{"id":9881,"date":"2014-12-08T02:23:35","date_gmt":"2014-12-08T02:23:35","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9881"},"modified":"2014-12-07T19:49:24","modified_gmt":"2014-12-07T19:49:24","slug":"je-crains-detre-lidiot-de-la-famille-guy-konopnicki","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/je-crains-detre-lidiot-de-la-famille-guy-konopnicki\/","title":{"rendered":"Je crains d\u2019\u00eatre l\u2019idiot de la famille &#8211; GUY KONOPNICKI"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>\n\t\tJe crains d&rsquo;&ecirc;tre l&rsquo;idiot de la famille<\/p>\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tGUY KONOPNICKI<\/p>\n<\/div>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>\n\t\tGuy Konopnicki est vex&eacute;. Tr&egrave;s vex&eacute; m&ecirc;me. Le r&eacute;cent fait-divers de Cr&eacute;teil le pousse en effet &agrave; devoir le reconna&icirc;tre : &quot;Je sais bien que &ccedil;a ne se fait pas, mais je suis un juif sans fortune&quot; !<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<div id=\"para_1\">\n<div>\n<p>\n\t\t\t\tL&rsquo;affaire de Cr&eacute;teil n&rsquo;est pas seulement abominable, elle est vexante. L&rsquo;id&eacute;e meurtri&egrave;re qui motivait d&eacute;j&agrave; les tortionnaires du gang des barbares frappe donc, de nouveau, dans une famille juive de Cr&eacute;teil. Sur toutes les radios, sur toutes les t&eacute;l&eacute;s, les journalistes s&rsquo;efforcent de r&eacute;futer le pr&eacute;jug&eacute;. C&rsquo;est bien de leur part. Seulement, quand tant de gens pensent que les juifs sont dou&eacute;s pour l&rsquo;argent, j&rsquo;ai le sentiment d&rsquo;&ecirc;tre l&rsquo;idiot de la famille. Et m&ecirc;me celui d&rsquo;&ecirc;tre issu d&rsquo;une famille de demeur&eacute;s. J&rsquo;ai longtemps cru qu&rsquo;&ecirc;tre juif vous pr&eacute;disposait &agrave; tirer l&rsquo;aiguille, &agrave; piquer &agrave; la machine Singer, &agrave; tenter de brader des casquettes sur le march&eacute; de Montreuil ou &agrave; trier les chiffons au fond du passage Dallery, pr&egrave;s de la Bastille.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tAu mieux la fourrure, comme mon tonton, mais c&rsquo;&eacute;tait les clientes qui &eacute;taient riches&nbsp;! Des journ&eacute;es pass&eacute;es &agrave; tendre des peaux sur des panneaux de bois, &agrave; coudre de tous petits morceaux, &agrave; reprendre la doublure, en maudissant l&rsquo;histoire qui ne lui avait pas permis de jouer du violon. Notre monde juif &eacute;tait fait de petits m&eacute;tiers, entre chiffons, confection pour hommes ou pour dames, fourrure, cuirs et peaux, un monde d&rsquo;ateliers, de travail &agrave; fa&ccedil;on et d&rsquo;&eacute;quip&eacute;es foireuses sur les march&eacute;s. Pas les march&eacute;s financiers, non, le Carreau du Temple et tous les barnum install&eacute;s aux aurores sur les places de tous les patelins de banlieues&nbsp;! L&rsquo;argent&hellip; Ah&nbsp;! L&rsquo;argent&nbsp;! C&rsquo;est fou ce qu&rsquo;on pouvait passer &agrave; c&ocirc;t&eacute;. Surtout dans ma famille, o&ugrave;, de g&eacute;n&eacute;ration en g&eacute;n&eacute;ration, on cultivait l&rsquo;art de s&rsquo;occuper de tout ce qui ne rapportait rien. Les tendances variaient : la synagogue, le th&eacute;&acirc;tre yiddish ou le parti communiste, mais enfin, ce n&rsquo;&eacute;tait pas ce qui mettait de la cr&egrave;me sur les harengs.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t<strong>&laquo;&nbsp;A quoi &ccedil;a te sert d&rsquo;&ecirc;tre juif si t&rsquo;as m&ecirc;me pas un p&egrave;re banquier&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\t\t\t\t&laquo;&nbsp;A quoi &ccedil;a te sert d&rsquo;&ecirc;tre juif si t&rsquo;as m&ecirc;me pas un p&egrave;re banquier&nbsp;&raquo;&hellip; Cette r&eacute;plique sign&eacute;e Michel Audiard claque en plein d&eacute;sert &agrave; bord du&nbsp;Taxi pour Tobrouk&nbsp;de Denys de la Patelli&egrave;re.&nbsp;Le fils de bourgeois engag&eacute; dans les Forces fran&ccedil;aises libres pour fuir le Vichy de la table familiale, Maurice Biraud, discute avec l&rsquo;&eacute;tudiant en m&eacute;decine, Charles Aznavour, fils d&rsquo;un tailleur juif qui ne pouvait rester dans le Paris de l&rsquo;occupation.&nbsp;J&rsquo;ai d&eacute;j&agrave; eu l&rsquo;occasion de dire dans&nbsp;N&eacute; apr&egrave;s&nbsp;que cette formule r&eacute;sumait ma vie.&nbsp;Les cr&eacute;tins taillent vite fait un costard d&rsquo;anar de droite, et pourquoi pas de fasciste &agrave; Michel Audiard, qui ha&iuml;ssait tous les pr&eacute;jug&eacute;s. Il est ici digne des meilleurs &eacute;crivains yiddish, de Sholem Aleichem et de Peretz, avec leurs personnages de juifs poursuivant toutes les chim&egrave;res pour sortir de la mis&egrave;re des ghettos.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tNon, nous n&rsquo;avons pas tous un p&egrave;re banquier, le mien &eacute;tait &eacute;talagiste d&eacute;corateur, dans les meilleurs moments. J&rsquo;ai appris, assez tard, &agrave; mes d&eacute;pens, presque au sens propre, que j&rsquo;&eacute;tais cens&eacute; poss&eacute;der, de mani&egrave;re inn&eacute;e, le sens de l&rsquo;argent et des affaires. On m&rsquo;avait plut&ocirc;t &eacute;duqu&eacute; dans une certaine forme d&rsquo;optimisme, il ne fallait pas se plaindre du peu que nous avions, parce que c&rsquo;&eacute;tait tout de m&ecirc;me mieux qu&rsquo;en Pologne. Et puis, ici, les enfants pouvaient devenir professeurs ou m&ecirc;me docteurs. Nous n&rsquo;avions pas besoin d&rsquo;apprendre &agrave; coudre, &agrave; couper, &agrave; piquer, &agrave; surfiler, &agrave; reconna&icirc;tre la pure laine ou les vari&eacute;t&eacute;s de renard. L&rsquo;&eacute;cole de la R&eacute;publique nous lib&eacute;rait des chiffons, des odeurs de naphtaline et des traites aux fournisseurs.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tSeulement, au sortir de cette &eacute;cole, on se retrouve sous le regard des autres. C&rsquo;est comme &ccedil;a qu&rsquo;on devient riche, enfin, pour eux. Au premier caf&eacute;, seul devant un comptoir, &agrave; la premi&egrave;re pause du premier jour d&rsquo;un petit boulot, les coll&egrave;gues rappliquent et vous balancent&nbsp;:&nbsp;&laquo; Alors comme &ccedil;a on boit en juif&nbsp;!&nbsp;&raquo;&nbsp;Rapidement suivi du rituel&nbsp;&laquo; Quand c&rsquo;est que tu la payes, ta tourn&eacute;e&hellip;&nbsp;&raquo;&nbsp;Ben, pas tout de suite, j&rsquo;ai pas un fifrelin, c&rsquo;est pour &ccedil;a que j&rsquo;ai pris ce boulot. Pour dissiper tout soup&ccedil;on d&rsquo;avarice, j&rsquo;ai s&eacute;rieusement &eacute;corn&eacute; ma premi&egrave;re paye, oblig&eacute; que j&rsquo;&eacute;tais de rincer une bande de cr&eacute;tins. L&rsquo;apprentissage&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tCe soup&ccedil;on de richesse ou d&rsquo;aptitude &agrave; &laquo;&nbsp;faire de l&rsquo;argent&nbsp;&raquo;. Parfois innocemment, parfois non. Sans m&ecirc;me parler de ce qui circule sur la toile, o&ugrave; le seul fait d&rsquo;&ecirc;tre juif me vaut de figurer sur une liste, au fond gratifiante, de personnages cr&eacute;dit&eacute;s d&rsquo;une influence consid&eacute;rable, il arrive que d&rsquo;aimables connaissances me demandent de les aider &agrave; rencontrer des financiers que je n&rsquo;ai pas l&rsquo;honneur de fr&eacute;quenter. Mais puisque j&rsquo;en suis&hellip;&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tIl y a quelques ann&eacute;es, un banquier, ou du moins un petit cadre d&rsquo;une agence de banlieue, me soup&ccedil;onnait de disposer de fonds cach&eacute;s ou, au moins, de ressources familiales. Il ne pouvait pas croire que je d&eacute;pendais les revenus de mon travail et, parfois, de quelques coups heureux au PMU. J&rsquo;aurais d&ucirc; le conforter dans ses pr&eacute;jug&eacute;s, vu que d&egrave;s qu&rsquo;il a su que je n&rsquo;avais pas, comment disait-il,&nbsp;&laquo;&nbsp;d&rsquo;autres rentr&eacute;es&nbsp;&raquo;, ni de&nbsp;&laquo;&nbsp;liquidit&eacute;s&nbsp;&raquo;, nos relations se sont s&eacute;rieusement d&eacute;grad&eacute;es. A cette &eacute;poque, j&rsquo;ai re&ccedil;u plus de commandements que Mo&iuml;se, qui n&rsquo;en a eu que dix.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\t<strong>&laquo; Evidemment, vous avez une r&eacute;serve insaisissable &agrave; Tel-Aviv&nbsp;&raquo;&nbsp;<\/strong><\/p>\n<p>\t\t\t\tJ&rsquo;ai vu des huissiers perplexes, cherchant d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;ment des objets de valeurs chez moi, notant&laquo;&nbsp;un important lot de livres&nbsp;&raquo;, un piano tout de m&ecirc;me, et n&eacute;gligeant quelques &oelig;uvres dues des artistes, souvent des amis, dont la valeur n&rsquo;est pas toujours reconnue sur le march&eacute; de l&rsquo;art. Comme je contestais une saisie, op&eacute;r&eacute;e au profit d&rsquo;un ch&acirc;telain de Saint-Cloud qui m&rsquo;avait fait condamner pour un point de d&eacute;tail (quelques lignes sur les 350 pages des&nbsp;Fili&egrave;res noires), l&rsquo;avocat de ce personnage, entendant le juge admettre que le piano servait &agrave; l&rsquo;&eacute;ducation des enfants, que l&rsquo;ordinateur, la t&eacute;l&eacute;vision, le magn&eacute;toscope, la cha&icirc;ne et la biblioth&egrave;que &eacute;taient des instruments de travail, demanda que l&rsquo;on distingue les livres des meubles qui les portent. Il fut fort surpris d&rsquo;apprendre qu&rsquo;en fait de meubles, il ne pouvait saisir que des planches assembl&eacute;es.&laquo;&nbsp;Vous n&rsquo;allez pas faire croire au tribunal que vous ne poss&eacute;dez rien&nbsp;&raquo;&nbsp;s&rsquo;&eacute;cria l&rsquo;avocat&nbsp;! Mais&hellip; Si&hellip; Je n&rsquo;ai m&ecirc;me pas de lingot enfouis dans le jardin, ni de diamants, rien.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tEn sortant de l&rsquo;audience, l&rsquo;avocat, furieux, m&rsquo;a lanc&eacute;&nbsp;:&nbsp;&laquo;&nbsp;Vous pouvez tromper un juge d&rsquo;instance, mais nous&nbsp;trouverons vos comptes, vos r&eacute;sidences secondaires&#8230; &raquo;&nbsp;Un journaliste d&rsquo;extr&ecirc;me droite qui l&rsquo;accompagnait a ajout&eacute; :&nbsp;&laquo; Evidemment, vous avez une r&eacute;serve insaisissable &agrave; Tel-Aviv&nbsp;&raquo;. J&rsquo;ai compris que j&rsquo;&eacute;tais vraiment nul, n&rsquo;ayant ni r&eacute;sidence secondaire, ni compte dans un paradis fiscal ou en Isra&euml;l, qui n&rsquo;en est pas un. Tout &eacute;tait bien &agrave; mon domicile, autant que les cambrioleurs le sachent, apr&egrave;s les huissiers. Il y avait encore moins de choses dans l&rsquo;appartement dont mes parents &eacute;taient locataires. De pr&eacute;cieux souvenirs, des documents historiques.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t\t\tJe sais bien que &ccedil;a ne se fait pas, mais je suis un juif sans fortune, m&ecirc;me si j&rsquo;ai fini par acc&eacute;der &agrave; des conditions de vie plus confortables qu&rsquo;au d&eacute;part. Je ne dois pas poss&eacute;der le g&egrave;ne de l&rsquo;argent, et &agrave; consid&eacute;rer ma famille, force m&rsquo;est de constater que c&rsquo;est cong&eacute;nital. Pourtant, aucun des autres traits caract&eacute;ristiques des juifs ne nous a &eacute;t&eacute; &eacute;pargn&eacute;. Je suis donc terriblement vex&eacute;, quand l&rsquo;actualit&eacute; atteste de la r&eacute;surgence terrifiante des pr&eacute;jug&eacute;s associant l&rsquo;argent au juif, f&ucirc;t-il simple vendeur d&rsquo;une boutique de Cr&eacute;teil.&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je crains d&rsquo;&ecirc;tre l&rsquo;idiot de la famille &nbsp; GUY KONOPNICKI &nbsp; &nbsp; Guy Konopnicki est vex&eacute;. Tr&egrave;s vex&eacute; m&ecirc;me. Le r&eacute;cent fait-divers de Cr&eacute;teil le pousse en effet &agrave; devoir le reconna&icirc;tre : &quot;Je sais bien que &ccedil;a ne se fait pas, mais je suis un juif sans fortune&quot; ! 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