{"id":9707,"date":"2014-11-18T01:21:16","date_gmt":"2014-11-18T01:21:16","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9707"},"modified":"2014-11-17T23:17:02","modified_gmt":"2014-11-17T23:17:02","slug":"les-enfants-perdus-et-retrouves-de-salomon-et-de-la-reine-de-saba","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-enfants-perdus-et-retrouves-de-salomon-et-de-la-reine-de-saba\/","title":{"rendered":"Les enfants perdus et retrouv\u00e9s de Salomon et de la reine de Saba"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><header> <\/header>\n<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLes enfants perdus et retrouv&eacute;s de Salomon et de la reine de Saba<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPar&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.rfi.fr\/auteur\/tirthankar-chanda\/\">Tirthankar Chanda<\/a><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\tEdith Bruder est chercheuse associ&eacute;e &agrave; la prestigieuse School of Oriental and African Studies de l&rsquo;universit&eacute; de Londres. Sp&eacute;cialiste du &laquo;&nbsp;juda&iuml;sme &agrave; la marge&nbsp;&raquo;, elle raconte dans son ouvrage&nbsp;Black Jews : les Juifs noirs d&rsquo;Afrique et le mythe des Tribus perdues&nbsp;(Albin Michel, 2014, 316 pages, 22 euros) la passionnante histoire des communaut&eacute;s africaines subsahariennes qui se sont lanc&eacute;es depuis un si&egrave;cle dans un processus d&rsquo;affiliation au juda&iuml;sme.<\/p>\n<p>\n\t\tCe processus qui rel&egrave;ve autant du &laquo;&nbsp;bricolage&nbsp;&raquo; identitaire que de qu&ecirc;te d&rsquo;une &laquo;&nbsp;spiritualit&eacute; alternative&nbsp;&raquo;. Ils s&rsquo;appellent Lemba, Abayuda, Falasha, Balouba, Beth Yeshouroun, Zakhor, Tutsi Hebrews of Havila, Ibo-Benesi-Israel ou Jews of Rusape. Ils ont en commun &agrave; la fois d&rsquo;&ecirc;tre juifs et noirs.<\/p>\n<\/div>\n<div itemprop=\"articleBody\">\n<p>\n\t\t<strong>RFI : &laquo; Black Jews &raquo;. Pourquoi ce titre en anglais ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tEdith Bruder :&nbsp;Comme je l&rsquo;ai &eacute;crit dans l&rsquo;avant-propos, cet ouvrage est l&rsquo;adaptation fran&ccedil;aise de mon livre sur les Juifs d&rsquo;Afrique publi&eacute; aux Etats-Unis en 2008, puis r&eacute;&eacute;dit&eacute; en 2012. Comme les communaut&eacute;s que j&rsquo;avais interrog&eacute;es pour les besoins de ce livre se pr&eacute;sentent comme &laquo;&nbsp;We the Black Jews&nbsp;&raquo;, j&rsquo;ai eu envie de conserver dans la version fran&ccedil;aise une trace de cette parole. Par ailleurs, la formule en anglais a peut &ecirc;tre plus de sens et d&rsquo;impact du fait de l&rsquo;ant&eacute;riorit&eacute; des Noirs am&eacute;ricains qui furent les premiers &agrave; s&rsquo;engager dans un processus d&rsquo;affiliation au juda&iuml;sme.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Qui sont les Juifs d&rsquo;Afrique ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tIl est difficile de le r&eacute;sumer en quelques phrases car la r&eacute;alit&eacute; se r&eacute;v&egrave;le tr&egrave;s h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne. Depuis un si&egrave;cle, de plus en plus d&rsquo;Africains d&rsquo;Afrique subsaharienne se revendiquent comme juifs. Il existe une dizaine de groupes identifi&eacute;s comme tels &agrave; l&rsquo;heure actuelle. Ils appartiennent &agrave; des cultes diff&eacute;rents : musulman, pentec&ocirc;tiste, protestant, animiste, donc d&rsquo;ob&eacute;diences religieuses tr&egrave;s diff&eacute;rentes. Ils sont de tribus et d&rsquo; ethnies diff&eacute;rentes, sans liens g&eacute;ographiques.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>On peut les nommer ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCommen&ccedil;ons par l&rsquo;Afrique de l&rsquo;ouest. A Tombouctou, un groupe de musulmans s&rsquo;est autoproclam&eacute; juif dans les ann&eacute;es 1980. Ils ont fond&eacute; un mouvement qui s&rsquo;appelle &laquo;&nbsp;Zakhor&nbsp;&raquo;, ce qui signifie en h&eacute;breu &laquo;&nbsp;se souvenir&nbsp;&raquo;. Au Nigeria, les Igbo affirment &eacute;galement une identit&eacute; juive depuis des d&eacute;cennies. L&rsquo;histoire des Beth Yeshorun au Cameroun est plus r&eacute;cente et date des ann&eacute;es 2007\/2008. Ils pr&eacute;sentent la caract&eacute;ristique de s&rsquo;&ecirc;tre form&eacute;s au juda&iuml;sme en utilisant internet : c&rsquo;est pourquoi je les appelle les &laquo;&nbsp;Internet Jews&nbsp;&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tIl existe au Ghana une communaut&eacute; beaucoup plus ancienne, connue sous le nom de House of Israel qui adh&egrave;re au juda&iuml;sme avec une engagement spirituel proche de la ferveur. Il y a une centaine d&rsquo;ann&eacute;es, un proph&egrave;te s&rsquo;est r&eacute;v&eacute;l&eacute; au sein de ce groupe. A la suite d&rsquo;une vision il a d&eacute;cr&eacute;t&eacute; que son peuple &eacute;tait juif, et a &eacute;tabli des parall&egrave;les entre des coutumes des religions traditionnelles africaines et les rites de l&rsquo;Ancien Testament. En Afrique centrale, au Rwanda comme au Burundi des Tutsi affirment &eacute;galement qu&rsquo;ils sont descendants d&rsquo;H&eacute;breux, de m&ecirc;me que des Balouba en RDC.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Ce processus de conversion au juda&iuml;sme concerne aussi, je crois, l&rsquo;Afrique orientale et australe.<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tEn effet. Les Abayudaya d&rsquo;Ouganda, par exemple, ont adh&eacute;r&eacute; &agrave; la religion juive &agrave; la suite de la d&eacute;cision d&rsquo;un de leurs chefs charismatique qui aurait d&eacute;couvert les origines juives de sa communaut&eacute; en lisant la Bible. Dans les ann&eacute;es 1910 Samei Lwakilenzi Kakunguku qui &eacute;tait un brillant guerrier s&rsquo;est orient&eacute; vers le juda&iuml;sme, apr&egrave;s avoir pratiqu&eacute; le protestantisme. Il entra&icirc;nera une partie des membres de sa tribu derri&egrave;re lui, exigeant d&rsquo;eux une foi absolue en l&rsquo;Ancien Testament et dans ses commandements, y compris la circoncision. Cette adh&eacute;sion se transformera en une conversion collective lorsqu&rsquo;en 2002 des rabbins isra&eacute;liens et am&eacute;ricains viendront les convertir officiellement au juda&iuml;sme. Enfin, en Afrique du Sud, il y a les Lemba. Les Lemba sont bien connus, parce que l&rsquo;analyse ADN de leurs g&egrave;nes a r&eacute;v&eacute;l&eacute; qu&rsquo;ils &eacute;taient d&rsquo;ascendance non-africaine en lign&eacute;e paternelle. Ce qui signifie que des hommes de ce groupe seraient probablement des s&eacute;mites venus d&rsquo;ailleurs et qui auraient &eacute;pous&eacute; des femmes africaines.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Nombre de ces Juifs d&rsquo;Afrique affirment &ecirc;tre des descendants des communaut&eacute;s juives install&eacute;es en Afrique &agrave; un moment ou un autre de l&rsquo;histoire. Ces affirmations vous paraissent-elles plausibles ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tPour certains, oui. C&rsquo;est plausible, par exemple, pour les membres de Zakhor localis&eacute;s &agrave; Tombouctou. Ils se d&eacute;clarent &ecirc;tre descendants des Juifs du Touat, une r&eacute;gion &agrave; la limite du Sahara, dans l&rsquo;ouest de l&rsquo;Alg&eacute;rie. Les Juifs du Touat furent extermin&eacute;s par le Cheikh el Meghili en 1492. Certains des rescap&eacute;s purent peut &ecirc;tre s&rsquo;enfuir vers le Mali actuel. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;affirmation par les membres de Zakhor qu&rsquo;ils sont des descendants des Juifs du Touat n&rsquo;a rien d&rsquo;invraisemblable. Il n&rsquo;existe pas de sources directes, seulement des sources indirectes qui &eacute;voquent cette possible g&eacute;n&eacute;alogie juive. Ces musulmans maliens ont, par exemple, des patronymes h&eacute;breux qui furent arabis&eacute;s. Certains de leurs rites rappellent des pratiques religieuses juives. On peut parler en quelque sorte de &laquo; crypto-juifs &raquo; dont les pratiques culturelles gardent le souvenir d&rsquo;une culture juive sous-jacente, jamais tout &agrave; fait &eacute;teinte.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;affirmation des Lemba d&rsquo;Afrique du sud para&icirc;t &eacute;galement vraisemblable dans la mesure o&ugrave; les tests ADN semblent aller dans le m&ecirc;me sens que leurs traditions orales. Les tests g&eacute;n&eacute;tiques confirment l&rsquo;origine s&eacute;mite des Lemba. Mais attention, s&eacute;mite ne veut pas dire plus juif que musulman. Quant aux affirmations des Tutsi qui se disent descendants du royaume juif de Havilah auquel la Bible fait r&eacute;f&eacute;rence, elles semblent relever davantage de la fantasmagorie que d&rsquo;une r&eacute;alit&eacute; historique.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Il est frappant de voir combien ce d&eacute;sir d&rsquo;&ecirc;tre juif puise dans ces fantasmagories, n&eacute;es des mythes bibliques pour l&rsquo;essentiel.<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCes mythes sont tr&egrave;s anciens, mais ils ont su r&eacute;sister au temps. Ils font partie du discours de ces &laquo;&nbsp;nouveaux juifs&nbsp;&raquo; dont beaucoup voient notamment dans &laquo;&nbsp;le mythe des Tribus perdues&nbsp;&raquo; qui selon la Bible composaient le royaume d&rsquo;Isra&euml;l, la confirmation de leur qu&ecirc;te spirituelle . Un autre mythe auquel les Juifs d&rsquo;Afrique se r&eacute;f&egrave;rent souvent, c&rsquo;est l&rsquo;&eacute;pop&eacute;e de Salomon et de la reine de Saba qui est au c&oelig;ur de la geste traditionnelle des Ethiopiens, le Kebra Nagast.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Quelle influence a exerc&eacute; sur les Africains le ph&eacute;nom&egrave;ne de la conversion des Am&eacute;ricains noirs au juda&iuml;sme d&egrave;s le XIXe si&egrave;cle ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tPour les Africains-Am&eacute;ricains, il ne s&rsquo;agissait pas du tout de conversion, mais de retour aux sources. Ils se sont identifi&eacute;s aux H&eacute;breux et se sont reconnus dans leurs souffrances de peuple domin&eacute; par un autre. D&egrave;s le d&eacute;but du XXe si&egrave;cle, les mouvements afro-centristes ont repris ces th&egrave;mes, en affirmant que Dieu &eacute;tait noir, que les H&eacute;breux &eacute;taient noirs, que les Africains &eacute;taient les v&eacute;ritables descendants des anciens H&eacute;breux et non les Juifs blancs. C&rsquo;est une inversion transgressive de la vision euro-centriste du monde dont l&rsquo;Occident s&rsquo;est servi pour justifier la colonisation des Africains.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Comment s&rsquo;explique l&rsquo;&eacute;mergence des mouvements juifs africains noirs au XXe si&egrave;cle ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tIl y a plusieurs r&eacute;ponses &agrave; cela. D&rsquo;abord, il y a eu au XXe si&egrave;cle, l&rsquo;apport fondamental de l&rsquo;internet. C&rsquo;est notamment gr&acirc;ce &agrave; ce nouvel outil et aux nouvelles technologies de communication que les informations sur les Falasha ont circul&eacute; &agrave; partir des ann&eacute;es 1990 et se sont r&eacute;pandues. On ne dira jamais assez combien l&rsquo;aventure des Falashas a servi de levier &agrave; ce processus, et a permis d&rsquo;&eacute;laborer la notion de &laquo;&nbsp;juif noir&nbsp;&raquo;. L&rsquo;exode extr&ecirc;mement m&eacute;diatis&eacute; des Falasha a habilit&eacute; en quelque sorte les autres Africains, qui ressentaient jusque-l&agrave; confus&eacute;ment leur identit&eacute; juive, &agrave; exprimer au grand jour leur d&eacute;sir de retrouver ce qu&rsquo;ils consid&egrave;rent comme leurs racines. J&rsquo;en veux pour preuve la toute premi&egrave;re d&eacute;claration officielle des Lemba revendiquant leur ascendance juive qui date exactement du d&eacute;part des Falashas d&#39;Ethiopie vers Isra&euml;l en 1980. L&rsquo;internet a &eacute;galement dans les dix derni&egrave;res ann&eacute;es permis aux diff&eacute;rentes communaut&eacute;s africaines de communiquer entre elles et de se soutenir.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Quelle est la part des vis&eacute;es &eacute;conomiques dans ces mouvements de conversion au juda&iuml;sme en Afrique ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tQuand on conna&icirc;t ces groupes, on ne peut pas souscrire &agrave; l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;il puisse y avoir derri&egrave;re leur d&eacute;marche religieuse des intentions mat&eacute;rialistes. Ils manifestent surtout un ardent d&eacute;sir d&rsquo;&ecirc;tre juifs, comme en t&eacute;moigne leur implication dans l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;h&eacute;breu et des rituels. Leur investissement est total. A partir du moment o&ugrave; ils sont identifi&eacute;s comme juifs, des associations pros&eacute;lytes am&eacute;ricaines ou isra&eacute;liennes les soutiennent sur le plan de l&rsquo;&eacute;ducation, sur le plan sanitaire, et sur le plan de la qualit&eacute; de vie. Ce sont des &eacute;l&eacute;ments qui viennent se greffer apr&egrave;s, ils ne sont pas du tout primordiaux. En embrassant la religion juive, les Africains ont en fait l&rsquo;impression de renouer avec cette part d&rsquo;eux-m&ecirc;mes dont ils avaient &eacute;t&eacute; priv&eacute;s par la colonisation. On est d&rsquo;ailleurs frapp&eacute;s par les nombreuses affinit&eacute;s entre la spiritualit&eacute; africaine et l&rsquo;Ancien Testament. Tout ceci va tr&egrave;s au-del&agrave; des contingences mat&eacute;rielles.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Comment est n&eacute; votre int&eacute;r&ecirc;t pour les Juifs d&rsquo;Afrique ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tJ&rsquo;ai eu l&rsquo;opportunit&eacute;, il y a quelques ann&eacute;es, d&rsquo;&ecirc;tre inform&eacute;e de l&rsquo;existence des Lemba. Je suis donc all&eacute;e &agrave; leur rencontre. Cette rencontre m&rsquo;a r&eacute;v&eacute;l&eacute; un pan m&eacute;connu de l&rsquo;histoire du juda&iuml;sme en devenir. J&rsquo;ai donc commenc&eacute; &agrave; r&eacute;fl&eacute;chir sur la communaut&eacute; des Lemba, tout en me disant qu&rsquo;il pouvait peut-&ecirc;tre exister d&rsquo;autres situations similaires. J&rsquo;ai tir&eacute; un fil. Mais cela aurait pu en rester l&agrave;. En fait les Lemba m&rsquo;ont conduite vers les autres Juifs africains&hellip;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &nbsp; Les enfants perdus et retrouv&eacute;s de Salomon et de la reine de Saba &nbsp; Par&nbsp;Tirthankar Chanda &nbsp; &nbsp; &nbsp; Edith Bruder est chercheuse associ&eacute;e &agrave; la prestigieuse School of Oriental and African Studies de l&rsquo;universit&eacute; de Londres. 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