{"id":9897,"date":"2014-12-12T00:02:27","date_gmt":"2014-12-12T00:02:27","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9897"},"modified":"2014-12-12T00:02:27","modified_gmt":"2014-12-12T00:02:27","slug":"tunisie-la-revolution-nest-quune-grande-deception","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/tunisie-la-revolution-nest-quune-grande-deception\/","title":{"rendered":"TUNISIE &#8211; La r\u00e9volution n&rsquo;est qu&rsquo;une grande d\u00e9ception"},"content":{"rendered":"<p>\n\tTUNISIE &#8211;&nbsp;La r&eacute;volution n&#39;est qu&#39;une grande d&eacute;ception<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tPr&eacute;f&eacute;rez-vous la d&eacute;mocratie &agrave; toute autre forme de gouvernement ? En 2012, 63 % des Tunisiens r&eacute;pondaient oui. Ils ne sont plus que 48 %, d&#39;apr&egrave;s une &eacute;tude du think tank am&eacute;ricain Pew Research Center r&eacute;alis&eacute;e en avril-mai 2014. Comment expliquer ce recul ?<\/p>\n<div>\n<div id=\"page_1\">\n<p>\n\t\t\tLes faits sont l&agrave; : la d&eacute;mocratie et la r&eacute;volution ne suscitent plus le m&ecirc;me enthousiasme et la m&ecirc;me confiance. Le tsunami du [parti islamiste] Ennahda et de ses tro&iuml;kas 1 et 2 sont pass&eacute;s par l&agrave; [coalition gouvernementale mise en place en novembre 2011 et remani&eacute;e en mars 2013 avec le Congr&egrave;s pour la R&eacute;publique (CPR, gauche nationaliste), Ettakatol (gauche) et&nbsp;<a href=\"http:\/\/mobile.courrierinternational.com\/article\/2011\/10\/27\/l-islamisme-ne-dictera-pas-sa-loi\" target=\"_blank\">Ennahda, arriv&eacute;e en t&ecirc;te du scrutin du 23 octobre 2011<\/a>] et plus rien ne reste aujourd&#39;hui &ndash; ou presque &ndash; de l&#39;euphorie et des r&ecirc;ves auxquels le 14 janvier 2011 avait donn&eacute; naissance.<\/p>\n<p>\n\t\t\tPr&egrave;s de quatre ans apr&egrave;s la r&eacute;volution du 14 janvier 2011, on n&#39;a pas fini de d&eacute;cevoir nos attentes. Notre aspiration &agrave; la libert&eacute;, &agrave; la justice et &agrave; la dignit&eacute;. On esp&eacute;rait que la r&eacute;volution donnerait raison &agrave; notre id&eacute;alisme et &agrave; notre illusion d&#39;&ecirc;tre un peuple d&#39;exception, et qu&#39;il pourrait y avoir un &quot;miracle tunisien&quot; dans un monde arabo-musulman o&ugrave; rien de bon ne semblait pouvoir arriver.<\/p>\n<p>\n\t\t\tNous ne faisons aucune injure au 14 janvier 2011 en disant qu&#39;il n&#39;a pas r&eacute;ussi. Nous regardons notre r&eacute;volution en face pour lui dire ses quatre ou cinq v&eacute;rit&eacute;s, car nous perdons patience, nous prenons peur pour elle et pour nous, et lui avouons combien nous l&#39;aimons. Et combien elle nous a d&eacute;&ccedil;us, &eacute;galement.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Les v&oelig;ux pieux du programme islamiste<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tTout d&#39;abord, elle a pris un mauvais d&eacute;part. Elle a &eacute;t&eacute; trop na&iuml;ve de croire que &quot;des hommes et des femmes honn&ecirc;tes et qui craignent Dieu&quot; peuvent faire naturellement bon m&eacute;nage avec la d&eacute;mocratie et qu&#39;ils peuvent &ecirc;tre modernistes, ouverts et progressistes. Elle a &eacute;t&eacute; trop cr&eacute;dule, le 23 octobre 2011, en votant &agrave; plus d&#39;un million de fois pour les islamistes et fait confiance &agrave; Rached Ghannouchi. Elle pensait qu&#39;Ennahda allait unir les Tunisiens autour de la noble cause nationale et que les &quot;365&quot; v&oelig;ux pieux du programme islamiste &eacute;taient des promesses sinc&egrave;res.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLes r&eacute;calcitrants, les r&eacute;fractaires, les &quot;fauteurs de troubles&quot; et les &quot;grandes gueules&quot; de la r&eacute;volution devaient &ecirc;tre &eacute;limin&eacute;s.&nbsp;<a href=\"http:\/\/mobile.courrierinternational.com\/article\/2013\/07\/30\/assassinats-politiques-ennahda-coupable-ideal\" target=\"_blank\">Lotfi Nagdh, Chokri Bela&iuml;d et Mohamed Brahmi en ont su quelque chose<\/a>. Eux et les autres martyrs de la r&eacute;volution (les civils, les militaires et les agents de la police et de la garde nationale) ont &eacute;t&eacute; victimes de la supercherie nahdaouie &agrave; laquelle certains Tunisiens &ndash; peut-&ecirc;tre une majorit&eacute; d&#39;entre eux &ndash; continuent de croire.<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&#39;opposition, par son impr&eacute;paration, son manque d&#39;inspiration, ses nombreuses imperfections et &eacute;gocentrismes, et parce qu&#39;elle succombe &agrave; la facilit&eacute;, assume elle aussi une large part de responsabilit&eacute; des insucc&egrave;s de la r&eacute;volution.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>La table des tractations<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tL&#39;opposition &ndash; g&eacute;n&eacute;ralement identifi&eacute;e sous la banni&egrave;re tr&egrave;s impr&eacute;cise des adversaires d&#39;Ennahda et des &quot;antitro&iuml;kistes&quot; &ndash; n&#39;a jamais &eacute;t&eacute; programmatiquement ou strat&eacute;giquement pr&eacute;par&eacute;e. A la veille de la r&eacute;volution, les &eacute;lites tunisiennes se contentaient de quelques coups d&#39;&eacute;clat (rares, parcellaires et individuels), critiquaient &quot;sous cape&quot; le r&eacute;gime de Ben Ali, et attendaient de voir.<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&#39;Union g&eacute;n&eacute;rale des travailleurs tunisiens (UGTT), la seule force sociale et politique qui pouvait compter, faisait de la r&eacute;sistance passive : elle n&eacute;gociait avec l&#39;Etat et le patronat, elle pactisait, elle servait de r&eacute;gulateur, faisait monter quelques pressions, luttait comme elle le pouvait, battait en retraite, mais finissait toujours par s&#39;asseoir &agrave; la table des tractations pour arracher quelques concessions.<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&#39;Union tunisienne de l&#39;industrie, du commerce et de l&#39;artisanat (Utica ; organisation patronale), l&#39;autre poids ou contrepoids, tirait plus ou moins son &eacute;pingle du jeu : la corruption g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e, lorsqu&#39;elle ne l&#39;impliquait pas directement et totalement, lui laissait quelques miettes consistantes.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLe peuple, lui, inconscient ou insoucieux, continuait de vivre comme il pouvait ou ne pouvait pas : il avait pour lui l&#39;&eacute;t&eacute;, les mariages, le ramadan, les A&iuml;d [f&ecirc;tes religieuses musulmanes], les hauts et les bas de la vie, un au jour le jour r&eacute;sign&eacute;, un &eacute;ternel recommencement d&#39;occasions et de chances qui ne se repr&eacute;senteraient pas et quelques anecdotes sur la famille r&eacute;gnante&#8230; pour se consoler.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Les incr&eacute;dulit&eacute;s du peuple<\/strong><\/p>\n<\/p><\/div>\n<div id=\"page_2\">\n<p>\n\t\t\tLa menace int&eacute;griste, r&eacute;elle ou imaginaire, et l&#39;agitation des militants des droits de l&#39;homme apparaissaient furtivement sur l&#39;&eacute;cran du radar de l&#39;Etat policier de Ben Ali et disparaissaient tr&egrave;s vite. Isol&eacute;e, souterraine, r&eacute;prim&eacute;e, emprisonn&eacute;e et exil&eacute;e, cette opposition id&eacute;ologique ne repr&eacute;sentait qu&#39;une goutte dans le vaste oc&eacute;an unanimiste qui a soutenu l&#39;&egrave;re nouvelle pendant plus de deux d&eacute;cennies. Aucune force, du 7 novembre 1987 au 14 janvier 2011, ne pouvait pr&eacute;tendre &quot;changer le changement&quot; [promis par Ben Ali arriv&eacute; au pouvoir en novembre 1987].<\/p>\n<p>\n\t\t\tPourtant, l&#39;inattendu a eu lieu. L&#39;impossible se r&eacute;alisa : Ben Ali et son Rassemblement constitutionnel d&eacute;mocratique (RCD) furent &quot;d&eacute;gag&eacute;s&quot;. Et tout allait se construire sur cette table rase avec les incomp&eacute;tences et les arrogances d&#39;Ennahda, les imperfections et les confusions de ceux que l&#39;on appelle les &quot;d&eacute;mocrates&quot;, &quot;modernistes&quot; et &quot;progressistes&quot; et les incr&eacute;dulit&eacute;s du peuple &ndash; bourgeois, petit-bourgeois, ouvriers et autres sous-prol&eacute;taires.<\/p>\n<p>\n\t\t\tEn quelques mois, il ne restait plus rien de l&#39;homog&eacute;n&eacute;it&eacute; tunisienne. Il ne restait plus rien de la paix et la tranquillit&eacute; &ndash; apparentes ou r&eacute;elles. Le pays se divisait et se subdivisait, chaque jour encore plus : les uns qu&#39;unissait, le 14 janvier 2011, le cri de ralliement&nbsp;&quot;D&eacute;gage !&quot;&nbsp;ne se reconnaissaient plus en les autres. La religion s&#39;est impos&eacute;e comme pr&eacute;occupation principale des Tunisiens. Et le pays passera ainsi le plus clair de son temps &agrave; d&eacute;finir et red&eacute;finir son identit&eacute;, n&eacute;gligeant, par cons&eacute;quent, l&#39;essentiel de sa r&eacute;volution.<\/p>\n<p>\n\t\t\tLes libert&eacute;, justice et dignit&eacute; sont pass&eacute;es au deuxi&egrave;me et troisi&egrave;me plan. Le d&eacute;senchantement n&#39;a &eacute;pargn&eacute; aucune institution. Il habite toutes les cat&eacute;gories sociales et &eacute;conomiques et il a envahi de larges espaces de notre imaginaire collectif et individuel, ne laissant que tr&egrave;s peu d&#39;espoir au ressaisissement et au rattrapage.<\/p>\n<p>\n\t\t\t<strong>Se f&eacute;liciter de la libert&eacute; d&#39;expression<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\tAujourd&#39;hui, nous prenons par exemple le malsain plaisir de griller les feux rouges, d&#39;emprunter les sens interdits et de ne pas marquer le stop. Nos ordures m&eacute;nag&egrave;res n&#39;en finissent pas de s&#39;amonceler dans les rues. Nos administrations tournent &agrave; leur plus bas r&eacute;gime. Nos &eacute;coles, lyc&eacute;es et universit&eacute;s ont oubli&eacute; qu&#39;ils ont &eacute;crit les pages les plus glorieuses de la Tunisie ind&eacute;pendante ; aujourd&#39;hui, ils se contentent du passable et du &quot;peut mieux faire&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\t\tNotre &eacute;conomie, souffrante et agonisante, &eacute;prouve le plus grand mal &agrave; joindre les deux bouts. An&eacute;mique et ankylos&eacute;e, elle ne doit sa survie qu&#39;&agrave; son endettement qui ne finit pas de s&#39;alourdir, &agrave; un d&eacute;ficit budg&eacute;taire ravageur et &agrave; une maigre croissance qui est toujours r&eacute;visable &agrave; la baisse. Hausse des prix, chute du pouvoir d&#39;achat, ch&ocirc;mage et sous-emploi sont devenus des maux end&eacute;miques.<\/p>\n<p>\n\t\t\tAu bout de ce parcours de pr&egrave;s de quatre ann&eacute;es, nous ne pouvons nous f&eacute;liciter que de la seule libert&eacute; d&#39;expression que l&#39;on pratique, d&#39;ailleurs, bien plus &agrave; tort qu&#39;&agrave; raison. Nous en faisons l&#39;usage le plus confus et le plus maladroit jusqu&#39;&agrave; perdre le sens de notre orientation et la signification de nos mots. Nos politiciens, un peu trop artisanaux, manquant d&#39;exp&eacute;rience et d&#39;id&eacute;es. Egocentriques et avides de pouvoir, ils n&#39;ont jamais su d&eacute;battre ni orienter les d&eacute;bats.<\/p>\n<p>\n\t\t\tTout &ccedil;a pour &ccedil;a ! La premi&egrave;re r&eacute;volution du &quot;printemps arabe&quot;, ce miracle tunisien du XXIe si&egrave;cle qui nous a valu des standing ovations aux quatre coins de la plan&egrave;te n&#39;accoucherait, en d&eacute;finitive, que de toutes ces d&eacute;ceptions, de toutes ces erreurs et de toutes ces supercheries !<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<ul>\n<li>\n\t\t\t\t<a href=\"http:\/\/www.courrierinternational.com\/notule-source\/kapitalis\">KAPITALIS<\/a><\/li>\n<li>\n\t\t\t\t| MONCEF DHAMBRI<\/li>\n<\/ul><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TUNISIE &#8211;&nbsp;La r&eacute;volution n&#39;est qu&#39;une grande d&eacute;ception &nbsp; &nbsp; &nbsp; Pr&eacute;f&eacute;rez-vous la d&eacute;mocratie &agrave; toute autre forme de gouvernement ? En 2012, 63 % des Tunisiens r&eacute;pondaient oui. Ils ne sont plus que 48 %, d&#39;apr&egrave;s une &eacute;tude du think tank am&eacute;ricain Pew Research Center r&eacute;alis&eacute;e en avril-mai 2014. 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