{"id":9941,"date":"2016-01-07T00:18:09","date_gmt":"2016-01-07T00:18:09","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9941"},"modified":"2016-01-07T00:48:14","modified_gmt":"2016-01-07T00:48:14","slug":"mon-voyage-en-tunisie-par-emile-tubiana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/mon-voyage-en-tunisie-par-emile-tubiana\/","title":{"rendered":"Mon voyage en Tunisie, par Emile Tubiana"},"content":{"rendered":"<div>\n<p>\n\t\tMon voyage en Tunisie, par Emile Tubiana<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s avoir v&eacute;cu en France, en Isra&euml;l et en Allemagne, et apr&egrave;s avoir voyag&eacute; dans des pays lointains avec d&rsquo;autres langues et civilisations, il y a plus de trente- trois ans j&rsquo;avais d&eacute;couvert le pays qui me semblait le plus proche du mode de vie que j&rsquo;avais connu lorsque je vivais en Tunisie. Je ne veux pas dire que les &Eacute;tats-Unis et la Tunisie sont semblables, mais le mode de vie, lorsque les Fran&ccedil;ais occupaient encore ce pays africain, &eacute;tait semblable. En ce temps-l&agrave;, la population &eacute;tait compos&eacute;e d&rsquo;une multitude d&rsquo;ethnies. C&rsquo;&eacute;tait ce m&eacute;lange de races et de religions qui avait attir&eacute; mon attention le premier jour o&ugrave; j&rsquo;avais mis les pieds sur le sol am&eacute;ricain. C&rsquo;&eacute;tait ce jour-l&agrave; que j&rsquo;avais t&eacute;l&eacute;phon&eacute; &agrave; ma femme qui &eacute;tait en Allemagne et lui avais annonc&eacute; ma d&eacute;couverte :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; J&rsquo;ai trouv&eacute; mon pays et l&rsquo;air que je respirais quand j&rsquo;avais quatorze ans. &raquo; Ma femme &eacute;tait enthousiasm&eacute;e par mes nouvelles, car elle savait que je ne me plaisais pas dans tous les pays o&ugrave; j&rsquo;avais v&eacute;cu. En tant que fils du peuple juif il n&rsquo;est pas facile de trouver son petit coin. Je m&rsquo;&eacute;tais dit : &laquo; Je suis le seul &agrave; d&eacute;cider de ma destin&eacute;e et du mode de vie que je veux choisir &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s quarante-six ann&eacute;es d&rsquo;absence de mon pays natal, j&rsquo;entrepris mon premier voyage de New York vers le continent africain qui devait me rallier &agrave; ma ville natale. &Agrave; mon retour de voyage, j&rsquo;&eacute;tais tellement heureux, que la n&eacute;cessit&eacute; de communiquer mes impressions s&rsquo;est fait sentir. Ayant v&eacute;cu des ann&eacute;es en Isra&euml;l et en Allemagne, ce besoin s&rsquo;intensifia jusqu&rsquo;au moment o&ugrave; enfin je pris la plume. J&rsquo;avais laiss&eacute; mon c&oelig;ur conduire librement ma main et exprimer ce que j&rsquo;avais ressenti objectivement durant ce court voyage en Tunisie. Mon intellect avait du mal &agrave; saisir et &agrave; communiquer les vibrations d&eacute;licieuses qui me parvenaient je ne sais d&rsquo;o&ugrave; et qui traversaient tout mon &ecirc;tre. Ces sentiments me saisissaient fort agr&eacute;ablement.<\/p>\n<p>\n\t\tLe fait de revoir mon pays apr&egrave;s tant d&rsquo;ann&eacute;es me troublait, car la sensation de voir les images du pass&eacute; qui se superposaient constamment aux images du pr&eacute;sent cr&eacute;aient une certaine confusion. Avec cet afflux d&rsquo;images il me semblait saisir les distances qui me s&eacute;paraient du pass&eacute; et du pr&eacute;sent. Je tenais &agrave; garder la spontan&eacute;it&eacute; de mon r&eacute;cit mais comme je n&rsquo;avais jamais poursuivi d&#39;&eacute;tudes litt&eacute;raires fran&ccedil;aises depuis l&rsquo;&acirc;ge de quatorze ans, je ne pouvais pas tenir compte des coutumes et des r&egrave;gles de la langue fran&ccedil;aise. Il m&rsquo;&eacute;tait devenu clair que ni la logique, ni la science et ni la politique ne convenaient &agrave; l&rsquo;&eacute;tat d&rsquo;&acirc;me du moment, encore moins sachant que les mots &laquo; sentiment &raquo; ou &laquo; vibration &raquo; &eacute;taient &eacute;trangers &agrave; toutes ces notions.<\/p>\n<p>\n\t\tCette visite m&rsquo;avait apport&eacute; de nouvelles exp&eacute;riences. Je me trouvais soudain propuls&eacute; dans un autre monde o&ugrave; les souvenirs et les sc&egrave;nes que je croyais perdus me revenaient &agrave; l&rsquo;esprit. Je me sentais ainsi enrichi et revigor&eacute; d&rsquo;une nouvelle ardeur. Les nouvelles et les anciennes exp&eacute;riences s&rsquo;entrem&ecirc;laient de sorte que je sentis le besoin de faire le tri et de me concentrer surtout sur tout ce qui est beau et bon. Je tenais particuli&egrave;rement &agrave; communiquer tout ce qui me remplissait de joie et m&rsquo;enveloppait d&rsquo;amour. Par exemple, les &eacute;pisodes de la vie de mes grands-parents, de celle de mes parents et de la population avec laquelle j&rsquo;avais grandi. En bref tous ces &eacute;pisodes qui avaient contribu&eacute; &agrave; forger mes propres exp&eacute;riences.<\/p>\n<p>\n\t\tLe mode de vie que j&rsquo;ai connu renfor&ccedil;ait les valeurs que m&rsquo;avaient transmises mes a&icirc;n&eacute;s. Le paysage, la langue, les coutumes, les airs de musique et la cuisine m&rsquo;ont permis aussi de saisir la profondeur de ces valeurs. Dans le monde actuel ces souvenirs qui me parviennent de loin alimentent encore mon &acirc;me assoiff&eacute;e de tout ce qui est innocent et pur. Ces douces m&eacute;moires m&rsquo;aident souvent &agrave; braver les durs moments qui viennent me surprendre comme des temp&ecirc;tes en pleine campagne, ces souvenirs m&rsquo;abritent encore comme le pr&eacute;au de notre jardin d&rsquo;enfants lors d&rsquo;une pluie torrentielle.<\/p>\n<p>\n\t\tJ&rsquo;ai interrompu maintes fois le r&eacute;cit du voyage pour exprimer mon opinion sur certains sujets, qui me venaient &agrave; l&rsquo;esprit. Afin de saisir les sentiments du moment et garder le coloris local et original &agrave; mon r&eacute;cit, j&rsquo;ai employ&eacute; des mots tunisiens lorsque les dialogues se tenaient dans la langue du pays ou lorsque les circonstances me permettaient d&rsquo;ins&eacute;rer un proverbe ou une expression. Ainsi j&rsquo;ai essay&eacute; de rester fid&egrave;le aux conversations et aux paroles tunisiennes. J&rsquo;ai essay&eacute; d&rsquo;expliquer l&rsquo;usage des proverbes ou des expressions en les ins&eacute;rant dans le bon contexte.<\/p>\n<p>\n\t\tLa po&eacute;sie sur ma ville natale m&rsquo;est venue tout naturellement et je l&rsquo;ai compos&eacute;e avec le simple langage. Je ne peux pas pr&eacute;tendre conna&icirc;tre la langue arabe litt&eacute;raire, mais plut&ocirc;t l&rsquo;arabe tunisien et b&eacute;douin, que j&rsquo;ai h&eacute;rit&eacute; de ma ville, de mes parents, de mes grands-parents et de mes arri&egrave;re-grands-parents, sans s&ucirc;rement oublier le peuple avec lequel mes anc&ecirc;tres et moi-m&ecirc;me avons v&eacute;cu depuis des si&egrave;cles.<\/p>\n<p>\n\t\tTout en &eacute;crivant j&rsquo;&eacute;tais conscient de ma responsabilit&eacute; d&rsquo;auteur. J&rsquo;ai essay&eacute; de mon mieux de relater les faits tels qu&rsquo;ils se pr&eacute;sentaient. Si quelqu&rsquo;un se sentait offens&eacute; par une phrase ou un mot, telle n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; mon intention. J&rsquo;esp&egrave;re que ce modeste r&eacute;cit sera appr&eacute;ci&eacute; par l&rsquo;ancienne et les nouvelles g&eacute;n&eacute;rations.<\/p>\n<p>\n\t\tLe mode de vie paisible et simple des habitants de notre ville &eacute;tait le cachet de nos a&icirc;n&eacute;s. Lorsque je me suis mis &agrave; &eacute;crire, une multitude de pens&eacute;es s&rsquo;align&egrave;rent dans ma t&ecirc;te, chacune voulait attirer mon attention et s&rsquo;emparer de mon r&eacute;cit. Comme je ne pouvais pas les ins&eacute;rer toutes, j&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; de les pr&eacute;senter s&eacute;par&eacute;ment. Maintenant que j&rsquo;ai mis de l&rsquo;ordre entre mon intellect, mes pens&eacute;es et mon esprit, je pouvais commencer &agrave; entreprendre mon r&eacute;cit calmement et sans offenser mon &acirc;me.<\/p>\n<p>\n\t\tLes pens&eacute;es sur ma ville natale m&rsquo;accompagnaient toujours. J&rsquo;avais gard&eacute; d&rsquo;excellents souvenirs de mon enfance. Je conservais jalousement certains sentiments et courants agr&eacute;ables qui me parvenaient, d&rsquo;une profondeur inconnue. La vie harmonieuse des habitants de ma ville avait contribu&eacute; amplement &agrave; mon &eacute;ducation et &agrave; mon mode de vie. Les collines rocheuses et les plaines vertes qui contournent notre ville sont toujours pr&eacute;sentes dans ma m&eacute;moire. Ma femme et mes enfants savent beaucoup sur B&eacute;ja et la Tunisie, par mes r&eacute;cits, par les chansons et les proverbes que je leur transmets &agrave; certaines occasions. Dans ma maison j&rsquo;ai entretenu une chambre que j&rsquo;ai am&eacute;nag&eacute;e &agrave; la fa&ccedil;on de chez nous, avec des tapis et des klimes afin de jouir de l&rsquo;h&eacute;ritage de mes anc&ecirc;tres et de la culture qui m&rsquo;a &eacute;t&eacute; transmise. Depuis des ann&eacute;es la musique tunisienne et arabe fait partie de ma collection de disques et de cassettes aupr&egrave;s d&rsquo;autres musiques. Plus tard je me suis rendu compte que je n&rsquo;&eacute;tais pas le seul &agrave; avoir une telle collection.<\/p>\n<p>\n\t\tIl y a dix-sept ans que ma maman nous a quitt&eacute;s pour l&rsquo;autre monde, treize ann&eacute;es apr&egrave;s mon p&egrave;re. Ils &eacute;taient les derniers de ma plus &eacute;troite famille, qui nous quittaient. C&rsquo;est &agrave; eux, &agrave; leurs familles et aux habitants de B&eacute;ja que je dois une grande partie de mes connaissances du mode de vie jud&eacute;o-tunisien et de sa culture.<\/p>\n<p>\n\t\tMaman n&rsquo;avait jamais mis les pieds dans une &eacute;cole. Peu importe, car ce qu&rsquo;elle m&rsquo;avait enseign&eacute; d&eacute;passait de loin tout ce que j&rsquo;avais appris dans les hautes &eacute;coles. Ma maman m&rsquo;avait appris d&egrave;s mon jeune &acirc;ge les chants de Louisa Tounsia, de Habiba Msika, de Saliha, du El Ofrit, puis le vrai sens de &laquo; l&rsquo;amour &raquo; et de &laquo; la charit&eacute; &raquo;. Elle me disait toujours :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Ma Yenfaa C&agrave;n El Qalb Ouel Faal &raquo;. (Il n&rsquo;y a que le c&oelig;ur et les actes qui comptent.) En effet ces deux principes faisaient partie de ma croyance et de mes pens&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\t\tJ&rsquo;ai &eacute;t&eacute; aussi gratifi&eacute; d&rsquo;un p&egrave;re, qui a su me transmettre beaucoup de le&ccedil;ons &agrave; travers toutes les histoires qu&rsquo;il nous racontait et les proverbes qu&rsquo;il employait. Il me disait souvent :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; LaKram Ta&rsquo;ati Eteber Ouela Ghla, L&rsquo;Armaz Charba Ma Mel Guerba Tkidha &raquo;. (Les g&eacute;n&eacute;reux offrent les pierres pr&eacute;cieuses quelle que soit leur valeur et les mesquins n&rsquo;offrent m&ecirc;me pas une goutte d&rsquo;eau de leurs outres). Ce n&rsquo;est qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui que je d&eacute;couvre le sens de ces sagesses voil&eacute;es. Aussi il me disait :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Eli Ya&rsquo;mel el Kher Ma Y Chaour &raquo;. (Celui qui veut faire du bien ne demande pas conseil.) Je commence &agrave; peine &agrave; discerner et &agrave; saisir le vrai sens de ces paroles.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s tant d&rsquo;ann&eacute;es loin de ma ville, j&rsquo;aurais sans doute perdu la langue jud&eacute;o-tunisienne et nos traditions si ce n&rsquo;&eacute;tait pour mes parents qui les ont conserv&eacute;es. En plus, je n&rsquo;&eacute;tais pas le seul &agrave; avoir gard&eacute; ces m&oelig;urs et ces traditions. Je suis toujours content de rencontrer des gens de mon pays. Le vendredi, le couscous avec viande et boulettes est rest&eacute; le plat traditionnel et solennel de ma maison. J&rsquo;ai maintenu ainsi la coutume de mes parents. Les plats tunisiens font toujours partie de notre cuisine. Pour n&rsquo;en citer que quelques-uns : l&rsquo;Hlalem, Lemhamssa le Nikitous, de la Kouara (pieds de veau), de la Harguemin, de la Gnaouya, Maghmouma, La Pkeila, Tajine el Fad et des dixaines d&rsquo;autres plats. Sans omettre les dixaines de salades comme &laquo; Slata Mechouya, Slata Jida, Lemzaoura, Slata Khal &raquo; , etc. Il me prend parfois l&rsquo;envie de manger une simple &laquo; A&rsquo;ssida &raquo; (semoule cuite &agrave; l&rsquo;eau). Combien de fois je me contentais de manger du pain et des olives ou alors du pain, de l&rsquo;harissa et de l&rsquo;huile d&rsquo;olive. Voici ce que cela veut dire pour moi, un h&eacute;ritage, c&rsquo;est de pouvoir &ecirc;tre heureux avec peu. Une simple chanson ou une m&eacute;lodie peut me rendre joyeux comme un enfant. Y a-t-il une joie plus belle que celle d&rsquo;un enfant ?<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; La joie ne doit jamais nous quitter, si nous voulons que la vie nous sourie &raquo;, disait papa.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Ezha Le Donya &ndash; Edonya Tezhalek &raquo; (Souris &agrave; la vie et la vie te sourira), nous disait maman. Et j&rsquo;ajoute :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Nous serions &agrave; l&rsquo;aise, si nous ne nous souciions pas du lendemain. Laissez le destin faire son travail car tout est en nous &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tIl faut &ecirc;tre gai et s&rsquo;entourer de joie. Ne nous soucions pas du futur il sera toujours autrement que nous le pensons. Evidemment, il faut faire de son mieux dans toutes les circonstances, que ce soit dans le travail ou &agrave; la maison. Il n&rsquo;est certes pas toujours possible de se tenir dans le m&ecirc;me &eacute;tat d&rsquo;&acirc;me, mais il faut essayer d&rsquo;&ecirc;tre son propre guide. Mon p&egrave;re me disait un jour :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Lorsque les choses ne vont pas comme on l&rsquo;aurait d&eacute;sir&eacute;, il faut s&rsquo;offrir ou offrir &agrave; quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre quelque chose qui fait plaisir &raquo;. Il ne faut jamais laisser la tristesse ou le souci nous dominer. Ce n&rsquo;est pas seulement aux autres que l&rsquo;on fait plaisir, mais c&rsquo;est surtout &agrave; nous-m&ecirc;mes, car en agissant ainsi nous ouvrons les sources de la joie et du bonheur pour nous et pour les autres.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>LE VOL VERS L&rsquo;ESPAGNE<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tEn d&eacute;cembre j&rsquo;avais planifi&eacute; mon voyage pour le mois suivant de sorte qu&rsquo;il co&iuml;nciderait avec mon anniversaire. Au mois de janvier je pris enfin le vol de New York &agrave; Madrid pour couper le voyage en deux trajets, en esp&eacute;rant me reposer un jour avant mon vol de Madrid vers Tunis. Je tenais &agrave; arriver en bonne forme la veille de mon anniversaire. L&rsquo;avion qui me prenait &agrave; Madrid &eacute;tait presque vide. Malgr&eacute; les places disponibles, je n&rsquo;arrivais pas &agrave; m&rsquo;endormir. Que pouvais-je faire d&rsquo;autre dans un tuyau suspendu ? J&rsquo;avais lu jusqu&rsquo;ici la moiti&eacute; d&rsquo;un livre. L&rsquo;envie me prit de me lever juste pour remuer mes jambes. J&rsquo;aper&ccedil;us un homme dans la soixantaine, avec qui l&rsquo;h&ocirc;tesse avait l&rsquo;air de s&rsquo;entretenir avec beaucoup d&rsquo;attention. Tout d&rsquo;abord je crus qu&rsquo;il &eacute;tait malade, puis l&rsquo;h&ocirc;tesse se tourna vers moi en me disant qu&rsquo;il avait peur de l&rsquo;avion. Alors je me dirigeai vers lui. Il avait l&rsquo;air enchant&eacute; que quelqu&rsquo;un l&rsquo;approch&acirc;t. Il &eacute;tait agr&eacute;able et sinc&egrave;re, puis il me dit :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Moi, je n&rsquo;aime pas l&rsquo;avion &raquo; et il continua : &laquo; Ma femme veut que l&rsquo;on passe les vacances &agrave; Palma de Majorque et je ne voulais pas la laisser partir seule. &raquo; J&rsquo;essayais de le rassurer en lui disant :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Mais Monsieur, vous n&rsquo;avez pas raison de craindre l&rsquo;avion ; il faudrait plut&ocirc;t avoir peur des voitures car selon les statistiques il y a plus d&rsquo;accidents de voiture que d&rsquo;avion. &raquo; &Agrave; quoi il r&eacute;pondit :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Je ne roule pas en voiture, je reste &agrave; ma ferme avec mes petits-enfants. &raquo; Je r&eacute;pondis avec un sourire :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Donc vous &ecirc;tes grand-p&egrave;re ? &raquo; Il avait l&rsquo;air d&rsquo;&ecirc;tre plus &agrave; l&rsquo;aise et me r&eacute;pondit :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; C&rsquo;est encore une raison de plus, pourquoi je n&rsquo;aime pas l&rsquo;avion, car je ne voudrais pas mourir dans un accident d&rsquo;avion &raquo;, &agrave; quoi je lui r&eacute;pondis :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Nous ne pouvons rien faire, nous sommes &agrave; la merci du pilote et du bon fonctionnement de la m&eacute;canique et de l&rsquo;&eacute;lectronique de cet avion, donc pourquoi s&rsquo;inqui&eacute;ter &agrave; l&rsquo;avance ? &raquo; &Agrave; cela il r&eacute;agit spontan&eacute;ment :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Si je meurs, je ne verrai plus mes petits-enfants jouer et en plus, je ne verrai plus le soleil. &raquo; Au moment m&ecirc;me, je n&rsquo;avais pas saisi l&rsquo;envergure de cette d&eacute;claration et je continuais &agrave; le calmer. Une ann&eacute;e plus tard j&rsquo;avais r&eacute;alis&eacute; ce qu&rsquo;il voulait dire par :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Je ne verrai plus le soleil. &raquo; En effet, aujourd&rsquo;hui je lui donne raison, qu&rsquo;il serait ridicule d&rsquo;accepter volontairement de ne plus voir le soleil. C&rsquo;est gr&acirc;ce &agrave; nos yeux que l&rsquo;&ecirc;tre en nous peut apercevoir tout ce que ce monde nous offre et si les yeux s&rsquo;&eacute;teignaient, tout dispara&icirc;trait. M&ecirc;me si nous devions d&eacute;velopper par la suite un autre moyen de perception, ce ne serait plus le m&ecirc;me. Cette exp&eacute;rience physique est unique et nous devons en profiter au maximum.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;avion &eacute;tait un Boeing 767 tout nouveau. Durant le vol, j&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de m&rsquo;entretenir avec le pilote qui devait avoir une cinquantaine d&rsquo;ann&eacute;es et d&rsquo;apr&egrave;s lui, il comptait de nombreuses ann&eacute;es de vol. Il admirait et flattait ce nouvel avion.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; C&rsquo;est l&rsquo;avion le plus facile &agrave; piloter &raquo;, me disait-il. Il m&rsquo;avait fait tant d&rsquo;&eacute;loges sur cet appareil que je lui demandai &agrave; voir la cabine de pilotage. Bien que je ne comprenne rien aux avions et aux appareillages, je l&rsquo;&eacute;coutais poliment. L&rsquo;explication du pilote me paraissait logique mais je l&rsquo;&eacute;coutais sans m&rsquo;arr&ecirc;ter aux d&eacute;tails. Il me disait que cet avion &eacute;tait plus rapide que le jumbo jet. Cet avion, d&rsquo;apr&egrave;s les dires du pilote, poss&eacute;dait tout ce qu&#39;il y avait de plus moderne en technologie et para&icirc;t-il qu&rsquo;il &eacute;tait plus rentable. En effet nous avions mis &agrave; peine six heures de New York &agrave; Madrid. Il aurait pu me raconter tout ce qu&rsquo;il voulait, pour moi c&rsquo;&eacute;tait vraiment le meilleur avion, car il me transportait et m&rsquo;approchait de ma ville natale.<\/p>\n<p>\n\t\tLe lendemain vers neuf heures du matin le Boeing atterrit &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport de Madrid. Un ami m&rsquo;attendait pour me conduire &agrave; l&rsquo;h&ocirc;tel. J&rsquo;avais d&rsquo;abord d&eacute;pos&eacute; mes valises et ensuite nous nous sommes assis dans le coin caf&eacute; de l&rsquo;h&ocirc;tel. Nous avons bavard&eacute; tout en d&eacute;gustant notre caf&eacute;, ensuite il me conduisit vers l&rsquo;ascenseur en me disant :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Au revoir et &agrave; plus tard. &raquo; &Agrave; peine entr&eacute; dans ma chambre, fatigu&eacute; du voyage, je me jetai sur le lit et en quelques minutes je m&rsquo;&eacute;tais endormi. Le lendemain je fus r&eacute;veill&eacute; par le bruit soudain du t&eacute;l&eacute;phone.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Avoir dormi jusqu&rsquo;au matin, c&rsquo;est un bon signe &raquo;, me disais-je. Mais comme je tenais &agrave; &ecirc;tre en bonne forme, j&rsquo;avais pass&eacute; la journ&eacute;e du jeudi &agrave; fl&acirc;ner dans ma chambre et sans m&ecirc;me sortir de l&rsquo;h&ocirc;tel. Ainsi j&rsquo;avais &eacute;vit&eacute; d&rsquo;avoir le malaise du d&eacute;calage horaire.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>L&rsquo;ARRIV&Eacute;E &Agrave; TUNIS<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLe vendredi je pris l&rsquo;avion pour Tunis. Le vol s&rsquo;annon&ccedil;ait bien. C&rsquo;&eacute;tait pour la premi&egrave;re que je voyais des h&ocirc;tesses tunisiennes. Je les trouvais tr&egrave;s aimables et charmantes et elles me mirent aussit&ocirc;t &agrave; l&rsquo;aise. Les voyageurs parlaient tunisien. Depuis bien longtemps je n&rsquo;avais pas entendu parler cette langue en public et encore moins en avion. J&rsquo;avais gard&eacute; la langue arabe gr&acirc;ce &agrave; ma maman et &agrave; la musique. La plupart de mes amis d&rsquo;expression arabe que j&rsquo;avais connus soit en Isra&euml;l, soit en Europe ou aux &Eacute;tats-Unis &eacute;taient d&rsquo;Egypte, de l&rsquo;Iraq, du Liban, de la Syrie, du Maroc et de l&rsquo;Arabie Saoudite et rares &eacute;taient ceux de la Tunisie.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;avion &eacute;tait un Airbus 320. C&rsquo;&eacute;tait la premi&egrave;re fois que je prenais cet avion. Celui-ci avait caus&eacute; en son temps des controverses aux &Eacute;tats-Unis. Il &eacute;tait beaucoup plus petit que l&rsquo;avion avec lequel j&rsquo;&eacute;tais venu de New York. J&rsquo;avais bien saisi pourquoi cet airbus ne pouvait pas alors faire la travers&eacute;e de l&rsquo;Atlantique.<\/p>\n<p>\n\t\tLes passagers &eacute;taient tr&egrave;s bruyants. J&rsquo;entendais pour la premi&egrave;re fois r&eacute;sonner des noms que depuis bien longtemps je n&rsquo;avais plus entendus, comme : Salah, Moustafa, Ottman, Taoufik, Nour Edine, Chedli, etc. Je me sentais dans un monde diff&eacute;rent mais qui ne m&rsquo;&eacute;tait pas inconnu, au contraire il me rapprochait de mon enfance. Je n&rsquo;osais pas aborder les passagers ou les h&ocirc;tesses, je me conduisais comme &agrave; mon premier jour au jardin d&rsquo;enfants, l&agrave; aussi, je n&rsquo;osais pas approcher les autres enfants ou la ma&icirc;tresse.<\/p>\n<p>\n\t\tEn attendant, les h&ocirc;tesses de Tunisair me voyant silencieux et tout seul dans la rang&eacute;e croyaient que je craignais le vol. Pour me r&eacute;conforter, une des h&ocirc;tesses me demanda si je d&eacute;sirais boire. J&#39;&eacute;tais plong&eacute; dans mes pens&eacute;es &agrave; faire la comparaison et l&rsquo;analyse technique des avions, et des arguments du pilote am&eacute;ricain. Je ne m&rsquo;&eacute;tais pas rendu compte que l&rsquo;avion &eacute;tait en l&rsquo;air depuis d&eacute;j&agrave; un moment, car je n&rsquo;avais pas entendu le bruit des moteurs. L&rsquo;avion me paraissait suspendu dans le n&eacute;ant tellement il avan&ccedil;ait lentement. Dehors il faisait sombre. J&rsquo;essayais de voir &agrave; travers les hublots, mais je ne voyais rien. Apr&egrave;s que nous e&ucirc;mes d&icirc;n&eacute;, je parlai tunisien ; pas de r&eacute;action de la part des h&ocirc;tesses. Je conclus qu&rsquo;elles me comprenaient. Jusqu&rsquo;ici j&rsquo;avais parl&eacute; le tunisien rien qu&rsquo;avec mes parents. Je ne savais pas si la langue tunisienne avait chang&eacute; depuis que j&rsquo;avais quitt&eacute; la Tunisie. Certains amis tunisiens me disaient que la jeunesse &eacute;tait compl&egrave;tement diff&eacute;rente de celle que j&rsquo;avais connue. Ma premi&egrave;re rencontre avec les h&ocirc;tesses me donnait l&rsquo;impression que la langue &eacute;tait rest&eacute;e inchang&eacute;e. Les h&ocirc;tesses comprenaient bien ce que je leur disais. J&rsquo;&eacute;tais toujours plong&eacute; en moi-m&ecirc;me, je n&rsquo;avais pas r&eacute;alis&eacute; combien le trajet &eacute;tait court et rapide. J&rsquo;entendais pour la premi&egrave;re fois le pilote annoncer les villes que nous allions survoler. Il me semblait entendre aussi le nom de B&eacute;ja. Ce nom je ne l&rsquo;avais jamais entendu en avion. Je me r&eacute;jouissais de cette annonce. Le bruit des moteurs &agrave; r&eacute;action que je n&rsquo;avais pas entendu jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent me semblait soudain &ecirc;tre fort. Il laissait un sifflement qui m&rsquo;assourdissait. L&rsquo;h&ocirc;tesse se pencha vers moi en me disant :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Nous survolons l&rsquo;Alg&eacute;rie. &raquo; Je n&rsquo;avais pas d&#39;autre choix que de la croire. Une chose est certaine, il me semblait que notre avion &eacute;tait accroch&eacute; dans les cieux et qu&rsquo;il avan&ccedil;ait lentement. Je lan&ccedil;ai &agrave; nouveau un regard &agrave; travers le hublot je ne voyais rien, tellement l&rsquo;obscurit&eacute; &eacute;tait dense. Je m&rsquo;effor&ccedil;ai encore une fois de voir par les hublots, cette fois-ci j&rsquo;eus l&rsquo;impression que nous venions de sortir d&rsquo;une couche de nuages. Plus tard j&rsquo;entrevis au loin quelques lumi&egrave;res. &laquo; &Ccedil;a doit &ecirc;tre un village ! &raquo; me disais-je. Je ne savais pas exactement o&ugrave; nous &eacute;tions. Je me contentais de bavarder silencieusement avec ces lumi&egrave;res : &laquo; Chacune d&rsquo;elles est une famille, un monde et moi, comme un seigneur, je disais &agrave; l&rsquo;une, puis &agrave; l&rsquo;autre, nous sommes des &ecirc;tres humains qui partageons ensemble l&rsquo;air de cette terre. Je ne voyais aucune fronti&egrave;re, il n&rsquo;y avait rien que la distance et la vitesse qui nous s&eacute;paraient. Je me laissais ainsi bercer par mon dialogue imaginaire avec des &ecirc;tres que je n&rsquo;avais jamais vus, mais qui me signalaient leur pr&eacute;sence par cette lampe lumineuse.<\/p>\n<p>\n\t\tLes souvenirs d&rsquo;enfance se m&ecirc;laient dans ma t&ecirc;te : je revoyais le voyage en train de B&eacute;ja &agrave; Duvivier. C&rsquo;&eacute;tait en 1943 pendant la guerre, lorsque nous avions &eacute;t&eacute; &eacute;vacu&eacute;s vers l&rsquo;Alg&eacute;rie pour quelques jours. Les Allemands &eacute;taient aux portes de notre ville. B&eacute;ja &eacute;tait en flammes et en fum&eacute;e &agrave; cause des explosions des obus d&rsquo;artillerie et des bombes de l&rsquo;aviation allemande. Pour repousser ces tristes et malheureuses pens&eacute;es et comme j&rsquo;avais soif, je levais le doigt comme &agrave; l&rsquo;&eacute;cole, cette fois-ci pour demander une boisson. Je ne voulais pas laisser ces souvenirs affreux de la guerre s&rsquo;emparer de ce doux moment. Apr&egrave;s m&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;salt&eacute;r&eacute;, et pour effacer de ma m&eacute;moire ces sc&egrave;nes de th&eacute;&acirc;tre d&#39;op&eacute;rations, j&rsquo;imaginais les beaux champs verts et les collines ondul&eacute;es qui entouraient notre paisible cit&eacute;. Nous traversions la fronti&egrave;re et nous nous trouvions au-dessus des montagnes. Pendant la guerre ces montagnes nous abritaient des bombes et des obus allemands. En ce temps-l&agrave; nous vivions dans une grotte, pas loin de Gardimaou, apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; refoul&eacute;s d&rsquo;Alg&eacute;rie pour cause de typhus, une maladie contagieuse. Les pics de ces montagnes me paraissaient si hauts et si aigus. Les avions allemands n&rsquo;osaient pas arriver jusque-l&agrave;. Je n&rsquo;avais jamais r&ecirc;v&eacute; de les survoler un jour. Je regrettais qu&rsquo;il fasse nuit. Soudain du fond de cette obscurit&eacute; quelques lumi&egrave;res me paraissaient surgir &agrave; nouveau, pour ensuite dispara&icirc;tre comme un &eacute;clair, puis, je fus interrompu par une voix qui parvenait des haut-parleurs :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Attachez vos ceintures, nous venons de passer la fronti&egrave;re alg&eacute;ro-tunisienne et nous commencerons bient&ocirc;t notre descente vers Tunis-Carthage. &raquo; Les lumi&egrave;res que je voyais auparavant avaient disparu dans le n&eacute;ant. Je ne pouvais pas saisir le mouvement de l&rsquo;avion. Nous volions dans ce grand oc&eacute;an d&rsquo;air vide et froid. Moi, plong&eacute; dans mon silence, je ne voyais rien bouger, notre avion &eacute;tait berc&eacute; comme s&rsquo;il essayait de se frayer un chemin, puis le son d&rsquo;une ancienne musique chatouilla mes oreilles. Ces airs de musique me paraissaient familiers. Je les connaissais de par les va-et-vient au magasin de mon p&egrave;re qui &eacute;tait dans la rue Kheredine, qui coupait le souk. Des fois, en sortant de l&rsquo;&eacute;cole enfantine, je fl&acirc;nais dans les ruelles du quartier arabe qui menaient chez papa, en passant par la place Abd-el-Kader, avec ses caf&eacute;s en plein air. Les airs de musique jouaient alors &agrave; longueur de journ&eacute;e. Les magasins coll&eacute;s l&rsquo;un &agrave; l&rsquo;autre se distinguaient par la couleur de leurs portes et par la diversit&eacute; de leurs produits et de leurs &eacute;talages. Cette m&ecirc;me musique emplissait mes oreilles tout le long du chemin et me plongeait dans des r&ecirc;veries douces qui me faisaient oublier le temps. Quand je fus plus &acirc;g&eacute;, cette musique m&rsquo;emportait dans un nouveau monde et je m&rsquo;oubliais de sorte que j&rsquo;arrivais tard &agrave; l&rsquo;&eacute;cole. Ces airs de musique me parvenaient &agrave; travers de gros haut-parleurs accroch&eacute;s parfois &agrave; un poteau et parfois aux grilles des fen&ecirc;tres d&rsquo;un des magasins ou d&rsquo;un caf&eacute;. La musique venait d&rsquo;un tourne-disque ou de la radio et jouait tellement fort qu&rsquo;on avait l&rsquo;impression qu&rsquo;elle envahissait l&rsquo;air. Un sentiment doux saisissait mon c&oelig;ur. Il me semblait que le temps s&rsquo;&eacute;tait arr&ecirc;t&eacute; l&agrave;. En effet c&rsquo;&eacute;tait une vieille musique. Les morceaux &eacute;taient choisis par une femme de ma g&eacute;n&eacute;ration, me disait l&rsquo;h&ocirc;tesse. C&rsquo;est bien cette ancienne musique qui me ramenait &agrave; mon enfance. L&rsquo;ambiance qui se d&eacute;gageait de ses sons me donnait des fr&eacute;missements agr&eacute;ables. Cette atmosph&egrave;re &eacute;tait &agrave; la base de la culture locale. Elle r&eacute;veille en moi les sens les plus sublimes. C&rsquo;est &agrave; travers des chansons de geste que plusieurs histoires de nos anc&ecirc;tres nous sont parvenues. Ces chansons de geste jouent un grand r&ocirc;le dans l&rsquo;&eacute;ducation et dans la communication de certains faits historiques. J&rsquo;aime bien &eacute;couter, de temps &agrave; autre, la musique tunisienne. Ces chansons, maman et mes grands-m&egrave;res nous les chantaient. C&rsquo;est dans ce genre de chansons qu&rsquo;elles nous transmettaient certains faits, qu&rsquo;elles-m&ecirc;mes avaient v&eacute;cus ou que leurs parents leur avaient transmis. Ces faits &eacute;chappaient parfois aux historiens et m&ecirc;me aux autorit&eacute;s d&rsquo;alors. H&eacute;las, je n&rsquo;arrive pas &agrave; me rappeler toutes les chansons de geste que maman me chantait.<\/p>\n<p>\n\t\tLes moteurs ronronnaient continuellement, le temps avait perdu son sens, j&rsquo;avais presque oubli&eacute; que je me trouvais encore en avion. Je me penchai encore une fois vers le hublot qui &eacute;tait &agrave; ma gauche, pour voir les lumi&egrave;res de Tunis. Je n&rsquo;avais jamais vu jusque-l&agrave; Tunis d&rsquo;une vue a&eacute;rienne r&eacute;elle. L&rsquo;avion volait bas, je voyais des lumi&egrave;res de-ci, de-l&agrave;, ce devait &ecirc;tre celles des alentours, je n&rsquo;arrivais pas &agrave; identifier notre position. &laquo; Peu importe &raquo;, me disais-je, &laquo; l&rsquo;essentiel est d&rsquo;arriver &agrave; Tunis, plus tard je retrouverai la direction de l&rsquo;atterrissage &raquo;. En effet le trajet &eacute;tait tr&egrave;s court, surtout pour moi, qui venais des &Eacute;tats- Unis, o&ugrave; les distances sont assez grandes.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Nous allons atterrir dans quelques instants &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport de Tunis-Carthage ! &raquo; disait une voix qui nous parvenait des haut-parleurs. J&rsquo;allais voir pour la premi&egrave;re fois l&rsquo;a&eacute;roport de Tunis. J&rsquo;&eacute;tais saisi d&rsquo;&eacute;motion, d&rsquo;enthousiasme et de joie. Nous atterrissions dans la fra&icirc;cheur du mois de janvier.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; L&rsquo;atterrissage &eacute;tait excellent ! &raquo; disaient les passagers assis derri&egrave;re mon fauteuil et puis les applaudissements &eacute;taient si puissants que je n&rsquo;avais pas saisi moi-m&ecirc;me le moment o&ugrave; l&rsquo;avion avait touch&eacute; le sol. L&rsquo;avion roula encore un peu jusqu&rsquo;&agrave; atteindre la passerelle t&eacute;lescopique. Les voyageurs se pressaient pour emprunter la porte toute grande ouverte qui m&egrave;ne &agrave; la passerelle. J&rsquo;avais pris lentement mes affaires que j&rsquo;avais dans le porte-bagages et je commen&ccedil;ais d&rsquo;un pas nonchalant &agrave; marcher vers la sortie qui d&eacute;bouchait dans une salle assez grande pour accueillir tous les passagers de l&rsquo;avion. Les h&ocirc;tesses et les voyageurs me laissaient une premi&egrave;re et nouvelle impression de la Tunisie que j&rsquo;allais bient&ocirc;t d&eacute;couvrir. En voyant les passagers je me rendais compte que les continents se rapprochaient, mais dans le fond je me rendais aussi compte que la cadence de la vie &eacute;tait plus ou moins pareille. Ceux qui arrivaient et ceux qui partaient cr&eacute;aient le rythme de la vie.<\/p>\n<p>\n\t\tQuand j&rsquo;&eacute;tais jeune, je n&rsquo;avais pas eu l&#39;occasion de conna&icirc;tre l&rsquo;a&eacute;roport. En ce temps-l&agrave; rares &eacute;taient ceux qui pouvaient se permettre de prendre l&rsquo;avion. L&rsquo;a&eacute;roport m&rsquo;&eacute;tait connu sous le nom de &laquo; Laaouina &raquo;, mais c&rsquo;&eacute;tait tout. Je jetais mon regard fouilleur vers toutes les directions comme un enfant qui voyage pour la premi&egrave;re fois. L&rsquo;a&eacute;roport &eacute;tait diff&eacute;rent des autres que j&rsquo;avais connus. Son architecture et son style &eacute;taient un m&eacute;lange d&rsquo;influences occidentale et orientale. J&rsquo;&eacute;tais calme, &eacute;mu et absorb&eacute; par les pens&eacute;es de ce qui allait m&rsquo;attendre. &Agrave; travers les vitres qui s&eacute;paraient notre salle je pouvais entrevoir des femmes et des hommes qui attendaient patiemment le d&eacute;part de leur avion. Une femme paraissait essuyer ses yeux pleins de larmes. &laquo; Elle devait certainement quitter les siens ou son amour &raquo;, me disais-je. Nous devions encore passer par la police des fronti&egrave;res, puis par les douaniers.<\/p>\n<p>\n\t\tJe continuais &agrave; observer les passants qui allaient en direction inverse. Parfois c&rsquo;&eacute;tait des ouvriers de l&rsquo;a&eacute;roport et parfois des h&ocirc;tesses. J&rsquo;&eacute;tais &agrave; mon aise, je fis la queue comme tous les autres, certains passagers m&rsquo;observaient comme s&rsquo;ils me connaissaient, d&rsquo;autres me regardaient d&rsquo;un air doux et aimable, j&rsquo;attendais patiemment mon tour. Les personnes qui &eacute;taient debout comme moi ne pouvaient pas savoir d&rsquo;o&ugrave; je venais, ni combien ce voyage m&rsquo;&eacute;tait cher. En r&eacute;alit&eacute;, je venais au rendez-vous avec mon enfance. Apr&egrave;s quelques minutes d&rsquo;attente mon tour arriva. Je tendis mon passeport &agrave; l&rsquo;agent de fronti&egrave;re. Il le prit en main, le regarda, puis avec un visage curieux, il dit :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Am&eacute;ricain ? &raquo; Je ne pensais pas qu&rsquo;il avait d&eacute;j&agrave; eu l&rsquo;occasion de voir un passeport am&eacute;ricain avec l&rsquo;inscription : &laquo; n&eacute; &agrave; B&eacute;ja &raquo;. Il me regarda et d&rsquo;un air &eacute;tonn&eacute; il me dit :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Vous &ecirc;tes am&eacute;ricain de B&eacute;ja ? &raquo; Il regarda encore une fois mon passeport et ajouta :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Vous connaissez B&eacute;ja ? &raquo; croyant peut-&ecirc;tre qu&rsquo;il ne voyait pas clair et r&eacute;p&eacute;ta encore une fois :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Am&eacute;ricain de B&eacute;ja ? &raquo; Je ne r&eacute;pondais pas, je voulais voir sa r&eacute;action. Croyant que je ne comprenais pas le fran&ccedil;ais, il continua :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Il y a aussi B&eacute;ja en Am&eacute;rique ? &raquo; Puis il s&rsquo;adressa &agrave; un coll&egrave;gue pour lui demander de me traduire ce qu&rsquo;il me demandait, alors, je le surpris en lui disant :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Oui il y a m&ecirc;me plusieurs B&eacute;ja sur le continent am&eacute;ricain. &raquo; Le policier &eacute;tait tellement troubl&eacute;, que j&rsquo;ai cru qu&rsquo;il &eacute;tait n&eacute;cessaire de l&rsquo;aider et avec mon accent b&eacute;jaois je lui dis en arabe :<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Ou C&agrave;n Habit ! &raquo; ce qui veut dire &laquo; Certainement &raquo; et je continuai :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Vous pensez bien, Ana Oueld B&agrave;j&agrave; Hor &raquo; ce qui veut dire : &laquo; Je suis un pur B&eacute;jaois &raquo;. &Agrave; ces mots il fit un sourire et me dit :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Vous &ecirc;tes donc un B&eacute;jaois de chez nous ? &raquo; L&agrave;, je r&eacute;pondis aussi en tunisien :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Baji Ou Noss &raquo; (Je suis B&eacute;jaois et demi.) Le policier quitta spontan&eacute;ment sa cabine et, avec un sourire, il me tendit la main et me dit :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Je suis aussi B&eacute;jaois. &raquo; Honn&ecirc;tement, je n&rsquo;avais pas reconnu son accent b&eacute;jaois, mais quelle importance ? Les personnes qui attendaient derri&egrave;re moi ayant saisi la situation chang&egrave;rent aussit&ocirc;t de file. Ainsi nous avons pu bavarder librement.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; C&rsquo;est un Am&eacute;ricain &raquo;, disait un passager.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Non ! C&rsquo;est un de chez nous ! &raquo; r&eacute;pliqua l&rsquo;autre, &laquo; je l&rsquo;ai entendu dire des mots en arabe &raquo;. Puis, petit &agrave; petit, le flot des voyageurs se dissipa et je me trouvai seul avec ce policier que je n&rsquo;avais jamais connu. Nous avons bavard&eacute; un bon moment.<\/p>\n<p>\n\t\tMon h&ocirc;te, Salem, m&rsquo;attendait dans la salle ext&eacute;rieure. Comme il ne me voyait pas sortir, il commen&ccedil;a &agrave; s&rsquo;inqui&eacute;ter. En effet j&rsquo;&eacute;tais parmi les derniers &agrave; sortir. Salem n&rsquo;avait aucune id&eacute;e de cette rencontre avec le policier. Lorsqu&rsquo;il m&rsquo;aper&ccedil;ut, il fit d&rsquo;abord un sourire, puis d&rsquo;une voix gentille, il me demanda :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Mais que s&rsquo;est-il pass&eacute; ? &raquo; Je r&eacute;pondis :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Rien ! J&rsquo;ai rencontr&eacute; un policier qui para&icirc;t-il &eacute;tait de B&eacute;ja. &raquo; Salem, avec un visage agr&eacute;able, me dit :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Vous le connaissez ? &raquo; Je fis :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Non pas du tout ! &raquo; Salem hocha la t&ecirc;te et d&rsquo;un ton calme fit :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Vous, les B&eacute;jaois, vous &ecirc;tes partout, comme un peuple &agrave; part, et vous avez un lien sp&eacute;cial entre vous. &raquo; &Agrave; quoi je r&eacute;pondis :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; C&rsquo;est exact, nous sommes tr&egrave;s peu nombreux et de ce fait nous sommes pr&eacute;cieux et sp&eacute;ciaux. &raquo; Puis pour ne pas &eacute;veiller un sentiment quelconque j&rsquo;ajoutai :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Mais nous sommes des bons enfants de la Tunisie, que nous soyons am&eacute;ricains, fran&ccedil;ais ou italiens, nous restons les m&ecirc;mes dans notre pens&eacute;e et dans notre mode de vie. &raquo; En r&eacute;alit&eacute; je n&rsquo;&eacute;tais pas s&ucirc;r que le policier f&ucirc;t vraiment de B&eacute;ja, ou s&rsquo;il s&rsquo;&eacute;tait fait passer pour tel pour me faire plaisir. Salem fit encore un geste pour m&rsquo;indiquer le chemin et puis nous sort&icirc;mes dehors o&ugrave; le chauffeur nous attendait avec sa voiture.<\/p>\n<p>\n\t\tIl se faisait d&eacute;j&agrave; tard et la nuit avait &eacute;tendu ses voiles sur Tunis.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Ce chemin nous am&egrave;nera de l&rsquo;a&eacute;roport &agrave; l&rsquo;h&ocirc;tel Abou Nawas &raquo;, me dit Salem. Je ne pouvais pas observer quoi que ce soit &agrave; travers la fen&ecirc;tre de la voiture. Tout me paraissait &eacute;troit et les distances semblaient &ecirc;tre tr&egrave;s courtes.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Voici l&rsquo;h&ocirc;tel ! &raquo; dit mon ami.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Nous sommes d&eacute;j&agrave; l&agrave; ? &raquo; demandai-je. En effet il avait l&rsquo;air d&rsquo;un bel h&ocirc;tel. Salem tout fier de lui-m&ecirc;me s&rsquo;exclama :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; C&rsquo;est l&rsquo;h&ocirc;tel Abou Nawas ! &raquo; puis, il ajouta : &laquo; C&rsquo;est un h&ocirc;tel enti&egrave;rement tunisien &raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Que voulez-vous dire par enti&egrave;rement tunisien ? &raquo; je lui demandai.<\/p>\n<p>\n\t\tSalem d&rsquo;un air aimable, essayant de ne pas me vexer, car apr&egrave;s tout j&rsquo;&eacute;tais de nationalit&eacute; am&eacute;ricaine, et ne connaissant pas mon opinion &agrave; ce sujet, me dit :<\/p>\n<p>\n\t\t&laquo; Les investisseurs am&eacute;ricains avaient commenc&eacute; la construction &agrave; leur fa&ccedil;on. Leurs conditions &eacute;taient &agrave; l&rsquo;encontre de l&rsquo;esprit tunisien. Donc nous avons arr&ecirc;t&eacute; la construction et enfin nous avons trouv&eacute; des Kuwaitiens qui &eacute;taient pr&ecirc;ts &agrave; investir dans ce projet &agrave; la fa&ccedil;on tunisienne. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;entr&eacute;e de l&rsquo;h&ocirc;tel &eacute;tait en effet majestueuse. Salem m&rsquo;accompagna jusqu&rsquo;&agrave; ma chambre, puis il me souhaita encore une fois la bienvenue et me laissa jouir de ma premi&egrave;re nuit dans mon pays natal. La chambre qui m&rsquo;avait &eacute;t&eacute; r&eacute;serv&eacute;e &eacute;tait enti&egrave;rement &agrave; mon gr&eacute;. Apr&egrave;s tant d&rsquo;ann&eacute;es d&rsquo;&eacute;loignement de mon pays, aller dormir me semblait ridicule et de toute fa&ccedil;on je n&rsquo;avais pas sommeil. Apr&egrave;s que Salem avait quitt&eacute; l&rsquo;h&ocirc;tel, je me rendis aussit&ocirc;t au foyer de l&rsquo;h&ocirc;tel pour regarder de pr&egrave;s l&rsquo;architecture que j&rsquo;avais &agrave; peine entrevue, alors que je remplissais le formulaire de l&rsquo;h&ocirc;tel. Je regardai les d&eacute;tails, puis je me rendis par un escalator direct du foyer &agrave; un autre &eacute;tage. Celui-ci &eacute;tait am&eacute;nag&eacute; avec plusieurs restaurants et des salles de r&eacute;ception. L&rsquo;ensemble &eacute;tait moderne comme &agrave; l&rsquo;am&eacute;ricaine mais maintenait jalousement le style tunisien qui ajoutait un air exotique &agrave; son architecture. Celle-ci &eacute;voquait bien l&rsquo;histoire riche de la Tunisie qui date depuis des si&egrave;cles. L&rsquo;&eacute;cho des Ph&eacute;niciens, des Numides, des Romains, des Vandales et des Byzantins se m&eacute;langeait avec celui des Tunisiens, des Arabes, des Juifs, des Turcs et des Fran&ccedil;ais et en dernier des Am&eacute;ricains, pour cr&eacute;er dans chaque d&eacute;tail le style tunisien. J&rsquo;aurais pu passer toute la nuit &agrave; observer et &agrave; admirer les traces qui me reliaient &agrave; mon enfance, mais il se faisait tard et je tenais &agrave; &ecirc;tre en forme pour le lendemain.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tEmile Tubiana<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon voyage en Tunisie, par Emile Tubiana &nbsp; &nbsp; Apr&egrave;s avoir v&eacute;cu en France, en Isra&euml;l et en Allemagne, et apr&egrave;s avoir voyag&eacute; dans des pays lointains avec d&rsquo;autres langues et civilisations, il y a plus de trente- trois ans j&rsquo;avais d&eacute;couvert le pays qui me semblait le plus proche du mode de vie que&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[53,51,104,289,181,50,17,13,9,1],"tags":[],"class_list":["post-9941","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-allemagne","category-emile-tubiana","category-habiba-msika","category-madrid","category-new-york","category-souvenirs","category-tunis","category-tunisie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9941","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=9941"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/9941\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=9941"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=9941"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=9941"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}