| Le poète et le Bey de Tunis |
|
Par Boubaker Ben Fraj
J’ai rencontré le poème dont je propose la lecture ci-dessous, dans un récit de voyage effectué par un Français en Tunisie, au milieu du XIXème siècle. Le récit en question a été publié à Paris en 1863, et fort probablement, jamais réédité depuis. Si ce poème m’a intéressé, au point de lui réserver cette chronique, ce n’est pas tant pour sa qualité littéraire intrinsèque, qui me semble somme toute ordinaire, mais plutôt, pour son grand intérêt, sur le double plan historique et documentaire, car j’y ai trouvé en vers et en rimes, un témoignage de première main, qui aborde un aspect très significatif, bien que parfois méconnu, de l’histoire de notre pays, au milieu du XIXème siècle. Est-il inutile de rappeler, que la Tunisie qui était sous le règne d’Ahmed Pacha bey et après, traversée par un irrésistible élan moderniste et réformateur, fut de tous les Etats arabes et musulmans, le premier pays à abolir officiellement l’esclavage et la traite des êtres humains, sous toutes leurs formes. Elle l’avait fait plusieurs années avant l’empire ottoman lui-même, avec lequel elle était pourtant liée par un rapport symbolique de vassalité. Et avant d’arriver à notre poème, je voudrais attirer l’attention sur le fait que je me suis autorisé – afin d’éviter de choquer le lecteur – à remplacer sans nuire à la rime, le terme « nègre », utilisé par le poète par le terme « noir » et ce, juste pour contourner la connotation péjorative, voire raciste, dont le terme originel est de nos jours chargé. Mais devrait-on vraiment reprocher à un auteur ayant vécu au cours du XIX ème siècle, dans un contexte totalement différent du nôtre, d'avoir utilisé un terme, certes aujourd’hui impropre et banni, mais en son temps accepté, et couramment utilisé sans arrière-pensée. « Ecoutons ! Jusqu’aux cieux un grand bruit est monté : Peut-on, dès lors que l’on sait que nous sommes citoyens d’un pays reconnu depuis deux siècles, pour être précurseur en matière de libertés, d’ouverture et de modernité, accepter aujourd’hui de vivre sous le règne de leurs contraires.
|