{"id":9851,"date":"2015-12-23T23:15:34","date_gmt":"2015-12-23T23:15:34","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9851"},"modified":"2015-12-25T01:01:02","modified_gmt":"2015-12-25T01:01:02","slug":"naccache-gilbert-qu-tu-fait-de-ta-jeunesse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/naccache-gilbert-qu-tu-fait-de-ta-jeunesse\/","title":{"rendered":"Naccache Gilbert, Qu\u2019as-tu fait de ta jeunesse ?"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>\n\t\tQu&rsquo;as-tu fait de ta jeunesse ?<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tNaccache Gilbert, Qu&rsquo;as-tu fait de ta jeunesse ? Itin&eacute;raire d&rsquo;un opposant au r&eacute;gime de Bourguiba (1954-1979), suivi de R&eacute;cits de prison, Paris, Cerf, 2009, 281 p.<\/p>\n<p>\n\t\tGlissons sur les R&eacute;cits de prison, anecdotiques, qui n&rsquo;ajoutent pas grand-chose au genre de la litt&eacute; rature carc&eacute;rale, dont nous prodigue aujourd&rsquo;hui l&rsquo;intelligentsia d&rsquo;extr&ecirc;me gauche arabe si dure ment comprim&eacute;e de Damas &agrave; Rabat par les r&eacute;gimes arabes &agrave; l&rsquo;unisson dans les ann&eacute;es 1960-1970.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;auteur lui m&ecirc;me convient que, sur ce sujet, les survivants du Goulag restent des mod&egrave;les d&rsquo;&eacute;criture in&eacute;gal&eacute;s au 20e si&egrave;cle. Restent 200 pages de t&eacute;moignage, qui retiendront l&rsquo;attention de ceux qui s&rsquo;int&eacute;ressent de pr&egrave;s &agrave; l&rsquo;histoire de l&rsquo;extr&ecirc;me gauche en Tunisie. Le ton tr&egrave;s vif de l&rsquo;auteur et son recours parfois &agrave; des initiales pour masquer les acteurs en cause atteste que cette page d&rsquo;histoire de l&rsquo;intelligentsia tunisienne au sortir de la d&eacute;colonisation et au temps du coop&eacute;ratisme autoritaire de Salah ben Youssef, puis du lib&eacute;ralisme en trompe l&rsquo;&oelig;il de Nouira continue &agrave; &ecirc;tre l&rsquo;objet de d&eacute;bats passionn&eacute;s entre survivants de ces ann&eacute;es de braise. On privil&eacute;giera ici le regard pos&eacute; par l&rsquo;auteur sur son pass&eacute; d&rsquo;intellectuel r&eacute;volutionnaire.<\/p>\n<p>\n\t\tLa silhouette de Don Quichotte qui surgit, estomp&eacute;e, sur la page de couverture annonce un retour r&eacute;flexif sur cette exp&eacute;rience. De trop rares notations font basculer l&rsquo;essai dans l&rsquo;atmosph&egrave;re qui impr&egrave;gne Tigre en papier d&rsquo;Olivier Rolin, cet exercice &agrave; peine romanc&eacute; d&rsquo;auto-analyse historique.<\/p>\n<p>\n\t\tMais, pour l&rsquo;essentiel, l&rsquo;ouvrage s&rsquo;en tient &agrave; un plaidoyer d&rsquo;un itin&eacute;raire assez vite r&eacute;p&eacute;titif : on d&eacute;ambule de rupture en rupture, de scission en scission du mouvement critique sorti des limbes du parti communiste tunisien, sans disposer d&rsquo;un fil compr&eacute;hensif pour y voir clair. Seuls quelques rescap&eacute;s de ces m&eacute;saventures de la raison dialectique arabe tiennent la route, dont l&rsquo;auteur &eacute;videmment.<\/p>\n<p>\n\t\tLes avatars du mouvement s&rsquo;expliquent par la retomb&eacute;e du r&eacute;volutionnarisme tiers-mondiste et par les fausses lectures des classiques du marxisme-l&eacute;ninisme par les camarades erron&eacute;s, dont certains sombrent dans le putschisme n&eacute;obathiste apr&egrave;s 1975 : tel le groupe d&rsquo;el Amel tunisi (l&rsquo;ouvrier tunisien) &agrave; Paris.<\/p>\n<p>\n\t\t&Eacute;voquons succinctement l&rsquo;itin&eacute;raire de Gilbert Naccache. Lyc&eacute;en communiste et anticolonialiste &agrave; la fin du protectorat, ing&eacute;nieur sorti de l&rsquo;Agro de Paris, employ&eacute; &agrave; son retour au minist&egrave;re de l&rsquo;Agriculture, il fut une des t&ecirc;tes pensantes du Groupe d&rsquo;&eacute;tudes et d&rsquo;action socialiste tunisien qui entre en conjonction avec le mao&iuml;sme &eacute;tabli &agrave; partir de 1967. Ce groupe de quelques dizaines de militants critiques, jamais, ne passera &agrave; l&rsquo;action violente. Il est d&eacute;capit&eacute; par les arrestations &agrave; partir de l&rsquo;automne 1968. L&rsquo;auteur est emprisonn&eacute; jusqu&rsquo;en 1970 au Borj Roumi dans le Sud. Graci&eacute; par Bourguiba en 1970, il est &agrave; nouveau enferm&eacute;, apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; tortur&eacute;, dans ce lieu de rel&eacute;gation de 1972 &agrave; 1979. Quarante ans apr&egrave;s, on s&rsquo;attendait &agrave; ce que Gilbert Naccache nous explique le sens de cette dissidence au sein de l&rsquo;&eacute;lite du pouvoir qui conduit ces jeunes gens privil&eacute;gi&eacute;s par le r&eacute;gime &agrave; &eacute;pouser les sch&eacute;mas de pens&eacute;e marxistes-l&eacute;ninistes et &agrave; entrer dans un combat sacr&eacute; pour construire de l&rsquo;ext&eacute;rieur la classe ouvri&egrave;re tunisienne &agrave; peine sortie des limbes.<\/p>\n<p>\n\t\tIl n&rsquo;en est rien. Une autocritique mineure ressort de cet exercice touffu d&rsquo;arch&eacute;ologie intellectuelle du Geast : avoir ignor&eacute; la pens&eacute;e d&rsquo;Antonio Gramsci sur la soci&eacute;t&eacute; civile. Quant &agrave; l&rsquo;auteur, il reste persuad&eacute; d&rsquo;avoir tenu le juste fil en s&rsquo;inspirant de L&eacute;nine, en particulier de ses Th&egrave;ses d&rsquo;avril, et de l&rsquo;&eacute;tude de Karl Kautsky sur la rente fonci&egrave;re, capitale pour analyser la prol&eacute;tarisation de la paysannerie tunisienne sous l&rsquo;exp&eacute;rience Ben Salah. Quand Gilbert Naccache aborde un point neuf, c&rsquo;est pour l&rsquo;exp&eacute;dier en note. Par exemple, lorsqu&rsquo;il soutient que le Geast contribua &agrave; faire passer la Tunisie d&rsquo;une culture orale de la lutte pour le pouvoir &agrave; l&rsquo;&eacute;crit politique. La haute tenue de Perspectives tunisiennes (une revue sans &eacute;quivalent au Maghreb) corroborerait cette assertion.<\/p>\n<p>\n\t\tD&egrave;s lors, l&rsquo;auteur s&rsquo;enferme sur un axe intellectuel franco-tunisien qui l&rsquo;aveugle sur la singularit&eacute; de sa trajectoire de militant ayant seulement cueilli les fruits amers de la d&eacute;colonisation. Jean-Paul Sartre reste sa statue du commandeur, mais un Sartre &eacute;lagu&eacute; d&rsquo;Albert Memmi et de R&eacute;flexions sur la question juive, un paradoxe pour cet auteur qui &eacute;voque avec retenue sa jud&eacute;it&eacute;. Et c&rsquo;est pourquoi il ignore l&rsquo;exp&eacute;rience carc&eacute;rale au Maroc, autrement plus inhumaine. Il fait comme si Tazmamart cellule 10 (Casablanc, Tarik, 2000), le r&eacute;cit saisissant d&rsquo;Ahmed Marzouki, n&rsquo;existait pas . L&rsquo;itin&eacute;raire de Gilbert Naccache et de ses compagnons, leur courage et leur posture de renon&ccedil;ant aux privil&egrave;ges de la nomenklatura de la &laquo; p&eacute;rarchie &raquo; bourguibienne forcent le respect du lecteur. Mais son essai pour en t&eacute;moigner est un livre qui manque son objectif faute d&rsquo;&eacute;loignement critique vis-&agrave;-vis de l&rsquo;id&eacute;ologie qui arma son combat.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<span>Note de lecture&nbsp;<\/span><span>Daniel Rivet, in&nbsp;&nbsp;<\/span><span>Vingti&egrave;me Si&egrave;cle. Revue d&#39;histoire<\/span><span>, 2010\/1 n&deg; 105, p.280-281<\/span><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Qu&rsquo;as-tu fait de ta jeunesse ? &nbsp; &nbsp; &nbsp; Naccache Gilbert, Qu&rsquo;as-tu fait de ta jeunesse ? Itin&eacute;raire d&rsquo;un opposant au r&eacute;gime de Bourguiba (1954-1979), suivi de R&eacute;cits de prison, Paris, Cerf, 2009, 281 p. 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