{"id":9669,"date":"2014-11-13T00:52:47","date_gmt":"2014-11-13T00:52:47","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9669"},"modified":"2014-11-13T00:45:23","modified_gmt":"2014-11-13T00:45:23","slug":"le-serment-de-tunis-par-bernard-henri-levy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-serment-de-tunis-par-bernard-henri-levy\/","title":{"rendered":"Le serment de Tunis, par BERNARD-HENRI L\u00c9VY"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLe serment de Tunis, par&nbsp;BERNARD-HENRI L&Eacute;VY<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tVoyage &eacute;clair &agrave; Tunis.<\/p>\n<p>\n\tA l&rsquo;a&eacute;roport, des nostalgiques de Kadhafi, braillards et path&eacute;tiques.<\/p>\n<p>\n\tDans les heures qui suivent, toute une s&eacute;rie de sites complotistes &eacute;chafaudant les sc&eacute;narios les plus cocasses pour expliquer ma pr&eacute;sence, avec Gilles Hertzog, sur le sol tunisien : une rencontre occulte avec Ennahda, une conf&eacute;rence imaginaire &agrave; Hammamet (!) en compagnie d&rsquo;un djihadiste, un rendez-vous secret avec tel ministre ou pr&eacute;sident somm&eacute;s de confirmer.<\/p>\n<p>\n\tJ&rsquo;en passe et des meilleures, car l&rsquo;essentiel n&rsquo;est, &eacute;videmment, pas l&agrave;. Et cette petite agitation ne parvient pas &agrave; nous distraire du seul rendez-vous qui vaille et qui est un rendez-vous du c&oelig;ur et de l&rsquo;esprit avec notre souffrante et ch&egrave;re Libye.<\/p>\n<p>\n\tFace &agrave; nous, ce samedi, dans une salle de r&eacute;union de notre h&ocirc;tel, Waheed Burshan, l&rsquo;ing&eacute;nieur de Garian rencontr&eacute; en juin 2011, alors qu&rsquo;il mettait en place le pont a&eacute;rien qui allait ravitailler en vivres et en armes les montagnes enclav&eacute;es du Djebel Nefousa. Autour de lui et de Ghazi Moalla, l&rsquo;ami tunisien qui est l&rsquo;architecte de la rencontre, des repr&eacute;sentants de Benghazi, Tripoli, Zaouia, Misrata, Ifren ou Nalout, ces villes aux noms pour nous si familiers et qui furent autant de stations dans le calvaire, puis la lib&eacute;ration, de ce peuple qui n&rsquo;&eacute;tait pas le n&ocirc;tre et dont nous avons &eacute;pous&eacute; la cause.<\/p>\n<p>\n\tUn des invit&eacute;s, surtout, impressionne : Fadil Lamine, qui, &agrave; la mani&egrave;re de Gide et de son apostrophe fameuse (&laquo; n&eacute; &agrave; Paris d&rsquo;un p&egrave;re uz&eacute;tien et d&rsquo;une m&egrave;re normande, o&ugrave; voulez-vous, monsieur Barr&egrave;s, que je m&rsquo;enracine ? &raquo;), commence en confiant que, n&eacute; d&rsquo;un p&egrave;re tripolitain et d&rsquo;une m&egrave;re originaire de Benghazi et, de surcro&icirc;t, amazigh, il serait bien en peine de se reconna&icirc;tre dans l&rsquo;une quelconque des factions qui se disputent un pouvoir, au demeurant, inexistant &mdash;&nbsp;ce n&rsquo;est pas un hasard, semble-t-il dire, si c&rsquo;est &agrave; lui qu&rsquo;&eacute;choit la belle responsabilit&eacute; de ce Conseil du dialogue national qui travaille, depuis 2013, au d&eacute;passement des clivages ethniques et politiques qui d&eacute;chirent la nation libyenne.<\/p>\n<p>\n\tNous &eacute;voquons, les larmes aux yeux, la m&eacute;moire de Salwa Bougaighis, la jeune avocate courage, militante des droits de l&rsquo;homme et des femmes, qui fut sa vice-pr&eacute;sidente jusqu&rsquo;&agrave; son assassinat, le 25 juin dernier, &agrave; Benghazi.<\/p>\n<p>\n\tNous nous rem&eacute;morons le jour de mars 2011 o&ugrave; elle avait contribu&eacute; &agrave; l&rsquo;organisation de cette premi&egrave;re assembl&eacute;e unitaire des tribus de Cyr&eacute;na&iuml;que et de Tripolitaine &agrave; laquelle nous avions &eacute;t&eacute; convi&eacute;s et o&ugrave; avait &eacute;t&eacute; formul&eacute; le fier &laquo; il n&rsquo;y a qu&rsquo;une tribu en Libye, c&rsquo;est la tribu de la Libye libre &raquo; qui nous fut une sorte de devise pendant ces sept mois de compagnonnage avec une nation arabe insurg&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est cette devise qu&rsquo;il faut ressusciter, dit Burshan avec gravit&eacute;. C&rsquo;est cet esprit qu&rsquo;il faut opposer, mart&egrave;le-t-il, &agrave; tous les briseurs de r&ecirc;ve qui, si on ne les arr&ecirc;te pas, pourraient bien finir par les faire couler, ces &laquo; rivi&egrave;res de sang &raquo; promises par la dictature et que l&rsquo;intervention alli&eacute;e a &eacute;vit&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\tComment fait-on, demandons-nous, quand chacun ne semble soucieux que de pousser son avantage dans un pays en ruines ? Quelle solution, avec une nation qui a deux Premiers ministres, deux Parlements, et o&ugrave; l&rsquo;Etat n&rsquo;existe pas ?<\/p>\n<p>\n\tOn passe par la soci&eacute;t&eacute; civile, r&eacute;pond Burshan, songeur. On s&rsquo;en remet &agrave; ces hommes de bonne volont&eacute; dont parle un de vos &eacute;crivains et dont vous avez, ici, quelques &eacute;minents repr&eacute;sentants.<\/p>\n<p>\n\tQuand la politique a fait faillite et se continue dans la guerre fratricide, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une issue, oui, qui est de faire entendre &agrave; tous que nul ne peut l&rsquo;emporter seul et qu&rsquo;il n&rsquo;y aura de salut, ou de suicide, que collectifs. Et il n&rsquo;y a qu&rsquo;un programme : convoquer une sorte de Loya Jirga o&ugrave; tous les protagonistes de cette r&eacute;volution interminable et d&eacute;voratrice seront &eacute;galement convi&eacute;s et o&ugrave; les absents se d&eacute;signeront comme les ennemis de la paix et de la Libye. Burshan et ses amis comptent sur la France pour parrainer ce processus.<\/p>\n<p>\n\tIls ne veulent pas d&rsquo;intervention ext&eacute;rieure, mais voient bien une mission de bons offices men&eacute;e par la nation amie par excellence. Vous &eacute;tiez avec nous pendant la guerre, disent-ils, soyez avec nous pendant la paix. Vous avez &eacute;t&eacute; nos fr&egrave;res d&rsquo;armes, puissiez-vous &ecirc;tre nos fr&egrave;res en r&eacute;conciliation et reconstruction.<\/p>\n<p>\n\tA l&rsquo;heure du terrorisme international, nos fronti&egrave;res ne sont-elles pas les v&ocirc;tres ? Et ce Sud libyen, devenu le sanctuaire de la nouvelle secte des assassins qui s&eacute;vit dans la r&eacute;gion, pourquoi ne pas entreprendre, ensemble, de le s&eacute;curiser ? La r&eacute;union s&rsquo;ach&egrave;ve par un dernier tour de parole qui est comme la pr&eacute;figuration de ce gouvernement de sages et d&rsquo;experts dont r&ecirc;ve Burshan et dont on entrevoit, soudain, la faisabilit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est l&rsquo;heure, pour lui, de regagner en h&acirc;te la Libye : la nouvelle vient de tomber d&rsquo;une tuerie &agrave; Kekla, dans le Djebel Nefoussa, pr&egrave;s de chez lui. C&rsquo;est l&rsquo;heure, pour nous, du retour &agrave; Paris : pas exclu que nous ayons &eacute;t&eacute; les t&eacute;moins de l&rsquo;un de ces &eacute;v&eacute;nements dont Nietzsche dit qu&rsquo;ils arrivent &agrave; pas de colombe mais sont, parfois, d&rsquo;autant plus d&eacute;cisifs &mdash;&nbsp;il faut en porter la nouvelle sans d&eacute;lai. Nous n&rsquo;en avons pas fini, je le vois bien, avec notre serment libyen. Nous ne sommes pas quittes de notre responsabilit&eacute; vis-&agrave;-vis de ces hommes que notre pays a aid&eacute;s &agrave; se lib&eacute;rer et qu&rsquo;il se doit, aujourd&rsquo;hui, d&rsquo;aider &agrave; se relever.<\/p>\n<p>\n\tEsp&eacute;rance pas morte.<\/p>\n<p>\n\tLe combat, pacifique, continue.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le serment de Tunis, par&nbsp;BERNARD-HENRI L&Eacute;VY &nbsp; &nbsp; &nbsp; Voyage &eacute;clair &agrave; Tunis. A l&rsquo;a&eacute;roport, des nostalgiques de Kadhafi, braillards et path&eacute;tiques. 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