{"id":9979,"date":"2014-12-29T01:05:51","date_gmt":"2014-12-29T01:05:51","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=9979"},"modified":"2014-12-28T20:10:45","modified_gmt":"2014-12-28T20:10:45","slug":"paris-jerusalem-les-raisons-de-lalya","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/paris-jerusalem-les-raisons-de-lalya\/","title":{"rendered":"Paris &#8211; J\u00e9rusalem : les raisons de l\u2019alya"},"content":{"rendered":"<header style=\"font-size: 12px;\">\n<p>\n\t\tParis &#8211; J&eacute;rusalem : les raisons de l&rsquo;alya<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/header>\n<div id=\"article-body\" itemprop=\"articleBody\" style=\"font-size: 12px;\">\n<div>\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;annonce du nombre de Fran&ccedil;ais juifs migrant en Isra&euml;l est devenue, depuis quelques ann&eacute;es, un moment de l&rsquo;actualit&eacute; politique fran&ccedil;aise, pr&eacute;cis&eacute;ment depuis&nbsp;2000 et le d&eacute;but de la deuxi&egrave;me Intifada. Alors que l&rsquo;alya de juifs de France n&rsquo;est pas un ph&eacute;nom&egrave;ne nouveau &#8211; il aurait concern&eacute; plus de 90 000&nbsp;personnes depuis la cr&eacute;ation d&rsquo;Isra&euml;l en&nbsp;1948 &#8211; l&rsquo;augmentation nette des violences antis&eacute;mites a donn&eacute; aux d&eacute;parts une signification nouvelle. Pouvoirs publics et m&eacute;dias scrutent, avec inqui&eacute;tude, des chiffres pass&eacute;s d&rsquo;environ 2 500, en&nbsp;2004, &agrave;&nbsp;plus du double dix&nbsp;ans plus tard. 2014 s&rsquo;annonce comme une ann&eacute;e record. L&rsquo;affaire Dieudonn&eacute;, les&nbsp;meurtres antis&eacute;mites commis par Mehdi Nemmouche, la pouss&eacute;e du Front national et les incidents en marge de manifestations pro-palestiniennes n&rsquo;y sont &eacute;videmment pas pour rien. On s&rsquo;oblige &agrave; pr&eacute;ciser &#8211; comme pour se rassurer &#8211; que le nombre de retours vers la France de ceux qui n&rsquo;ont pas r&eacute;ussi &agrave; s&rsquo;int&eacute;grer &agrave;&nbsp;Tel-Aviv, J&eacute;rusalem ou Ha&iuml;fa, n&rsquo;est pas connu et qu&rsquo;il serait cons&eacute;quent (jusqu&rsquo;&agrave; un tiers des partants).<\/p>\n<p>\n\t\t\tL&rsquo;angoisse d&rsquo;une partie des juifs de France est ind&eacute;niable. Il suffit d&rsquo;&eacute;couter les d&eacute;clarations des dirigeants communautaires ou de lire la presse juive pour s&rsquo;en convaincre. L&rsquo;&eacute;migration vers Isra&euml;l n&rsquo;est toutefois pas r&eacute;ductible &agrave; une &laquo;alya de la peur&raquo;. Aux facteurs r&eacute;pulsifs, qui incitent &agrave; partir des Fran&ccedil;ais qui ne se posaient pas jusqu&rsquo;alors la question de leur appartenance &agrave; la communaut&eacute; nationale, s&rsquo;ajoute l&rsquo;attractivit&eacute; d&rsquo;Isra&euml;l. L&rsquo;appel du sionisme, seule id&eacute;ologie du&nbsp;XIXe&nbsp;si&egrave;cle &agrave; avoir &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;e et &agrave; perdurer, ne doit pas &ecirc;tre n&eacute;glig&eacute;. Les juifs, qui ont d&eacute;cid&eacute; de quitter la&nbsp;France, n&rsquo;&eacute;voquent pas seulement l&rsquo;antis&eacute;mitisme croissant dans les banlieues, mais aussi un d&eacute;sir de r&eacute;alisation d&rsquo;un projet national, un d&eacute;sir de r&eacute;alisation de soi. Kurt Blumenfeld, leader et intellectuel sioniste &#8211; et par ailleurs mentor de la jeune Hannah Arendt dans cet engagement &#8211; avait th&eacute;oris&eacute;, d&egrave;s les ann&eacute;es&nbsp;20, le retour &agrave; Sion comme un accomplissement de soi, une r&eacute;conciliation du juif avec son &ecirc;tre intime et son&nbsp;identit&eacute; v&eacute;ritable.<\/p>\n<p>\n\t\t\tPour nombre de juifs fran&ccedil;ais, partir en Isra&euml;l est aussi un acte religieux. La division d&rsquo;Isra&euml;l en communaut&eacute;s &eacute;tant tr&egrave;s marqu&eacute;e, faire son alya permet de se retrouver dans des quartiers homog&egrave;nes, o&ugrave; le respect du shabbat et des pratiques religieuses juives sont la norme. La multiplication des d&eacute;parts de France peut ainsi &ecirc;tre vue, entre autres, &agrave; travers le prisme de l&rsquo;&eacute;ducation juive telle qu&rsquo;elle s&rsquo;est d&eacute;velopp&eacute;e depuis les&nbsp;ann&eacute;es&nbsp;70&nbsp;: les &eacute;coles juives et certains mouvements de jeunesse sionistes sont le creuset de l&rsquo;alya. Signe int&eacute;ressant, l&rsquo;enseignement de l&rsquo;h&eacute;breu s&rsquo;est grandement diffus&eacute;, et les jeunes qui partent apr&egrave;s leurs &eacute;tudes sont bien mieux pr&eacute;par&eacute;s que leurs a&icirc;n&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t\t\tSi l&rsquo;alya fran&ccedil;aise est notamment le r&eacute;sultat de l&rsquo;intensification de la pratique religieuse chez une partie des juifs fran&ccedil;ais, elle est aussi paradoxale : elle peut &ecirc;tre &agrave; la fois mue par une volont&eacute; de se retrouver dans un milieu homog&egrave;ne et en m&ecirc;me temps s&rsquo;inscrire dans un mouvement g&eacute;n&eacute;ral de mondialisation qui favorise l&rsquo;ouverture &agrave; l&rsquo;international. A l&rsquo;heure d&rsquo;Internet, des vols low-cost et de l&rsquo;extension des &eacute;changes universitaires, les migrants restent en contact avec la France. Certains habitent &agrave; Tel-Aviv et travaillent &agrave; Paris, r&eacute;alisant ce qu&rsquo;on a pris l&rsquo;habitude d&rsquo;appeler l&rsquo;&laquo;alyah Boeing&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\t\tD&rsquo;autres expressions de ce type ont &eacute;merg&eacute; au cours des derni&egrave;res ann&eacute;es. L&rsquo;&laquo;alya Miami&raquo; d&eacute;signe ces retrait&eacute;s fran&ccedil;ais qui s&rsquo;installent dans les villes c&ocirc;ti&egrave;res isra&eacute;liennes, &agrave; l&rsquo;instar des septuag&eacute;naires am&eacute;ricains qui profitent du soleil de Floride. Quant &agrave; l&rsquo;&laquo;alya fiscale&raquo;, elle fait r&eacute;f&eacute;rence aux avantages fiscaux que l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l &#8211; dont le gouvernement pratique une politique &eacute;conomique tr&egrave;s lib&eacute;rale &#8211; accorde aux nouveaux immigr&eacute;s. Car l&rsquo;alya peut &eacute;galement &ecirc;tre motiv&eacute;e pour des raisons &eacute;conomiques. Partir en Isra&euml;l, c&rsquo;est aussi chercher &agrave;&nbsp;s&rsquo;int&eacute;grer dans un pays en plein d&eacute;veloppement, une &laquo;nation start-up&raquo; dynamique et cr&eacute;ative qui conna&icirc;t un succ&egrave;s insolent dans le&nbsp;domaine de la haute technologie et des industries culturelles.<\/p>\n<p>\n\t\t\tEn somme, Isra&euml;l est vu par ceux qui s&rsquo;y installent tant&ocirc;t comme un refuge &#8211; ce qui n&rsquo;est pas le moindre des paradoxes compte tenu de la fr&eacute;quence des affrontements isra&eacute;lo-palestiniens &#8211; tant&ocirc;t comme un&nbsp;&laquo;foyer national&raquo; et spirituel, mais aussi comme un&nbsp;eldorado qui contraste avec les pesanteurs de la&nbsp;France. L&rsquo;alya n&rsquo;est donc pas qu&rsquo;une cons&eacute;quence de la hausse de l&rsquo;antis&eacute;mitisme ; c&rsquo;est aussi un reflet du marasme qui touche notre pays.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/auteur\/4356-jean-marc-dreyfus\">Jean-Marc DREYFUS Enseignant-chercheur &agrave; l&rsquo;universit&eacute; de Manchester<\/a>et&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/auteur\/5578-marc-hecker\">Marc HECKER Chercheur &agrave; l&rsquo;Institut fran&ccedil;ais des relations internationales (Ifri)<\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paris &#8211; J&eacute;rusalem : les raisons de l&rsquo;alya &nbsp; &nbsp; L&rsquo;annonce du nombre de Fran&ccedil;ais juifs migrant en Isra&euml;l est devenue, depuis quelques ann&eacute;es, un moment de l&rsquo;actualit&eacute; politique fran&ccedil;aise, pr&eacute;cis&eacute;ment depuis&nbsp;2000 et le d&eacute;but de la deuxi&egrave;me Intifada. 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