Kaddour Ben Nitram (Edmond Martin)
KAMOUNA
– Ya Kiki !…
– Heu ? Qu’est-ce qu’y a ? As t’hab’ ya Braïtou ?
– Koulli … dites-moi, zvous en prie ? Tu connais Ramona ?
– Ah ? Melah kifess’ ? Qu’est-ce que vous dites ? Z’ connais pas Ramona ? Z’ la connais mieux que vous, ouras Robbi . Z’ l’ai entendue santer en français… en italien… en espagnol… en russe… en turc… Ma fiss’… ouras robbi … dans toutes les langues.
– Yezzi ?
– Ch’noua yezzi ? Si z’vous dis quelque soze, tu dois me croire ! Kot’lek dans toutes les langues, Môô vous savez que s’en ai beaucoup voyazé… z’ sus allé à l’Aouina… à l’Ariana… à Hak-el-Oued … au Borgel… à la Marsa… enfin, partout… mouss’ laizem z’ fais la description… eh ! bien caro mio… partout – z’ai entendu santer Ramona. Erkik ! ouaila ! C’est même devenu cek’ laila … même en arabe… esmâ …
Ramona loukain’ em’ chait’ fi Bab-Saadoun
Ramona kaâd iekoul’ felfel bel cardoun …
– Oui… c’est pas mal. Mais si vous voulez… n’âmel un pari… Aïa tu tiens ?… z’vous parie, c’que vous voulez, qu’il y a une langue où tu n’ l’as pas encore entendue.
– Yezzi ? Vous perdez. Ouras rebbi, vous perdez, mon pauvre Braïtou… puisque z’ te dis que c’est pas possible.
– C’est pas possible ? M’lih !… Alors dis-moi : Est-ce que vous l’avez entendue en Zuif tunisien ?
– Ah ! non par exemple. Çà… vraiment… c’est une nouveauté …
– Dernier cri, mon cer !… Mais tenez… si tu promets que tu payes la boukha chez Moumou avec les fouls et les bois ciches z’ vais t’ la chanter tout de suite. Ecoutez :
I
Lorsqu’zai rencontré Kamouna
Rue Sidi Mardoum
A coti d’Chaloum
Ya Doubai …
Avec son beignoir
Rouze, vert et noir…
Kamouna kout’lou comm’ vous étes zolie
Kamouna comm’ vous sentez le pat’çouli
Kamouna! Kamouna brobbi , z’ t’en prie, ass’ nou eddâ ?
Kamouna ! Kamouna ! Ze brûl’ comme un morceau d’ kebda
Kamouna ! z’ vous zûr si tu veux m’écouter,
Kamouna ! ma fiss …y a pas – tu dois mcéder,
Kamouna ! z’ peux plus… aïssek bess n moutalik …
Kamouna ! yezzi mel tmenik !
II
Enfin, Kamouna s’arrête
Et m’dit : <<Ya ! Mourice !>>
Ch’ nouâ ekk el caprice ?
Vous allez me compromettre
Ouni ! kouddem’ en’ ness ,
L’amouri… mâ temmess’ .
Kamouna! koutlou : <<si vous voulez m’aimer
Kamouna ! à Hak-el-Oued z’ m’en vais t’ porter
Et là-bas, Kamouna, à la rotonde chez Daïda,
Kamouna! Kamouna! quell bomb’ nous allons faire, esmâ ,
Après une douzaine d’ merguez bien rôtis, Avec des fouls et des bois cices bouillis
Nous manz’rons des bricks puis des paquets de glibettes
Kamouna ! tu verras, quelle fête
III
Poursuivant notre bombance
Kamouna me dit:
<<Ya Kiki, céri…
Si on allait faire une danse…
Un bluse… un boston…
Ou bien un sarleston.
Kamouna! koutlou : <<Si tu veux m’écouter
Kamouna ! esmâ , où ze t’apporte danser,
Vous allez, Kamouna, au son charmeur de la darbouka ,
Entendre, ya roukhi , les airs de Louisa Tounsia
Pendant qu’ nous manzerons sur la terrasse
Du z’gougou , des cacaouettes et des bistaces
Nous boirons, quel kif, pour faire descendre tout celà,
D’ la boukha de chez Boukhobza.
IV
Après quelques tours de danse
Kamouna grisée,
Fatiguée, brisée
M’ dit, tout à coup dans les transes
<<Z suis pas à mon aise… Ya Doubaï !… c’est le merguez.>>
Kamouna: koutlou : <<Comme ze suis malheureux,
Kamouna ! regarde comme y pleurent mes yeux,
Kamouna ! Kamouna ! comment bess’ n’âmel maintenant,
Kamouna! Kamouna ! pourquoi que tu me laisses en plan ?
Kamouna ! loukaine vous voulez m’ plaquer,
Kamouna z’ t’en prie, ne fait’s pas tant d’chiqué,
Kamouna … j’achète, un grand revolver d’occasion
Et ze m’ fais sauter le citron.>>
V
Devant mon zeste énerzique
Kamouna, domptée,
Se zette à mes pieds
Et m’ dit : <<Comme vous faites trazique Brobbi, c’est pas la peine
De me faire une scène.>>
Ya Kiki ! oui, mon petit Kiki céri !
Z’ vous zure, c’est vous qu’ tu s’ras mon p’tit mari,
Et moi, ta Kamouna, ze vous suivrai où tu voudras.
Fel Marsa, Fel drina et méme… jusqu’à Souk-el-Grana
Alors, mon cer, tu connaitras l’ bonheur,
Kamouna, y en a berça dans l’ fond du coeur,
Enfin ya Kiki ! tu connaîtras ma lune de miel,
Et ze t’emmènerai jusqu’au ciel ! …