{"id":9871,"date":"2016-01-29T01:54:31","date_gmt":"2016-01-29T01:54:31","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9871"},"modified":"2016-01-29T01:01:36","modified_gmt":"2016-01-29T01:01:36","slug":"les-lois-et-linternet-en-france-et-ailleurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-lois-et-linternet-en-france-et-ailleurs\/","title":{"rendered":"Les lois et l&rsquo;Internet en France et ailleurs"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLes lois et l&#39;Internet en France et ailleurs<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div id=\"ancre_video\">\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\t\tPar Marc Knobel, Historien, Directeur des &Eacute;tudes du CRIF, membre du conseil &eacute;ditorial de&nbsp;<a href=\"http:\/\/revuecivique.eu\/\">la Revue Civique<\/a><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa France dispose depuis longtemps d&rsquo;une l&eacute;gislation particuli&egrave;rement avanc&eacute;e. La protection contre toutes les formes de discrimination a &eacute;t&eacute; inscrite dans la D&eacute;claration des droits de l&rsquo;homme et du citoyen de 1789.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong><span>LE DISPOSITIF LEGISLATIF EN FRANCE<\/span><\/strong><\/p>\n<div data-twttr-rendered=\"true\">\n<p>\n\t\t\tDe nombreuses lois forment le dispositif fran&ccedil;ais de lutte contre le racisme et l&rsquo;antis&eacute;mitisme :<\/p>\n<p>\n\t\t\t&bull; la loi du 29 juillet 1881 sur la libert&eacute; de la presse (chapitre IV), premi&egrave;re loi sanctionnant les propos publics discriminatoires ;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&bull; la loi n&deg; 72-546 du 1er juillet 1972 relative &agrave; la lutte contre le racisme par laquelle un certain nombre d&rsquo;actes de la vie courante sont &eacute;rig&eacute;s en infraction (par exemple, le refus de fournir un bien ou le licenciement pour des raisons raciales) ;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&bull; la loi n&deg; 90-615 du 13 juillet 1990 tendant &agrave; r&eacute;primer tout acte raciste, antis&eacute;mite ou x&eacute;nophobe avec en particulier, cr&eacute;ation du d&eacute;lit de contestation de crime contre l&rsquo;humanit&eacute; ;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&bull; le nouveau Code P&eacute;nal, entr&eacute; en application le 1er mars 1994, a cr&eacute;&eacute; de nouvelles infractions et renforc&eacute; la r&eacute;pression des d&eacute;lits racistes (les personnes morales peuvent &ecirc;tre d&eacute;clar&eacute;es responsables p&eacute;nalement) ;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&bull; la loi n&deg;2003-88 du 3 f&eacute;vrier 2003 visant &agrave; aggraver les peines punissant les infractions &agrave; caract&egrave;re raciste, antis&eacute;mite ou x&eacute;nophobe ;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&bull; la loi n&deg;2004-204 du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux &eacute;volutions de la criminalit&eacute; pr&eacute;cise cette circonstance aggravante quand l&rsquo;infraction est &ldquo;pr&eacute;c&eacute;d&eacute;e, accompagn&eacute;e ou suivie de propos, &eacute;crits, images, objets ou actes&rdquo; racistes ou antis&eacute;mites. Pour punir les infractions &agrave; caract&egrave;re raciste, la loi pr&eacute;voit diff&eacute;rentes sanctions p&eacute;nales allant de l&rsquo;amende, la privation des droits civiques &agrave; l&rsquo;emprisonnement. Par exemple, l&rsquo;injure raciale est punie de 6 mois d&rsquo;emprisonnement au plus et\/ou d&rsquo;une amende de 22 500 &euro; au plus, le refus de fournir un bien ou un service fond&eacute; sur une discrimination nationale, ethnique, raciale ou religieuse de deux ans d&rsquo;emprisonnement au plus et d&rsquo;une amende de 30 000 &euro; au plus.<\/p>\n<p>\n\t\t\tSur Internet, le dispositif de pr&eacute;vention et de r&eacute;pression a &eacute;galement &eacute;t&eacute; renforc&eacute; par la loi n&deg; 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l&rsquo;&eacute;conomie num&eacute;rique. Les h&eacute;bergeurs et fournisseurs d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; Internet ont maintenant l&rsquo;obligation de contribuer &agrave; la lutte contre la diffusion de donn&eacute;es &agrave; caract&egrave;re p&eacute;dophile, n&eacute;gationniste et raciste. Vot&eacute;e en 2004, la loi sur l&rsquo;&eacute;conomie num&eacute;rique (LEN) a express&eacute;ment consacr&eacute; la facult&eacute; offerte au juge des r&eacute;f&eacute;r&eacute;s, en dehors de tout autre crit&egrave;re de comp&eacute;tence, de prescrire la mesure de filtrage d&rsquo;un site raciste et antis&eacute;mite25 (article 6-I. 8).<\/p>\n<p>\n\t\t\t&laquo; L&rsquo;autorit&eacute; judiciaire peut prescrire en r&eacute;f&eacute;r&eacute; ou sur requ&ecirc;te, &agrave; toute personne mentionn&eacute;e au &sect; 2 (les personnes physiques ou morales qui assurent, m&ecirc;me &agrave; titre gratuit, pour mise &agrave; disposition du public par des services de communication au public en ligne, le stockage de signaux, d&rsquo;&eacute;crits, d&rsquo;images, de sons ou de messages de toute nature fournis par des destinataires de ces services) ou, &agrave; d&eacute;faut, &agrave; toute personne mentionn&eacute;e au &sect; 1 (les personnes dont l&rsquo;activit&eacute; est d&rsquo;offrir un acc&egrave;s &agrave; des services de communication au public en ligne), toutes mesures propres &agrave; pr&eacute;venir un dommage ou &agrave; faire cesser un dommage occasionn&eacute; par le contenu d&rsquo;un service de communication au public en ligne. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>La plateforme Pharos<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tLa mise en &oelig;uvre de la plateforme de signalement PHAROS par le Minist&egrave;re de l&rsquo;Int&eacute;rieur a &eacute;t&eacute; une avanc&eacute;e r&eacute;elle. Ce service permet aux internautes d&rsquo;effectuer les d&eacute;marches utiles et aux services de police d&rsquo;agir. Ce dispositif, initialement r&eacute;serv&eacute; &agrave; la lutte contre la p&eacute;dopornographie, a &eacute;t&eacute; &eacute;tendu &agrave; tous les domaines, y compris le racisme. C&#39;est pourquoi les pouvoirs publics mettent ce portail &agrave; la disposition des internautes fran&ccedil;ais. En cliquant sur le bouton &laquo; SIGNALER &raquo;, ils peuvent transmettre des signalements de contenus ou de comportements illicites auxquels ils se seraient retrouv&eacute;s confront&eacute;s au cours de leur utilisation d&#39;Internet. Par ailleurs, ils ne se soucient plus de &laquo; qui est comp&eacute;tent ? &raquo; Leur signalement sera orient&eacute; et trait&eacute; par le bon service (police &ndash; gendarmerie) et il pourra entra&icirc;ner une action de la part des autorit&eacute;s judiciaires. Cependant et sans chercher &agrave; entrer dans le secret de l&rsquo;instruction, nous nous demandons comment sont trait&eacute;s les signalements ? Bref, quid des sites racistes et antis&eacute;mites ? Combien y a-t-il en r&eacute;alit&eacute; d&rsquo;enqu&ecirc;tes ? Combien d&rsquo;auteurs de textes racistes ont-ils &eacute;t&eacute; poursuivis et condamn&eacute;s par la justice depuis la cr&eacute;ation de l&rsquo;OCLCTIC? A noter &eacute;galement que les particuliers et les associations qui envoient des signalements s&rsquo;&eacute;tonnent de n&rsquo;avoir aucun retour.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Les derni&egrave;res d&eacute;clarations politiques &agrave; ce sujet<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tPar circulaire en date du 27 juin 2012, Christiane TAUBIRA, garde des Sceaux, a demand&eacute; aux parquets de renforcer la mobilisation pour la mise en &oelig;uvre d&#39;une politique p&eacute;nale dynamique et offensive, dans le sens d&rsquo;une r&eacute;ponse diligente aux actes racistes, antis&eacute;mites et x&eacute;nophobes. Cette action publique r&eacute;solument volontariste a port&eacute; ses fruits et Twitter a fini par consentir &agrave; fournir &agrave; la justice les adresses \/ identifiants des auteurs de tweets &agrave; caract&egrave;re antis&eacute;mite. Selon la Ministre, cette coop&eacute;ration doit &ecirc;tre permanente pour permettre aux services d&rsquo;enqu&ecirc;te d&rsquo;identifier rapidement les auteurs et aux juridictions comp&eacute;tentes d&rsquo;apporter une r&eacute;ponse p&eacute;nale correspondant &agrave; la gravit&eacute; des faits. Face au d&eacute;veloppement pr&eacute;occupant des propos et injures &agrave; caract&egrave;re raciste et antis&eacute;mite sur internet, les services judiciaires sont actifs pour am&eacute;liorer la qualit&eacute; et le taux de r&eacute;ponse p&eacute;nale. En septembre 2013, avait r&eacute;affirm&eacute; dans un communiqu&eacute; de presse que &laquo; les r&eacute;seaux sociaux ne peuvent &ecirc;tre des lieux d&rsquo;impunit&eacute; o&ugrave; se r&eacute;pandent et se banalisent la parole raciste et antis&eacute;mite et les appels &agrave; la violence. &raquo; Enfin, lors du 28&egrave;me d&icirc;ner annuel du Conseil repr&eacute;sentatif des institutions juives de France, Fran&ccedil;ois HOLLANDE s&#39;&eacute;tait &eacute;lev&eacute; contre la diffusion de messages &agrave; caract&egrave;re raciste et antis&eacute;mite sur les r&eacute;seaux sociaux, affirmant notamment que leurs auteurs auraient des comptes &agrave; rendre &agrave; la justice<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>LES CONVENTIONS INTERNATIONALES<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tC&rsquo;est plus particuli&egrave;rement aux &Eacute;tats-Unis, o&ugrave; l&rsquo;on a une conception tr&egrave;s large de la libert&eacute; d&rsquo;expression, que l&rsquo;on voit dans la r&eacute;glementation des propos racistes une violation du droit constitutionnel &agrave; la libert&eacute; d&rsquo;expression. La r&eacute;gulation &ndash; m&ecirc;me moralement justifi&eacute;e &ndash; est toujours mal v&eacute;cue et nombre de militants antiracistes eux-m&ecirc;mes pr&eacute;f&egrave;rent lutter par d&rsquo;autres moyens contre ces id&eacute;ologies pernicieuses. Les internautes am&eacute;ricains partent m&ecirc;me du principe que si un discours de haine a heurt&eacute;, c&rsquo;est &agrave; celui qui est heurt&eacute; de trouver un meilleur discours. L&rsquo;accent doit donc &ecirc;tre mis sur les m&eacute;thodes dites &laquo; volontaires &raquo;, comme la responsabilisation individuelle, gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;&eacute;ducation, et celle des collectivit&eacute;s, qu&rsquo;elles soient &eacute;tatiques ou non, par l&rsquo;&eacute;laboration de codes de conduite aux niveaux nationaux ou internationaux. Par contre, aux &Eacute;tats-Unis on tol&egrave;re plus facilement l&rsquo;existence de sites d&eacute;non&ccedil;ant la &laquo; menace homosexuelle &raquo; ou plus curieusement encore, des sites libertaires qui font l&rsquo;apologie du terrorisme. Ces sites donnent tous les d&eacute;tails pour acheter des engins explosifs, la liste des composants entrant dans leur fabrication, class&eacute;s par ordre de puissance, suivent les d&eacute;tonateurs, la pr&eacute;paration et la mise &agrave; feu de ces engins. L&rsquo;Am&eacute;rique puritaine, en revanche, est indispos&eacute;e par les clubs ou forums aux int&eacute;r&ecirc;ts plus charnels. La libert&eacute; d&rsquo;expression est &eacute;galement un droit constitutionnel dans de nombreux pays. N&eacute;anmoins les instances judiciaires les plus &eacute;lev&eacute;es de nombreux pays europ&eacute;ens estiment que les dispositions interdisant l&rsquo;incitation &agrave; la haine raciale et &agrave; la diffusion de propos racistes constituent des restrictions raisonnables et n&eacute;cessaires au droit &agrave; la libert&eacute; de parole.<\/p>\n<p>\n\t\t\tS&rsquo;inqui&eacute;tant en 1996 de la r&eacute;surgence du racisme li&eacute; au contexte social et &eacute;conomique, l&rsquo;Organisation des Nations unies a constat&eacute; que cette r&eacute;surgence co&iuml;ncidait avec les progr&egrave;s massifs des techniques de la diffusion de la propagande raciste et x&eacute;nophobe dans le monde. Elle s&rsquo;est ainsi interrog&eacute;e sur le r&ocirc;le jou&eacute; par le &laquo; r&eacute;seau des r&eacute;seaux informatiques &raquo;. Cette pr&eacute;occupation des institutions onusiennes devant l&rsquo;usage d&rsquo;Internet comme instrument de propagation de la haine raciale appara&icirc;t dans un grand nombre de textes et de travaux pr&eacute;paratoires r&eacute;alis&eacute;s en vue de la Conf&eacute;rence mondiale sur le racisme. C&rsquo;est le cas notamment du rapport de Maurice Gl&eacute;l&eacute;-Ahanhanzo, du 15 janvier 1999 (E\/CN.4\/1999\/15) ; du rapport du groupe de travail de session &agrave; composition non limit&eacute; charg&eacute; d&rsquo;&eacute;tudier et de formuler des propositions pour ladite Conf&eacute;rence, du 16 mars 1999 (cf., ch. 51, p. 12 et ch. 77 et 81a, p. 17 de E\/CN.4 1999\/16) ; du document pr&eacute;par&eacute; par la Commission des droits de l&rsquo;homme, en date du 20 avril 1999 (cf. &sect; 9, p. 2 ; &sect; 8, p. 4 ; &sect; 34 ; p. 6) ; du rapport pr&eacute;sent&eacute; par M. Obka-Onyango, du 22 juin 1999 (E\/CN.4\/Sub.2\/1999\/8), cf., p. 5, ch.15 et p. 11, ch. 33 ; ainsi que du document de la Sous-commission de la promotion et protection des droits de l&rsquo;homme du 13 ao&ucirc;t 1999 (page 6. lettre h. E\/CN\/4\/Sub.2\/1999). Ces pr&eacute;occupations ont motiv&eacute; l&rsquo;organisation d&rsquo;un s&eacute;minaire de l&rsquo;ONU, en novembre 1997, &agrave; Gen&egrave;ve, consacr&eacute; &agrave; &laquo; l&rsquo;&eacute;valuation du r&ocirc;le d&rsquo;Internet et aux moyens de veiller &agrave; ce que l&rsquo;on en fasse un usage responsable &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des dispositions de la Convention internationale sur l&rsquo;&eacute;limination de toutes les formes de discriminations raciales (CIDR) 8. &raquo; Accus&eacute;e parfois d&rsquo;immobilisme dans d&rsquo;autres domaines, l&rsquo;Organisation internationale a r&eacute;agi avec rapidit&eacute; &agrave; la mont&eacute;e du racisme sur le Net, illustrant par l&agrave; l&rsquo;importance qu&rsquo;elle accorde, depuis sa fondation, &agrave; la lutte contre la discrimination raciale. Enfin, lors d&#39;un discours prononc&eacute; devant l&#39;Assembl&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale de l&#39;ONU, le 5 novembre 2012, le rapporteur sp&eacute;cial de l&#39;ONU a constat&eacute; l&#39;augmentation du racisme sur internet au niveau mondial, avant d&#39;appeler les gouvernements et les entreprises priv&eacute;es &agrave; redoubler d&#39;efforts. &laquo; Le nombre d&#39;incidents impliquant des violences et des crimes &agrave; caract&egrave;re raciste perp&eacute;tr&eacute;s sous l&#39;influence d&#39;une propagande incitant &agrave; la haine sur Internet est en hausse, malgr&eacute; l&#39;adoption de mesures positives &raquo;, s&#39;inqui&egrave;te Mutuma Ruteere, qui juge &laquo; cruciale la participation des prestataires de services sur Internet et d&#39;autres acteurs pertinents des milieux industriels&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLa Convention internationale sur l&rsquo;&eacute;limination de toutes les formes de discriminations raciales (CIDR) pr&eacute;voit express&eacute;ment &agrave; son article 4 le recours &agrave; la r&eacute;pression p&eacute;nale contre le racisme. Les &Eacute;tats-Unis ont accept&eacute; d&rsquo;adh&eacute;rer r&eacute;cemment &agrave; ladite Convention &agrave; la condition expresse qu&rsquo;on l&rsquo;autorise &agrave; formuler une r&eacute;serve sur cet article. Les &Eacute;tats-Unis ont rappel&eacute; &agrave; cette occasion qu&rsquo;ils sont attach&eacute;s &agrave; la libert&eacute; d&rsquo;expression, celle-ci &eacute;tant garantie par le premier amendement de la Constitution am&eacute;ricaine. Nombreux sont les &Eacute;tats qui regrettent &agrave; l&rsquo;heure actuelle la formulation d&rsquo;une telle r&eacute;serve par le pays le plus puissant de la plan&egrave;te. Cette approche a des cons&eacute;quences directes sur le type de moyens envisag&eacute;s pour lutter contre les d&eacute;rives racistes sur Internet. Puisque les &Eacute;tats-Unis refusent, au nom de la libert&eacute; d&rsquo;expression, l&rsquo;immixtion des pouvoirs publics &ndash; judiciaires, l&eacute;gislatifs ou policiers &ndash; tr&egrave;s logiquement, telle fut la position d&eacute;fendue par ce pays tout au long du s&eacute;minaire qui s&rsquo;est tenu &agrave; Gen&egrave;ve en novembre 1997.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLes restrictions &agrave; la libert&eacute; d&rsquo;expression peuvent &ecirc;tre consid&eacute;r&eacute;es comme l&eacute;gitimes pour lutter contre le racisme, non seulement sur la base de la Convention internationale sur l&rsquo;&eacute;limination de toutes les formes de discriminations raciales (articles 4 et 1 notamment) et selon la jurisprudence &eacute;tablie par le CERD mais en vertu de la D&eacute;claration universelle des droits de l&rsquo;homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP)10. Bien plus, concernant l&rsquo;article 4 de la CIDR, on insiste aujourd&rsquo;hui sur l&rsquo;application effective de celui-ci. L&rsquo;article 4a est en effet particuli&egrave;rement clair &agrave; ce sujet : la diffusion active de propagande raciste est punissable p&eacute;nalement. Et de rappeler, &agrave; propos des libert&eacute;s en g&eacute;n&eacute;ral, que &laquo; celles-ci ne pourront en aucun cas s&rsquo;exercer aux d&eacute;pens des droits d&rsquo;autrui reconnus par l&rsquo;ONU dans l&rsquo;ensemble de ses instruments internationaux et en particulier au chapitre i de la Charte de l&rsquo;ONU et &agrave; l&rsquo;article 30 de la D&eacute;claration universelle. &raquo; Il ressort ainsi clairement de cette disposition que &laquo; la libert&eacute; d&rsquo;expression ne peut &ecirc;tre utilis&eacute;e pour promouvoir le non-respect des droits de l&rsquo;homme. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tSi l&rsquo;on se r&eacute;f&egrave;re &agrave; l&rsquo;article 19 de la D&eacute;claration universelle des droits de l&rsquo;homme et du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, les dispositions existantes s&rsquo;appliquent aussi aux nouveaux m&eacute;dias. Si le droit &agrave; la libert&eacute; vaut pour Internet, les restrictions &agrave; celle-ci s&rsquo;appliquent &eacute;galement. Internet n&rsquo;&eacute;tant qu&rsquo;un instrument et non un but en soi, il ne peut &ecirc;tre tenu pour affranchi des lois nationales et internationales.&nbsp; Enfin, si l&rsquo;on &eacute;voque les r&eacute;serves am&eacute;ricaines &agrave; l&rsquo;article 4, on peut conclure &agrave; l&rsquo;adresse explicite des &Eacute;tats-Unis : &laquo; Si ces r&eacute;serves &eacute;taient expos&eacute;es devant un tribunal, il n&rsquo;est pas s&ucirc;r qu&rsquo;elles seraient maintenues. Les &Eacute;tats-Unis &ndash; ayant fix&eacute; leur propre doctrine relative &agrave; la libert&eacute; d&rsquo;expression &ndash; croient pouvoir affirmer dor&eacute;navant la primaut&eacute; de leur propre Constitution sur le Droit international&#8230; &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>INTERNET :<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Le dispositif l&eacute;gislatif en Europe<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tEn janvier 2003, le Conseil de l&rsquo;Europe a ouvert &agrave; la signature le Protocole additionnel &agrave; la convention sur la cybercriminalit&eacute;. N&eacute;goci&eacute; &agrave; la demande de la France, ce texte demande aux &Eacute;tats membres de criminaliser la diffusion de mat&eacute;riel raciste et x&eacute;nophobe par le biais de syst&egrave;mes informatiques. Les comportements vis&eacute;s sont la diffusion de mat&eacute;riel raciste et x&eacute;nophobe, les insultes et menaces motiv&eacute;es par des consid&eacute;rations racistes et x&eacute;nophobes et l&rsquo;approbation ou la justification publique des faits de g&eacute;nocide ou de crime contre l&rsquo;Humanit&eacute;. Ce protocole pr&eacute;voit par ailleurs de faciliter l&rsquo;extradition des contrevenants &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de l&rsquo;espace europ&eacute;en. Il pr&eacute;voit aussi de favoriser l&rsquo;entraide judiciaire pour la r&eacute;pression de ces agissements. Par ailleurs, afin de combattre les d&eacute;lits li&eacute;s &agrave; la haine &ndash; qui peuvent &ecirc;tre suscit&eacute;s par la propagande raciste et antis&eacute;mite sur Internet &ndash; l&rsquo;Organisation pour la s&eacute;curit&eacute; et la coop&eacute;ration en Europe (OSCE) a organis&eacute; une r&eacute;union sp&eacute;ciale &agrave; Paris les 16 et 17 juin 2004. Cette r&eacute;union visait &agrave; &eacute;tudier le ph&eacute;nom&egrave;ne du racisme et de l&rsquo;antis&eacute;mitisme sur Internet et &agrave; confronter les solutions apport&eacute;es par les acteurs publics et les professionnels d&rsquo;Internet, ainsi que les ONG. Rappelons enfin que la Commission europ&eacute;enne contre le racisme et l&rsquo;intol&eacute;rance (ECRI), dans sa recommandation no 9 de politique g&eacute;n&eacute;rale sur la lutte contre l&rsquo;antis&eacute;mitisme, adopt&eacute;e le 25 juin 2004, a demand&eacute; que les gouvernements des &Eacute;tats membres veillent &laquo; &agrave; ce que le droit p&eacute;nal couvre les infractions commises via Internet, les cha&icirc;nes de t&eacute;l&eacute;vision satellites et les autres moyens de communication. Le dispositif mis en place, tant en F rance qu&rsquo;en Europe, est probablement &agrave; la mesure de l&rsquo;enjeu. Pourtant, nous savons que les sites racistes se multiplient et que les textes publi&eacute;s sont de plus en plus violents et orduriers. Internet est devenu un tout-&agrave;-l&rsquo;&eacute;gout : un canal dans lequel tout peut s&rsquo;&eacute;couler. Il faut en effet surfer sur le Net pour comprendre ce qu&rsquo;il en est. On y trouve les br&ucirc;lots du Ku Klux Klan, des manuels de la SS, les Protocoles des Sages de Sion, des opuscules n&eacute;onazis, toute la propagande falsificatrice des n&eacute;gationnistes, des milliers de livres racistes et antis&eacute;mites, de longues diatribes et des appels au meurtre contre les Noirs, les Arabes et d&rsquo;autres minorit&eacute;s, des &eacute;l&eacute;ments justifiant le recours au djihad et &agrave; la violence contre les &laquo; m&eacute;cr&eacute;ants &raquo;. Bref, toutes les images, tous les textes qui bafouent la dignit&eacute; humaine et tous les commerces qui foulent au pied les droits de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>\n\t\t\tFin novembre 2008, la Commission europ&eacute;enne a annonc&eacute; que le racisme, l&rsquo;incitation &agrave; la haine, l&rsquo;apologie, la n&eacute;gation ou la banalisation des crimes de g&eacute;nocide seront bient&ocirc;t passibles de peines allant d&rsquo;un &agrave; trois ans de prison dans toute l&rsquo;Union europ&eacute;enne. Les Ministres europ&eacute;ens de la Justice se sont entendus pour instituer ces sanctions p&eacute;nales dans leurs l&eacute;gislations. Il aura fallu pr&egrave;s de sept ans de n&eacute;gociations pour parvenir &agrave; ce r&eacute;sultat, a soulign&eacute; le commissaire europ&eacute;en &agrave; la Justice, Jacques Barrot, en pr&eacute;sentant la d&eacute;cision &agrave; la presse &agrave; l&rsquo;issue de la r&eacute;union. &laquo; Le racisme et la x&eacute;nophobie n&rsquo;ont pas leur place en Europe et ne doivent l&rsquo;avoir dans aucune partie du monde &raquo;, a-t-il soulign&eacute; avant d&rsquo;ajouter : &laquo; Je salue l&rsquo;introduction de sanctions s&eacute;v&egrave;res et effectives contre ces violations des droits de l&rsquo;homme et des libert&eacute;s fondamentales qui sont des principes communs aux pays europ&eacute;ens. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t\tInternet : le Conseil de l&rsquo;Europe pr&eacute;conise un code de bonne conduite<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;autre bonne nouvelle est venue du Conseil de l&rsquo;Europe. En octobre 2008, celui-ci a publi&eacute; un ensemble de r&egrave;gles de bonne conduite destin&eacute; aux fournisseurs de services Internet et aux &eacute;diteurs de jeux en ligne, rappelle le site (vnunet. fr). En s&rsquo;appuyant sur la Convention europ&eacute;enne des droits de l&rsquo;homme, cette institution europ&eacute;enne a pour principal objectif de favoriser un espace d&eacute;mocratique commun. Elle vient d&rsquo;&eacute;mettre deux s&eacute;ries de lignes directrices afin de promouvoir le respect de la vie priv&eacute;e, la s&eacute;curit&eacute; et la libert&eacute; d&rsquo;expression des internautes europ&eacute;ens, indique ce m&ecirc;me site. Ces mesures ont &eacute;t&eacute; prises en concertation avec deux grands organismes europ&eacute;ens : l&rsquo;Interaction Software Federation of Europe (ISFE), la F&eacute;d&eacute;ration europ&eacute;enne des logiciels de loisirs (qui compte parmi ses membres des &eacute;diteurs de jeux en ligne comme ActiVision, Microsoft, Electronic Arts, Atari, Nintendo ou Ubisoft), et la F&eacute;d&eacute;ration europ&eacute;enne des associations de fournisseurs de services Internet (EuroISPA), qui regroupe des associations europ&eacute;ennes comme l&rsquo;AFA (France), avec des membres tels que AOL, Bouygues T&eacute;l&eacute;com, Microsoft France, Numericable, Orange, SFR ou T&eacute;l&eacute;com Italia. &laquo; Nous sommes en effet convaincus que tout acteur de la soci&eacute;t&eacute; &#8211; y compris le secteur priv&eacute; &#8211; a un r&ocirc;le &agrave; jouer dans sa sph&egrave;re d&rsquo;activit&eacute;. Il ne s&rsquo;agit pas de cr&eacute;er des textes juridiques, mais d&rsquo;aider les entreprises &agrave; promouvoir ces droits au quotidien &raquo;, a d&eacute;clar&eacute; Jan Kleijssen, directeur des activit&eacute;s normatives du Conseil de l&rsquo;Europe. Ces conseils pratiques &eacute;dict&eacute;s par le Conseil de L&rsquo;Europe consistent, pour les fournisseurs de services et de jeux en ligne, &agrave; informer l&rsquo;internaute sur ses droits et sur les dangers que peut comporter la navigation sur le net. Ainsi, les jeux en ligne doivent prot&eacute;ger au maximum les enfants, en les tenants &agrave; l&rsquo;&eacute;cart de contenus violents, sexistes ou racistes. L&rsquo;application de syst&egrave;mes d&rsquo;&eacute;valuation et de certification comme le PEGI, qui pr&eacute;conise la classification de jeux par &acirc;ge, aux jeux permet aux parents d&rsquo;&ecirc;tre mieux inform&eacute;s des dangers que peuvent repr&eacute;senter certains jeux en ligne (pratique excessive, utilisation abusive de donn&eacute;es personnelles). Le Conseil de l&rsquo;Europe souligne aussi l&rsquo;importance d&rsquo;alerter les internautes sur les risques qu&rsquo;ils courent d&rsquo;&ecirc;tre confront&eacute;s &agrave; des virus, &agrave; des tentatives de phishing, &agrave; de spams, &agrave; de chevaux de Troie, &agrave; des contenus violents, pornographiques ou racistes, et sur les dangers de sollicitations des enfants &agrave; des fins sexuelles. Le devoir d&rsquo;information sur les moyens existants pour les en prot&eacute;ger (antivirus, contr&ocirc;le parental, logiciels de filtrage, logiciels anti espion, signature &eacute;lectronique) est &eacute;galement mis en avant. Ces recommandations valent tout sp&eacute;cialement pour les fournisseurs d&rsquo;acc&egrave;s &agrave; Internet et les fournisseurs de services sur le web.&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\tCRIF<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les lois et l&#39;Internet en France et ailleurs &nbsp; &nbsp; Par Marc Knobel, Historien, Directeur des &Eacute;tudes du CRIF, membre du conseil &eacute;ditorial de&nbsp;la Revue Civique La France dispose depuis longtemps d&rsquo;une l&eacute;gislation particuli&egrave;rement avanc&eacute;e. La protection contre toutes les formes de discrimination a &eacute;t&eacute; inscrite dans la D&eacute;claration des droits de l&rsquo;homme et du&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":19404,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[19,10,330,130,1],"tags":[],"class_list":["post-9871","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-europe","category-france","category-marc-knobel","category-twitter","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9871","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9871"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9871\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19404"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9871"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9871"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9871"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}