Cattan Georgette et Stalamacchia Suzanne, par Cattan Christel…
bonsoir,
ces deux et formidables soeurs faisaient partie et font toujours dans mon coeur partie de ma famille. Elles étaient les soeurs de mon grand père paternel dont je taierai le nom par respect pour mon père, mon Dieu de papa. Il a échappé à l’horreur de cette foutue guerre diabolisée par cet Hitler, que je déteste par toutes les veines de mon corps. Sans lui, nous serions une famille bien nombreuse……………… Tous ont été exterminés dans ces foutus camps, mon père a pu être caché je ne sais comment, mais ce qui fait que je suis là et lui aussi. Mon sang est juif, ma religion catholique. Ceci expliquant cela. J’ai été assez et même choquée de voir le nom de mes deux arrières tantes dans ce texte. Mais mille fois mercis pour elles, en leur mémoire et pour toute cette injustice gratuite.
christel CATTAN
NOS KIFS
Un kif? C’est un bon couscous boulette suivi d’une malboro light…
ANONYME

TROIS ETATS EN PALESTINE?
Par Jacob Savage, membre du Centre Shalem à Jérusalem
Paru dans le Los Angeles Times le 25 Juin 2007
Traduit par Artus pour www.nuitdorient.com
Séparer Gaza de la Cisjordanie est plus réaliste sur le plan historique que former une nation palestinienne unifiée.
La prise du pouvoir récente à Gaza par le Hamas a révélé de profondes fissures au sein de la cause palestinienne. Aussi bien les Américains que les Israéliens ou les Palestiniens, tout le monde voudrait croire que ces divisions sont temporaires, mais la réalité du terrain n’est pas aussi simple. En grande partie, les habitants de Gaza et de Cisjordanie sont des populations différents et l’idée d’une solution à 3 états tiendrait mieux compte de la réalité historique.
Au début du 19ème siècle, Gaza était dominée culturellement par l’Egypte voisine. Elle faisait partie de l’Empire Ottoman, mais la plupart de ses habitants étaient des Egyptiens qui avaient fui l’instabilité politique en Egypte. D’un autre côté, depuis la naissance du royaume hashémite de Transjordanie en 1921, la Cisjordanie était culturellement et économiquement liée à lui. Et contrairement à Gaza, la Cisjordanie a toujours eu une minorité chrétienne prospère, qui avait une influence modératrice. Depuis la renaissance de l’état d’Israël en 1948, ces 2 entités vécurent des expériences différentes. En 1950, la Transjordanie annexa la Cisjordanie, pour devenir la Jordanie et accorda à ses habitants la citoyenneté, créant une administration et une infrastructure légale favorisant les liens de cette région avec le reste du monde arabe.
A contrario, l’occupation simultanée de Gaza par l’Egypte était bâclée et brutale. Les habitants de cette entité restèrent sans citoyenneté et ne pouvaient quitter les lieux. L’Egypte n’a jamais créé une administration locale, et les Egyptiens ont occupé tous les postes civils et militaires.
Aujourd’hui encore les économies de ces 2 entités sont totalement déconnectées. Gaza baigne dans une pauvreté telle qu’elle s’est radicalisée sur le plan religieux et politique. En 2006, le chômage était supérieur à 35%, comparé aux 18% de la Cisjordanie. En dehors des subsides étrangers et du parapluie politique de l’Autorité Palestinienne, il n’y a rien d’autre de commun entre ces 2 entités.
Pourtant la différence la plus importante concerne la manière dont les réfugiés ont été intégrés. Plus d’un million de réfugiés et leurs descendants vivent dans la bande de Gaza, représentant 84% de la population locale et la moitié d’entre eux vivent encore dans des camps gérés par les Nations Unies. La Cisjordanie a mieux intégré ses réfugiés sur un territoire plus grand. Les réfugiés ne représentent plus que 10% de la population locale et un quart d’entre eux seulement sont encore dans des camps. Plus intégrés sur le plan familial et sur le plan économique ces réfugiés sont plus ouverts à un éventuel compromis. Il est concevable ainsi que les Palestiniens de Cisjordanie acceptent de renoncer au droit au retour contre des concessions territoriales. Ce qui est impensable de la part des réfugiés de Gaza dont plusieurs générations n’ont eu comme seul horizon que des camps.
Croire que les identités nationales sont figées est une fiction du 20ème siècle. L’identité nationale palestinienne a évolué depuis l’empire ottoman, et il n’y a aucune raison de croire qu’elle restera gelée. Ainsi les Palestiniens de Cisjordanie qui ont obtenu une citoyenneté en 1950 se considèrent comme Jordaniens. Après la Guerre des 6 jours de 1967, ils ont adopté une identité pan-palestinienne et il a suffi d’une seule génération séparée des institutions jordaniennes pour qu’il en soit ainsi (1). La division entre Gaza et la Cisjordanie s’est poursuivie sous tutelle israélienne et toute une génération d’habitants de Gaza ne connait rien de la Cisjordanie et réciproquement.
A la lumière du récent schisme entre le Hamas à Gaza et le Farah en Cisjordanie, la vision d’Arafat d’une Palestine unie est devenue plus lointaine que jamais, et il est temps de considérer une solution à 3 états.
Dans cette configuration, Israël pourrait alors traiter Gaza comme un état pariah et répondre librement à ses attaques de missiles Qassam. Israël pourrait attendre que Gaza s’enfonce de plus en plus dans le chaos et la quarantaine ou qu’un dirigeant plus modéré, mais improbable, prenne le pouvoir.
Les Cisjordaniens seraient les premiers à profiter d’un tel arrangement. En effet, Israël envisage déjà de restituer au Fatah les taxes retenues, soit un demi milliard $. Une fois détaché de Gaza, les dirigeants en Cisjordanie obtiendront vraisemblablement l’allègement des postes de contrôles et l’évacuation de certaines implantations. Selon une logique perverse, même les résidents de Gaza profiteraient de cette situation, puisque libérés de l’hégémonie du Fatah, ils pourront pratiquer en toute quiétude la contre-utopie islamiste qu’ils auront choisie.
Ainsi la Palestine divisée facilitera en fin de compte une solution temporaire au conflit, paix entre Israël et la Cisjordanie, lutte sporadique de Gaza avec Israël. C’est une solution partielle, il faut en convenir, mais meilleure que le statu quo sans aucune solution.
Note
(1) Ayant perçu que ses anciens sujets palestiniens ne se sentaient plus jordaniens, le roi Hussein a renoncé à toute revendication sur la Cisjordanie dès 1988.
THE THREE-STATE SOLUTION?
By Jacob Savage, graduate fellow at the Shalem Center in Jerusalem.
Los Angeles Times – June 25, 2007
Separating Gaza from the West Bank makes more historical sense than forming a unified Palestinian nation.
The Hamas takeover of Gaza this month revealed deep fissures within the Palestinian cause. The Americans, the Israelis and the Palestinians all might like to think these divisions are temporary, but the reality is not so simple. To a large extent, residents of Gaza and the West Bank are two different peoples, and the idea of a three-state solution — Israel, plus a Hamas-run Gaza and a Fatah-governed West Bank — makes historical sense.
Gaza was, starting in the early 1800s, culturally dominated by neighbour ring Egypt. Though Gaza was part of the Ottoman Empire, a large number of its residents were Egyptians (and their descendants) who had fled political turmoil. The West Bank, on the other hand, became culturally and economically linked with Jordan after the kingdom’s founding in 1921. Unlike Gaza, the West Bank always has had a prosperous Christian minority, which served as an important moderating influence.
The two regions’ experiences after the establishment of Israel in 1948 also were quite different. In 1950, Jordan annexed the West Bank, granted its residents citizenship and created a bureaucratic and legal infrastructure that helped connect the West Bank with the rest of the Arab world.
The simultaneous Egyptian occupation of Gaza, however, was both careless and brutal. Gazans remained stateless and were forbidden to leave the strip. Egypt never created a Gazan civil service, placing Egyptians in charge of all civil and military posts.
Even today, the two economies are almost entirely disconnected. Gaza wallows in a poverty that has led to political and religious radicalization. In 2006, Gaza’s unemployment rate was more than 35 percent, compared to 18% in the West Bank. With the exception of the joint distribution of foreign aid and political patronage, the two regions have very little to tie them together.
However, the most important difference is the way that refugees who fled or were expelled from Israel in 1948 have assimilated. More than a million refugees and their descendants live in the Gaza Strip, making up more than 84% of the total population — and nearly 50% still live in camps.
The much larger West Bank integrated its refugees far more successfully. Only 26% of refugees are in camps there — representing less than 10% of the total population. Because they have created familial and economic ties to the West Bank, they are more rooted and amenable to political compromise.
It is conceivable, for instance, that West Bank Palestinians would give up the refugees’ right of return in exchange for Israeli territorial concessions. Yet many Gazans, who have lived in refugee camps their whole lives, are tragically, if understandably, unwilling to accept such a compromise.
The idea that national identities remain static is a late 20th century fiction. Palestinian identity has been in flux since the Ottoman period, and there is no reason to think that it is now frozen in place. Indeed, after receiving Jordanian citizenship in 1950, many residents of the West Bank came to see themselves as Jordanian. Yet following the Israeli conquest in the 1967 Six Day War, they quickly adopted a panPalestinian identity.
All that was needed for this identity to shift was a single generation severed from Jordanian power, influence and institutions. (Acknowledging that his ostensible subjects would never again view themselves as Jordanians, King Hussein renounced all claims to the West Bank in 1988.) A similar division has existed for some time between Gaza and the West Bank. As a result of Israeli travel restrictions, an entire generation of Gazans has never set foot in the West Bank, and vice versa.
In light of the current political schism between the West Bank and Gaza, Yasser Arafat’s vision of a united Palestine seems more remote than ever. It is finally time to seriously consider a threestate solution.
Israel would be able to treat Gaza as a pariah state and respond to Hamas’s rocket attacks accordingly. Israel could then await Gaza’s further descent into a quarantined chaos or the unlikely emergence of a more moderate political leadership.
West Bank Palestinians also could profit from such an arrangement. Indeed, the Israelis are already considering giving Fatah the nearly halfbillion dollars in tax revenues they’ve been withholding. Once detached from Gaza, the West Bank leadership probably could force Israel to dismantle roadblocks and evacuate settlements. Following a perverse logic, the benefits might even extend to residents of Gaza. Freed from West Bank hegemony, Gazans could live in whatever Islamist dystopia they choose.
A bifurcated Palestine ultimately might facilitate a temporary solution to the conflict: peace between Israel and the West Bank, continued fighting between Israel and Gaza. This is an admittedly partial solution, but it is better than the status quo of no solution at all.
Il existe une meilleure solution encore que celle qui est présentée ici, une solution qui évite le déplacement des populations. Transformer la Cisjordanie en fédération de cantons, ayant des cantons juifs fédérés à Israël ou sous souveraineté israélienne et des cantons arabes fédérés ou liés de nouveau à la Jordanie.
A l’issue des événements sanglants à Gaza entre le Hamas et le Fatah, qui ont débouché sur la séparation de fait de Gaza de l’Autorité Palestinienne, nous avons entendu un homme de bon sens de la rue à Ramallah tirer la conclusion en arabe qu’il fallait rattacher à nouveau la Cisjordanie à la Jordanie et Gaza à l’Egypte.
www.nuitdorient.com
Chers amis Harrissiens, vous qui aimez la lecture et la culture, je ne saurais que trop vous conseiller, la lecture du livre de l’auteur : Michèle Escamilla-Colin, Crimes et chatiments dans l´Espagne inquisitoriale.
L’auteur retrace ici l’histoire d’une Espagne baroque déclinante, dégage le rapport entre délit et sentence, retrouve le profil socioprofessionnel du condamné, et aussi son aspect physique, grâce aux coordonnées d’identification à jamais fixées par le zèle du policier du Saint Tribunal. Les principaux
aspects de l’expérience inquisitoriale, vécue dans une souffrance quotidienne : arrestation, mise au secret, torture, délation forcée, infamante et théâtrale exhibition en autodafé, condamnation à la ruine, à la prison, parfois à la plus horrible des morts nous sont révélés. Parmi eux, les cryptojudaïsants sont les plus nombreux. Pour avoir pratiqué leur religion, interdite depuis le décret d’expulsion du royaume
d’Espagne, en 1492, ils sont enfermés, torturés, jugés et châtiés. D’ailleurs, le Tribunal de la foi, alors vieux de deux siècles, n’avait-il pas été créé pour eux ? Ne furent-ils pas l’adversaire privilégié de l’inquisiteur, le seul qui méritât tous ses efforts, le seul qui fût digne de lui ?
En voici un résumé :
CRIMES ET CHATIMENTS DANS L’ESPAGNE INQUISITORIALE
DU CRYPTOJUDAISME A L’AUTODAFE
L’Espagne du 14em. siècle,… l’Espagne n’avait pas échappé aux horreurs de la peste bubonique, pas plus qu’elle n’avait échappé aux séquelles d’une autre peste, c’est à dire à l’agitation sociale. Vers la fin du 14em. siècle le virus de l’antisémitisme qui avait pris naissance dans l’Europe du nord, commença à infecter la culture espagnole.
On assista alors à des flambées de violences contre les Israélites, sous l’impulsion de dirigeants religieux ultras, on s’employa avec ardeur à convertir au christianisme tous les Musulmans, et tous les Israélites d’Espagne. En certains lieux il leur fut fait interdiction de manger, de boire avec des Chrétiens, voire même de leur parler.
Ils furent empêchés d’exercer leurs métiers d’artisanat et d’agriculture, il leur fût interdit de porter des vêtements de soie, et on les contraignit d’aller en guenilles, la famine menaçait. Faisant irruption dans la synagogue de Tolède des Chrétiens zélateurs en firent une église : Santa Maria la Blanca, le même
sort s’abattit sur quantités d’autres synagogues et de mosquées. Les pressions et la violence se firent si intenses que des milliers d’ Israélites et Musulmans se convertirent au christianisme.
Ici comme dans le reste de l’Espagne une vague de conversions déferla, en refluant elle a laissé
derrière elle pas moins de cent milles convertis, les Espagnoles les appelèrent les Nouveaux Chrétiens.
La communauté des Séfarades si bien intégrée à la vie espagnole fut déchirée en deux clans, beaucoup de ses membres s’étaient convertis publiquement, mais en privé continuaient à observer les rituels de leur religion originelle. Un ressentiment se fit jour contre ceux qui continuaient à observer leurs
anciens rites, les Chrétiens ulcérés les surnommèrent les « Marranos », vocable tiré d’un mot ibérique désignant les cochons.
Quand les royaumes de l’Espagne chrétienne furent enfin unis sous le règne de Ferdinand et d’Isabelle, les monarques se mirent en devoir de purifier la foi de leurs sujets chrétiens. Le premier jour de l’an 1481 l’Inquisition espagnole commença sa sale besogne. Pour faire disparaître jusqu’aux derniers vestiges des rituels Israélites chez les Nouveaux Chrétiens, pour briser toutes relations entre les convertis et les autres Israélites d’Espagne, des milliers d’hommes et de femmes furent jugés et torturés, des milliers finirent sur le bûcher, pourtant des années de terreurs et de tortures ne purent
anéantir les liens établis et leur héritage culturel.
L’Inquisition espagnole exigeait maintenant une action encore plus radicale, c’est dans la fastueuse salle des ambassadeurs de l’Alhambra, que le 31 mars 1492, la longue et illustre histoire des Israélites d’Espagne prit fin tragiquement, c’est ici que le Roi Ferdinand et la Reine Isabelle cédant à la demande pressante de Torquémada le Grand Inquisiteur, promulguèrent l’Edit d’Expulsion au terme duquel tousles Israélites d’Espagne, devaient soit se convertir au Catholicisme, soit quitter le pays avant la fin de la mi-été.
» D’après le rapport des Inquisiteurs, il ressort que les Nouveaux Chrétiens subissent un lourd dol de leur commerce avec les Israélites, subséquemment nous avons décidé d’ordonner à tous les Israélites de quitter notre royaume, et de n’y revenir pour quelle que raison que ce soit « .
Au cours de cette année là plus de cent cinquante milles réfugiés s’agglutinèrent en longues théories sur les routes d’Espagne, abandonnant derrière eux leurs demeures, leurs vignobles, leurs ateliers, leurs synagogues, leurs écoles, et leurs souvenirs de bonheurs, et ceux des jours d’épreuves, accumulés au cours de siècles inoubliables, sous la domination arabe puis chrétienne.
Ce fut là la plus massive des nombreuses expulsions d’Europe, mais ce n’était pas qu’une expulsion, c’était aussi pour l’ Espagne, la fin d’une époque de cinq siècles au cours de laquelle la vie et la pensée avait atteint des sommets inégalés en Europe occidentale. Dans ce pays en particulier la vie des Israélites et des Musulmans avait été imprégnée par un idéal, qui était de vivre pleinement et de manière créative au sein d’une société plus vaste, tout en restant fidèles aux anciennes valeurs et
traditions.
Et c’est ainsi qu’un certain jour du mois d’août, le même mois que Christophe Colomb avait choisi pour appareiller vers de nouveaux horizons, que les derniers réfugiés quittèrent l’Espagne.
Quant à leurs frères qui acceptèrent la conversion pour pouvoir rester sur leur terre, ils vont selon le bon vouloir des monarques, être livrés à la persécution et aux tortures de la Sainte Inquisition, pour finalement être jetés dans les flammes des grands autodafés populaires, qui comme nous allons le voire, et en similarité avec le jeux du cirque romains, permettait de canaliser la vindicte du peuple sur
des victimes expiatoires toutes désignées.
Ceux des analystes qui se sont penchés sur ce volet honteux de l’histoire, sont frappés par les
similitudes qui existent, tant au niveau de l’action méthodique, que de l’exactitude comptable, que de la concision des fichiers de police de l’Inquisition, similitude avec ce que l’on a vu bien plus tard chez les nazis, et autres régimes qui se spécialisèrent dans la prétendue chasse aux sorcières, que l’on peut
aussi dénommer chasse aux boucs émissaires.
Le fichier est très simple, il comprend trois volumes qui groupent sur plusieurs siècles des centaines de procès dressés par l’Inquisition.
Dés le moment où tous les non – convertis sont sensés avoir quitté l’Espagne, on promulgue l’Edit de Délation qui énumère un certain nombre de pratiques, ou de signes extérieurs, de gestes, d’attitudes, ou de non gestes, qui permettent d’attirer l’attention du vulgaire, qui ne sait d’ailleurs lui même absolument rien, à cette époque là du judaïsme. Et parmi le catalogue de ces gestes on peut citer par
exemple : le changement de chemise le vendredi, le fait surtout de ne pas travailler le samedi, et de travailler le dimanche, bien-sur au niveau des pratiques alimentaires, on demande de surveiller si les gens mangent du porc ou pas.
Evidement il y a là toute une frange de la population qui est bien placée pour surveiller, c’est bien-sur la domesticité par exemple, ce qui a du être absolument terrible, parce que tous ces nouveaux chrétiens ont évidemment des domestiques chrétiens, et il suffit que cela se passe un peu mal entre les patrons et les valets, pour qu’il y ait délation, sur les bases de tel ou tel signe assimilés à une pratique
judaïque en privée.
Et il n’y a pas que les pratiques alimentaires que l’on peut citer, il y a aussi tout ce qui concerne l’enterrement, le fait de laver entièrement le mort, de l’habiller d’un linceul blanc, ce qui apparemment n’était pas fait par les chrétiens de l’époque.
On peut dire que c’était plus facile au 16 éme. siècle pour l’inquisition de repérer les cryptoIsraélites, que ça l’eu été pour la gestapo au 20 éme. siècle parce qu’ils ne mangeaient pas de porc, ou parce qu’ils
ne travaillaient pas le shabbat.
On peut dire que beaucoup de convertis étaient restés très attachés à leur foi d’origine, et ils courraient des risques en pratiquant même de façon cachée. Et ils avaient quand même une double identité, et ce qui particulièrement atroce, c’est que l’on persécute des gens qui ne sont nullement agressifs, qui essayaient finalement de concilier leurs anciennes coutumes avec les apparences d’un comportement qui leur est imposé.
Ils ont conservé une fidélité au fort intérieur, et au fort intérieur largement étendu c’est à dire dans la cellule familiale, ou dans un groupe d’amis, et quant au reste ils donnent tous les signes extérieurs d’apaisement.
Malgré cela on les épient en tentant de pénétrer au fond d’eux mêmes, ce qui fait que cette persécution apparaît comme spécialement atroce.
Il est certain que la situation de cette fraction de la population était très inconfortable psychologiquement, puisqu’en fait sauf bien entendu la toute première génération, celle qui suit le décret d’expulsion, ces gens sont complètement coupés de leur racines judaïques, ils n’ont plus de Jurisconsults, plus synagogues, plus de livres, donc à mesure que le temps passe le contenu théologique s’amenuise, et quelques fois il devient difficile de distinguer ce qui est purement cultuel,
de ce qui est culturel à l’attachement à l’identité à des racines puissantes.
Il est à ce stade nécessaire de rappeler des similitudes qui ont existé dans d’autres groupes isolé qui ont perpétués sans plus les comprendre, des symboles, des cultes, et des rites originaires du judaïsme, et dont les significations se sont perdues à travers les siècles, et les divers avatars de la diaspora. Les exemples sont nombreux et on pourrait en citer quelques uns.
Enfin on trouvait en Espagne beaucoup de marranes qui perpétuaient tel ou tel rîtes, purement par habitude, ou par seul attachement aux traditions filiales.
Mais par contre on trouve aussi des gens qui sous la torture disent croire en Moise, et pas en Jésus, et donc aussi qui savent ce qu’être israélite veut dire. Ce qui semble être le plus fascinant dans les documents, notamment dans les « Relations de Causes » qui sont des condensés de procès, c’est lorsqu’on voit précisément quelqu’un d’ordinaire qui n’est au fond pas très convaincu finalement que l’autre est chrétien ou israélite, et s’il pratique ou non un judaïsme précisément familial, lorsqu’au fond de la prison, on saisit le moment, parce que les interrogatoires sont répétés, le moment où l’inquisiteur qui contrairement à la gestapo veut convertir, et bien le combat de l’inquisiteur c’est précisément qu’il veut obtenir la conversion du condamné.
C’est donc une sorte de lutte absolument délirante, et ce qui est vraiment le plus terrible, c’est le moment ou un être, un homme ou une femme, et il y en a plusieurs exemples, à une audience dit : « C’est terminé, je suis israélite, je veux vivre ou mourir dans la vois de Moise, vous pouvez me brûler ! ». Et en général il ne reviennent jamais, on a vu plusieurs cas de ce type ou le procès a duré encore des années, et durant cette période la personne qui a pris cette décision au fond de la cellule, dans la plus grande solitude, le plus grand dénouement, et dans la plus grande misère morale et physique, lorsqu’il a pris cette décision, il n’y revient jamais.
Et pourtant c’est là on va s’acharner, et s’acharner d’une façon extrêmement intelligente même, puisque l’Inquisition met tout en oeuvre, on fait appel à des qualificateurs qui sont des théologiens redoutables.
Dans le fond le tortionnaire qui est en face de celui qui a accepté le martyr, se dit : « Mais si on pouvait l’avoir, quelle belle âme il ferait celui-là! ».
Les martyrs sont surtout des hommes, mais on compte aussi énormément de femmes et de tous ages
entre 14 ans et 90 ans, c’est absolument épouvantable, on torturait des enfants, mais aussi des vieillards.
Surtout on a pu remarquer que lorsqu’au niveau des condamnations au bûcher, qui sont bien entendu en pourcentages assez faibles, car on ne condamnait à mort qu’assez exceptionnellement, l’Espagne d’alors réservait ces cas seulement pour les grandes cérémonies, comme celles qu’on effectuait au nom du « Combat contre les grandes Hérésies » pour étoffer les cérémonies, ce qui nous parait aujourd’hui évidemment horribles et cyniques.
Les cas qui ont put être comptabilisés en nombre représentent un véritable minimum, mais essayons
de parler de cette comptabilité: Sur un ensemble de 3260 personnes qui ont eu à subir ces procès, on a put constater que 71%, étaient poursuivis pour délit de judaïsme ou de cryptojudaisme, et il faut ajouter que l’Inquisition ne poursuivait pas que ces délits, que pour le reste, les 29% peuvent être cités comme suit : il y a la sorcellerie, la polygamie, le mahométisme, car on les assimilait facilement aux maurisques, le blasphème. Et puis les choses qui sont typiquement de l’ordre de l’église: par exemple
dire la messe sans être ordonné 0,75% ce qui est peu important, le luthéranisme tout de même,
l’imposture, le faut témoignage, la sodomie, il y a aussi la complicité, ce sont les bourreaux
notamment, les gardiens de prisons qui quelque fois facilitent la vie des emprisonnés, ou même leurs mettent des drogues, il y a des chapitres intéressant à ce sujet, ces drogues leur permettent de moins souffrir au moment de la torture, et qui ensuite sont eux mêmes arrêtés.
On poursuivait même aussi les prêtres dits « Sollicitant », ces solliciteurs qui ont utilisé la profession pour abuser des victimes. Mais quand même, l’Inquisition pour l’essentiel traquait surtout les Israélites.
Bien que ceux qui ont brûlés ne sont pas la majorité, on peut dire qu’au 15eme. siècle qui est une période qui est peu documentée, étant donné que pour cette époque les comptes rendus de procès ont disparu, on sait tout de même que les bûchers ont flambé d’une façon considérable, atroces, les procès n’ont pas été conservés, et d’ailleurs ces procès devaient être extrêmement expéditifs.
Il y a tout de même des choses qui intriguent l’observateur par exemple : on s’aperçoit que ces
converses judéo-chrétiens sont non seulement traqués et épiés, mais qu’on veut les empêcher de partir, il y a comme une espèce de paradoxe, et il faut avouer qu’on ne comprend pas toujours très bien les espagnoles, ces portugais qui sont des ex – espagnoles revenus en Espagne, souvent veulent repartir, ils veulent aller vers Bayonne, ou Amsterdam, ou en Italie etc… , alors on les surveille, et s’il y en a
un qui s’absente trop souvent, on veut lui confisquer ses biens, et le déférer au tribunal de l’Inquisition.
Tout se passe comme si on voulait éviter qu’ils quittent l’Espagne, alors que ça aurait réglé le
problème, mais c’est que finalement, et c’est là qu’ils sont pris dans le piège de la LEX OPERAE
OPERATO, ce sont des gens qui ont été convertis, donc ils ne sont plus libres en quelque sorte, et
c’est là que vous voyez le piège infernal, car l’Inquisition ne peut plus de ce fait les considérer comme des non – chrétiens.
Le paradoxe c’est aussi que l’on voit de temps en temps des Israélites étrangers qui passent en
Espagne, parce qu’ils commercent avec l’Espagne, parce qu’ils travaillent pour le Roi d’Espagne, et alors ceux là sont filés, dés qu’il arrivent en Espagne et qu’on sait qu’ils sont Israélites, il y a des guetteurs que l’Inquisition met à leurs trousses, et à leurs frais. On entrevoit là un aspect financier sordide puisque les gens en prisons doivent aussi payer leur subsistance, et les policiers, on dirait aujourd’hui les barbouzes, devaient êtres en quelques sortes à « La Solde » de leurs victimes.
Parlons maintenant de l’autodafé car c’est en quelque sorte le pilier central de toute cette machine infernale. Parlons du grand autodafé de 1680, qui a fait l’objet du célèbre tableau de Francisco Rizi, que nous allons essayer de détailler un peu, et ce qui tout d’abord est incroyable pour nous aujourd’hui, c’est que c’est avant tout une grande fête populaire et aristocratique. Et c’est une fête que les gens de
l’époque qualifient « FIESTA », « THEATRO », « FERIA », etc…, le même vocabulaire que celui de la
fête, et il est généralement organisé sur le lieu même où se déroulent d’autres activités.
Celui de 1680 est particulièrement révélateur pour de multiples raisons, et parce que c’est le dernier des grands autodafés. Il n’est pas présidé par le Roi parce que le Roi ne pouvait pas présider l’autodafé, ça serait une erreur de le dire, car seul l’Inquisiteur Général préside l’autodafé, et il est d’ailleurs de ce fait placé obligatoirement au dessus, son trône si l’on peut dire est placé en surplomb par rapport aux balcons qui se trouvent au milieu du tableau de Rizzi.
C’était une sorte de cérémonie extrêmement longue, qui durait toute la journée jusqu’au soir, où on lisait pendant des heures et des heures les peines auxquelles les gens étaient condamnés, et qu’on se demande comment les gens tenaient durant presque 14 heures, et que ça se terminait généralement tard dans la nuit.
On voit sur le tableau tout au fond un balcon où se tient la famille royale, c’est à dire Charles II, et sa jeune épouse Marie Louise d’Orléans, et la Reine Mère veuve, et ce jeune couple qui ont 18 et 20 ans, ils sont mariés depuis 6 mois, et c’est principalement pour honorer leur nouvelle Reine, que les espagnoles qui avaient des goûts bizarres, ont organisé ce grand autodafé, car ces festivités auxquelles
assistaient les Rois, étaient organisées pour des occasions très particulières.
On y voit beaucoup d’aristocrates, et on sait que les grands d’Espagne se disputaient pour y avoir des places. Sur le tableau en arrière plan on peut voire toute la noblesse et les familiers de la cour installés sur les gradins à droite qui assistent à la fête, et vous avez parmi ces spectateurs beaucoup d’ambassadeurs, étant données les circonstances, le mariage du Roi avec une princesse de France, et il y a beaucoup de personnes qui viennent de la cour de Versailles. On sait aussi que quelques dames
qui viennent de Versailles, qui sont obligées d’assister à ce genre de spectacle, qui ne partagent pas tellement le goût des organisateurs, et les spectateurs étrangers qui voient ça, envoient chez eux des lettres absolument terribles pour dire combien tout ça est répugnant.
Alors on peut maintenant dire un mot sur l’institution des Familiers, c’est que c’est en effet une institution très particulière, il s’agit donc de nobles qui deviennent les assistants de l’Inquisition, le Familier c’est un laïque qui devient un serviteur bénévole du Saint Office, moyennant quoi il reçoit en
retour une certaine protection juridique, parce qu’il ne relève dés lors que du Tribunal Inquisitorial pour toutes sortes d’affaires, et en général l’Inquisition leur est bienveillante, car elles leur confère un passeport diplomatique, et il y a aussi tout le prestige qui s’attache à la Familiature.
Ca coûte plutôt assez cher pour devenir Familier, on paie de sa personne, de son temps, et souvent aussi de sa cassette personnelle, par exemple pour ce grand autodafé de 1680, on n’avait pas assez de places dans les prisons pour héberger les condamnés qui venaient de tous les tribunaux d’Espagne, et il avait bien fallut les loger quelque part avant l’autodafé, et les Familiers étaient amenés à les loger chez eux, à transformer leurs maisons en prisons en hébergeant à leur frais une dizaine de condamnés.
Alors ces Familiers se trouvent à la gauche du tableau de Rizi, ils encadrent chaque condamné, dés la sortie de la prison jusqu’au bûcher s’il est condamné à mort, ou jusqu’à la fin de la cérémonie s’il ne l’est pas, le condamné est encadré par deux Familiers.
Alors est Familier en Espagne, du dernier des laboureurs ou du grand d’Espagne, sont sur pieds
d’égalité vis à vis de l’Inquisition. C’est un des aspects les plus paradoxaux des tribunaux de
l’Inquisition, c’est aussi le fait qu’à propos de la délation, le personnel et la domesticité étaient bien placés pour observer les faits et gestes des suspects.
Et bien il faut aussi dire une chose importante, le témoignage du dernier des valets a autant de poids devant le tribunal de l’Inquisition que celui d’un Grand. D’ailleurs à ce propos il faut aussi dire que pour un certain nombre de délateurs, et c’était une forme de racket, c’était tellement facile de faire chanter un nouveau chrétien, en disant qu’on le dénoncerait à l’Inquisition. Mais les tribunaux étaient
assez pointilleux et ils ont aussi condamné un certain nombre de racketeurs.
Ce qui est fascinant et complexe aussi, c’est que ce genre de personnes sont en général issus justement des milieux concernés, les racketeurs ne sont pas que des exécutant mais des personnes qui appartiennent aussi en partie à cette communauté diffuse, hélas des marranes ! Ce qui rend évidement le problème encore plus terrible, car les victimes sont aussi dénoncées par leurs propres frères.
On pourrait aujourd’hui comparer les cérémonies de l’autodafé à la corrida, ne serrais ce que par cette espèce de goût pour le sang, et cette passion pour la morbidité, mais on n’a rien inventé en énonçant cela, ce sont précisément les textes et les commentateurs de l’époque qui le disent eux mêmes, et qui généralement emploient des métaphores absolument horribles dans cette comparaison, et dans leurs
commentaires, notamment pour les autodafés de 1650, 1655, ou 1667, à Cordoue qui s’étaient
organisés sur la place qui existe encore qui s’appelle la Corrideira, parce que c’est la place où on faisait les courses de taureaux.
Alors on pourrait se demander quel est l’enjeu de tous ces horreurs, et au delà de la consolidation du pouvoir, par les moyens de la division pour régner sur des populations somme toute primaires, non instruites, et pas éclairées, on pourrait voire apparaître le désire de tuer la pérennités, en exorcisant
l’enjeu de la revendication de l’alliance, car il y a en fait deux peuples qui sont face à face et qui revendiquent la vérité unique, et l’appartenance à la vraie religion, le fait du peuple chrétien qui revendique une commune authenticité de l’alliance, et enfin on peut dire que cet homme qui est sur le bûcher rend service aux autres, car il est celui qui a authentifié l’alliance des autres, c’est pour ça que ça a pu durer si longtemps, et c’est là en fait où se trouve le piège.
Qu’est ce qui rend aujourd’hui nécessaire de ressortir tout ça ?, c’est à mon sens, et avant tout le devoir de ne pas ignorer la mémoire, et puis je pense que de toute façon il est utile de savoir, et particulièrement pour les chrétiens, qu’en un certain sens c’est une autre Shoah, une Shoah qui s’étend à travers des siècles, et je pense qu’il est aussi utile de ressortir de l’oubli les souffrances humaines, et de dénoncer la persécution de l’homme par l’homme, surtout lorsque la victime n’est coupable finalement d’avoir eu une autre foi, aujourd’hui nous dirions une autre opinion.
En même temps ce pécher, qui n’est pas simplement un pécher contre la charité, mais qui est surtout un pécher contre la transcendance, parce qu’il est commis par des gens qui dans leur logique étaient sincères dans une certaine mesure, mais que ces gens on voulu se substituer a leur Dieu, et c’est ça le crime.
Je pense aussi que cette histoire est une grande leçon sur l’intolérance, et qu’on a toujours besoin de voire jusqu’où l’intolérance peut aller, mais c’est aussi une grande leçon sur la foi, et aussi une grande leçon sur l’espoir.

UNE JUIVE TUNISIENNE RETOURNE VISITER LA MAISON OU ELLE AVAIT VECU A TUNIS
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Les chiffres comme langage
Grâce à Daniel Tammet les préjugés qui accablent les autistes sont remis en question. Ce Britannique, qui cumule deux maladies rarement réunies, possède des dons intellectuels inouïs
Il y a du Rimbaud chez Daniel Tammet. Comme le poète halluciné de Voyelles – A noir, E blanc, I rouge -, ce jeune Anglais accouple lettres et couleurs. Mais sa vision est infiniment plus riche. A chaque chiffre, chaque lettre, chaque mot, il associe une couleur, une forme, une texture. Et souvent un son ou une sensation.
Les chiffres, ses amis, dansent dans sa tête. 1 brille d’un blanc éclatant, 2 se balance lentement, 3 s’étale, grassouillet, 5 résonne comme les vagues contre les rochers, 9 se dresse très haut, bleu et intimidant. Les nombres ont un grain, dur, doux, sombre ou lumineux. 37 a l’apparence grumeleuse du porridge et 89 évoque la neige qui tombe.
Daniel Tammet, 28 ans, est un autiste » savant « . Il cumule deux maladies presque jamais réunies : le syndrome d’Asperger, une forme d’autisme assez légère ; la synesthésie, un trouble entraînant un chevauchement des sens. Comme tous les autistes, mais moins que la plupart d’entre eux, Daniel a souffert d’une grave difficulté à communiquer, aujourd’hui largement surmontée.
Et comme les 50 autres autistes » savants » recensés dans le monde, il possède des dons intellectuels inouïs. Il est le seul capable de décrire en détail son univers cérébral. » J’ai de la chance « , constate-t-il en nous servant le thé dans la cuisine du pavillon qu’il partage avec Neil, son compagnon, un ingénieur informaticien, à Herne Bay, une petite localité balnéaire dans le sud-est de l’Angleterre.
Daniel vit avec les nombres depuis sa tendre enfance. Ils furent le premier langage de ses émotions. Son obsession des calculs est née d’une crise d’épilepsie qui l’a frappé à l’âge de 4 ans. Les nombres devinrent alors son réconfort : » Ils me calment et me rassurent. Enfant, mon esprit se promenait en paix dans ce paysage numérique où il n’y avait ni tristesse ni douleur. »
On a dit de Daniel qu’il est un » homme-ordinateur « . Pourtant, il ne » calcule » pas. Lorsqu’il multiplie deux nombres, il trouve la solution sans effort conscient : » Je vois le premier nombre à gauche, le second à droite, et une troisième forme apparaît. C’est le résultat. Je me contente de lire cette image mentale. Je n’ai pas besoin de réfléchir. » Il lui suffit de 28 secondes pour trouver le quotient de deux nombres, accompagné de 32 chiffres après la virgule. Faut-il préciser qu’il n’écrit jamais aucune opération ?
Daniel n’est pourtant pas un matheux classique. Il n’aime guère l’algèbre et ses équations, encombrées de lettres mais si pauvres en chiffres. Ses disciplines favorites sont les nombres premiers, les problèmes de probabilité et le calcul calendaire, où il devine en un instant quel jour de la semaine vous êtes né. Pi est son nombre favori, le seul qui se déroule à l’infini : » Il me fascine. Aucune feuille de papier, fût-elle aussi grande que l’univers, ne pourra jamais le contenir. » Il lui doit sa renommée.
La scène se passe en 2004, le 14 mars – jour de la naissance d’Einstein -, dans une salle du musée de l’histoire des sciences d’Oxford. Daniel s’apprête à relever un défi, préparé pendant trois mois, au profit de la Société nationale d’épilepsie : énumérer de mémoire en public le plus de décimales possible de Pi. Cinq heures, neuf minutes et vingt-quatre secondes plus tard, la longue récitation prend fin devant des examinateurs médusés. 22 514 chiffres sans la moindre faute ! Record d’Europe battu sous une salve d’applaudissements. » Les chiffres, se souvient-il, défilaient devant mes yeux comme les images d’un film. »
Pi a changé la vie de Daniel Tammet. Héros d’un documentaire télévisé, il se raconte, avec modestie et sincérité, dans un livre récemment traduit, Je suis né un jour bleu (éd. Les Arènes, 21 ¤). Son aptitude à témoigner de ses expériences offre une chance unique aux neurologues avides de percer les mystères de l’autisme. Il se plie volontiers aux séries de tests, parfois perturbants, que lui soumettent les scientifiques britanniques et américains curieux de déchiffrer la » boîte noire » de son étonnant cerveau.
Par son exemple, Daniel aide à combattre les préjugés qui accablent les autistes : » En récitant le nombre Pi, je voulais leur dire qu’un handicap n’est pas un obstacle fatal. » A Salt Lake City, Daniel a rencontré le plus célèbre » savant » autiste, Kim Peek, l’homme qui servit de modèle au Rain Man, incarné en 1988 par Dustin Hoffman. Ce fut, dit-il, un grand moment de bonheur. Mais l’image réductrice que le film donnait de l’autisme appartient, selon lui, au passé : » Il faut permettre aux malades de prendre confiance, d’assumer leur différence. « Daniel entretient avec les mots, son » deuxième langage « , une relation esthétique. Comme les nombres, ils ont forme et couleur. Même chose pour les prénoms : Richard est rouge, John jaune, Peter violet.
Grâce à sa remarquable mémoire visuelle, il apprend les langues en un clin d’oeil, ou presque. Il en maîtrise dix : l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’espéranto, le finnois, le français, le gallois, le lituanien, le roumain et l’islandais. Il a assimilé cette dernière, pourtant très difficile, en l’espace de quatre jours passés à Reykjavik. Les mots lui permettent de gagner sa vie. Il a lancé en 2002 un site Internet d’apprentissage des langues, qui marche très fort, baptisé Optimnem, en l’honneur de Mnémosyne, la déesse grecque de la mémoire. A 10 ans, il a créé sa propre langue, qu’il est le seul à parler, le Mänti ( » un pin » en finnois). Elle possède aujourd’hui plus de 1 000 mots. Daniel est un grand lecteur de biographies et de dictionnaires. Mais il n’ouvre guère de romans : » Je préfère m’intéresser aux choses vraies. » Il est en train d’écrire un nouveau livre où il parle du cerveau, des nombres et de l’imagination.
Daniel eut une enfance solitaire et souvent douloureuse. A l’école, trop de choses lui faisaient mal : le bruit, les bousculades, et surtout ce sentiment d’être différent, qu’il ne pouvait comprendre ni dominer, faute à l’époque de diagnostic précis. Il se réfugiait dans le silence de sa chambre ou dans des rites compulsifs : il collectionnait les marrons, les prospectus, les coccinelles. Il doit à l’amour de ses parents ( » mes héros « ) d’avoir trouvé, devenu adulte, un heureux équilibre entre son univers et le monde extérieur, dans une philosophie qu’il résume d’une phrase : » L’important n’est pas de vivre comme les autres, mais parmi les autres. »
Jean-Pierre Langellier
© Le Monde
5 août 2007
»Les réfugiés oubliés »
2007-08-01 16:09:00
Le Congrès américain a consacré une séance à la projection du film documentaire « les réfugiés oubliés » du réalisateur franco-israélien Michaël Grynszpan.
Sous le titre « Réfugiés juifs des pays arabes : vérité, justice et réconciliation, » la séance a été organisée en collaboration avec le B’nai Brith et en présence de plusieurs personnalités.
Le film « les réfugiés oubliés », réalisé par Michaël Grynszpan et produit par The David Project a été diffusé Jeudi 19 Juillet à Washington devant les congressmen. Consacré à l’histoire oubliée des communautés juives de la région, ce film retrace l’histoire des Juifs des pays arabes. Un million de Juifs vivaient au Moyen-Orient en 1945 en dehors des frontières de la Palestine mandataire et en Afrique du nord – ils n’étaient plus que quelques milliers quelques années plus tard.
Or si l’on parle très souvent des réfugiés palestiniens, le film rappelle que ces centaines de milliers de Juifs qui ont été forcés de quitter les pays arabes méritent aussi une reconnaissance.
Cette séance devait fournir aux membres du Congrès américain des éléments qui leur permettront de voter des résolutions qui poseront l’obligation, au nom de l’égalité de traitement et de l’équité, de lier toute référence aux réfugiés palestiniens à une mention concernant les réfugiés juifs.
Ce film événement est passé de nombreuses fois sur les chaines américaines PBS et dans le monde. La version française du film devrait prochainement être diffusée en France.
HENRY MÉCHOULAN, DIRECTEUR DE RECHERCHE HONORAIRE AU CNRS
« La pureté de la race chez les nazis, c’est la même obsession que le sang pur espagnol ! »
LE MONDE | 02.08.07
Que sont devenus les juifs d’Espagne après l’expulsion de 1492 ?
Beaucoup ont fui d’abord au Portugal, où ils avaient cru en la parole du roi Jean II qui, moyennant finances, leur avait promis un répit de huit mois avant de leur trouver des embarcations pour d’autres destinations. Ils ont été accueillis dans des conditions épouvantables, vendus comme esclaves, massacrés, convertis de force après avoir été baptisés à l’aide de balais trempés dans l’eau bénite ! Des enfants, arrachés à leurs parents, ont été confiés à des familles chrétiennes.
Ainsi baptisés, ils « judaïsaient » secrètement et devenaient justiciables de l’Inquisition, qui est créée plus tardivement au Portugal (1536) qu’en Espagne. Quand le Portugal est annexé par l’Espagne en 1580, l’Inquisition espagnole traque les judaïsants portugais. Néanmoins des conversos, « juifs du secret », réussissent à transmettre la religion au péril de leur vie.
Et ceux qui ont choisi l’Empire ottoman et l’Europe du Nord ?
Des juifs étaient établis dans l’Empire ottoman avant qu’arrivent ceux d’Espagne. Un des rabbins le plus célèbres du pays a plaidé en leur faveur auprès du sultan et ils se sont installés dans les principales villes de l’empire : Istanbul, Andrinople, Smyrne, Salonique en Grèce, Safed en Palestine. Ils s’y sont regroupés selon leur communauté d’origine ibérique, ont gardé leur langue et leurs coutumes. Le sultan les a bien traités et a même recruté parmi eux des conseillers. La lecture ottomane du Coran leur a permis de vivre plus heureux que dans d’autres pays musulmans.
En revanche, la communauté d’Europe du Nord est une création. Il n’y a pas de juifs à Amsterdam en 1492. Quelques familles de « cryptojuifs » arrivent un siècle plus tard. Une première communauté croît difficilement. Ces nouveaux juifs sont tolérés car ils ont été persécutés par l’Inquisition, tout comme les fondateurs de la République des Provinces-Unies, acquises à la Réforme, toujours en guerre avec l’Espagne catholique.
En 1616, le bourgmestre d’Amsterdam leur accorde un statut assorti de conditions. On leur interdit, entre autres, tout prosélytisme, des rapports avec les chrétiennes et le commerce de détail. On leur ordonne de pratiquer un judaïsme orthodoxe pour ne pas ajouter à l’éclatement sectaire religieux de la nouvelle République. Cette communauté, qui n’a jamais compté plus de 2 000 personnes, va prospérer et devenir la vitrine du judaïsme mondial au XVIIe siècle. Elle compte de grandes personnalités. Rembrandt habite leur quartier. Il grave et peint ses habitants. Ils se rejoignent dans l’universalité, Rembrandt illustre même de quatre gravures l’ouvrage d’un de ses amis rabbin, Menasseh Ben Israël.
L’une des causes de l’affaiblissement de l’Espagne n’est-elle pas son statut de pureté de sang ?
Oui. La gestion financière de la Couronne était assurée par les juifs. Lorsqu’ils ont été expulsés, ce sont des étrangers, et en particulier des Génois qui ont pris le relais et ruiné l’Espagne. Et les statuts de pureté de sang ont bloqué tout esprit d’entreprise. Cette société attendait tout de l’amour de Dieu qui se manifeste par l’arrivée des galions chargés des richesses des Amériques. Les membres des élites juives converties ne veulent plus se manifester de peur de se faire repérer comme « cryptojuifs ». En effet, tout effort, tout travail fleure le désir de la réussite, marque d’appartenance au judaïsme. L’homme industrieux ne peut être qu’un converso, c’est-à-dire un « cryptojuif ».
Faites-vous un lien entre le statut de pureté de sang et l’antisémitisme des nazis ?
C’est un antisémitisme racial dans les deux cas, même si les circonstances géopolitiques et historiques sont évidemment différentes. Le juif est le même bouc émissaire. C’est la même obsession du sang chez les Espagnols que la pureté de la race chez les nazis. Le sang pur germain, c’est le sang pur espagnol ! Mais bien sûr, les nazis n’ont pas lu la littérature consacrée aux statuts de limpieza de sangre. L’antisémitisme nazi s’inspire plutôt d’un large courant de la philosophie allemande qui remonte à Luther, et passe par Kant, Hegel, Fichte et les pangermanistes.
Article paru dans l’édition du 03.08.07
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-781732,36-941314@51-940408,0.html









