{"id":9947,"date":"2016-01-28T01:18:59","date_gmt":"2016-01-28T01:18:59","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9947"},"modified":"2016-01-28T03:54:34","modified_gmt":"2016-01-28T03:54:34","slug":"ben-gourion-repond-a-de-gaulle-en-1967","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/ben-gourion-repond-a-de-gaulle-en-1967\/","title":{"rendered":"Ben Gourion repond \u00e0 De Gaulle en 1967"},"content":{"rendered":"<p>\n\tBen Gourion repond &agrave; De Gaulle en 1967<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLettre de M. David Ben Gourion au G&eacute;n&eacute;ral de Gaulle<\/p>\n<p>\n\t6 d&eacute;cembre 1967<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\tBen Gourion repond &agrave; De Gaulle en 1967<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLettre de M. David Ben Gourion au G&eacute;n&eacute;ral de Gaulle<\/p>\n<p>\n\t6 d&eacute;cembre 1967<\/p>\n<p>\n\tMonsieur le Pr&eacute;sident, C&rsquo;est la troisi&egrave;me fois que je me permets de m&rsquo;adresser &agrave; vous de ma propre initiative, car vous aviez, au terme de notre deuxi&egrave;me entretien le 17 juin 1960, exprim&eacute; le d&eacute;sir de garder un contact direct avec moi, et m&rsquo;aviez pri&eacute; de vous &eacute;crire lorsque j&rsquo;en &eacute;prouverais la n&eacute;cessit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tDe plus, ayant quitt&eacute; le gouvernement il y a quatre ans pour des raisons personnelles, je n&rsquo;aurais pas os&eacute; vous d&eacute;ranger si nous ne nous &eacute;tions revus cette ann&eacute;e au cours des fun&eacute;railles du Dr Adenauer dans la capitale de l&rsquo;Allemagne de l&rsquo;Ouest, et si nous n&rsquo;avions eu, sur votre demande, un entretien amical et cordial, en d&eacute;pit du fait que je ne suis plus aujourd&rsquo;hui qu&rsquo;un simple citoyen de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l. Enfin, je prends la libert&eacute; de vous &eacute;crire, car j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; troubl&eacute; par votre discours dans lequel vous avez accord&eacute; une place importante &agrave; l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l, au sionisme et au peuple juif. Il y avait dans ce discours quelques propos attristants et inqui&eacute;tants, et comme je suis de ceux qui vous estiment et vous respectent depuis fort longtemps bien avant d&rsquo;avoir eu l&rsquo;honneur de vous rencontrer non pas pour votre amiti&eacute; et votre aide &agrave; Isra&euml;l pendant de longues ann&eacute;es, mais pour le grand acte historique que vous avez accompli pendant et apr&egrave;s la Seconde Guerre mondiale, en sauvant l&rsquo;honneur et la position de la France &agrave; qui notre peuple et toutes les nations sont redevables depuis la R&eacute;volution fran&ccedil;aise pour son action en faveur du progr&egrave;s social et culturel de l&rsquo;humanit&eacute;, j&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; de vous faire part de quelques remarques.<\/p>\n<p>\n\tJe me suis abstenu d&rsquo;adh&eacute;rer &agrave; la critique injuste formul&eacute;e par de nombreuses personnes en France, en Isra&euml;l et dans d&rsquo;autres pays qui, je pense, n&rsquo;ont pas examin&eacute; vos propos avec tout le s&eacute;rieux<\/p>\n<p>\n\trequis. Je ne consid&egrave;re pas avoir le droit de discuter vos opinions sur la politique fran&ccedil;aise &agrave; l&rsquo;&eacute;gard des autres pays dont Isra&euml;l si vous n&rsquo;en faites pas vous-m&ecirc;me la demande. Mais je sais que d&rsquo;innombrables personnes dans le monde chr&eacute;tien ne connaissent ni ne comprennent l&rsquo;essence m&ecirc;me du juda&iuml;sme, unique et sans pr&eacute;c&eacute;dent dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit&eacute;, depuis l&rsquo;antiquit&eacute; et jusqu&rsquo;&agrave; nos jours. Par respect et estime pour vous, Monsieur le Pr&eacute;sident, je me vois dans l&rsquo;obligation morale envers mon peuple, envers vous et le peuple fran&ccedil;ais qui nous a tant aid&eacute;s avant et depuis la renaissance de l&rsquo;&Eacute;tat juif, d&rsquo;insister sur les intentions r&eacute;elles et la voie choisie par l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l. J&rsquo;ai, pendant quinze ans depuis la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat, &eacute;t&eacute; le Premier ministre et le ministre de la D&eacute;fense, et ai pris une part active dans l&rsquo;orientation de notre politique &eacute;trang&egrave;re et de d&eacute;fense. Et, avant la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat, j&rsquo;ai, en tant que pr&eacute;sident du Comit&eacute; directeur de l&rsquo;Organisation sioniste &agrave; J&eacute;rusalem, agi pendant quinze ans de fa&ccedil;on parfois d&eacute;cisive sur la politique sioniste en faveur de l&rsquo;&Eacute;tat.<\/p>\n<p>\n\tNous &eacute;tions, dans l&rsquo;Antiquit&eacute;, le premier peuple monoth&eacute;iste du monde, et cette foi en un seul Dieu, qui n&rsquo;&eacute;tait ni comprise ni accept&eacute;e par tous les autres peuples &agrave; quelques exceptions pr&egrave;s, nous a caus&eacute; de grandes souffrances. Les Grecs disaient de nous que nous sommes un &laquo; peuple sans Dieu &raquo;, puisque nous n&rsquo;avions aucune idole dans nos villes et agglom&eacute;rations. Les Romains nous accusaient d&rsquo;&ecirc;tre paresseux, car nous nous reposions un jour par semaine. Inutile de mentionner ici ce que dirent de nous de nombreux chr&eacute;tiens lorsque le christianisme s&rsquo;imposa dans l&rsquo;empire romain, et que les Juifs refus&egrave;rent d&rsquo;adh&eacute;rer &agrave; cette religion n&eacute;e en Palestine, au sein m&ecirc;me du peuple juif.<\/p>\n<p>\n\tNotre ind&eacute;pendance dans notre patrie fut an&eacute;antie &agrave; deux reprises. J&eacute;rusalem fut totalement d&eacute;truite par le vainqueur romain, et son nom fut m&ecirc;me effac&eacute; pendant longtemps. Mais nos anc&ecirc;tres, captifs &agrave; Babylone il y a pr&egrave;s de 2 500 ans, pleuraient sur les bords des fleuves en se souvenant de Sion (psaume 137), et s&rsquo;&eacute;taient jur&eacute; : &laquo; Si je t&rsquo;oublie, J&eacute;rusalem, que ma droite m&rsquo;oublie ! Que ma langue s&rsquo;attache &agrave; mon palais, si je ne me souviens de toi, si je ne fais de J&eacute;rusalem le principal sujet de ma joie &raquo;. Et ils<\/p>\n<p>\n\tdemeur&egrave;rent fid&egrave;les &agrave; leur serment. Tout ceci eut lieu bien avant l&rsquo;existence de Paris, de Londres ou de Moscou.<\/p>\n<p>\n\tVous savez aussi bien que moi que de nombreux peuples adopt&egrave;rent le christianisme et ensuite l&rsquo;islam par contrainte. On essaya aussi de faire pression sur nous, et certains Juifs qui ne purent ou n&rsquo;os&egrave;rent s&rsquo;opposer, se soumirent. Mais notre peuple dans son ensemble r&eacute;sista, et vous savez certainement ce qui nous arriva en Espagne et pas l&agrave; seulement au XIe si&egrave;cle.<\/p>\n<p>\n\tJe ne connais aucun peuple qui fut chass&eacute; de son pays, dispers&eacute; parmi toutes les nations du monde, ha&iuml; et pers&eacute;cut&eacute;, poursuivi et massacr&eacute; rien qu&rsquo;au cours de notre g&eacute;n&eacute;ration six millions de Juifs furent assassin&eacute;s par le r&eacute;gime nazi et qui ne disparut pas de l&rsquo;Histoire, ne d&eacute;sesp&eacute;ra pas ni ne s&rsquo;assimila, mais bien au contraire, aspira sans discontinuer &agrave; retourner dans son pays, continua pendant deux mille ans &agrave; avoir foi en sa r&eacute;demption messianique, et retourna enfin de nos jours dans son pays pour y renouveler son ind&eacute;pendance. Aucun autre peuple dans ce pays qui, dans notre langue, s&rsquo;appela toujours, apr&egrave;s Chanaan, Eretz Isra&euml;l (pays d&rsquo;Isra&euml;l) ne s&rsquo;identifia totalement et toute sa vie durant &agrave; ce pays, bien que de nombreux peuples le conquirent (Egyptiens, Assyriens, Babyloniens, Perses, Grecs, Romains, Arabes, Seidjoukides, Crois&eacute;s, Mamelouks, Ottomans, Britanniques et autres). Ce pays ne fut jamais la seule et unique patrie d&rsquo;autres peuples que le peuple juif.<\/p>\n<p>\n\tJe sais qu&rsquo;il n&rsquo;y a, dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit&eacute;, aucun autre exemple d&rsquo;un peuple qui revient dans son pays apr&egrave;s 1800 ans ; c&rsquo;est un fait unique en son genre, qui eut des r&eacute;percussions tout au long de notre existence, car il n&rsquo;existe aucune g&eacute;n&eacute;ration au cours de laquelle les Juifs n&rsquo;essay&egrave;rent pas (bien qu&rsquo;ils n&rsquo;aient pas tous r&eacute;ussi) de retourner dans leur pays. Et le second fait est que le monde chr&eacute;tien tout entier et la Soci&eacute;t&eacute; des Nations, form&eacute;e presque enti&egrave;rement de membres chr&eacute;tiens, reconnurent le lien historique entre le peuple et le pays d&rsquo;Isra&euml;l et approuv&egrave;rent la d&eacute;claration de Balfour. Nous avons le t&eacute;moignage d&rsquo;une Commission royale britannique, &agrave; la t&ecirc;te de laquelle se trouvait<\/p>\n<p>\n\tLord Peel, et envoy&eacute;e en 1936 voir ce qui se passe en Palestine. Elle v&eacute;rifia les documents et trouva qu&rsquo;&laquo; il est clair que par les mots &laquo; &eacute;tablissement d&rsquo;un foyer national en Palestine &raquo;, le gouvernement de Sa Majest&eacute; reconnut qu&rsquo;un &Eacute;tat juif pouvait &ecirc;tre r&eacute;tabli avec le temps, mais qu&rsquo;il n&rsquo;&eacute;tait pas en son pouvoir de dire quand cela arriverait.<\/p>\n<p>\n\tLe nom de Palestine comprenait les terres &agrave; la fois &agrave; l&rsquo;ouest et &agrave; l&rsquo;est du Jourdain, car tel &eacute;tait le pays juif au temps de Josu&eacute;. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1922 que Winston Churchill, alors ministre des Colonies, exclut la Transjordanie de la Palestine qui devait devenir un &laquo; Foyer national &raquo; pour le peuple juif. Certains croient par erreur que c&rsquo;est la trag&eacute;die du peuple juif au cours de la Seconde Guerre mondiale le massacre des six millions de Juifs europ&eacute;ens qui amena le monde civilis&eacute; (y compris la Russie, car &agrave; la r&eacute;union de l&rsquo;Assembl&eacute;e des Nations Unies en mai 1947 au cours de laquelle cette question fut discut&eacute;e, c&rsquo;&eacute;tait le Russe Gromyko qui, le premier, exigea la cr&eacute;ation d&rsquo;un &Eacute;tat juif en Palestine) &agrave; demander l&rsquo;&eacute;tablissement d&rsquo;un &Eacute;tat juif. Il n&rsquo;est pas de plus grande erreur que celle-ci. L&rsquo;extermination des six millions de Juifs fut la plus grande et la plus terrible des catastrophes qui s&rsquo;abattit sur l&rsquo;&Eacute;tat dont les d&eacute;buts remontent &agrave; 1870 : &laquo; Mikveh Isra&euml;l &raquo;, la premi&egrave;re &eacute;cole agricole juive, fut fond&eacute;e par les Juifs fran&ccedil;ais de l&rsquo;Alliance isra&eacute;lite universelle sous la pr&eacute;sidence de Cr&eacute;mieux, ministre de la Justice du gouvernement provisoire apr&egrave;s l&rsquo;&eacute;chec de Napol&eacute;on III.<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;immigration et l&rsquo;installation juives en Palestine, dont le but &eacute;tait de renouveler l&rsquo;ind&eacute;pendance juive, d&eacute;but&egrave;rent en 1870, lorsque les habitants juifs du pays et les immigrants de Russie, de Roumanie et d&rsquo;autres pays d&rsquo;Europe (et m&ecirc;me d&rsquo;Asie et d&rsquo;Afrique fond&egrave;rent les premi&egrave;res agglom&eacute;rations agricoles qui devaient faire fleurir les d&eacute;serts et aider &agrave; la cr&eacute;ation d&rsquo;un &Eacute;tat juif. Tout cela s&rsquo;effectua bien avant l&rsquo;existence d&rsquo;un gouvernement &laquo; sioniste &raquo; et avant la fondation de l&rsquo;Organisation sioniste mondiale par le docteur Herzl, qui publia en 1896 son &laquo; &Eacute;tat juif &raquo; et devint le dirigeant de ladite organisation. Le lien entre le peuple et le pays d&rsquo;Isra&euml;l &eacute;tait si fort que lorsque Herzl<\/p>\n<p>\n\tdut abandonner l&rsquo;espoir d&rsquo;obtenir du sultan turc une charte pour une installation juive massive dans le pays (en vue de la cr&eacute;ation d&rsquo;un &Eacute;tat juif), et que Joseph Chamberlain du gouvernement britannique lui proposa l&rsquo;Ouganda en Afrique proposition discut&eacute;e au Congr&egrave;s sioniste de 1904 ce furent pr&eacute;cis&eacute;ment les Juifs de Russie (bien que leurs droits fussent limit&eacute;s et que le gouvernement organis&acirc;t lui-m&ecirc;me des pers&eacute;cutions contre les Juifs) qui s&rsquo;oppos&egrave;rent &agrave; l&rsquo;&eacute;change et &ocirc;t&egrave;rent ladite proposition de l&rsquo;ordre du jour.<\/p>\n<p>\n\tQuant &agrave; moi, originaire de la Pologne russe, je suis arriv&eacute; en Palestine en 1906 lorsque ce pays faisait partie de l&rsquo;Empire ottoman, et je n&rsquo;avais pas l&rsquo;ombre d&rsquo;un doute que l&rsquo;on pouvait y installer des millions de Juifs sur les deux rives du Jourdain, sans d&eacute;poss&eacute;der les Arabes de leurs terres, car moins de 10 % de la superficie du pays &eacute;taient alors habit&eacute;s. J&rsquo;ai travaill&eacute; moi-m&ecirc;me dans les nouveaux villages qui n&rsquo;&eacute;taient auparavant que d&eacute;serts inhabit&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\tLorsque la Soci&eacute;t&eacute; des nations ratifia la d&eacute;claration Balfour, je publiai, vers la fin de 1920, un m&eacute;moire dans lequel je mentionnais les fronti&egrave;res de la Palestine &agrave; l&rsquo;ouest et &agrave; l&rsquo;est du Jourdain, et que je fis parvenir au nom de Brit Poal&eacute;i Zion Haolami (Parti sioniste socialiste) au Parti travailliste britannique. Je disais que selon la d&eacute;claration de la Soci&eacute;t&eacute; des nations, il ne fallait r&eacute;soudre le probl&egrave;me des fronti&egrave;res de la Palestine que pour faire du pays une entit&eacute; &eacute;conomique et politique pour la cr&eacute;ation d&rsquo;une communaut&eacute; (Commonwealth) juive, et le Parti travailliste approuva cette position. Et, jusqu&rsquo;en 1922, tout le pays &eacute;tait inclus dans le mandat en faveur d&rsquo;un Foyer national. Mais, comme habitant du pays, je savais qu&rsquo;il existait un probl&egrave;me arabe, car les Arabes en Palestine avaient des droits qu&rsquo;il fallait leur pr&eacute;server. En 1933, imm&eacute;diatement apr&egrave;s ma nomination au Comit&eacute; directeur sioniste, je pris contact avec les dirigeants arabes du pays, du Liban et de la Syrie, musulmans et chr&eacute;tiens. Deux principes fondamentaux guid&egrave;rent mes entretiens en 1934. Les Arabes poss&egrave;dent des pays en Afrique du Nord de l&rsquo;Egypte au Maroc et au Moyen-Orient Iraq, Syrie et Liban, jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;Arabie<\/p>\n<p>\n\tSaoudite et au Y&eacute;men. La superficie des pays arabes en Afrique du Nord est de 8 195 964 kilom&egrave;tres carr&eacute;s, et au Moyen-Orient, elle est de 3 607 929, soit au total 11 863 873 kilom&egrave;tres carr&eacute;s. La population de ces pays (qui ont &eacute;galement des minorit&eacute;s chr&eacute;tienne, kurde et berb&egrave;re) est de 94 587 000 (en 1963). La superficie de la Palestine (Transjordanie comprise) est de 60 000 kilom&egrave;tres carr&eacute;s, et sa population (1963) est de 4 181 000 dont 2 356 000 en Isra&euml;l et 1 825 000 en Jordanie.<\/p>\n<p>\n\tApr&egrave;s certains &eacute;claircissements, les deux principes &eacute;nonc&eacute;s furent approuv&eacute;s par mes interlocuteurs : les Arabes ont d&rsquo;&eacute;normes superficies en Asie orientale et en Afrique du Nord, dont la majorit&eacute; sont encore sous domination &eacute;trang&egrave;re, et habit&eacute;es par des millions d&rsquo;Arabes. La superficie de la Palestine ne d&eacute;passe pas 0,50 % de celle des pays arabes. La population arabe en Palestine (sur les deux rives du Jourdain) forme 1,5 % de la totalit&eacute; des Arabes en Asie orientale et en Afrique du Nord.<\/p>\n<p>\n\tSelon la conviction juive, enracin&eacute;e dans l&rsquo;histoire juive et dans la Bible, la Palestine (des deux rives du Jourdain) est le pays du peuple juif, mais ce pays n&rsquo;est pas vide ; il est habit&eacute; par des Arabes depuis la conqu&ecirc;te arabe du VIe si&egrave;cle, leur nombre s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve maintenant &agrave; plus d&rsquo;un million, soit un peu moins de 1,5 % de la population totale des pays arabes. Il est &eacute;vident que ceux qui habitent la Palestine ont les m&ecirc;mes droits que les habitants de tout pays d&eacute;mocratique, et l&rsquo;&Eacute;tat juif ne peut &ecirc;tre qu&rsquo;un pays d&eacute;mocratique.<\/p>\n<p>\n\tLe premier dirigeant arabe avec lequel j&rsquo;ai discut&eacute; &eacute;tait Aouni Abdoul Hadi, chef du parti &laquo; Istikial &raquo; (Ind&eacute;pendance) en Palestine. Je lui dis : &laquo; Nous aiderons tous les pays arabes &agrave; obtenir leur ind&eacute;pendance et &agrave; s&rsquo;unir en une f&eacute;d&eacute;ration arabe, si vous acceptez de nous donner la possibilit&eacute; de transformer la Palestine des deux c&ocirc;t&eacute;s du Jourdain en un &Eacute;tat juif, qui adh&eacute;rera en tant qu&rsquo;&Eacute;tat souverain &agrave; la f&eacute;d&eacute;ration s&eacute;mite (arabe et juive) &raquo;. Abdoul Hadi me demanda : &laquo; Combien de Juifs voulez-vous faire venir en Palestine ?&raquo;. Je r&eacute;pondis : &laquo;En vingt ans (cela se passait en 1934)), nous pourrons faire venir quatre millions de Juifs &raquo;. Il<\/p>\n<p>\n\tse leva alors et me dit avec enthousiasme : &laquo; J&rsquo;irai &agrave; Damas et &agrave; Bagdad et dirai &agrave; mes amis arabes : donnons-leur non pas quatre mais six millions, s&rsquo;ils nous aident &agrave; obtenir l&rsquo;ind&eacute;pendance et &agrave; nous unir &raquo;. Il se rassit et ajouta : &laquo; Mais vous, Juifs, &ecirc;tes plus alertes et plus dou&eacute;s que nous. Si vous amenez le nombre de Juifs voulu, en une courte p&eacute;riode, m&ecirc;me en moins de vingt ans, quelle garantie nous donnerez-vous que les pays arabes se lib&eacute;reront du joug &eacute;tranger et pourront s&rsquo;unir ? &raquo;.<\/p>\n<p>\n\tAvant ces entretiens, j&rsquo;avais discut&eacute; avec le haut commissaire britannique, homme int&egrave;gre, et lui avais dit que j&rsquo;allais entreprendre des discussions avec les dirigeants arabes ; de plus, je lui avais demand&eacute; si le gouvernement de Sa Majest&eacute; allait approuver l&rsquo;accord qui interviendrait entre Juifs et Arabes. Il m&rsquo;avait r&eacute;pondu : &laquo; Je n&rsquo;ai jamais soulev&eacute; le probl&egrave;me avec le gouvernement, et ne puis donc r&eacute;pondre en son nom, mais je connais sa mentalit&eacute; et suis convaincu qu&rsquo;il approuva l&rsquo;accord &raquo;. Je dis donc &agrave; Abdoul Hadi : &laquo; Je vous apporterai la garantie du gouvernement britannique &raquo;. Il r&eacute;pondit alors avec d&eacute;dain : &laquo;Vous voulez que je fasse confiance &agrave; ces imposteurs ? J&rsquo;apporterai la garantie de la Soci&eacute;t&eacute; des nations &raquo;. Il r&eacute;fl&eacute;chit et dit : &laquo; Tous les membres de la Soci&eacute;t&eacute; des nations sont chr&eacute;tiens, je ne puis croire en leur parole &raquo;. Je r&eacute;pondis alors : &laquo; Cher Monsieur, Aouni, je ne peux pas vous donner la garantie d&rsquo;Allah ! &raquo;. Ainsi prit fin l&rsquo;entretien. Des pourparlers principaux eurent lieu avec l&rsquo;homme de confiance du moufti qui &eacute;tait consid&eacute;r&eacute; comme le dirigeant des Arabes de Palestine. Son nom Moussa Alami. D. &eacute;tait l&rsquo;avocat en chef du gouvernement du mandat, et connu dans le pays comme un homme int&egrave;gre et loyal. Nos conversations se poursuivirent pendant quelques mois, car il devait rendre compte au moufti et m&rsquo;apporter &agrave; son tour les questions et opinions de ce dernier. Je r&eacute;pondais et posais des questions, et il me rapportait les r&eacute;ponses de son chef. Nos entretiens se bas&egrave;rent sur les m&ecirc;mes id&eacute;es : lib&eacute;ration de tous les peuples arabes du joug &eacute;tranger et leur unification, la transformation de toute la Palestine en &Eacute;tat juif, avec des habitants arabes &eacute;gaux en droits, et l&rsquo;adh&eacute;sion de ce nouvel &Eacute;tat &agrave;<\/p>\n<p>\n\tla f&eacute;d&eacute;ration arabe.<\/p>\n<p>\n\tApr&egrave;s des explications qui dur&egrave;rent quelques mois et des discussions men&eacute;es dans le plus grand secret, nous arriv&acirc;mes &agrave; un accord bas&eacute; sur ma proposition, mais le moufti exigea que je rencontre le Comit&eacute; arabe, syrien-palestinien, qui si&eacute;geait alors &agrave; Gen&egrave;ve aupr&egrave;s de la Soci&eacute;t&eacute; des nations. Dans le cas o&ugrave; le comit&eacute; accepterait, les rois d&rsquo;Arabie Saoudite, du Y&eacute;men et d&rsquo;Iraq (l&rsquo; Egypte ne faisant pas partie &agrave; l&rsquo;&eacute;poque des pays arabes) seraient convi&eacute;s &agrave; signer un accord avec le Comit&eacute; directeur sioniste (&laquo;Agence juive&raquo;) et l&rsquo;affaire serait alors transmise au gouvernement britannique. D&rsquo;autres entretiens eurent lieu avec Antonius, un Arabe syrien-chr&eacute;tien, habitant de la Palestine et consid&eacute;r&eacute; comme le th&eacute;oricien du mouvement national arabe, et avec Riad El-Solh, pr&eacute;sident du Liban, qui approuv&egrave;rent les principes que j&rsquo;avais pos&eacute;s (Riad El-Solh fut assassin&eacute; par la suite par un fanatique arabe).<\/p>\n<p>\n\tJe partis la m&ecirc;me ann&eacute;e pour l&rsquo;Europe, afin d&rsquo;y rencontrer le Comit&eacute; arabe &agrave; Gen&egrave;ve. Le moufti leur avait annonc&eacute; ma visite et le sujet des conversations. Le Comit&eacute; comprenait un vieux Druze, Sh&eacute;ki Arsian, devenu extr&eacute;miste arabe, et le Syrien Ihsan Bey El Gabri, beau-p&egrave;re de Moussa Alami. Seul Arsian parla, car il &eacute;tait le pr&eacute;sident du Comit&eacute;. Apr&egrave;s une courte introduction, il me dit : &laquo; Vous voulez avoir une majorit&eacute; juive en Palestine, et ensuite un &Eacute;tat juif ; les Anglais ne vous permettront jamais d&rsquo;&ecirc;tre la majorit&eacute;. Comment donc voulez-vous que nous, arabes, l&rsquo;acceptions ? &raquo;. Apr&egrave;s une discussion autour de ce th&egrave;me, je vis qu&rsquo;il ne changerait pas son point de vue, et nous nous s&eacute;par&acirc;mes. Le jeune membre du Comit&eacute; m&rsquo;accompagna &agrave; la gare. Lorsque je sortis de sa maison, Arsian me dit : &laquo; Ce n&rsquo;est pas notre dernier mot, nous en reparlerons. &raquo; Il exigea que toute conversation future f&ucirc;t secr&egrave;te.<\/p>\n<p>\n\tEn rentrant &agrave; J&eacute;rusalem apr&egrave;s un s&eacute;jour de quelques semaines en Europe, j&rsquo;y trouvai &laquo; La Nation arabe &raquo;, revue publi&eacute;e en fran&ccedil;ais par le Comit&eacute;, dans laquelle &eacute;tait rapport&eacute;e notre conversation avec quelques distorsions. Moussa Alami, qui &eacute;tait, et est encore,<\/p>\n<p>\n\tun homme int&egrave;gre, fut confus en me revoyant, bien que je lui expliquais que je comprenais fort bien que son beau-p&egrave;re n&rsquo;&eacute;tait pas m&ecirc;l&eacute; &agrave; cette publication.<\/p>\n<p>\n\tEntre temps, &agrave; la veille de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement britannique changea sa politique, et apr&egrave;s des entretiens &agrave; Londres avec les Arabes et les Juifs en 1939, il publia le &laquo; Livre Blanc &raquo;, dont le contenu &eacute;tait en fait l&rsquo;annulation des engagements du mandat, l&rsquo;interruption de l&rsquo;immigration juive et la promesse d&rsquo;&eacute;tablir dix ans plus tard un &Eacute;tat ind&eacute;pendant en Palestine. Dix ans ne s&rsquo;&eacute;coul&egrave;rent pas car la guerre survint qui vit l&rsquo;extermination de ces six millions de Juifs qui avaient, plus que tout le monde, besoin d&rsquo;un pays juif, et qui pouvaient et d&eacute;siraient le construire. Malgr&eacute; la publication du Livre Blanc, Winston Churchill demeura un ami du peuple juif, fid&egrave;le &agrave; la d&eacute;claration Balfour, mais il ne fut pas r&eacute;&eacute;lu apr&egrave;s la guerre. Le Parti travailliste obtint pour la premi&egrave;re fois une majorit&eacute; absolue et forma le gouvernement. Ce parti &eacute;tait, on le savait, en faveur d&rsquo;un &Eacute;tat juif, et, &agrave; la fin de 1944, il d&eacute;cida qu&rsquo;imm&eacute;diatement apr&egrave;s la guerre, cet &Eacute;tat serait fond&eacute; des deux c&ocirc;t&eacute;s du Jourdain et que tous les Arabes de Palestine seraient transf&eacute;r&eacute;s dans les pays arabes, lesquels recevraient eux aussi une ind&eacute;pendance totale. Cette demande de transfert des Arabes de Palestine ne fut jamais mentionn&eacute;e par le mouvement sioniste.<\/p>\n<p>\n\tCe qui arriva apr&egrave;s la guerre est connu : Bevin et Attlee refus&egrave;rent de mettre &agrave; ex&eacute;cution la d&eacute;cision de leur parti, et soumirent le probl&egrave;me de la Palestine &agrave; l&rsquo;Organisation des Nations Unies. En mai 1947, l&rsquo;O.N.U. en discuta et l&rsquo;Assembl&eacute;e fut surprise par les propos de Gromyko, repr&eacute;sentant de l&rsquo;U. R. S. S., qui exigea la cr&eacute;ation d&rsquo;un &Eacute;tat juif en Palestine, le peuple juif ayant le droit d&rsquo;avoir une patrie, dans son pays historique.<\/p>\n<p>\n\tUne Commission, &eacute;lue pour examiner le probl&egrave;me, soumit deux propositions : toute la Commission proposa d&rsquo;abolir le mandat britannique le plus rapidement possible. Une minorit&eacute; des membres demanda ensuite la cr&eacute;ation d&rsquo;un &Eacute;tat f&eacute;d&eacute;ral juif-arabe, et la majorit&eacute; sugg&eacute;ra un partage et la cr&eacute;ation de deux<\/p>\n<p>\n\t&Eacute;tats en Palestine occidentale : Un &Eacute;tat juif comprenant le N&eacute;guev, et un &Eacute;tat arabe &agrave; l&rsquo;ouest du Jourdain &eacute;conomiquement li&eacute; &agrave; l&rsquo;&Eacute;tat juif. Quant &agrave; J&eacute;rusalem, elle serait un Corpus Separatus internationalis&eacute;, les Juifs de la ville demeurant citoyens de l&rsquo;&Eacute;tat juif, et les Arabes, de l&rsquo;&Eacute;tat arabe.<\/p>\n<p>\n\tNous accept&acirc;mes &agrave; une grande majorit&eacute; la d&eacute;cision de la Commission, bien que l&rsquo;exclusion de J&eacute;rusalem nous ait caus&eacute; beaucoup de peine. Si les Arabes eux, avaient accept&eacute; la d&eacute;cision de l&rsquo;Assembl&eacute;e de l&rsquo;O.N.U., o&ugrave; 33 &Eacute;tats (soit plus des deux tiers) dont la Russie, les &Eacute;tats-Unis d&rsquo;Am&eacute;rique et la France, l&rsquo;Angleterre s&rsquo;&eacute;tant abstenue vot&egrave;rent en faveur de la proposition, le probl&egrave;me serait r&eacute;solu et nous aurions eu la paix au Moyen-Orient. Mais ils annonc&egrave;rent qu&rsquo;ils n&rsquo;approuvaient pas la d&eacute;cision et qu&rsquo;ils s&rsquo;y opposeraient m&ecirc;me par la force. Le lendemain du 29 novembre 1947, les attaques arabes contre les Juifs de Palestine commenc&egrave;rent et se multipli&egrave;rent rapidement, car les Syriens et les Iraquiens (et quelques Egyptiens, membres de l&rsquo;Association des fr&egrave;res musulmans) se joignirent aux bandes palestiniennes.<\/p>\n<p>\n\tQuelque cent mille soldats anglais se trouvaient alors dans le pays et il leur &eacute;tait facile de maintenir le calme, mais le Parti travailliste avec son Premier ministre, Cl&eacute;ment Attlee, et son ministre des Affaires &eacute;trang&egrave;res, Ernest Bevin s&rsquo;opposa de toutes ses forces &agrave; l&rsquo;&Eacute;tat juif, ne d&eacute;fendit ni l&rsquo;ordre ni la tranquillit&eacute; dans le pays, et n&rsquo;emp&ecirc;cha pas les troubles des Arabes.<\/p>\n<p>\n\tLa population juive se d&eacute;fendit avec l&rsquo;aide de l&rsquo;organisation de la &laquo; Haganah &raquo;, mouvement clandestin qui, dans l&rsquo;ensemble, ma&icirc;trisa les bandes arabes, jusqu&rsquo;au moment o&ugrave; la L&eacute;gion arabe (arm&eacute;e jordanienne) se joignit ouvertement &agrave; ces bandes ; quatre villages juifs pr&egrave;s de H&eacute;bron furent d&eacute;truits et la plupart des habitants furent assassin&eacute;s. Partout ailleurs, la Haganah avait le dessus et, apr&egrave;s ses victoires &agrave; Ha&iuml;fa, Tib&eacute;riade, Safed et dans la nouvelle ville de J&eacute;rusalem, elle annon&ccedil;a aux Arabes que s&rsquo;ils lui rendaient les armes, ils pourraient rester &agrave; leurs places et jouir de tous les droits comme les Juifs. La majorit&eacute; des comit&eacute;s arabes accept&egrave;rent, mais d&rsquo;autres propos&egrave;rent de s&rsquo;en r&eacute;f&eacute;rer au Comit&eacute;<\/p>\n<p>\n\tsupr&ecirc;me arabe qui n&rsquo;&eacute;tait pas dans le pays (car ses membres avaient fui apr&egrave;s le meurtre d&rsquo;un haut fonctionnaire britannique). Le Comit&eacute;, dont la personnalit&eacute; dominante &eacute;tait le moufti de J&eacute;rusalem, leur conseilla de ne pas rendre les armes, mais de quitter temporairement le pays, car, apr&egrave;s le d&eacute;part des troupes britanniques au pays dans les deux ou trois semaines suivantes, cinq pays arabes. Egypte, Syrie, Jordanie, Liban et Iraq envahiraient Isra&euml;l, y extermineraient les Juifs en dix &agrave; quatorze jours, et tous les Arabes reviendraient non seulement dans leurs foyers, mais encore, s&rsquo;ils le d&eacute;siraient, dans les maisons juives. Les Arabes quitt&egrave;rent tous Safed, Beth-Sh&eacute;an, Tib&eacute;riade ; une partie resta &agrave; Jaffa et quatre mille demeur&egrave;rent &agrave; Ha&iuml;fa.<\/p>\n<p>\n\tEt j&rsquo;en arrive ainsi &agrave; ce que l&rsquo;on appelle le probl&egrave;me des r&eacute;fugi&eacute;s. Apr&egrave;s la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l, le 14 mai 1948, aucun arabe n&rsquo;a &eacute;t&eacute; expuls&eacute;, seuls quelques individus partirent pour l&rsquo;Am&eacute;rique. Ceux que l&rsquo;on d&eacute;nomme &laquo; r&eacute;fugi&eacute;s &raquo; quitt&egrave;rent le pays &agrave; l&rsquo;&eacute;poque du mandat britannique. Ils commenc&egrave;rent &agrave; partir deux jours apr&egrave;s la d&eacute;cision de l&rsquo;ONU, le 29 novembre 1947. De nombreux arabes pass&egrave;rent dans les pays arabes : Les riches au Liban et en Syrie. Lorsque la lutte s&rsquo;aggrava dans les villes, les Arabes furent pri&eacute;s par leurs voisins juifs et la Haganah de rester, mais ils se conform&egrave;rent aux ordres du moufti d&rsquo;Egypte, et presque tous quitt&egrave;rent. Le nouvel &Eacute;tat juif ouvrit ses portes aux immigrants juifs, et, en quatre ans, 700 000 Juifs arriv&egrave;rent, dont 500 000 venant des pays arabes (Iraq, Y&eacute;men, Maroc, Libye, Egypte, Tunisie, Syrie et Liban), et s&rsquo;install&egrave;rent dans l&rsquo;ensemble dans les villages, les quartiers et villes abandonn&eacute;s Jaffa, Ha&iuml;fa, Tib&eacute;riade, Beth-Sh&eacute;an, Safed.<\/p>\n<p>\n\tAu cours des attaques arabes qui suivirent la d&eacute;cision de l&rsquo;O.N.U., des centaines de Juifs furent assassin&eacute;s, mais aucun Juif ne s&rsquo;enfuit. Seuls les 400 000 Arabes partirent. Les r&eacute;fugi&eacute;s juifs venus des pays arabes furent tous spoli&eacute;s dans leurs pays d&rsquo;origine, et jusqu&rsquo;&agrave; ce jour, leurs biens sont confisqu&eacute;s ou distribu&eacute;s aux arabes. L&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l, n&eacute; le 14 mai 1948, n&rsquo;est absolument pas responsable pour la fuite des Arabes, et malgr&eacute; ceci, nous avons re&ccedil;u pr&egrave;s de 40 000 r&eacute;fugi&eacute;s qui s&rsquo;&eacute;taient enfuis,<\/p>\n<p>\n\tpas &agrave; cause de nous, dans le cadre de l&rsquo;op&eacute;ration de la r&eacute;union des familles. Nous avons accueilli un plus grand nombre encore de r&eacute;fugi&eacute;s juifs, forc&eacute;s de laisser tous leurs biens dans les pays arabes. Nous n&rsquo;avions pas de logements, de nourriture, de travail &agrave; leur offrir, et nous avons fait des efforts surhumains pour les int&eacute;grer dans la vie du pays. Nous avons m&ecirc;me &eacute;t&eacute; oblig&eacute;s d&rsquo;imposer un r&eacute;gime d&rsquo;aust&eacute;rit&eacute; s&eacute;v&egrave;re au cours des dix premi&egrave;res ann&eacute;es de l&rsquo;&Eacute;tat, tandis que les pays arabes ne voulurent faire aucun effort pour aider leurs fr&egrave;res venus se r&eacute;fugier chez eux lors du mandat britannique en Palestine. Les dirigeants arabes apprirent &agrave; exploiter ces r&eacute;fugi&eacute;s comme arme contre le peuple en Isra&euml;l. Vous avez, mon cher G&eacute;n&eacute;ral, employ&eacute; dans votre discours des expressions surprenantes, dures et blessantes, bas&eacute;es sur des renseignements incorrects ou impr&eacute;cis.<\/p>\n<p>\n\tVous avez parl&eacute; de l&rsquo;&eacute;tablissement d&rsquo;un foyer &laquo; sioniste &raquo; entre les deux guerres mondiales : &laquo; Peuple &eacute;lu, s&ucirc;r de lui et dominateur, changement d&rsquo;une aspiration sinc&egrave;re (l&rsquo;an prochain &agrave; J&eacute;rusalem) en ambition ardente et conqu&eacute;rante, manque de modestie, &Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l guerrier et d&eacute;sirant s&rsquo;&eacute;tendre, r&ecirc;ve de ceux qui veulent exploiter la fermeture du d&eacute;troit de Tiran, etc. &raquo;<\/p>\n<p>\n\t*Permettez-moi de vous faire part avant tout d&rsquo;un fait non encore admis dans le monde pour de nombreuses raisons historiques et religieuses, mais cette conviction domine tout ce que nous avons fait et ferons : nous sommes pareils &agrave; tous les peuples, &eacute;gaux en droits et en devoirs. Nous sommes un petit peuple, dont la majorit&eacute; ne vit pas dans son pays, mais les autres vivent dans leur pays, non pas parce qu&rsquo;ils ont occup&eacute;, pill&eacute;, ravi quoi que ce soit &agrave; d&rsquo;autres, mais parce que nous avons trouv&eacute; ici notre pays abandonn&eacute;, pas absolument d&eacute;peupl&eacute;, mais d&eacute;sertique ; nous avons fait fleurir les d&eacute;serts &agrave; la sueur de notre front, par notre travail, obstin&eacute; et pionnier ; nous n&rsquo;avons pas ravi les lopins de terre &agrave; ceux qui les travaillaient, mais nous avons fait reverdir les &eacute;tendues d&eacute;sertiques. A l&rsquo;endroit m&ecirc;me o&ugrave; s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve aujourd&rsquo;hui la plus grande ville d&rsquo;Isra&euml;l Tel-Aviv il y avait, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de mon arriv&eacute;e, des dunes de sable, sans arbre, sans gazon, sans aucun &ecirc;tre vivant, bien qu&rsquo;il y ait &agrave; proximit&eacute; un petit fleuve qui,<\/p>\n<p>\n\tmaintenant, irrigue le kibboutz dans le N&eacute;guev, &agrave; 50 kilom&egrave;tres au sud de Beer-Sh&eacute;va, o&ugrave; je vis. J&rsquo;ai travaill&eacute; comme ouvrier salari&eacute;, il y a cinquante-neuf ans, dans un v&eacute;ritable d&eacute;sert d&eacute;peupl&eacute;, o&ugrave; une vingtaine de b&eacute;douins vivaient de la chasse avec une grande difficult&eacute;, et aujourd&rsquo;hui, ce m&ecirc;me d&eacute;sert est devenu un kibboutz o&ugrave; travaillent 500 adultes et des centaines d&rsquo;enfants : c&rsquo;est l&rsquo;un des plus beaux kibboutzim de la vall&eacute;e du Jourdain, appel&eacute; Kin&eacute;reth, comme le lac voisin.<\/p>\n<p>\n\tCe n&rsquo;est pas par la force, ni m&ecirc;me uniquement avec de l&rsquo;argent, et certainement pas par des conqu&ecirc;tes, mais c&rsquo;est par notre cr&eacute;ation pionni&egrave;re que nous avons transform&eacute; une terre pauvre et aride en un sol fertile, cr&eacute;&eacute; des agglom&eacute;rations, villes et villages, sur des surfaces d&eacute;sertiques et abandonn&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\tJe n&rsquo;ai pas honte du nom &laquo; sioniste &raquo;, mais l&rsquo;Angleterre nous avait promis, avec l&rsquo;accord de la France, un Foyer national et non sioniste. Sion est l&rsquo;un des lieux saints qui nous est cher, &agrave; J&eacute;rusalem ville de David, mais sioniste s&rsquo;applique aux membres du mouvement qui aspiraient &agrave; revenir &agrave; Sion pour y &ecirc;tre &agrave; nouveau un peuple normal, ind&eacute;pendant, enracin&eacute; dans sa patrie comme la majorit&eacute; sinon tous des peuples. La d&eacute;claration de Balfour, approuv&eacute;e par la suite par le gouvernement fran&ccedil;ais, nous promettait le &laquo; renouvellement &raquo; (reconstitution) de notre pays national, qui &eacute;tait demeur&eacute; n&ocirc;tre en d&eacute;pit de notre expulsion par la force des occupants &eacute;trangers et cruels ; &agrave; aucun moment, pendant deux mille ans, nous n&rsquo;avons cess&eacute; de prier pour retourner dans notre patrie, et dans aucun pays o&ugrave; nous v&eacute;c&ucirc;mes jusqu&rsquo;&agrave; la R&eacute;volution fran&ccedil;aise, nous n&rsquo;avions, ni nous, ni les peuples de ces pays, reconnu qu&rsquo;ils &eacute;taient n&ocirc;tres. Apr&egrave;s la R&eacute;volution fran&ccedil;aise, les Juifs devinrent &eacute;gaux en droits. C&rsquo;est l&agrave; l&rsquo;un des plus grands actes des Fran&ccedil;ais, que nous n&rsquo;oublierons jamais. Mais l&rsquo;homme qui, voici soixante-dix ans, eut la vision d&rsquo;un &Eacute;tat juif qui fascina la majorit&eacute; de son peuple, le Dr Th&eacute;odore Herzl, en est arriv&eacute; l&agrave; &agrave; la suite du proc&egrave;s de Dreyfus et des mouvements antis&eacute;mites qui ont suivi. Je redis ici : nous n&rsquo;oublierons jamais l&rsquo;h&eacute;ro&iuml;sme moral des hommes tels que le colonel Picard, Clemenceau, Zola, Jaur&egrave;s et autres, qui lutt&egrave;rent<\/p>\n<p>\n\tpour la justice avec obstination et courage, et qui eurent gain de cause. Mais cette haine, mise &agrave; jour &agrave; la fin du XIXe si&egrave;cle, appara&icirc;t ici et l&agrave;, et nous Juifs, en tant qu&rsquo;&ecirc;tres humains, nous nous voyons &eacute;gaux en droits &agrave; tous les hommes ; nous consid&eacute;rons que nous avons les m&ecirc;mes droits que tous les peuples libres et ind&eacute;pendants, et nous osons penser que nous les m&eacute;ritons, sans aucune faveur sp&eacute;ciale.<\/p>\n<p>\n\tJe sais que pendant des centaines d&rsquo;ann&eacute;es le monde chr&eacute;tien &eacute;tait convaincu que le peuple juif avait cess&eacute; d&rsquo;exister il y a deux mille ans, et je sais aussi qu&rsquo;il y a des Juifs qui pensent de la m&ecirc;me mani&egrave;re ; nous avons piti&eacute; de ces Juifs, mais nous ne sommes pas f&acirc;ch&eacute;s contre eux s&rsquo;ils veulent cesser d&rsquo;&ecirc;tre juifs, c&rsquo;est leur affaire personnelle. Mais ils ne parlent pas en notre nom, tout comme ce n&rsquo;&eacute;tait pas P&eacute;tain qui parlait au nom de la France, mais bien Charles de Gaulle qui &eacute;tait, &agrave; l&rsquo;&eacute;poque, isol&eacute; et solitaire. J&rsquo;ai lu des propos diffamatoires sur mon peuple, venant pr&eacute;cis&eacute;ment d&rsquo;un grand Juif Karl Marx que j&rsquo;estime sans toutefois accepter sa th&eacute;orie.<\/p>\n<p>\n\tMais je sais appr&eacute;cier la grandeur d&rsquo;un homme qui a un sens profond de l&rsquo;Histoire, et qui essaie, avec toute la force de son g&eacute;nie, d&rsquo;agir en faveur d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; juste et plus saine.<\/p>\n<p>\n\tNous ne sommes pas un peuple &laquo; dominateur &raquo;. Je sais qu&rsquo;il existe dans mon peuple des exceptions dont les devises et les arguments sont &eacute;trangers &agrave; la plus grande partie du peuple juif et &agrave; sa tradition sainte. Mais j&rsquo;ai occup&eacute; pendant quinze ans un poste de responsabilit&eacute; dans le mouvement sioniste et au sein de la population juive en Palestine, et pendant quinze autres ann&eacute;es j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; Premier ministre et ministre de la D&eacute;fense de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l, et je connais l&rsquo;ardent d&eacute;sir de paix de mon pays, paix avec nos voisins et entre tous les peuples. Au cours de toutes ces ann&eacute;es, je ne travaillais pas seul, je devais convaincre la majorit&eacute; de mes camarades et de mon peuple que la voie que je choisissais &eacute;tait la bonne, la plus droite et la plus juste, et, en g&eacute;n&eacute;ral, je r&eacute;ussissais. Quelques jours avant la d&eacute;claration de notre ind&eacute;pendance, la question s&rsquo;&eacute;tait pos&eacute;e de savoir s&rsquo;il fallait y mentionner les<\/p>\n<p>\n\tfronti&egrave;res de l&rsquo;&Eacute;tat. Deux avocats du gouvernement provisoire pr&eacute;tendaient que la loi oblige de marquer les fronti&egrave;res. Je m&rsquo;y opposai, car il n&rsquo;y avait pas, &agrave; mon avis, une loi pareille. Ainsi, l&rsquo;Am&eacute;rique, par exemple, ne mentionna aucune fronti&egrave;re dans sa d&eacute;claration d&rsquo;ind&eacute;pendance. De plus, et c&rsquo;&eacute;tait l&agrave; le principal je dis : si les Arabes avaient accept&eacute; les fronti&egrave;res fix&eacute;es par l&rsquo;Assembl&eacute;e de l&rsquo;O.N.U. le 29 novembre 1947, personne d&rsquo;entre nous n&rsquo;aurait object&eacute; &agrave; ces fronti&egrave;res, bien que selon moi, la grande partie de ces lignes n&rsquo;&eacute;taient pas justes, surtout l&rsquo;exclusion de J&eacute;rusalem de l&rsquo;&Eacute;tat et son internationalisation, chose qui ne s&rsquo;&eacute;tait faite nulle part ailleurs ; et vous, mon cher G&eacute;n&eacute;ral, vous avez dit avec &eacute;motion dans vos propos : &laquo; La touchante pri&egrave;re r&eacute;p&eacute;t&eacute;e pendant 1900 ans, l&rsquo;an prochain &agrave; J&eacute;rusalem &raquo;. Nous n&rsquo;avons pas &eacute;chang&eacute; ce voeu contre une ambition ardente et conqu&eacute;rante, mais nous avons dit : si les Arabes avaient accept&eacute; comme nous la r&eacute;solution de l&rsquo;O.N.U., le probl&egrave;me des fronti&egrave;res ne se serait jamais pos&eacute;. Nous avions accept&eacute; avec joie, m&ecirc;l&eacute;e de tristesse, les d&eacute;cisions adopt&eacute;es, mais les Arabes annonc&egrave;rent qu&rsquo;ils combattraient cette r&eacute;solution et an&eacute;antiraient l&rsquo;&Eacute;tat dont nous devions annoncer l&rsquo;&eacute;tablissement trois jours plus tard. Ils commenc&egrave;rent la guerre contre nous m&ecirc;me avant la d&eacute;claration de l&rsquo;ind&eacute;pendance, et l&rsquo;O.N.U. ne s&rsquo;y opposa pas et ne les obligea pas &agrave; accepter la r&eacute;solution. Dans ces conditions, nous pouvions nous aussi ne pas accepter la r&eacute;solution de l&rsquo;O.N.U. qui ne s&rsquo;applique ainsi qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;une des parties. Et si nous pouvons &eacute;tendre nos fronti&egrave;res et lib&eacute;rer J&eacute;rusalem dans une guerre ouverte par les Arabes contre nous, nous lib&eacute;rerons J&eacute;rusalem et la Galil&eacute;e occidentale et elles feront partie de notre &Eacute;tat.<\/p>\n<p>\n\tPersonne d&rsquo;entre nous n&rsquo;a propos&eacute; d&rsquo;occuper des territoires suppl&eacute;mentaires avant la guerre qui a d&eacute;but&eacute; deux jours apr&egrave;s la r&eacute;solution de l&rsquo;Assembl&eacute;e de l&rsquo;O.N.U., par une attaque sur notre centre commercial &agrave; J&eacute;rusalem, et l&rsquo;arm&eacute;e britannique ne nous permit m&ecirc;me pas de nous d&eacute;fendre. Nous n&rsquo;&eacute;tions pas forc&eacute;s d&rsquo;accepter deux poids et deux mesures pour les Arabes et nous. Si l&rsquo;O.N.U. n&rsquo;existe pas, et si les Arabes peuvent faire selon leur volont&eacute;, nous sommes &eacute;galement libres. Nos liens avec J&eacute;rusalem ont pr&eacute;c&eacute;d&eacute; ceux de tous les &ecirc;tres ou de toutes les religions existant<\/p>\n<p>\n\tau sein de l&rsquo;humanit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tLe 14 mai 1948, je d&eacute;clarai la cr&eacute;ation de l&rsquo;&Eacute;tat juif dont le nom serait Isra&euml;l, conform&eacute;ment au texte que j&rsquo;avais fix&eacute; durant la nuit pr&eacute;c&eacute;dant la d&eacute;claration, et que le Conseil provisoire de l&rsquo;&Eacute;tat avait approuv&eacute; au matin du vendredi 14 mai, six heures avant l&rsquo;annonce officielle. Il est dit dans cette derni&egrave;re : &laquo; Nous faisons appel, m&ecirc;me au milieu des attaques sanglantes qui nous harc&egrave;lent depuis de longs mois, aux Arabes habitant l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l de pr&eacute;server la paix et de prendre part &agrave; la construction de l&rsquo;&Eacute;tat sur base d&rsquo;une citoyennet&eacute; totale et &eacute;gale, et de repr&eacute;sentation dans toutes les institutions, provisoires et permanentes, et j&rsquo;ajoutai : &laquo; Nous tendons une main de paix et de bon voisinage &agrave; tous les &Eacute;tats voisins et &agrave; leurs peuples, et faisons appel &agrave; eux pour une coop&eacute;ration et une assistance mutuelle avec le peuple juif, ind&eacute;pendant dans son pays. L&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l est pr&ecirc;t &agrave; contribuer &agrave; l&rsquo;effort commun en vue du progr&egrave;s de tout le Moyen-Orient &raquo;. Chaque mot de cet appel, mon cher G&eacute;n&eacute;ral, venait du coeur, de notre coeur &agrave; tous, et tous les partis en Isra&euml;l, du parti communiste &agrave; gauche au parti religieux Agoudat Isra&euml;l &agrave; droite, des socialistes de gauche aux r&eacute;visionnistes de droite, sign&egrave;rent cette d&eacute;claration. Si notre appel avait &eacute;t&eacute; entendu, et si les peuples arabes avaient agi conform&eacute;ment aux r&eacute;solutions et &agrave; la charte de l&rsquo;O.N.U.il n&rsquo;y aurait eu jusqu&rsquo;&agrave; ce jour, aucune guerre ni aucune querelle entre nous et les Arabes, et personne d&rsquo;entre nous n&rsquo;avait d&rsquo;ambition &laquo; conqu&eacute;rante &raquo; pour occuper les territoires au-del&agrave; des fronti&egrave;res fix&eacute;es par l&rsquo;O.N.U., car la paix pour nous prime tout. Mais la paix est &agrave; double sens ou alors elle n&rsquo;est que fiction. Nous n&rsquo;aurions pas d&ucirc; perdre 6 000 de nos meilleurs jeunes gens dans la Guerre d&rsquo;ind&eacute;pendance, impos&eacute;e &agrave; nous huit heures apr&egrave;s la d&eacute;claration de notre ind&eacute;pendance par cinq arm&eacute;es arabes d&rsquo; Egypte, de Jordanie, de Syrie, du Liban et d&rsquo;Iraq, au cours de laquelle nous combattions &agrave; un contre quarante, la Campagne du Sina&iuml; et la Guerre des Six Jours n&rsquo;auraient pas eu lieu, si la r&eacute;solution de l&rsquo;O.N.U. avait &eacute;t&eacute; adopt&eacute;e par les Arabes, et si ces derniers n&rsquo;avaient pas tent&eacute; par la force de l&rsquo;abolir. Aucun de nous n&rsquo;aurait song&eacute; &agrave; attaquer nos voisins dans le but de changer nos fronti&egrave;res et d&rsquo;&eacute;tendre notre pays. J&rsquo;ai d&eacute;clar&eacute; &agrave; plus d&rsquo;une<\/p>\n<p>\n\treprise et c&rsquo;&eacute;tait l&agrave; notre opinion &agrave; tous que nous sommes pr&ecirc;ts &agrave; signer un accord de paix pour les cent ann&eacute;es &agrave; venir sur base du statu quo. Parmi les membres de notre droite, certains r&eacute;clamaient &laquo; la totalit&eacute; du pays &raquo;, mais m&ecirc;me eux ne propos&egrave;rent jamais de faire la guerre pour nous &eacute;tendre, et ceci en d&eacute;pit du fait que le monde entier en tout cas le monde chr&eacute;tien et tout le monde juif consid&eacute;rait que les deux rives du Jourdain formaient une seule et m&ecirc;me Palestine, et esp&eacute;rait qu&rsquo;elle serait &agrave; nouveau la patrie des Juifs promise par la Bible et les Proph&egrave;tes. La Gen&egrave;se (12:7) dit : &laquo; L&rsquo;Eternel apparut &agrave; Abraham et dit : Je donnerai ce pays &agrave; la post&eacute;rit&eacute; &raquo;, et dans Deut&eacute;ronome (30:3-5) : &laquo; Alors l&rsquo;Eternel, ton Dieu, ram&egrave;nera tes captifs et aura compassion de toi, il te rassemblera encore du milieu de tous les peuples chez lesquels l&rsquo;Eternel, ton Dieu, t&rsquo;aura dispers&eacute;. Quand tu serais exil&eacute; &agrave; l&rsquo;autre extr&eacute;mit&eacute; du ciel, l&rsquo;Eternel, ton Dieu, te rassemblera de l&agrave;, et c&rsquo;est l&agrave; qu&rsquo;il t&rsquo;ira chercher L&rsquo;Eternel, ton Dieu, te ram&egrave;nera dans le pays que poss&eacute;daient tes p&egrave;res, et tu le poss&eacute;deras &raquo;. Cette id&eacute;e revient chez les Proph&egrave;tes, Isa&iuml;e 56:8, J&eacute;r&eacute;mie 29:4, Ez&eacute;chiel 11:17, N&eacute;ch&eacute;mie 1:9. C&rsquo;&eacute;tait l&agrave; l&rsquo;intention de la D&eacute;claration Balfour, approuv&eacute;e par la France, et de la d&eacute;cision de la Soci&eacute;t&eacute; des Nations, mais l&rsquo;Assembl&eacute;e de l&rsquo;O.N.U. en d&eacute;cida autrement, et nous avons accept&eacute; ; nous serions rest&eacute;s fid&egrave;les &agrave; sa r&eacute;solution si les Arabes l&rsquo;avaient suivie, et respect&eacute; la paix.<\/p>\n<p>\n\tIl est vrai que pendant des mill&eacute;naires, nous avions cru aux visions de nos Proph&egrave;tes, et il en est parmi nous qui croient en la venue du Messie qui regroupera tous les Juifs du monde entier morts et vivants en Terre Sainte, mais nous n&rsquo;avions aucune &laquo; ambition ardente et conqu&eacute;rante &raquo;, mais bien plut&ocirc;t une foi ardente en la vision de paix de nos Proph&egrave;tes : &laquo; Une nation ne tirera plus l&rsquo;&eacute;p&eacute;e contre une autre, et l&rsquo;on n&rsquo;apprendra plus la guerre. &raquo; (Isa&iuml;e 2:3, Mich&eacute;e 4:3), car le secret de notre survivance apr&egrave;s les deux destructions par les Babyloniens et les Romains, et la haine des Chr&eacute;tiens qui nous entoura pendant 1600 ans, r&eacute;side dans nos liens spirituels avec le Livre Saint. Lorsque la Commission Royale Britannique vint &agrave; J&eacute;rusalem &agrave; la fin de 1936 pour y &eacute;tudier l&rsquo;avenir du mandat, je lui dis : &laquo; Notre mandat &agrave; nous, c&rsquo;est la Bible &raquo;. Nous y avions puis&eacute; notre force pour r&eacute;sister &agrave; un monde<\/p>\n<p>\n\tennemi, et pers&eacute;v&eacute;rer dans la foi en notre retour dans notre pays et en la paix dans le monde.<\/p>\n<p>\n\tJe voudrais maintenant vous rappeler, mon G&eacute;n&eacute;ral, notre entretien de juin 1960 &agrave; ce sujet, &agrave; l&rsquo;heure du d&eacute;jeuner dans les jardins de l&rsquo;Elys&eacute;e, en pr&eacute;sence du pr&eacute;sident Debr&eacute; et de mon ami Shimon P&egrave;res. Vous m&rsquo;aviez demand&eacute; : &laquo; Quels sont vos r&ecirc;ves sur les fronti&egrave;res r&eacute;elles d&rsquo;Isra&euml;l ? Dites-le moi, je n&rsquo;en parlerai &agrave; personne &raquo;. Je r&eacute;pondis : &laquo; Si vous m&rsquo;aviez pos&eacute; la question il y a 25 ans, j&rsquo;aurais dit que notre fronti&egrave;re septentrionale est le fleuve Litani, et l&rsquo;orientale, la Transjordanie. C&rsquo;est sur elles que j&rsquo;avais bas&eacute; mes conversations avec les dirigeants arabes. Mais vous me posez la question aujourd&rsquo;hui. Je vous dirai donc : nous avons deux aspirations principales : la paix avec nos voisins et une grande immigration juive. La surface de la Palestine en notre possession peut absorber beaucoup plus de Juifs que ceux qui sont susceptibles d&rsquo;y venir. C&rsquo;est pourquoi nos fronti&egrave;res nous suffisent, pourvu que les Arabes veuillent signer avec nous un trait&eacute; de paix sur base du statu quo. &raquo;. Vous avez ajout&eacute; alors : &laquo; Quels sont les rapports entre vous et les Juifs d&rsquo;Am&eacute;rique ?&raquo; &laquo; La situation politique, &eacute;conomique et culturelle des Juifs am&eacute;ricains est bonne, mais ils ont quand m&ecirc;me des liens profonds avec l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l. &raquo;<\/p>\n<p>\n\tEt, apr&egrave;s la Campagne du Sina&iuml;, il y a 11 ans, et apr&egrave;s la Guerre des Six Jours, je peux vous assurer que ce n&rsquo;est pas notre d&eacute;sir d&rsquo;agrandir la surface d&rsquo;Isra&euml;l qui a entra&icirc;n&eacute; ces deux guerres. Si l&rsquo;Egypte avait tenu ses engagements contenus dans les accords d&rsquo;armistice et les d&eacute;cisions du Conseil de S&eacute;curit&eacute; de l&rsquo;O.N.U. et relatifs &agrave; la libert&eacute; de navigation dans le Canal de Suez et surtout dans le d&eacute;troit de Tiran et le golfe d&rsquo;Akaba, et si les dirigeants &eacute;gyptiens et syriens n&rsquo;avaient pas d&eacute;clar&eacute; tous les jours que leur but est d&rsquo;an&eacute;antir Isra&euml;l, il ne nous serait jamais venu &agrave; l&rsquo;esprit de sortir des fronti&egrave;res fix&eacute;es par les accords d&rsquo;armistice. Telle &eacute;tait mon opinion au cours des ann&eacute;es, heureusement partag&eacute;e par la grande majorit&eacute; de mon peuple, et m&ecirc;me de ceux qui pr&eacute;conisaient &laquo; la totalit&eacute; du pays &raquo;.<\/p>\n<p>\n\tJe sais que le gouvernement fran&ccedil;ais de la IVe R&eacute;publique et vous aussi mon G&eacute;n&eacute;ral, avez &eacute;tabli votre ambassade, comme d&rsquo;autres pays d&rsquo;Europe, les &Eacute;tats-Unis et l&rsquo;U.R.S.S., &agrave; Tel-Aviv, mais toutes les entrevues avec les ambassadeurs se sont d&eacute;roul&eacute;es &agrave; J&eacute;rusalem ; aucune protestation venant de l&rsquo;O.N.U. ou de ses membres ne m&rsquo;est parvenue sur le fait que le gouvernement jordanien ait occup&eacute; la vieille ville de J&eacute;rusalem en 1948, chass&eacute; tous les Juifs, d&eacute;truit les synagogues et ferm&eacute; nos routes vers les Lieux Saints, contrairement aux accords d&rsquo;armistice. Personne n&rsquo;a protest&eacute;. Nous n&rsquo;avons jamais port&eacute; atteinte aux &eacute;glises et aux mosqu&eacute;es se trouvant dans notre pays, et nous n&rsquo;y voyons aucun m&eacute;rite particulier, mais bien plut&ocirc;t une obligation humaine et le respect des religions &eacute;trang&egrave;res.<\/p>\n<p>\n\tJe ne suis maintenant que l&rsquo;un des citoyens de notre &Eacute;tat. Apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; pendant quinze ans Premier ministre et ministre de la D&eacute;fense, j&rsquo;ai pens&eacute; qu&rsquo;il valait mieux c&eacute;der le pouvoir aux plus jeunes que moi, et je m&rsquo;occupe de r&eacute;diger notre histoire depuis 1870, date de la cr&eacute;ation de l&rsquo;&eacute;cole agricole &laquo; Mikveh Isra&euml;l &raquo; (Espoir d&rsquo;Isra&euml;l ou R&eacute;union d&rsquo;Isra&euml;l), premi&egrave;re base du renouvellement de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l.<\/p>\n<p>\n\tJe connais la mentalit&eacute; de notre peuple, tant en Isra&euml;l qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;tranger, et je sais que mon peuple pas moins que les autres est pieux et fid&egrave;le &agrave; la vision de la paix dans le monde que les Proph&egrave;tes d&rsquo;Isra&euml;l ont &eacute;t&eacute; les premiers dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit&eacute; &agrave; avoir. Et si les grandes puissances pouvaient influencer les peuples arabes, influence qu&rsquo;elles peuvent avoir car les Arabes ont besoin d&rsquo;armements de l&rsquo;&eacute;tranger, et ne pourront, pendant longtemps encore, les produire eux-m&ecirc;mes, de maintenir la paix au Moyen-Orient, je suis convaincu que la paix ne sera jamais troubl&eacute;e en Isra&euml;l. Ayant &eacute;t&eacute; Premier ministre &agrave; l&rsquo;&eacute;poque de la Ve R&eacute;publique, je sais que les relations amicales avec la France, depuis la renaissance de l&rsquo;&Eacute;tat d&rsquo;Isra&euml;l, se sont poursuivies m&ecirc;me sous la Ve R&eacute;publique, et je n&rsquo;avais aucun besoin de m&rsquo;attendre &agrave; une amiti&eacute; plus fid&egrave;le et plus sinc&egrave;re que la v&ocirc;tre. &copy; Minist&egrave;re des Affaires &eacute;trang&egrave;res.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ben Gourion repond &agrave; De Gaulle en 1967 &nbsp; &nbsp; Lettre de M. 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