tout, l&rsquo;illustration d&rsquo;une contradiction au sein des soci&eacute;t&eacute;s musulmanes. Une s&eacute;rie d&rsquo;erreurs d&rsquo;appr&eacute;ciations que l&rsquo;Occident continuera de payer durant encore quelques ann&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\t\tMEMRI.FR<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;* Les titres ont &eacute;t&eacute; ajout&eacute;s par la r&eacute;daction.<\/p>\n<p>\n\t\t[1] Il existe, selon la doctrine salafiste, deux types de djihad, le &laquo;&nbsp;djihad offensif&nbsp;&raquo; (appel&eacute; djihad ettaleb) et le &laquo;&nbsp;djihad d&eacute;fensif&nbsp;&raquo; (appel&eacute; djihad errad).<\/p>\n<p>\n\t\t[2] Ibn Taymiyya (1263 &ndash; 1328) est g&eacute;n&eacute;ralement pr&eacute;sent&eacute; comme un &laquo;&nbsp;th&eacute;ologien&nbsp;&raquo;. Ayant v&eacute;cu entre les 13e&nbsp;et 14e&nbsp;si&egrave;cle, il appartenait &agrave; l&rsquo;&eacute;cole hanbalite. Il est le th&eacute;oricien d&rsquo;un islam tr&egrave;s rigoriste, voire extr&eacute;miste qui accorde une importance fondamentale &agrave; la notion du djihad.<\/p>\n<p>\n\t\t[3] Plusieurs livres&nbsp;y font allusion.<\/p>\n<p>\n\t\t[4]Ibn El-Qayyim El-Jawziyya est n&eacute; &agrave; Damas en 1292. Il fut l&rsquo;&eacute;l&egrave;ve d&rsquo;Ibn Taymiyya et sera, lui aussi, un autre id&eacute;ologue du djihad. Il est mort en 1350<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; Le &laquo;&nbsp;djihadisme&nbsp;&raquo; en quelques rep&egrave;res &#8211;&nbsp;1&egrave;re Partie &nbsp; &nbsp; &nbsp; Par Mohamed Sifaoui &#8211; Mohamed Sifaoui propose une r&eacute;flexion sur le ph&eacute;nom&egrave;ne djihadiste, en le pla&ccedil;ant dans son contexte historique, social, politique et religieux. 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