{"id":985,"date":"2011-02-18T18:38:14","date_gmt":"2011-02-18T18:38:14","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=985"},"modified":"2011-02-18T18:41:42","modified_gmt":"2011-02-18T18:41:42","slug":"robert-cohen-je-suis-las-de-tous-ces-livres-qui-sont-faits-pour-etre-des-films","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/robert-cohen-je-suis-las-de-tous-ces-livres-qui-sont-faits-pour-etre-des-films\/","title":{"rendered":"Robert Cohen : Je suis las de tous ces livres qui sont faits pour \u00eatre des films"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<h1>\n\tRobert Cohen : Je suis las de tous ces livres qui sont faits pour &ecirc;tre des films<\/h1>\n<p>\n\t<span class=\"clear\">&nbsp;<\/span><\/p>\n<div class=\"contenu_article\">\n<p>\n\t\tRobert Cohen a autant d&#39;humour dans la conversation que dans ses romans. Il faut l&#39;entendre &eacute;voquer les cours de <i>creative writing<\/i> qu&#39;il a suivis avec <span class=\"listLink\">Leonard Michaels<\/span> &agrave; l&#39;universit&eacute; de Berkeley, du temps o&ugrave; il &eacute;tait <i>&quot;un jeune pr&eacute;tentieux&quot;<\/i> qui n&#39;avait <i>&quot;aucune id&eacute;e de ce qu&#39;&eacute;tait un &eacute;crivain. De la patience, de la discipline, pas le r&ecirc;ve de devenir, d&#39;un coup de baguette magique, <span class=\"listLink\">Saul Bellow<\/span>, <span class=\"listLink\">Thomas Pynchon<\/span> ou <span class=\"listLink\">Don DeLillo<\/span>&quot;<\/i>. Michaels l&#39;a assez vite ramen&eacute; &agrave; la r&eacute;alit&eacute;, <i>&quot;au travail de la phrase&quot;<\/i>.<\/p>\n<p>\n\t\tAujourd&#39;hui, &agrave; 54 ans, il enseigne la litt&eacute;rature et aussi le <i>creative writing<\/i> &agrave; Middlebury, dans le Vermont, apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; pendant cinq ans professeur &agrave; Harvard. Il a publi&eacute; son premier roman en 1988. <i>&quot;Mais la France, qui a commenc&eacute; &agrave; me traduire en 2009, ne prend pas mes livres dans l&#39;ordre de leur parution aux Etats-Unis. On a commenc&eacute; par le deuxi&egrave;me,<\/i> Ici et maintenant, <i>paru en 1996, et<\/i> Nuits insomniaques, <i>qui vient de sortir, est de 2001.&quot;<\/i> Depuis, <span class=\"listLink\">Robert Cohen<\/span> a publi&eacute; un recueil de nouvelles, en 2003, et un autre roman, <i><span class=\"listLink\">Immature Barberians<\/span><\/i>, en 2009. Il travaille en ce moment sur la piraterie &#8211; il est parti de l&#39;enl&egrave;vement de plaisanciers britanniques en Somalie &#8211; <i>&quot;et aussi sur la honte. J&#39;ai envie d&#39;&eacute;crire sur ce sujet, sur l&#39;enfermement auquel m&egrave;ne la honte. Quand on se sent mal, on en a honte, et on se coupe encore plus des autres&quot;<\/i>.<\/p>\n<p>\n\t\t<i>&quot;Finalement, dans tous mes romans, jusqu&#39;ici<\/i>, explique-t-il, <i>les personnages sont &agrave; un moment o&ugrave; quelque chose doit changer dans leur vie. Je m&#39;int&eacute;resse &agrave; ceux qui veulent devenir diff&eacute;rents de ce qu&#39;ils sont, et qui ne leur convient pas. Ils le souhaitent, ils s&#39;y attendent, et sont pr&ecirc;ts &agrave; accueillir ce changement.&quot;<\/i> C&#39;&eacute;tait tout &agrave; fait le cas dans <i>Ici et maintenant<\/i> (qui sort en poche, &quot;Folio&quot;), o&ugrave; un juif new-yorkais tout &agrave; fait oublieux de sa jud&eacute;it&eacute; rencontrait dans un avion un couple de juifs hassidiques, ce qui remettait en question toute sa vie.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"contenu_article\">\n<p>\n\t\t<b>D&eacute;prime et immaturit&eacute;<\/b><\/p>\n<p>\n\t\t<i>&quot;Dans <\/i>Nuits insomniaques, <i>Bonnie est le type m&ecirc;me de l&#39;universitaire am&eacute;ricaine d&eacute;prim&eacute;e, qui cherche autre chose. M&ecirc;me le sujet de sa th&egrave;se, Thoreau, est devenu une sorte de<\/i> bad boyfriend <i>pour elle. Quant &agrave; Ian, c&#39;est un id&eacute;aliste un peu d&eacute;sempar&eacute;. Il est encore immature. Pas tout &agrave; fait un homme.&quot;<\/i> Sous la plume de Robert Cohen, la d&eacute;prime de l&#39;une et l&#39;immaturit&eacute; de l&#39;autre fournissent le mat&eacute;riau d&#39;une ironie r&eacute;confortante. Et de quelques morceaux de bravoure. On ne peut pas r&eacute;sister &agrave; citer l&#39;un d&#39;eux, qui se trouve &ecirc;tre le passage de son roman que pr&eacute;f&egrave;re Robert Cohen. Bonnie a une baby-sitter assez insupportable, qui doit faire un devoir sur <i>Macbeth <\/i>et s&#39;&eacute;tonne : <i>&quot;La femme de Macbeth, par exemple, est tr&egrave;s d&eacute;prim&eacute;e, tr&egrave;s m&eacute;chante, sans doute parce qu&#39;elle est toute seule dans son ch&acirc;teau et que personne ne conna&icirc;t son pr&eacute;nom&#8230;&quot;<\/i> Par hasard Bonnie trouve, chez elle, le fameux devoir de Cress et le lit : <i>&quot;Le devoir de Cress et l&#39;exceptionnelle d&eacute;monstration de d&eacute;brouillardise qui en avait &eacute;t&eacute; &agrave; l&#39;origine l&#39;impressionnaient. En tant que voleuse exp&eacute;riment&eacute;e, amazone du f&eacute;minisme qui s&#39;imagine qu&#39;elle pense, et semi-cr&eacute;tine patent&eacute;e, cette fille &eacute;tait d&eacute;j&agrave; plut&ocirc;t bien &eacute;quip&eacute;e pour la critique litt&eacute;raire, se dit Bonnie.&quot;<\/i><\/p>\n<p>\n\t\tRobert Cohen porte un regard sans indulgence sur la soci&eacute;t&eacute; am&eacute;ricaine : <i>&quot;Les Am&eacute;ricains d&eacute;testent la finesse, l&#39;autonomie<\/i>, fait-il dire &agrave; Ian, l&#39;un des h&eacute;ros de <i>Nuits insomniaques<\/i> ;<i> ils vivent dans une culture du collage (&#8230;), de regroupements h&eacute;t&eacute;rodoxes, de formes hybrides. Socialement, il s&#39;entendait mieux avec les membres du personnel d&#39;origine asiatique. Sto&iuml;cisme r&eacute;serv&eacute;, rituels sombres et c&eacute;r&eacute;monieux.&quot;<\/i><\/p>\n<p>\n\t\tSa causticit&eacute; &agrave; propos de la critique litt&eacute;raire, qu&#39;il met dans la bouche de Bonnie, n&#39;indique aucune animosit&eacute; de sa part. <i>&quot;Au contraire, j&#39;ai de bonnes critiques.&quot;<\/i> Ce sont plut&ocirc;t les lecteurs qui ne sont pas au rendez-vous, <i>&quot;encore que<\/i> Nuits insomniaques, <i>peut-&ecirc;tre parce que le personnage central est une femme, se soit mieux vendu que les autres&quot;<\/i>.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>&quot;Dangereux pour mon avenir&quot;<\/b><\/p>\n<p>\n\t\tIl n&#39;en con&ccedil;oit aucune amertume : <i>&quot;Je n&#39;ai pas particuli&egrave;rement besoin d&#39;argent, donc cela ne m&#39;affecte pas financi&egrave;rement, mais je suis touch&eacute; psychologiquement, parce que le monde de l&#39;&eacute;dition est ainsi fait aujourd&#39;hui que si on ne vend pas, on n&#39;est plus publi&eacute;. Il est loin, le temps o&ugrave; des &eacute;diteurs encourageaient pendant des ann&eacute;es des &eacute;crivains en qui ils croyaient.&quot;<\/i><\/p>\n<p>\n\t\tRobert Cohen n&#39;est pas pour autant dispos&eacute; &agrave; <i>&quot;faire tous les compromis&quot;<\/i>. <i>&quot;Je suis las de tous ces livres qui sont faits pour &ecirc;tre des films, qui sont d&eacute;j&agrave; le sc&eacute;nario. Je suis r&eacute;ticent &agrave; toutes ces conventions dont on nous dit, surtout aux Etats-Unis, qu&#39;elles doivent gouverner la fiction. Ce qui me frustre le plus, c&#39;est de lire des romans dans lesquels je ne sens aucune n&eacute;cessit&eacute;. Des histoires qui pourraient &ecirc;tre tout &agrave; fait autre chose que des romans. Qui ne cherchent aucune v&eacute;rit&eacute;. C&#39;est sans doute pour cela que je suis ce qu&#39;on appelle en Am&eacute;rique un &eacute;crivain non commercial. Je n&#39;en tire aucune gloire et je sais que cela peut-&ecirc;tre dangereux pour mon avenir.&quot;<\/i><\/p>\n<p>\n\t\tIl ne veut pas non plus &ecirc;tre &quot;catalogu&eacute;&quot;, comme on a tent&eacute; de le faire &agrave; la sortie d&#39;<i>Ici et maintenant<\/i> : <i>&quot;Dans tous les entretiens, les journalistes me demandaient si je me consid&eacute;rais comme un &eacute;crivain juif. Je d&eacute;teste ces mani&egrave;res d&#39;&eacute;tiqueter les &eacute;crivains.&quot; &quot;Je pense qu&#39;ils ne tol&egrave;rent aucun adjectif devant le mot &eacute;crivain&#8230; sauf grand&quot;<\/i>, conclut-il dans un &eacute;clat de rire. D&eacute;cid&eacute;ment trop peu am&eacute;ricain, ce Robert Cohen.<\/p>\n<p>\t<span class=\"auteur\">Josyane Savigneau<\/span><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Robert Cohen : Je suis las de tous ces livres qui sont faits pour &ecirc;tre des films &nbsp; Robert Cohen a autant d&#39;humour dans la conversation que dans ses romans. 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