Aller au contenu
Home » Le cancre, par Albert Simeoni

Le cancre, par Albert Simeoni

  • par

LES MEMOIRES D’UN GOULETTOIS

L’ENFANT  D’UN GOULETTOIS

PAR ALBERT SIMEONI (BEBERT)

Ma naissance fût marquée par deux évènements majeurs.

Le premier est mon mutisme …….’LCHENI TKIL OU NTEKTE MÖKHAR ‘ (ma langue fût de plomb et ma parole tardive )….j’ai parlé vers l’âge de 4 ans ……très mal barré par rapport aux goulettois qui parlaient dèja dans le ventre de leur mère.

Mon deuxième incident de parcours …….mon anémie…..ma maman me ‘donnait de son sang ‘ pour tenir le coup d’ailleurs elle ne s’interdit pas de me le rappeler jusqu’à ce jour …..quand elle se fâche … ‘….Attitèk demi……ya khrâa…’

( Je t’ai donné de mon sang …..merdeux..)

…….bon c’est ma mère……et le fumet que je suis doit se taire à 56 ans.

Pour le premier évènement, j’ai comblé largement mon handicap au point que ceux qui m’écoutent s’épuisent à m’entendre. On appelle cela ‘Chèd él bank ‘ ( il a accaparer la place )

Pour l’anémie……20 litres de précieux sang bleu d’origine maternelle circule dans mes canaux…….à ce jour.

J’ai donc résolu mes deux problèmes dignement et ne dois rien à personne sinon à ma mère qui m’emmerde.

Mon état de ‘ cancritè ‘, je l’ai traîné jusqu’à 18 ans …..jusqu’au jour où l’école m ‘ a quitté sans regret et remord.

Imaginez-moi un instant assis au fond de la classe, pas très loin du chauffage qui n’existait pas, tapi derrière mon ami qui devait s’abstenir de manquer les cours, sinon je…., la tête souvent cachée par son dos ou par un cahier et qui sursautait chaque matin vers les 8 h 10 à l’appel de son nom……. ‘ Présent’. En bafouillant.

Aller au tableau noir… ? Etait ma hantise….mon chemin de croix….ces quelques mètres, du banc au noir, loin de ressembler à la promenade des Anglais était l’avenue de mon désespoir. Déjà….la craie, entre mes doigts, par ma sueur en était si imprégnée que Mme Alexia, mon institutrice, myope comme une taupe disait……en levant les yeux au ciel….

‘ C’est bizarre……on dirait qu’il a plu ce matin sur la craie..’

Deux lignes d’écriture censée être parallèles, transcrites par ma main sur la grande ardoise accrochée au mur, se rejoignaient en fin de tableau ..démontrant par-là, le faux énoncé mathématique qui veut qu’elle ne se rencontrent jamais…..tellement je tremblotais.

Les additions, soustractions, divisions et multiplications étaient si bien posées que la même ‘Yamia ‘ roucoulait…..

‘Mais mon garçon…..vous me rappelez les hiéroglyphes …….égyptiens…..’

.HIER..OGLYPHES……..essdalkoum……j’ai mis trente ans pour comprendre ce mot.

Ma maman devinait mes compositions pour le lendemain par les pipis de trouille et d’angoisse, que je faisais dans mon lit. Le trac ….yè méjjèlli……D’ailleurs ….mon air de jaunisse je le traîne avec moi depuis cette époque.

En sixième……début de mon septennat en secondaire l’Anglais et l ‘ italien venant s’ajouter à mes autres cauchemars étaient si bien liés dans mon esprit que Mr Gaspary……

‘Ma ……signor Simèoni……siéte in mio corso d’italiano…….?.’.

‘Yès…..signor…( ina ) ken chouiè touyèbé.

(………. il ètait un peu effèminé ).

Je confondais tout.

Les équations , les analyses , les mises en facteur ( a2 +b2) ( a2 – b2) = Z..i et les exposés m’ont achevé …..dégoûté…..au point d’envoyer ma chargée de mission ( ma mère )……auprès de mon ami Charlino – la veille de mes compos – pour qu’il consente a me laisser taffarder sur sa feuille de travaux……et même avec tout cela …..je recopiais mal ….

‘…El rabb ta èlbèmé ouhè hénnè….’

( Le roi de la bêtise c’était moi)

Heureusement……… ‘rabbi myayiè’ ……….que mes filles ont l’intelligence de ma femme ….sinon nous aurions été une famille prix Nobel ‘en cancrologie ‘ …..reconnue à la préfecture du Val de Marne mais pas par l’ONU…….

Ce cancre-là qui s’autodèrisionne aujourd’hui et dans le futur avec beaucoup de sérénité – sans ‘balout’ ( affabulation) ni tabou – était un garçon de cœur, un enfant de la rue, des arbres et des champs, des terrasses et ruelles, des terrains qui n’a jamais …..mais jamais commis une forfaiture…..un délit si petit soit t’il……ou quelques arrogances que ce soit ……qui n’a jamais failli, adulte, aujourd’hui à sa parole d’homme.

‘Ce cancre là’ sans bagages intellectuel…..avec seulement une centaine de mots triés au hasard de son vocabulaire anodin qui trottent dans sa tête, a réussi autant que d’autres plus intelligents et plus instruits à conduire sa barque sur les flots tranquilles de notre canal …..j’ai traversé son cours -reliant la Mèditérranèe à la Sèbkha ( 200 mètres) – avec joie et jamais comme un corsaire abordant le radeau d’autrui……

Albert @ tel que je fus…..cancre autrefois ….imbécile heureux aujourd’hui……

« albertsimeoni » <albertsimeoni@wanadoo.fr> 


Laisser un commentaire

✕‹›