
Je men vais aujourdhui vous parler du jeu déchec.
Avez vous remarqué ou savez vous que lensemble des sentiments ou même des affaires humaines se trouvent exprimés ou traitées dans le cadre étroit de l échiquier ?
La ruse, la patience, la cruauté, le courage, la beauté, lambition, la promotion, la gloire, la tactique, la stratégie, limagination, lesprit de sacrifice, la notion du temps, la notion de lespace, la vue à long terme, la connaissance du rapport des forces, léconomie des moyens,
la solidarité, lart combinatoire, la recherche permanente du zéro défaut, lhumiliation, la fierté, le déterminisme, sont quelques unes des raisons qui ont poussées Napoléon et dautres grands personnages à sintéresser au noble jeu.
La disposition des pièces et des pions dans leur position de départ, selon un rituel immuable depuis la nuit des temps, est symptomatique dun certain ordre des choses.
La hiérarchie dans cette société crève les yeux.
Voici le Roi en majesté avec la Reine à ses cotés, tous deux flanqués, dabord dun échantillon de lespèce humaine, les Fous, puis dun échantillon de lespèce animal, les Chevaux et enfin de deux Tours qui semblent délimiter le contour du domaine ou du château.
Et devant, bien rangés, larmée des Pions en ordre de bataille.
En face, comme de lautre coté du miroir, à égalité, lennemi, séparé par un glacis à occuper ou à contrôler toutes affaires cessantes.
A tout seigneur tout honneur, le Roi, dont la valeur et le poids est inestimable contrairement aux autres. Il peut sembler pleutre au premier abord, prompt à se calfeutrer dans la grande ou la petite aile du château, à loccasion du roque mais je lai vu parfois se lancer vaillamment en appui du plus petit de ses sujets pour remporter la victoire ou lorsquil était nu se défendre comme un lion, maniant lesquive et rendant coup pour coup, jusquà la mort, avec un courage indomptable.
Le roi est faible, un quasi nabot de peu denvergure, mais il peut compter fermement sur la fidélité de la Reine.
La Reine est si puissante quon peut parler, dans cette société, de règne du matriarcat; cependant, elle est dévouée corps et âme au Roi.
Son poids est celui des deux Tours réunis et son rayon daction est si grand quil faut absolument éviter de lengager trop tôt car sa perte laisserait son camp dans le plus grand désarroi. La Reine se meut à la fois comme une Tour et comme un Fou laissant au Cheval le soin de contrôler les quelques autres cases hors de sa portée.
Le Cheval est imprévisible avec son curieux pas de côté et les mats méritants un prix de beauté sont rarement réussis sans sa participation. Sa présence au milieu de léchiquier est gage de combinaisons potentielles multiples. On ne saurait le perdre sans obtenir en échange soit un autre Cheval, soit un Fou, soit trois Pions, au moins. Le Cheval qui occupe une case blanche contrôle des cases noires et vice versa.
La Tour vaut cinq pions donc moins quun Cheval et un Fou réunis.
Les Fous sont attachés à leur couleur de case dorigine et contrôlent les diagonales, lun les blanches et lautre les noires.
Les Pions se doivent dêtre prudents, solidaires, de la chair à canon, mais portés par un fol espoir qui les jette vers lavant, pour traverser les lignes ennemies et être promu en telle pièce de leur choix, utile au gain de lensemble de leur camp.
Je naurais pas loutrecuidance dexpliquer à qui que ce soit comment lon peut bien jouer aux échecs mais je peux essayer daider des débutants à rentrer dans le monde magique des soixante quatre cases.
Avant de jouer son premier coup, sil a les blancs ou de répondre au premier coup de son adversaire, sil a les noirs, le débutant aura appris à reconnaître les différentes pièces, à évaluer leur poids respectif et à les placer sur léchiquier selon une position immuable, la Reine sur sa couleur.
Il aura appris la façon de se mouvoir et de prendre de chacune dentre elles et il connaîtra les règles du jeu .
Il se sera imprégné de la mentalité du boutiquier et il se promettra de ne rien céder, sans compensation immédiate ou différée, avec la volonté dun gain en quantité, en qualité, dans lespace (en terme de position) ou dans le temps (en terme dinitiative).
Pour jouer ses premiers coups, il devra sastreindre à un objectif qui se décline en trois règles:
1) Occuper et/ou contrôler les quatre cases centrales autant de fois ou plus que son adversaire
2) Développer ses pièces le plus rapidement possible
3) Roquer le plus rapidement possible
Tout cela, bien sur, sans perdre de matériel plus que son adversaire.
La plupart des débutants ou des trop jeunes enfants ne supportent pas cette astreinte et se mettent à craindre que la monotonie ne sinstalle, sans imaginer les chiffres astronomiques de possibilités qui sont générées par ces premiers coups.
Pourtant cest la seule solution pour débuter sérieusement avant de sémanciper et dapprendre, sur le tas, les quelques recettes des joueurs confirmés, du genre :
– éviter de se faire doubler un pion sur une colonne
– « mazette voit échec, mazette donne échec »
– éviter de laisser une pièce en prise
– savoir se mettre en opposition (Roi) en fin de partie
– connaître la puissance de deux pions liés, près des cases de promotion
– utiliser les clouages (et sen protéger) à bon escient
– etc.
Voilà. Maintenant mes doigts se figent sur le clavier. Jai atteint mon niveau dincompétence. Ne me demandez pas pourquoi un gamin de 10 ans bat un adulte, Big Blue bat le champion du monde etc.
Découvrez le par vous même !
Claude Giami.



