{"id":9731,"date":"2015-11-13T01:25:10","date_gmt":"2015-11-13T01:25:10","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9731"},"modified":"2015-11-13T01:13:13","modified_gmt":"2015-11-13T01:13:13","slug":"guy-de-maupassant-a-la-decouverte-du-maghreb","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/guy-de-maupassant-a-la-decouverte-du-maghreb\/","title":{"rendered":"Guy de Maupassant \u00e0 la d\u00e9couverte du Maghreb"},"content":{"rendered":"<p>\n\tGuy de Maupassant &agrave; la d&eacute;couverte du Maghreb<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tAlessio Loreti<\/p>\n<p>\n\tLes voyages que Guy de Maupassant (1850-1893) entreprend en Afrique vers la fin du 19e si&egrave;cle lui inspirent une s&eacute;rie de textes qui t&eacute;moignent de ses efforts pour comprendre le monde colonial mais aussi de sa propre fascination pour l&#39;Orient. No&euml;lle Benhamou a r&eacute;uni une bonne partie de ces r&eacute;cits et nouvelles en deux tomes aux&nbsp;&eacute;ditions Palimpseste&nbsp;(1).<\/p>\n<p>\n\tMaupassant se rend en Afrique du Nord, pr&eacute;cis&eacute;ment en Alg&eacute;rie, puis en Tunisie, entre juillet et septembre 1881, en tant qu&#39;envoy&eacute; du quotidien&nbsp;Le Gaulois, lors des soul&egrave;vements anti-fran&ccedil;ais qui font alors ravage en Alg&eacute;rie ces ann&eacute;es-l&agrave;. Il retourne vers cette terre qui l&#39;attire depuis toujours entre octobre et d&eacute;cembre 1887, en hiver 1888-89 et en septembre 1890 (&quot;&nbsp;un imp&eacute;rieux besoin, par la nostalgie du D&eacute;sert ignor&eacute;, comme par le pressentiment d&#39;une passion qui va na&icirc;tre&nbsp;&quot;).<\/p>\n<p>\tAu-del&agrave; des analyses politiques et sociales, l&#39;&eacute;crivain normand essaye surtout d&#39;explorer de son regard l&#39;&acirc;me de gens qui semblent &eacute;ternellement divis&eacute;s entre deux p&ocirc;les. Car cette terre o&ugrave; les Nord-africains rencontrent l&#39;occupant fran&ccedil;ais &quot;, le&nbsp;Maghreb, c&#39;est-&agrave;-dire l&#39;&quot; Occident &quot; en arabe, repr&eacute;sente en m&ecirc;me temps l&#39;Orient&nbsp;aux yeux des Europ&eacute;ens. L&#39;auteur est donc int&eacute;ress&eacute; &agrave; comprendre &quot;&nbsp;ce dont ne s&#39;inqui&egrave;tent gu&egrave;re les colonisateurs&nbsp;&quot;, un sujet &agrave; l&#39;&eacute;gard duquel ses contemporains sont pour la plupart indiff&eacute;rents.<\/p>\n<p>\tDans les&nbsp;Nouvelles d&#39;Afrique&nbsp;(1) Maupassant se veut conteur de ses exp&eacute;riences de vie africaine ; l&#39;imagination et le c&ocirc;t&eacute; litt&eacute;raire sont privil&eacute;gi&eacute;s par rapport &agrave; l&#39;analyse objective de l&#39;actualit&eacute;, &agrave; l&#39;esprit de chroniqueur de journal. Il s&#39;adresse souvent &agrave; un interlocuteur imaginaire qui est l&#39;alter ego ou encore une transfiguration du narrateur &eacute;pris des plaisirs de l&#39;Orient ; cela lui sert de pr&eacute;texte pour se livrer &agrave; des dialogues avec lui-m&ecirc;me. Dans le deuxi&egrave;me recueil,&nbsp;R&eacute;cits d&#39;Afrique&nbsp;(1), qui r&eacute;unit des textes parus la premi&egrave;re fois dans&nbsp;Au Soleil&nbsp;(Havard, 1884) et&nbsp;La Vie errante&nbsp;(Ollendorff, 1890), l&#39;auteur s&#39;inspire plut&ocirc;t de la r&eacute;alit&eacute; politique et veut exprimer sa propre opinion au sujet des &eacute;v&egrave;nements en cours et des op&eacute;rations militaires dont il est t&eacute;moin en Alg&eacute;rie en tant que reporter.<\/p>\n<p>\tQui sont les vrais barbares, se demande-t-il dans&nbsp;L&#39;Orient&nbsp;(1883), les gens malheureux de l&#39;Occident qui se disent civilis&eacute;s mais vivent durement comme des brutes ou les Orientaux qui vivent, de leur c&ocirc;t&eacute;, l&agrave; o&ugrave; l&#39;esprit est mort, la pens&eacute;e est st&eacute;rile et ne fait aucun effort pour s&#39;&eacute;lancer, grandir et conqu&eacute;rir ? &quot;&nbsp;C&#39;est la terre des sages, la terre chaude o&ugrave; on laisse couler la vie, o&ugrave; l&#39;on arrondit les angles&nbsp;&quot;, lui r&eacute;pond son ami de plume depuis un Orient utopique.<\/p>\n<p>\tUn peu partout l&#39;auteur nous livre l&#39;image de lieux o&ugrave; l&#39;homme peut enfin aspirer &agrave; &ecirc;tre lib&eacute;r&eacute; des inconv&eacute;nients terriens pour jouir simplement du soleil et de l&#39;amour s&#39;offrant g&eacute;n&eacute;reusement &agrave; leur &eacute;tat pur dans une &quot;&nbsp;terre color&eacute;e qui enivre le regard, dont la vue est savoureuse comme un vin&nbsp;&quot;. Par ailleurs Maupassant ne manque pas de se laisser tenter par un certain orientalisme, voire l&#39;utilisation d&#39;images st&eacute;r&eacute;otyp&eacute;es de l&#39;Afrique et de l&#39;Orient.&nbsp;<\/p>\n<p>\tDans&nbsp;Marroca&nbsp;(1882) il raconte l&#39;explosion des sentiments qu&#39;il subit en Afrique, un leitmotiv de la litt&eacute;rature de voyage : &quot; ici on aime furieusement. On sent, d&egrave;s les premiers jours, une sorte d&#39;ardeur fr&eacute;missante, un soul&egrave;vement, une brusque tension des d&eacute;sirs, un &eacute;nervement courant au bout des doigts, qui surexcitent &agrave; les exasp&eacute;rer nos puissances amoureuses et toutes nos facult&eacute;s de sensation physique, depuis le simple contact des mains jusqu&#39;&agrave; cet innommable besoin qui nous fait commettre tant de sottises &quot;. Marroca est donc une pied-noir d&#39;origine espagnole &agrave; l&#39;accent marseillais, un peu bestiale, grande, &quot; destin&eacute;e &agrave; l&#39;amour d&eacute;sordonn&eacute; &quot;, &eacute;veillant en lui &quot; l&#39;id&eacute;e des obsc&egrave;nes divinit&eacute;s antiques &quot;. Femme fatale, V&eacute;nus de Barbarie fid&egrave;le n&eacute;anmoins &agrave; l&#39;iconographie classique (le narrateur la d&eacute;couvre en l&#39;&eacute;piant pendant qu&#39;elle prend son bain en mer), elle est avant tout la repr&eacute;sentation du d&eacute;sir &eacute;rotique propre &agrave; un voyageur occidental qui explore enfin cet Orient, d&eacute;cor de tous ses fantasmes. D&#39;autre part Marroca, poussant le narrateur &agrave; l&#39;adult&egrave;re sous son toit conjugal, refl&egrave;te une certaine image de pied-noir que Maupassant semble vouloir repr&eacute;senter, &agrave; savoir un colonisateur qui l&#39;est malgr&eacute; lui, souventper&ccedil;u dans la m&eacute;tropole comme n&#39;&eacute;tant pas fiable, se laissant emporter par la passion, na&iuml;f ou d&eacute;prav&eacute;.<\/p>\n<p>\tL&#39;auteur met en sc&egrave;ne d&#39;autres personnages inspir&eacute;s des Europ&eacute;ens rencontr&eacute;s en Alg&eacute;rie. Les nouvelles&nbsp;Un Soir&nbsp;(1889) et&nbsp;Allouma&nbsp;(1889) offrent au lecteur des m&eacute;morables portraits de colons fran&ccedil;ais. Dans la premi&egrave;re, Maupassant met en sc&egrave;ne un certain M. Tr&eacute;moulin install&eacute; en colonie suite &agrave; une d&eacute;ception amoureuse (ou &agrave; un atroce d&eacute;lit ?). Misogynie, exaltation de la camaraderie virile, la violence et le plaisir sadique de la conqu&ecirc;te sont les th&egrave;mes et les valeurs privil&eacute;gi&eacute;es du monde colonial. Dans&nbsp;La province d&#39;Oran&nbsp;Maupassant raconte l&#39;aventure d&#39;une femme alsacienne &agrave; qui on avait promis des terres qui finalement ne rapportent rien du tout. Ainsi il met en &eacute;vidence une r&eacute;alit&eacute; de mis&egrave;res qui hante l&#39;histoire de la pr&eacute;sence fran&ccedil;aise en Alg&eacute;rie et qu&#39;<a href=\"http:\/\/www.africultures.com\/php\/index.php?nav=personne&amp;no=8503\">Albert Camus<\/a>&nbsp;&eacute;voquera plus tard dans&nbsp;Le Premier homme.&nbsp;<\/p>\n<p>\tMaupassant semble parfois &eacute;voquer un monde colonial l&eacute;gendaire o&ugrave; figurent un colonisateur bon enfant et un colonis&eacute; naturellement soumis et toujours fid&egrave;le. C&#39;est le cas par exemple du personnage de Tombouctou, &quot;&nbsp;g&eacute;ant d&#39;&eacute;b&egrave;ne&nbsp;&quot; qui marche en gesticulant et rit &quot;&nbsp;tordu, hurlant avec une joie de folie&nbsp;&quot; (Tombouctou, 1883). Cet Africain grotesque et qui r&eacute;pond &agrave; des clich&eacute;s encore d&#39;actualit&eacute;, est emmen&eacute; en Europe vraisemblablement lors de la guerre franco-allemande de 1870 ; il fait part de ses aventures &agrave; son ancien lieutenant rencontr&eacute; par hasard &agrave; Paris : &quot;&nbsp;Gagn&eacute; beaucoup d&#39;agent, beaucoup, grand&#39;estaurant, bon mang&eacute;, Prussiens, moi, beaucoup vol&eacute;, beaucoup, cuisine fran&ccedil;aise, Tombouctou, cuisini&eacute; de l&#39;Emp&eacute;eu, deux cent mille francs &agrave; moi&nbsp;&quot;. Par ailleurs Maupassant critique avec s&eacute;v&eacute;rit&eacute; la soci&eacute;t&eacute; du colonis&eacute;, notamment dans&nbsp;La Province d&#39;Alger&nbsp;et&nbsp;Le Zar&#39;ez&nbsp;&agrave; propos de la pratique accept&eacute;e de l&#39;homosexualit&eacute;, du tribalisme, de la pr&eacute;sence envahissante de la religion musulmane dans la vie quotidienne.<\/p>\n<p>\tIl n&#39;h&eacute;site pas &agrave; adopter un ton encore plus pol&eacute;mique dans ses critiques anti-coloniales comme dans&nbsp;Bou-Amama&nbsp;ou&nbsp;La Kabylie-Bougie. Dans&nbsp;Alger&nbsp;par exemple il d&eacute;peint un pays qui finalement est &eacute;videmment bien loin de subir une colonisation b&eacute;nigne : &quot;&nbsp;d&egrave;s les premiers pas on est g&ecirc;n&eacute; par la sensation du progr&egrave;s mal appliqu&eacute; &agrave; ce pays. C&#39;est nous qui avons l&#39;air de barbares au milieu de ces barbares, brutes il est vrai, mais qui sont chez eux, et &agrave; qui les si&egrave;cles ont appris des coutumes dont nous semblons n&#39;avoir pas encore compris le sens. Nos m&oelig;urs impos&eacute;es, nos maisons parisiennes, nos usages choquent sur ce sol comme des fautes grossi&egrave;res d&#39;art, de sagesse et de compr&eacute;hension. Tout ce que nous faisons semble un contresens, un d&eacute;fi &agrave; ce pays, non pas tant &agrave; ses habitants premiers qu&#39;&agrave; la terre elle-m&ecirc;me&nbsp;&quot;.<\/p>\n<p>\tEn conclusion, l&#39;originalit&eacute; des r&eacute;cits de voyage de Maupassant aura &eacute;t&eacute; le sinc&egrave;re engagement humain de l&#39;&eacute;crivain pour un dialogue franc et lucide entre l&#39;Orient et l&#39;Occident.&nbsp;<\/p>\n<p>\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t(1) Nouvelles d&#39;Afrique, Maupassant en Afrique, Volume 1<br \/>\n\tR&eacute;cits d&#39;Afrique, Maupassant en Afrique, Volume 2<br \/>\n\tEditions Palimpseste, 13 Rue Paul Bert, 69003 Lyon<br \/>\n\tSite Internet :<a href=\"http:\/\/www.africultures.com\/php\/www.editions-palimpseste.com\">www.editions-palimpseste.com<\/a><br \/>\n\tPour des renseignements bibliographiques complets visiter le site&nbsp;<br \/>\n\tMaupassantiana :&nbsp;<a href=\"http:\/\/perso.wanadoo.fr\/maupassantiana\">http:\/\/perso.wanadoo.fr\/maupassantiana<\/a><\/p>\n<p>\n\thttp:\/\/www.africultures.com\/php\/index.php?nav=article&#038;no=4687#sthash.8nPRKoyM.dpuf<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Guy de Maupassant &agrave; la d&eacute;couverte du Maghreb &nbsp; &nbsp; Alessio Loreti Les voyages que Guy de Maupassant (1850-1893) entreprend en Afrique vers la fin du 19e si&egrave;cle lui inspirent une s&eacute;rie de textes qui t&eacute;moignent de ses efforts pour comprendre le monde colonial mais aussi de sa propre fascination pour l&#39;Orient. 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