Ma fille- appelons la Nina – 13 ans, me rapporte une conversation avec une camarade de collège- appelons la Marie – ,et qui a eu lieu cette semaine :
Marie : « Nina, j’ai lu hier un truc qui m’a fait trop grave flippée, sur les camps de concentration »
Nina : « Ah, tiens ! Ca disait quoi ? »
Marie : « J’sais pas, plein de trucs trop z’horribles qu’y z’ont fait les allemands aux Juifs ! Ca s’peut pas des trucs pareils ! »
Nina : « Je vois que t’étais pas au courant…Nous, c’est normal, on en parle souvent à la maison »
Marie : « Mais pourquoi on veut toujours les tuer les Juifs ? J’comprends pas très bien….. »
Nina : « D’après ce que j’ai compris, l’antisémitisme, c’est pas un racisme comme les autres. Y’a autre chose en plus. D’ailleurs, c’est difficile de reconnaître un juif à son physique. On se met à détester quelqu’un qu’on aimait bien jusque là seulement après avoir appris qu’il était juif. »
Marie : « Ouais, c’est bizarre… Mais…., mon père y dit que c’est parcqu’ y z’étaient trop riches. »
Nina : « Ah ouais ! Y dit ça ton père ? »
Marie : « Ouais ! Mon père y dit que c’est parcqu’ y z’avaient pris tout l’argent aux gens que les allemands y z’ont voulu se venger, que c’était pas juste, mais que, quand même, y z’avaient qu’à pas être voleurs »
Nina : « Ah bon ? Rien que ça ! Eh quoi d’autre encore ? »
Marie : « Et ben, mon père y dit qu’y z’ont même volé leur terre aux Arabes pour faire Israël, que cette terre ça leur appartient pas et que c’est honteux qu’on laisse faire les Juifs sans rien dire. »
Nina : « A mon avis, ton père, j’sais pas ce qu’il lit ou ce qu’il écoute, mais faudrait peut-être que je lui présente le mien ! »
Marie : «Y dit qu’y a qu’à regarder la télé pour comprendre que les Juifs, y s’comportent pas si bien que ça, hein ! »
Nina : « Ah oui, la télé ! Nous, on passe notre temps à retenir notre père pour l’empêcher de la mettre en pièces ! »
Marie : « Mon père, y dit que si y’avait pas les Juifs, ben, on serait plus tranquilles… »
Nina : « De mieux en mieux ! Et il en fait quoi, des Juifs, ton père ? »
Marie : « Mon père, y dit qu’y z’ont qu’à tous aller en Israël pour nous fich’ la paix… »
Nina : « Mais tu viens justement de dire qu’ on n’y a pas droit à Israël ! Alors, y nous met où, ton père ? »
Marie : « J’sais pas…… Mais y va bien falloir trouver une solution… »
Une solution…….
Je vous la fais comment, votre solution ? Finale ? Provisoire ?
J’y dirais bien deux mots au père de la petite Marie, immigré angolo-portugais qui n’a sans doute aucune idée de la participation des Juifs de France à la création des institutions de la patrie des Droits de l’Homme qui lui ont sans doute permis d’échapper aux massacres qui sévissaient dans la colonie portugaise bien avant l’entrée des états ibériques dans la CEE.
Quand l’Afrique s’embourgeoise et s’occidentalise, ça donne ça : une sorte d’être hybride, croisement de Bokassa 1er et de José Bové relevé d’un zeste de Lagaf’, l’œil bœuf rivé sur son petit écran et ânonnant un discours débile, fusion du journal de France2 et de la bavette taillée « Au bon coin » qui fait l’angle.
Ce discours, malheureusement, tient lieu aujourd’hui de vérité suprême. Qui tient compte des analyses fouillées des intellectuels, juifs ou pas, qui arrivent, parfois brillamment, à redresser la distorsion informative ? Qui nous lit sur Internet, dans la presse communautaire, qui nous écoute sur les ondes des radios juives ? Qui connaît la lutte de certains parlementaires courageux pour redonner un peu de lustre à l’image d’Israël piétinée aux dépens de la très vertueuse Autorité Palestinienne ? Tout cela reste bien confidentiel. Pas très télégénique, notre combat, et nos voix sont couvertes par une vox populi aux slogans de plus en plus inquiétants. La stigmatisation d’Israël laisse de plus en plus la place à celle des Juifs, les boycotts aux arguments haineux fleurissent, et la 3ème génération maghrébine est en train de réussir à retourner comme un gant la population « de souche » contre nous. La population de la France !
Cette France qui ne tressaillerait pas si demain, s’organisaient à nouveau des convois de la Mort, qui verrait partir sans sourciller « ses » Juifs vers une destination inconnue, cet enfant dont le regard insolite sur les formes et les couleurs aurait été à l’origine d’un mouvement artistique novateur ; celui dont la curiosité et la créativité auraient conduit vers des découvertes scientifiques essentielles; celui, qui, par l’acuité de ses réflexions, aurait révélé de nouvelles pistes de pensée philosophique.
Autant de talents et de génies potentiels dont l’humanité a été privée, il n’y a pas si longtemps, par des barbares des temps modernes que certains veulent imiter aujourd’hui.
Que faire ? Donner raison au père de Marie, et partir ? Peut-être…, mais pas sans exprimer, en attendant, quotidiennement, mon dégoût de la veulerie, de l’ingratitude et de la crétinerie politique de cette France que j’aime encore tant. Pas sans dire à cette France que je ne suis pas dupe de ses faux accents humanistes. Pas sans hurler ma haine de la haine.
Mon père, y disait : « Tout ce qui n’est pas juif est anti-juif ! »
Il exagérait, mon père…..
Quoique…….
Jean-Pierre Chemla