L' OUBLIEE
19 mai 2020, 11:06
L’OUBLIÉE.

Cette histoire ne se rapporte à aucune fait réel.


Elle était très connue à la Goulette ( j ai oublié volontairement son prénom) Serviable, offrant même son plat à son voisin l’indigent en lui disant à chaque fois ‘...Qoul ye MRIDECKH ââmeltéleq li qenti ( mange, je l’ai faite exprès pour toi) en fait il n’en était rien, elle offrait son dîner chaque soir.

Elle était la maman de 8 enfants, tous abonnés à l’O.S.E le papa était paralytique. Alors qui subvenait à leurs besoins… ? PERSONNE, sauf elle qui commercialisait les feuilles de briks, qu’on nomme MALSSOUQA…..Chaque millimes était parcimonieusement économisé pour l’avenir de ses enfants. Ainsi vivait la famille dont j’ai oublié volontairement le nom.

En plus de cette charge de la fabrication de la feuille de brick, elle était aux petits soins de son mari. Des soins que bcp d’entre nous savent de quoi il s’agit . Aâdeb.. Mais jamais un mot de gémissement, ni une plainte.

Ainsi chaque jour ressemblait à la veille et la veille au lendemain, elle prenait tous les jours, un jour de plus sur son âge. Son fils aîné obtient le bac… Elle l’enverra en France, chez son oncle avec l’argent économisé. L’oncle était un homme très bon. Il accueillit le jeune garçon à bras ouverts.

Arrive le tour de la seconde, un belle jeune fille qui devient couturière dans son quartier. Une aide financière précieuse pour la maman. Mais la renommée cause parfois des surprises, elle écoute les conseils d’une cliente qui lui propose de venir travailler à PARIS. Sa maman accepte, la jeune fille se retrouve donc à Paris à travailler dans l’atelier d’un grand couturier. Tandis que son frère poursuit des études de médecine. Le temps passe, comme passent les flamands roses du lac BAHIRA au dessus de nos têtes et voilà que le troisième sort de L ORT avec les félicitations de la direction, il s’envole pour GENÈVE où il deviendra ingénieur électricien.

Son avenir est assuré et tout cela grâce au pécule de la maman. Le quatrième tourne mal, il fréquente des gens douteux, des voyous, joueur de cartes, son vice va le mener à la catastrophe, il est retrouvé assassiné à Tunis du coté de BAB JDID. La maman ne se relèvera pas de ce chagrin mais s’oblige à travailler pour ses autres enfants, et comme la chance est au rendez vous , son mari décède un soir sur son fauteuil roulant. La dame de fer ressent les premiers signes d’une grande fatigue mais la volonté de vivre est plus forte que le découragement. Les autres enfants obtiennent tous de très bonnes situations, le dernier ira immigrer en Israël.

Voilà la courageuse dame seule entre quatre murs contrainte tjs à chauffer et à cuire ses feuilles de briks alors que ses enfants vivant ailleurs ne donnent aucun signe de vie, rien pas un franc ne lui ai envoyé. Les fils et filles sont aux abonnés absents.

Alors qu’elle charge souvent des amis en partance pour Paris pour avoir de leurs nouvelles, ces derniers par pudeur faignent de n’avoir rencontré personne. Rien. A croire qu’ils ont perdu leur mère. Cette dernière est au plus mal, ses mains s’usent, ses pieds gonflent, sa santé périclite, tout en elle périclite. Elle n’a même plus la force de se laver et c est ainsi qu’un voisin s’apercevant de son état délabré, avise L OSE. L’Asile des vieux et vieilles. Elle est prise en charge par l’organisme charitable. Mais la seule chose qu’elle invoque est le prénom de ses enfants, elle ne cesse de les appeler la nuit au point que la surveillante en vient à pleurer chaque soir qd elle entend ses plaintes. MAURICE, FREDDY, SIMONE….etc...Elle s est cloitrée dans ce langage nominatif. Elle ne parle à personne, et même oublie de manger. Elle devient méconnaissable. Elle a même oublié ses patronymes, elle ne sait plus qui elle est. Elle agite ses mains comme si elle devait étaler sa pâte sur le tanjir.

30 ans se sont écoules depuis le départ de son premier fils devenu un grand chirurgien.

Un jour du mois d’Avril 1992, la salle des retraités est en effervescence, la directrice leur annonce qu’un grand monsieur va venir leur rendre visite, un ancien GOULETTOIS. Et qu’il va falloir bien se tenir. Le jour arrive et MR LE GRAND fait son entrée à L’HOSPICE sans même penser à aller rendre visite à son ancienne maison. Les grands oublient d’où ils viennent. D’où ils sont issus

La chambre de la maman est fermée à double tour qd le GRAND MONSIEUR visite l’asile. Il s’enquit dans un bon français de l’état des pensionnaires, il fait le tour des chambres mais trouve l’une d’elle fermée. ‘...Pourquoi celle là madame….S….. est fermée… ? ‘...C ‘est une dame âgée qui a perdu tous ses moyens, nous avons jugé utile qu’elle devrait rester dans sa chambre…Elle interpelle depuis des années ses enfants mais hélas aucun d’eux n’est venu la voir... !’ ‘...Ouvrez la cette porte pour que je la vois, s’il vous plaît… !’ Madame S…..Obéit et ce que le CHIRURGIEN voit le laisse sans voix...Une femme qui répète son prénom, et celui de ses autres enfants…. ! Là, il est sidéré, il a du mal à reconnaître sa maman… ! ‘….Elle se nomme comment cette dame… ? ‘..Madame……...Elle habitait à la rue……. !’ Le chirurgien prit d’une crise de larmes tombe aux pieds de sa maman. Il lui prend ses mains, les embrasse mille fois…. La serre contre lui….Mais la vieille sénile reste de marbre, elle ignore qui est ce MONSIEUR… Il tourne la tête vers MADAME SBERRO...’...JE VAIS LA PRENDRE CHEZ MOI MADAME….Si cela ne vous cause aucun problème annonce le fils larmoyant. Il informe par téléphone ses frères et sœurs de l’état de leur mère.

Deux jours plus tard, la vielle maman accompagnée de son fils sont accueillis à ORLY. Mais la vieille dame ne reconnaît personne. Aucun de ses enfants, mais n’a pas oublié leur prénom qu’elle répète inlassablement….

Quatre ans plus tard...MADAME…...décède à 92 ans, dans le grand pavillon de son fils aine.
Ses seules et dernières paroles sont un hymne aux prénoms de ses enfants.
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