LIrak en question ! (info # 012511)
Par Stéphane Juffa © Metula News Agency
Hier soir, pendant le journal principal de la deuxième chaîne de télévision israélienne, jai été surpris par une annonce, qui me semblait étrangère au déroulement naturel du bulletin. Comme sil avait à lire un communiqué, plutôt quune information à proprement dite, le présentateur déclara « que les États-Unis avaient autorisé Israël à répliquer à toute attaque dirigée contre elle par lIrak. » Le journaliste compléta, citant encore les sources américaines, en disant que « cette fois, il sagissait dune guerre totale contre le terrorisme, ce qui nétait pas le cas, à lépoque de la guerre du Golfe. »
Pour ceux qui se demandent souvent « mais où la Ména va-t-elle chercher ses informations ? » voici un exemple intéressant et représentatif du cheminement de nos analyses. Depuis plusieurs semaines, le public israélien navait plus entendu parler de Saddam Hussein et vivait sur limpression trompeuse, que la menace dune confrontation avec lIrak, était en voie de sestomper. Les interventions de Colin Powell et de Madame Rice, de plus en plus pressantes, faisant état de nouveaux indices, sur la participation de Bagdad aux actions anti-américaines, pas plus que leurs menaces militaires, de plus en plus précises, ne suffisaient plus à sortir les Israéliens de leur début dhibernation. Il faut bien reconnaître, que dans le flux et le reflux de linformation, les citoyens israéliens se sont fait une raison et justement, pour ne pas la perdre, la raison, ils se contentent de suivre les événements au jour le jour. Hier, ils faisaient des projets sur plusieurs mois et maintenant, ils sattendent à tout, avec une patience et une sagesse de vieux briscards.
A la Ména, cependant, nous avons tout de suite réagi au communiqué du Téléjournal. Comme dans une caserne de pompiers, notre petite équipe sest laissé glisser sur la colonne daluminium, jusquà ce que tout le monde retrouve ses postes de travail. Il fallait absolument savoir, ce que venait faire cette détonante dépêche américaine, dans la routine grisarde des événements de lIntifada. Cest quà Métula, on sait fort bien, que ce genre dannonces nest jamais du au hasard. Ce communiqué constitue un ou plusieurs messages, à destination dun ou de plusieurs récipiendaires ! Était-ce une mise en garde à lIrak, pour faire savoir à Saddam, que lheure du grand déballage approche ? Fut-ce une annonce en direction du public israélien, pour lui rappeler de vérifier ses équipements de défense passive, sans pour autant créer un mouvement de panique ? Était-ce, encore, un signal, destiné aux officiers et aux politiciens, marquant les conclusions dune consultation américano-israélienne secrète, sur la coordination des efforts, en vue de lélargissement de la guerre contre le terrorisme ? Nul, en létat, ne pourrait le dire avec certitude !
Cest assez rapidement, cependant, que nous avons fait le recoupement, entre la nouvelle dAroutz 2 et larticle dAlex Fishman, paru dans lédition de Yedioth Aharonot de la fin de semaine. Nous ne nous sommes vraisemblablement pas trompés quant à lexistence de « manuvres préparatoires » à lextension du conflit à lIrak, puisque nous avons été avertis, que lambassade de France à Tel Aviv, avait pris la peine de traduire ledit article, avec empressement, et de publier un avertissement relatif à son contenu.
En gros, Fishman prétend que le but véridique de la venue, dès lundi, du général Zini dans la région, nest pas de relancer le processus de paix, comme annoncé officiellement par Colin Powell mais au contraire, de le geler ! Sous le couvert dune initiative, visant à montrer aux pays arabes, que les USA ne négligent pas le conflit israélo-palestinien, la mission réelle de Zini, consisterait à préparer le terrain politique, à linvasion de lIrak, aux premiers rayons de soleil du printemps.
A Métula, on confime quAlex Fishman nest pas précisément ce quon pourrait appeler un « rigolo ». Cest même un journaliste, qui a régulièrement les faveurs des indiscrétions de plusieurs gros bras de larmée de défense dIsraël.
Lun des éléments, qui vont dans le sens de larticle de Fishman, consiste à comprendre, pourquoi lAdministration américaine, évaluerait que les chances de Zini, pour établir un cessez-le-feu de compromis, seraient supérieures à celles de Tenet ? Rappelons que Tenet est le chef de la CIA et quil dispose darguments convaincants, pour faire pression sur ses interlocuteurs. Cela na pas empêché la dernière initiative de Tenet, déchouer lamentablement ; lAutorité palestinienne ayant bien entériné verbalement le plan de la CIA mais sétant montrée réticente à mettre en place les mesures de terrain, nécessaires à le faire respecter.
Alors, dans ces conditions, pourquoi Zini ? Pourquoi envoyer un général américain au casse pipe, à grands renforts de publicité ? Surtout quil convient de constater, comme la fait le Ministre israélien de la défense, Ben Eliézer, la semaine dernière, en compagnie des chefs de tous les organes du renseignement, que lautorité de Yasser Arafat est en chute libre, dans les territoires de lAutonomie. Si, au moment des initiatives Tenet et Mitchell, le Raïs aurait probablement pu prendre des mesures pour faire respecter une trêve, ça nest désormais plus le cas. Les dernières semaines ont vu saffirmer lautorité des commandants de proximité, dans les villes palestiniennes et diminuer dautant, linfluence dArafat.
La constatation de Ben Eliézer et des SR amène dailleurs Israël, à des conclusions qui dépassent, en substance, les aspects ayant trait à linitiative du général Zini. Si Israël exige dArafat un cessez-le-feu absolu et que le Mossad est davis, que le dirigeant palestinien nest plus capable, même sil le désirait, dinstaurer un tel cessez-le-feu, lIntifada déclenchée par Arafat, pourrait bien durer indéfiniment. Doù les pressions des ministres pragmatiques du gouvernement Sharon, ainsi que les actions des Européens, qui suggèrent dalléger les conditions pour la reprise dun dialogue politique avec lAP, avant quil ne reste, en face, que le Hamas et le Djihad islamique !
Mais revenons à Zini et à linitiative américaine ! Aux USA, justement, le département de la défense a acquis la certitude de limplication de lIrak, dans la fabrication et la diffusion de lAnthrax. LAdministration attendrait laboutissement de ce round de la bataille dAfghanistan, pour publier le fruit de ses investigations. Cette appréciation tient leau, dautant plus, que personne nimaginait, que lAmérique saccorderait le moindre répit, avant davoir identifié, avec précision, les manufacturiers et les diffuseurs de la bactérie du charbon. Or, ces conclusions nont toujours pas été publiées !
Zini est un diplomate expérimenté et brillant, un bulldozer ! Nul doute, que son arrivée ne va pas manquer de faire des vagues et quil va distribuer, de ci de là, quelques déclarations tonitruantes et pleines denthousiasme. On sattend également, à ce que le général Yankee, reçoive un accueil chaleureux, tant à Gaza, quà Jérusalem. A Jérusalem, le ministère des affaires étrangères a déjà fait savoir, quIsraël se considérait toujours liée par les plans Tenet et Mitchel et quelle mettrait tout en uvre, pour faciliter la tâche de lenvoyé de Bush. Même son de cloches, dans lentourage dArafat, où lon promet au général américain la plus totale des coopérations. Du côté palestinien, on comprend bien quon est, plus que jamais, sur la sellette et quà Washington, personne ne croit sérieusement, quArafat a produit 100% deffort, en vue de faire respecter la trêve, comme le lui demandait le Président Bush. LAP, qui est toujours soupçonnée damitiés irakiennes, va recevoir un deuxième carton jaune, à lorée dune opération contre Saddam Hussein. Zini va surtout faire comprendre aux deux partis en conflit, que ce dont lAmérique à besoin, dans ces temps de guerre, cest du calme absolu et que les vrais amis de lAmérique, respecteront cette nécessité, sil le faut, en lui donnant même la priorité sur leurs préoccupations immédiates.
Dans cette optique-là, on peut rejoindre Fishman, sans craindre de ségarer. LAdministration U.S nest pas du tout prête à diriger un Camp David III ou toute autre action diplomatique denvergure, avant que ne soient neutralisés les ennemis de lAmérique. A Washington, on naurait pas évoqué de possibles représailles israéliennes en Irak, si le temps du marchandage final était arrivé. Tout le monde espère, en définitive, que la visite de Zini aura un effet sédatif sur les violences et quelle permettra aux populations civiles de souffler un peu. Ca serait déjà pas mal !


