{"id":9643,"date":"2015-11-12T00:55:31","date_gmt":"2015-11-12T00:55:31","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9643"},"modified":"2015-11-12T00:44:35","modified_gmt":"2015-11-12T00:44:35","slug":"pensionnaire-chez-les-maristes-1946-1953-daniel-chappuis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/pensionnaire-chez-les-maristes-1946-1953-daniel-chappuis\/","title":{"rendered":"Pensionnaire chez les Maristes 1946-1953 (Daniel Chappuis)"},"content":{"rendered":"<p>\n\tPensionnaire chez les Maristes 1946-1953&nbsp;(Daniel Chappuis)<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<table border=\"0\" cellpadding=\"0\" cellspacing=\"0\">\n<tbody>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tA la rentr&eacute;e d&rsquo;octobre 1946 nous nous sommes retrouv&eacute;s, mon fr&egrave;re Marc et moi, qui n&rsquo;avait pas encore huit ans, pensionnaires &agrave; l&rsquo;Institution Sainte Marie, 5, rue d&rsquo;Alg&eacute;rie (au coin de la rue Charles De Gaulle) &agrave; Tunis, &eacute;cole libre tenue par les p&egrave;res et les fr&egrave;res marianistes (et non pas maristes comme nous le disions : les Marianistes ont leur maison m&egrave;re &agrave; Bordeaux, tandis que les Maristes sont de Lyon). Cette &eacute;cole existe toujours, tenue par deux fr&egrave;res marianistes qui aid&eacute;s de professeurs tunisiens enseignent toujours la langue fran&ccedil;aise.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tNous nous retrouvions dans cette institution catholique car nos parents n&rsquo;avaient pas trouv&eacute; de places, ni au grand lyc&eacute;e d&rsquo;&Eacute;tat de Tunis, le lyc&eacute;e Carnot, qui &agrave; l&rsquo;&eacute;poque avait une section primaire appel&eacute;e le petit lyc&eacute;e, qui ne recevait pas d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves pensionnaires, et une section d&rsquo;&eacute;tudes secondaires, ni au coll&egrave;ge Maurice Cailloux, du nom d&rsquo;un colon pionnier de l&rsquo;agriculture c&eacute;r&eacute;ali&egrave;re en Tunisie, qui venait d&rsquo;ouvrir pr&egrave;s de Carthage. Pourtant ce coll&egrave;ge avait vocation &agrave; accueillir les enfants des colons mais le nombre de places devait &ecirc;tre limit&eacute; ou bien fallait-il des recommandations particuli&egrave;res pour y &ecirc;tre admis ? Je ne sais. De plus le foyer protestant &ldquo;&Eacute;va Cabantous&rdquo; destin&eacute; &agrave; accueillir des pensionnaires, gar&ccedil;ons et filles, qui poursuivaient leur scolarit&eacute; &agrave; Tunis n&rsquo;&eacute;tait pas encore construit. Il le sera au d&eacute;but des ann&eacute;es 50.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tToujours est-il que les bons p&egrave;res voulurent bien nous accueillir bien que nous fussions protestants. Le p&egrave;re sup&eacute;rieur, l&rsquo;abb&eacute; Chazotte &#8211; qui &eacute;tait chanoine &#8211; petit homme rond, placide et bienveillant, mis pour seule condition que nous suivions les cours d&rsquo;instruction religieuse et que nous assistions &agrave; la messe hebdomadaire, ce qui fut le cas pendant les sept ann&eacute;es pass&eacute;es dans cette &eacute;cole. Cette obligation s&rsquo;appliquait aussi aux &eacute;l&egrave;ves orthodoxes mais pas aux quelques &eacute;l&egrave;ves juifs et arabes. Ces &eacute;l&egrave;ves de confession orthodoxe &eacute;taient les descendants des Russes blancs qui avaient &eacute;chou&eacute; &agrave; Bizerte en 1921 avec des navires de l&rsquo;arm&eacute;e Wangler d&eacute;faite par les bolcheviques. 700 d&rsquo;entre eux s&rsquo;install&egrave;rent en Tunisie et j&rsquo;ai eu dans ma classe un nomm&eacute; Chavatoff et un autre nomm&eacute; Yankowitch dont le p&egrave;re &eacute;tait devenu un agronome &#8211; sp&eacute;cialiste des sols &#8211; de grande r&eacute;putation &agrave; l&rsquo;&Eacute;cole Coloniale d&rsquo;Agriculture de Tunis. Je dois dire que malgr&eacute; ces obligations religieuses les p&egrave;res n&rsquo;exerc&egrave;rent jamais aucune pression, ni sur moi &#8211; mais il faut dire que lorsque le p&egrave;re sup&eacute;rieur m&rsquo;avait demand&eacute; ce que je voulais faire plus tard, question idiote que l&rsquo;on posait bien souvent aux enfants, je lui avais r&eacute;pondu : pasteur ! &#8211; ni, je pense, sur Marc, ni sur Gilles, mon jeune fr&egrave;re, qui nous rejoindra plus tard. Leurs bienveillances allaient jusqu&rsquo;&agrave; nous permettre d&rsquo;assister chaque dimanche aux cours d&rsquo;instruction biblique de l&rsquo;&eacute;cole du dimanche qui avait lieu au temple de l&rsquo;&Eacute;glise R&eacute;form&eacute;e, rue Charles De Gaulle, pas tr&egrave;s loin de l&rsquo;Institution Sainte Marie, m&ecirc;me, ce qui arrivait quelquefois, si nous &eacute;tions &ldquo;en retenue&rdquo; ce jour-l&agrave;.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tLes b&acirc;timents de l&rsquo;&eacute;cole s&rsquo;&eacute;tendaient le long de la rue Charles De Gaulle connue &agrave; Tunis sous le nom de rue d&rsquo;Italie, son nom d&rsquo;avant 1945. Du c&ocirc;t&eacute; int&eacute;rieur s&rsquo;ouvraient, l&rsquo;une apr&egrave;s l&rsquo;autre, trois cours de r&eacute;cr&eacute;ation. La premi&egrave;re &eacute;tait r&eacute;serv&eacute;e aux &eacute;l&egrave;ves de l&rsquo;&eacute;cole primaire, la secondes aux &eacute;l&egrave;ves de la sixi&egrave;me &agrave; la quatri&egrave;me et la derni&egrave;re aux &eacute;l&egrave;ves des grandes classes : troisi&egrave;me, seconde, premi&egrave;re. Dans chacune des cours de grands arbres, des ficus, donnaient de l&rsquo;ombre toute l&rsquo;ann&eacute;e. Aux rez-de-chauss&eacute;e et aux premiers &eacute;tages, les salles de classes qui s&rsquo;ouvraient sur de larges galeries ouvertes. Aux seconds &eacute;tages le dortoir des petits et le dortoir des grands. Sous les combles, la lingerie qui entretenait le linge des &eacute;l&egrave;ves. Marc avait le n&deg; 20 et moi le N&deg; 21, num&eacute;ros cousus sur chacune de nos affaires : linges de corps, draps, serviettes. Les dortoirs &eacute;taient agenc&eacute;s en trav&eacute;es s&eacute;par&eacute;es par une cloison de bois de un m&egrave;tre cinquante de haut, chaque trav&eacute;e contenait trois lits dispos&eacute;s dans le sens de la longueur et en face de chaque lit adoss&eacute; &agrave; l&rsquo;autre paroi de la cloison une petite table de nuit &eacute;quip&eacute;e d&rsquo;un cadenas dont nous conservions pr&eacute;cieusement la cl&eacute; avec nous. Le matin il fallait faire son lit. Les dortoirs, comme les salles de classe, n&rsquo;&eacute;taient pas chauff&eacute;s.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tJ&rsquo;entrais donc en 10&egrave;me &#8211; ce qui correspond au CE1 &#8211; et nous &eacute;tions une quarantaine d&rsquo;&eacute;l&egrave;ves dans la classe dont beaucoup d&rsquo;origine italienne. Cela me changeait de l&rsquo;ambiance de l&rsquo;&eacute;cole d&rsquo;El Aroussa. De plus me retrouver enferm&eacute; entre quatre murs alors que je n&rsquo;avais jusqu&rsquo;alors connu que les grands espaces du bled me semblait bien &eacute;trange. Le plus difficile &eacute;tait la s&eacute;paration d&rsquo;avec les parents. Le soir surtout lorsque l&rsquo;on se retrouve dans son lit, dans un grand dortoir, sans avoir b&eacute;n&eacute;fici&eacute; de la pr&eacute;sence et de l&rsquo;affection maternelle. Se lever au petit matin au claquement sec des mains du surveillant, faire sa toilette &agrave; l&rsquo;eau froide, surtout l&rsquo;hiver &#8211; mais je passais pour &ecirc;tre &ldquo;vaillant&rdquo; &#8211; dans une cuvette que l&rsquo;on renversait sur elle-m&ecirc;me dans un large conduit courant tout le long du mur du dortoir puis descendre en rang vers le r&eacute;fectoire, qui sentait la soupe aigre, prendre un grand bol de caf&eacute; au lait &#8211; pour moi qui d&eacute;testait le lait &#8211; ou prendre ses repas &#8211; nourriture de pensionnat dont le plus mauvais souvenir est la soupe au tapioca &#8211; dans des assiettes de fer blanc et boire dans des gobelets en aluminium qui sentaient l&rsquo;eau de vaisselle et, ensuite se retrouver en &eacute;tudes pour une bonne demi-heure dans l&rsquo;attente de l&rsquo;arriv&eacute;e des externes et le d&eacute;but des classes, cela fut une dure &eacute;preuve et pourtant je n&rsquo;ai pas gard&eacute; de ces quatre ann&eacute;es de pension un souvenir trop d&eacute;sagr&eacute;able.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tLa journ&eacute;e et semaine de classe &eacute;taient longues puisque outre le dimanche nous ne b&eacute;n&eacute;ficions que de deux apr&egrave;s midi de cong&eacute; : le jeudi et le samedi que nous passions le plus souvent dans la cour &agrave; jouer au ballon ou lorsque nous &eacute;tions plus grand &agrave; la pelote basque. Le dimanche nous restions &agrave; l&rsquo;&eacute;cole mais l&rsquo;apr&egrave;s midi nous allions en promenade, toujours en rangs, sur l&rsquo;esplanade de l&rsquo;avenue Gambetta &agrave; l&rsquo;autre bout de la ville. Nous ne retournions &agrave; la ferme, Papa venait nous chercher en voiture, que pour les vacances scolaires : 2-3 jours &agrave; la Toussaint, une dizaine de jours pour la No&euml;l et quinze jours &agrave; P&acirc;ques. Les vacances d&rsquo;hiver, au mois de f&eacute;vrier, n&rsquo;existaient pas &agrave; cette &eacute;poque, mais l&rsquo;ann&eacute;e scolaire &eacute;tait plus courte que maintenant puisqu&rsquo;elle s&rsquo;&eacute;tendait traditionnellement du 1er octobre au 21 juin et qu&rsquo;elle &eacute;tait entrecoup&eacute;e des f&ecirc;tes r&eacute;publicaines, des f&ecirc;tes chr&eacute;tiennes et de certaines f&ecirc;tes juives &#8211; le Youm Kippour, le nouvel an juif &#8211; et musulmanes &#8211; l&rsquo;A&iuml;d et le Mouled qui est la comm&eacute;moration de la naissance du proph&egrave;te Mahomet. Cette br&egrave;ve dur&eacute;e de l&rsquo;ann&eacute;e scolaire, et encore s&rsquo;arr&ecirc;tait-elle dans le secondaire vers le 5 ou10 juin en raison des examens, explique l&rsquo;intensit&eacute; des sept heures de cours journaliers sans compter les heures d&rsquo;&eacute;tudes, le matin et le soir.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tLes cours ne m&rsquo;ont pas laiss&eacute; de souvenirs imp&eacute;rissables et j&rsquo;&eacute;tais un &eacute;l&egrave;ve tr&egrave;s tr&egrave;s moyen&#8230; A part la lecture &#8211; j&rsquo;&eacute;tais assez bon en analyse grammaticale et en analyse logique &#8211; je ne me souviens pas avoir appris grand chose ces ann&eacute;es-l&agrave;, mais je r&eacute;ussissais &agrave; l&rsquo;examen d&rsquo;entr&eacute;e en sixi&egrave;me en 1950 sans redoubler de classes primaires. A cette &eacute;poque on &eacute;crivait avec une plume fich&eacute;e dans un porte-plume jusqu&rsquo;&agrave; la septi&egrave;me, le stylo plume &agrave; r&eacute;servoir d&rsquo;encre n&rsquo;&eacute;tait autoris&eacute; qu&rsquo;&agrave; partir de la classe de sixi&egrave;me et le crayon &agrave; bille, qui venait d&rsquo;&ecirc;tre invent&eacute;, &eacute;tait strictement interdit car il d&eacute;formait, parait-il, l&rsquo;&eacute;criture en emp&ecirc;chant de faire des pleins et des d&eacute;li&eacute;s comme la plume sergent-major&#8230; personnellement je n&rsquo;ai pas eu besoin d&rsquo;&eacute;crire au crayon &agrave; bille pour avoir une mauvaise &eacute;criture. Ces premiers crayons &agrave; bille, sans doute des Bic, &eacute;taient exclusivement garnis d&rsquo;encre violette, comme celle des encriers, encre qui d&rsquo;ailleurs ne tardait pas &agrave; couler d&egrave;s que le crayon avait trop longuement ti&eacute;di dans la main. A la rentr&eacute;e d&rsquo;octobre 1950 nous n&rsquo;&eacute;tions plus pensionnaires, mais demi-pensionnaires, Papa et maman s&rsquo;&eacute;tant install&eacute;s &agrave; Tunis, mais cela n&rsquo;am&eacute;liora pas la qualit&eacute; de mes prestations scolaires, bien au contraire. Les &eacute;tudes &eacute;taient tr&egrave;s classiques &agrave; l&rsquo; &rdquo;&Eacute;cole Secondaire Libre&rdquo; : fran&ccedil;ais, math&eacute;matiques, latin, anglais. Si en fran&ccedil;ais cela allait &agrave; peu pr&eacute;s, en latin je n&rsquo;ai pas beaucoup d&eacute;pass&eacute; le stade &ldquo;rosa, rosam, rosarum&rdquo; et en anglais n&rsquo;en parlons pas. Il faut dire que les m&eacute;thodes p&eacute;dagogiques de l&rsquo;&eacute;poque &eacute;taient assez lamentables. En anglais par exemple, madame Gaudioz, le professeur, se contentait de nous faire apprendre et d&rsquo;essayer de nous faire r&eacute;citer chaque jour une vingtaine de mots de vocabulaire. De plus, except&eacute; pour l&rsquo;anglais, nous avions un professeur unique pour toutes les autres mati&egrave;res et cela n&rsquo;est pas n&eacute;cessairement un avantage car lorsque ce professeur est mauvais, ou du moins lorsqu&rsquo;il ne convient pas &agrave; l&rsquo;enfant, celui-ci ne peut pas rattraper une d&eacute;ficience dans un domaine par un meilleur entendement dans un autre domaine. Cela n&rsquo;est profitable que si le professeur est de haute qualit&eacute;, ce qui n&rsquo;&eacute;tait sans doute pas le cas chez les marianistes. En fait, je m&rsquo;ennuyais &agrave; l&rsquo;&eacute;cole et mon esprit &eacute;tait plus tourn&eacute; vers le scoutisme que vers les &eacute;tudes. Peut &ecirc;tre &eacute;tais-je aussi un peu paresseux, mais ce n&rsquo;est pas certain. Ce manque de dispositions pour les &eacute;tudes m&rsquo;amena &agrave; redoubler la classe de cinqui&egrave;me.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tLa discipline &eacute;tait ferme sans &ecirc;tre rude. Chez les &ldquo;petits&rdquo; la sanction, en cas de manquements, &eacute;tait de faire des tours de cour pendant la r&eacute;cr&eacute;ation &agrave; la queue leu leu, sans parler et de pr&eacute;f&eacute;rence avec l&rsquo;air contrit. Le surveillant g&eacute;n&eacute;ral, le vieux Monsieur S&eacute;guier &#8211; il devait mourir en 1952 &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 78 ans &#8211; un fort brave homme, tenait la comptabilit&eacute; dans un carnet, du nombre de tours &agrave; faire par chaque puni. La grande punition &eacute;tait la retenue, appel&eacute;e aussi &ldquo;colle&rdquo;, du dimanche : interdiction de sortir, ce qui n&rsquo;&eacute;tait pas bien g&ecirc;nant puisque le plus souvent nous passions nos dimanches &agrave; la pension, mais l&agrave; nous &eacute;tions aussi priv&eacute;s de promenade. L&rsquo;autre surveillant, tout aussi &acirc;g&eacute; que le p&egrave;re S&eacute;guier mais plus sournois que lui, s&rsquo;appelait Monsieur Falzon. Au moment du d&eacute;part pour les grandes vacances nous chantions tous en ch&oelig;ur :<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t&ldquo;Gai, gai l&rsquo;&eacute;colier,<br \/>\n\t\t\t\t\t\tC&rsquo;est demain les vacances,<br \/>\n\t\t\t\t\t\tGai, gai l&rsquo;&eacute;colier,<br \/>\n\t\t\t\t\t\tDemain nous partirons.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tA bas Monsieur S&eacute;guier<br \/>\n\t\t\t\t\t\tQui donne des arr&ecirc;ts,<br \/>\n\t\t\t\t\t\tA bas Monsieur Falzon<br \/>\n\t\t\t\t\t\tQui donne des punitions&#8230;&rdquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tChez les moyens, de la sixi&egrave;me &agrave; la quatri&egrave;me, les punitions consistaient, outre la colle du dimanche, &agrave; des arr&ecirc;ts : il s&rsquo;agissait, pendant les r&eacute;cr&eacute;ation de rester debout, sans parler, et bien entendu sans jouer, devant la salle de classe. Le surveillant g&eacute;n&eacute;ral, Monsieur Durand, surnomm&eacute; &ldquo;Pitchoun&rdquo; ou &ldquo;Pitch&rdquo;, &eacute;tait aussi le professeur principal de la classe de quatri&egrave;me verte. C&rsquo;&eacute;tait un petit homme boulot et hargneux, car nous le faisions enrager, avec de petites lunettes cercl&eacute;es de fer, qui le faisait ressembler &agrave; Francis Blanche dans les films o&ugrave; il joue le r&ocirc;le d&rsquo;officier allemand. Marc l&rsquo;a revu en 1959 &agrave; Montredon-Labessonni&eacute; dans le Tarn lorsqu&rsquo;il &eacute;tait en stage &agrave; la Caisse de Cr&eacute;dit Agricole de ce d&eacute;partement. Dans les cas graves d&rsquo;indiscipline nous &eacute;tions envoy&eacute;s devant le Sup&eacute;rieur qui apr&egrave;s s&rsquo;&ecirc;tre enquis des raisons de notre parution avec un air r&eacute;probateur et blas&eacute; nous donnait &agrave; faire dix ou vingt cubes : de 731 &agrave; 740 par exemple. Il fallait dans un d&eacute;lai convenu faire les multiplications : 731 X 731 et le r&eacute;sultat X 731, puis 732 X 732 X 732&#8230; puis retourner devant le Sup&eacute;rieur qui v&eacute;rifiait dans son petit carnet l&rsquo;exactitude des r&eacute;sultats obtenus et recommencer tant qu&rsquo;ils n&rsquo;&eacute;taient pas justes. Sacr&eacute;e corv&eacute;e que je pratiquais assez souvent, mais excellent exercice. Une autre punition consistait &agrave; apprendre par c&oelig;ur des vers latins qu&rsquo;il fallait ensuite r&eacute;citer sans faute mais elle &eacute;tait r&eacute;serv&eacute;e aux &ldquo;grands&rdquo; et j&rsquo;y ai &eacute;chapp&eacute;.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tEn 1951 &#8211; 52 j&rsquo;&eacute;tais, lors de ma premi&egrave;re cinqui&egrave;me, en 5&egrave; bleue (chaque classe existait en bleu et en vert) avec monsieur Dupuy-Roudel comme professeur, et cette ann&eacute;e l&agrave; j&rsquo;avais tout de m&ecirc;me obtenu le deuxi&egrave;me prix de g&eacute;ographie. Sur l&rsquo;annuaire de l&rsquo;ann&eacute;e je trouve Marc en quatri&egrave;me verte, mon cousin Jean Pierre Gauthier en quatri&egrave;me bleue, Pierre de Rocan, qui &eacute;tait avec son fr&egrave;re cadet Michel un ami d&rsquo;enfance, en troisi&egrave;me verte, mon camarade G&eacute;rald Margot, en sixi&egrave;me bleue, Henri Lieutier, un autre cousin, en huiti&egrave;me bleue et Gilles en huiti&egrave;me verte.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tPensionnaires nous avions droit &agrave; nos petites g&acirc;teries. Chaque &eacute;l&egrave;ve avait en d&eacute;p&ocirc;t, chez la concierge de l&rsquo;&eacute;tablissement, une petite bonne femme sans menton, une boite en bois contenant de la confiture et du chocolat, ramen&eacute;s de la maison, dont nous allions chercher un morceau pour accompagner notre tranche de pain sec au moment du go&ucirc;ter. Mais il y avait aussi une boutique de vente de g&acirc;teaux, brioches, bonbons, r&eacute;glisses, plac&eacute; sous la responsabilit&eacute; de l&rsquo;intendant Monsieur Bardou et qui ouvrait pendant la r&eacute;cr&eacute;ation du matin et pendant la r&eacute;cr&eacute;ation de l&rsquo;apr&egrave;s midi. Les g&acirc;teaux &eacute;taient fournis par la maison Ang&eacute;lica, rue d&rsquo;Alger. Durant plusieurs ann&eacute;es j&rsquo;ai tenu cette boutique qui &eacute;tait install&eacute;e &agrave; cheval entre la cour des petits et celle des moyens et qui ouvrait de chaque c&ocirc;t&eacute; par un guichet.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tUne autre gentillesse de la concierge : elle gardait dans une bo&icirc;te &agrave; chaussures perc&eacute;e de trous mes vers &agrave; soie qu&rsquo;il fallait, d&eacute;s l&rsquo;&eacute;closion des graines (les &oelig;ufs) vers le mois de mars, nourrir de feuilles de m&ucirc;rier exclusivement ce que je faisais pendant les r&eacute;cr&eacute;ations. Ces b&ecirc;tes grossissaient &agrave; vue d&rsquo;&oelig;il &agrave; se goinfrer de feuilles et il fallait alors une deuxi&egrave;me boite pour les accueillir. Mais l&rsquo;&eacute;volution se faisait assez vite et bient&ocirc;t chaque chenille faisait son cocon. C&rsquo;&eacute;tait passionnant &agrave; observer la chenille qui d&eacute;roulait &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du cocon son fil de soie qui peu &agrave; peu &eacute;paississait les parois du cocon jusqu&rsquo;&agrave; faire dispara&icirc;tre la larve qui commen&ccedil;ait ensuite sa m&eacute;tamorphose en papillon. Puis le papillon per&ccedil;ait le cocon et pondait des &oelig;ufs pour l&rsquo;ann&eacute;e suivante. C&rsquo;est ainsi que je gardais d&rsquo;une ann&eacute;e sur l&rsquo;autre des graines de bombyx du m&ucirc;rier.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tLes jeux pendant les r&eacute;cr&eacute;ations &eacute;taient les moments les plus passionnants de la vie &agrave; l&rsquo;&eacute;cole. Outre les jeux de ballons habituels il y avait le traditionnel match de foot apr&egrave;s le d&eacute;jeuner ou encore les concours de pelote basque qui avait lieu dans la cour des plus grands. Mais aussi les jeux de billes, au trou qu&rsquo;il fallait prendre pour avoir le droit de tuer la bille de l&rsquo;adversaire, avec des expressions telles que kiksse, non kiksse, montarosque, non montarosque, tour, non tour, tour &agrave; mon tour, bouge-&agrave;-mort&#8230; qui voulaient, pour chacune d&rsquo;entre elle, signifier une action &agrave; faire ou &agrave; ne pas faire. D&eacute;s la fin mai avec l&rsquo;apparition des premiers abricots d&rsquo;autres jeux faisaient fureurs. Il s&rsquo;agissait de jeux avec les noyaux d&rsquo;abricots : &agrave; la ligne, &agrave; la boutique ou encore &agrave; la castelle. Les plus habiles gagnaient les noyaux de leurs camarades et se promenaient fi&egrave;rement avec un gros sac de toile rempli de noyaux &agrave; la ceinture. Mais pour gagner il fallait &ecirc;tre habile mais aussi avoir une bonne &ldquo;m&egrave;re&rdquo; c&rsquo;est &agrave; dire un noyau plus gros et plus lourd que les autres qui servait &agrave; tirer sur la ligne de noyaux ou &agrave; faire tomber la castelle. Pour avoir une bonne &ldquo;m&egrave;re&rdquo; il fallait, apr&egrave;s avoir choisi un gros noyau, le percer en usant une face en la frottant sur du ciment, puis, par le petit trou ainsi perc&eacute;, retirer avec une &eacute;pingle l&rsquo;amande et la remplacer par du plomb fondu et ensuite refermer le trou avec de la bougie. Sans &ecirc;tre un grand champion j&rsquo;&eacute;tais plus adroit aux noyaux qu&rsquo;aux billes. D&rsquo;ailleurs je pr&eacute;f&eacute;rais jouer &ldquo;pour d&rsquo;expr&egrave;s&rdquo; plut&ocirc;t que &ldquo;pour de vrai&rdquo;.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tL&rsquo;ann&eacute;e scolaire se terminait par la traditionnelle kermesse annuelle qui permettait aux parents des &eacute;l&egrave;ves et aux amis de l&rsquo;&eacute;cole de d&eacute;penser quelques sous au b&eacute;n&eacute;fice de l&rsquo;&eacute;cole et de ses investissements. La journ&eacute;e commen&ccedil;ait par une lecture solennelle du palmar&egrave;s des &eacute;l&egrave;ves et la distribution des prix, puis ensuite c&rsquo;&eacute;tait la f&ecirc;te avec les stands et les jeux habituels dans ce genre de manifestation.<br \/>\n\t\t\t\t\t\tJe quittais l&rsquo;Institution Sainte Marie &agrave; la fin de l&rsquo;ann&eacute;e scolaire 1952 &#8211; 53 apr&egrave;s ma seconde cinqui&egrave;me pour entrer toujours en cinqui&egrave;me au coll&egrave;ge technique &Eacute;mile Loubet. J&rsquo;avais pass&eacute; sept ann&eacute;es dans cette &eacute;cole dont quatre ann&eacute;es de pension.<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\n<p>\n\t\t\t\t\t\tDaniel Chappuis.&nbsp;<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pensionnaire chez les Maristes 1946-1953&nbsp;(Daniel Chappuis) &nbsp; &nbsp; A la rentr&eacute;e d&rsquo;octobre 1946 nous nous sommes retrouv&eacute;s, mon fr&egrave;re Marc et moi, qui n&rsquo;avait pas encore huit ans, pensionnaires &agrave; l&rsquo;Institution Sainte Marie, 5, rue d&rsquo;Alg&eacute;rie (au coin de la rue Charles De Gaulle) &agrave; Tunis, &eacute;cole libre tenue par les p&egrave;res et les 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