{"id":9729,"date":"2014-11-20T01:19:36","date_gmt":"2014-11-20T01:19:36","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9729"},"modified":"2014-11-20T00:42:33","modified_gmt":"2014-11-20T00:42:33","slug":"les-galopades-de-francesco-cucca","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-galopades-de-francesco-cucca\/","title":{"rendered":"LES \u00ab\u00a0GALOPADES\u00a0\u00bb de Francesco Cucca"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLES &quot;GALOPADES&quot;&nbsp;de Francesco Cucca<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tAlessio Loreti<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPar ses &eacute;crits &eacute;tonnamment dispers&eacute;s, Francesco Cucca (1882-1947), voyageur solitaire en Afrique du Nord au d&eacute;but du 20&egrave;me si&egrave;cle, t&eacute;moigne d&#39;un parcours existentiel &agrave; la fois passionnant et imp&eacute;n&eacute;trable. C&#39;est apr&egrave;s de nombreuses ann&eacute;es d&#39;oubli que l&#39;&oelig;uvre de cet &eacute;crivain italophone qui a trouv&eacute; son inspiration dans la nature tunisienne, &eacute;veille enfin l&#39;int&eacute;r&ecirc;t des sp&eacute;cialistes d&#39;&eacute;tudes sardes, maghr&eacute;bines et compar&eacute;es dans une perspective de revalorisation des identit&eacute;s multiculturelles m&eacute;diterran&eacute;ennes.<\/p>\n<p>\n\tAme inqui&egrave;te &agrave; la recherche d&#39;un refuge, Francesco Cucca confie &agrave; une &eacute;criture souvent improvis&eacute;e la chronique de ses voyages ou, selon ses propres mots, de ses &quot;galopades&quot; au Maroc, en Alg&eacute;rie et surtout en Tunisie o&ugrave; il s&eacute;journe entre 1903 et 1939. Insoumis &agrave; la soci&eacute;t&eacute; en g&eacute;n&eacute;ral, et tout particuli&egrave;rement &agrave; celle des oppresseurs, anarchisant, il est finalement &quot;un id&eacute;aliste mais non pas un r&eacute;volutionnaire&quot;, &agrave; l&#39;en croire son neveu Salvatore. C&#39;est lui qui apr&egrave;s la mort de l&#39;&eacute;crivain &agrave; Naples en 1947, a h&eacute;rit&eacute; de ses manuscrits &#8211; parmi lesquels figurent de nombreux in&eacute;dits &#8211; ainsi que de sa petite biblioth&egrave;que que l&#39;auteur qualifiait de &quot;nomade&quot;\u0002. Romancier, po&egrave;te et essayiste que Giuseppe Marci compare volontiers &agrave; Isabelle Eberhardt en raison de son choix de tourner le dos &agrave; l&#39;Europe, Francesco Cucca est un personnage singulier dans le patrimoine culturel sarde et tunisien, plus par son exp&eacute;rience humaine de d&eacute;couvreur, d&#39;&quot;explorateur de cultures&quot;, que par la valeur esth&eacute;tique de son &oelig;uvre.<\/p>\n<p>\tAdmirateur du r&eacute;volutionnaire Paul Vigne d&#39;Octon, du peintre Antoine Gadan, d&#39;Ernest Mallebay, le directeur de la revue anti-coloniale&nbsp;Les Annales Africaines, de la romanci&egrave;re Magali Boisnard qui en 1912 a pr&eacute;fac&eacute; son recueil de po&egrave;mes&nbsp;Veglie Beduine&nbsp;(Veill&eacute;es b&eacute;douines), ainsi que de chantres sardes comme Sebastiano Satta et Grazia Deledda (prix Nobel 1926) auxquels il &eacute;crit souvent pour demander conseil, ce curieux&nbsp;roumi&nbsp;n&#39;en est pas moins sensible aux valeurs de l&#39;islam et &agrave; la culture nord-africaine. Dans le mod&egrave;le relationnel entre&nbsp;colonisateur&nbsp;et&nbsp;colonis&eacute;&nbsp;propos&eacute; par&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.africultures.com\/php\/index.php?nav=personne&amp;no=3987\">Albert Memmi<\/a>, il se situe sans aucun doute en position interm&eacute;diaire, t&eacute;moignant ainsi d&#39;un dialogue euroafricain qui lui fait partager avec les autochtones qu&#39;il c&ocirc;toie, la m&ecirc;me condition d&#39;opprim&eacute;.<\/p>\n<p>\tIssu d&#39;une famille de tailleurs de la ville de Nuoro, situ&eacute;e au c&oelig;ur de la Sardaigne, Francesco Cucca perd ses parents d&egrave;s son plus jeune &acirc;ge; &quot;Un matin d&#39;automne de mon enfance je me r&eacute;veillai orphelin. Je me souviens, et je l&#39;avoue, que cela ne me d&eacute;plut pas. La libert&eacute; des camps me souriait (&hellip;) je me sentais heureux quand je pouvais rester des semaines loin du monde et vivre avec les douces juments&hellip;&quot;. Il travaille d&#39;abord comme berger, puis comme mineur, et &agrave; partir de 1896, lorsqu&#39;il a d&eacute;j&agrave; 14 ans, il s&#39;initie &agrave; la litt&eacute;rature et &agrave; la pens&eacute;e politique. Le d&eacute;sir de d&eacute;couvertes, la solitude recherch&eacute;e et subie, et le besoin d&#39;une libert&eacute; aussi absolue que possible, le poussent &agrave; partir &agrave; l&#39;aventure. &quot;&nbsp;Il ne voulait pas prononcer ni m&ecirc;me se souvenir de son propre pr&eacute;nom. Pouss&eacute;, plus que par la mis&egrave;re, par l&#39;instabilit&eacute; d&#39;une jeunesse sans liens familiaux, il avait quitt&eacute; sa terre&nbsp;&quot;, commence-t-il son roman autobiographique&nbsp;Muni Rosa del Suf. A la solde d&#39;une entreprise toscane qui exporte du bois africain vers l&#39;Europe, il d&eacute;barque en 1902 &agrave; Tunis qui lui appara&icirc;t comme odieuse &quot;avec ses allures de ville europ&eacute;enne&quot; alors qu&#39;il se trouve parfaitement dans son &eacute;l&eacute;ment dans les campagnes bucoliques et les for&ecirc;ts du Nord-Ouest, ainsi que dans les d&eacute;serts du Sud de la Tunisie.<\/p>\n<p>\tSuite &agrave; la grave crise &eacute;conomique qui frappe la Tunisie dans les ann&eacute;es 30 et au d&eacute;clenchement de la seconde guerre mondiale, Cucca rentre en Italie continentale d&egrave;s 1939 pour ne jamais plus revenir ni en Tunisie ni en Sardaigne (le dernier voyage dans sa terre natale remonte &agrave; 1919). N&#39;ayant aucun titre pour aspirer &agrave; un v&eacute;ritable travail, dans un premier temps il se retrouve au ch&ocirc;mage &agrave; Rome ; il donne des cours d&#39;arabe, puis travaille comme technicien mal r&eacute;tribu&eacute; au minist&egrave;re de l&#39;industrie. Il fut arr&ecirc;t&eacute; &agrave; Milan pendant la guerre, et c&#39;est vers la fin de sa vie qu&#39;il travaille en tant qu&#39;inspecteur dans une administration publique de Naples o&ugrave; il meurt &agrave; l&#39;&acirc;ge de 65 ans.<\/p>\n<p>\tCe po&egrave;te rassemble dans un m&ecirc;me chant de tristesse sa terre d&#39;origine et sa patrie d&#39;&eacute;lection ; d&#39;ailleurs la&nbsp;Barbagia, sa r&eacute;gion natale en Sardaigne, et l&#39;ancienne&nbsp;Berb&eacute;rie&nbsp;romaine (i.e. le Maghreb) ne sont-elles pas toutes deux cit&eacute;es comme &quot;sauvages&quot;&nbsp;et &quot;&eacute;trang&egrave;res&nbsp;&quot;, cette appellation, provenant du m&ecirc;me mot grec&nbsp;barbaros&nbsp;-&eacute;tant utilis&eacute;e par les repr&eacute;sentants du pouvoir en M&eacute;diterran&eacute;e, qui les colonisent et les pillent tout au long des si&egrave;cles ?<\/p>\n<p>\tD&#39;ailleurs ces vers (traduits par Magali Boisnard)&nbsp;&eacute;voquent une patrie id&eacute;ale suspendue quelque part entre l&#39;Afrique et l&#39;Europe.<\/p>\n<p>\tJe ne sais pourquoi le soupir de ces fontaines<\/p>\n<p>\tNe me murmure rien au fond du c&oelig;ur,<\/p>\n<p>\tJe ne sais pourquoi les ch&ecirc;nes dans ces monts<\/p>\n<p>\tNe donnent pas l&#39;ombre de la paix &agrave; ma douleur.<\/p>\n<p>\tJe ne sais pourquoi le parfum de la menthe sauvage<\/p>\n<p>\tN&#39;&eacute;veille pas mon &acirc;me aux songes myst&eacute;rieux.<\/p>\n<p>\tJe ne sais pourquoi les astres ne brillent pas autant<\/p>\n<p>\tQue sur la cime de mes montagnes.<\/p>\n<p>\tViens, viens, &ocirc; &acirc;pre vent du d&eacute;sert !<\/p>\n<p>\tViens, et emporte-moi &agrave; ma patrie,<\/p>\n<p>\tNe me laisse pas dans cette contr&eacute;e ouverte<\/p>\n<p>\tD&eacute;lier les chants de la nostalgie.<\/p>\n<p>\tEmporte-moi avec la nu&eacute;e sur les cimes<\/p>\n<p>\tDe ma patrie, pour r&eacute;jouir encore comme autrefois<\/p>\n<p>\tLes ombres odorantes et les couchants vermeils&hellip;<\/p>\n<p>\tLe vent passe, rugit, et ne m&#39;&eacute;coute pas !<\/p>\n<p>\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t1. Son &oelig;uvre a &eacute;t&eacute; r&eacute;&eacute;dit&eacute;e en partie ou publi&eacute;e &agrave; titre posthume depuis les ann&eacute;es 1990 par des &eacute;diteurs et instituts sardes comme Il Maestrale, l&#39;Institut sup&eacute;rieur r&eacute;gional ethnographique et le Centre d&#39;&eacute;tudes philologiques sardes, gr&acirc;ce notamment aux efforts de Dino Manca, Giuseppe Marci et Simona Pilia.<\/p>\n<blockquote class=\"wp-embedded-content\" data-secret=\"IGnvCMDbn4\"><p><a href=\"https:\/\/africultures.com\/\">Accueil<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p><iframe loading=\"lazy\" class=\"wp-embedded-content\" sandbox=\"allow-scripts\" security=\"restricted\" style=\"position: absolute; visibility: hidden;\" title=\"\u00ab\u00a0Accueil\u00a0\u00bb \u2014 Africultures\" src=\"https:\/\/africultures.com\/embed\/#?secret=j8UX9VN6Va#?secret=IGnvCMDbn4\" data-secret=\"IGnvCMDbn4\" width=\"600\" height=\"338\" frameborder=\"0\" marginwidth=\"0\" marginheight=\"0\" scrolling=\"no\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LES &quot;GALOPADES&quot;&nbsp;de Francesco Cucca &nbsp; Alessio Loreti &nbsp; &nbsp; &nbsp; Par ses &eacute;crits &eacute;tonnamment dispers&eacute;s, Francesco Cucca (1882-1947), voyageur solitaire en Afrique du Nord au d&eacute;but du 20&egrave;me si&egrave;cle, t&eacute;moigne d&#39;un parcours existentiel &agrave; la fois passionnant et imp&eacute;n&eacute;trable. 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