A LA SANTE DE MON PERE z'al AYOUCHE
02 septembre 2021, 12:35
A la santé de mon père Ayouche.

Bizarre, mon défunt papa, ne m'a jamais raconté son passé d'orphelin, il le fût à 11 ans. Aucun souvenir, comme s'il ne voulait jamais plus rappeler cet épisode de sa vie. A la Hara. Il a fait silence sur ce vécu... Pourquoi n'a t'il jamais parlé de sa condition ??? Comment vit t'on lorsqu'on est l' ainé de 3 frère et une sœur en bas age...? Plus un tante paralytique à charge. Comment vit t'on son orphelinat qd les instances sociales n existaient pas, pas de foyers, rien...Que des parents proches, et qui étaient t'ils ses proches..? Rien. Qui lui a payé sa communion...? Qui donc s est porté garant pour leur survie. Rien, je n'ai rien comme infos.

J'ai su plus tard, qu'il rentre en apprentissage par un bienfaiteur, un marbrier du nom de BERDAH. Qui le payait à la semaine zouz sourdi, qu'il remettait à la tante paralytique. Point se scolarité. Les rues de la HARA étaient son domaine.

A 18 ans, il apprend aux cotés des maçons italiens l'art de la confection du marbre. Il avait tout appris. Il a chamboulé le restant de son adolescence à travailler ici et là, à gagner sa vie et celle de ses frères et sœur qu'il maria par ses deniers . Puis, un jour, il fait la connaissance de lOUIJJE. Elle travaillait à son compte, elle était patronne de son débit de tabac sous les arcades. Sa soeur MEIHA se marie ( ma grand mère maternelle). Louijje reste célibataire, elle était très considérèe par les soldats français, et même par MR GUILLON. Qui adorait les cigares.

Mon papa fait sa connaissance, ils deviennent de grands amis au point d'écumer ensemble les bars de la capitale. Louijje avait à sa charge maman, vendue par sa mère, pour cause de mauvais oeil, Meiha ayant perdu ses 3 enfants, elle enfante dc ma mère au bout de 7 ans. On lui conseilla de la vendre et de la laisser vivre chez sa tante.
Maman zal était très douée pour les études. Louijjé par contre ne l'était pas et la vie a voulu que maman, sous la pression de sa tante vienne travailler chez elle dans le débit de tabac, elle avait 16 ans.

Son calvaire avait commencé à l'insu de ses parents CHOUA ET MEIHA, elle ne pouvait pas rapporter les insultes et violences qu'elle subissait au quotidien par sa marâtre. Elle n'en a jamais parlé car la tante subvenait au besoin de ses parents. C'est là que papa connu la jeune fille, ma mère. Mon papa entre temps, à force de travail réussit à se faire une belle situation au point qu'il ouvre enfin sa première marbrerie BAB CARTAGENE. Je passe sur le reste.
Papa était un grand kiffeur, et surtout il avait une revanche à prendre sur la vie qui l 'a laissé sur le bord de la route. Il s'habillait tjs en costume chic et s'est fait connaitre comme un homme de bien ET SURTOUT UN GRAND APEROTIFMAN.

Il a écumé brasseries et bars à BOUKHA. C'est dans ces bistrots qu'il s 'est fait un nom et un renom. Sa générosité était exemplaire à tel point que plus tard, une fois mariée, Maman l’appelle le pigeon. Il suffisait qu'il s'attablait pour un 1/8 de boukha pour voir surgir ses amis, car des amis, il s'en est fait à la pelle. Il était celui qui ne laissait personne payer dc les intéressés trouvaient là une manne @#$%&...Boukhobza lui doit une fière chandelle, il a tellement bu, que personne ne pouvait l égaler et attention, il ne rentrait jamais ivre à la maison. Il fut un des rares personnages à rouler en CALISSE, tiré par un poney, il adorait se pavaner sur la grande avenue JULES FERRY. Il tenait là sa revanche. Il voulait la croquer à n 'en plus finir. Mais à coté de cela, son coté chaleureux et humain étaient reconnus par tous ceux qui l'ont croisés. Il n'a jamais tourné le dos aux fêtes, à nos traditions. Et trahi personne, il était homme d'ONORE.
Il était très respectueux des fêtes, de nos coutumes, il était homme de joie et de fêtes. Danseur en arabe, il avait le rythme dans la peau. et vivait sans compter. 1956. c'est la faillite. Dépression. Papa faisait semblant de travailler jusqu'au jour où maman se rend compte que papa avait changé. Il lui raconta tout. Nous étions que des enfants que L'OSE attendait mais NOUS comprenions tout. Les jouets avaient disparus les vendredi soirs. Signe de déchéance. De la tournure de la vie. Je passe.

4 ans plus tard, un certain GUY BOUBLIL croise mon papa dans un bar LA BRASSERIE SUISSE. Derrière le comptoir, barman. La chance a tourné. MR GUY zal l'embauche comme patron marbrier dans son usine à carrelage à MEGRINE.

A 18 ans, je suis embauché chez eux et là, je prends connaissance de NANI PERE et de SIMON BOUBLIL. z'al.
La roue a tourné, Papa relevait la tête, il avait retrouvé sa passion et un jour de 1960, il ouvre une marbrerie RUE BABA EL KHADRA.

Une échoppe de 15 m2 qui deviendra un an plus tard 100 mètres carrés, il cassait les murs des gitans, qui logeaient dans des trous rats, et qui quittaient la Tunisie.
Maxo mon jeune frère, est à la gravure, 4 employés à plein temps. 1970, je rejoins mon papa AYOUCHE....Le métier rentre en moi, la passion du marbre fait de moi, un créateur, un architecte d'intérieur, un bâtisseur d'arc andalous, nous importions d 'Italie le marbre de MASSA CARRARA. FORTUNE EST FAITE. PAR UN HOMME ORPHELIN qui a combattu le mauvais destin. Gloire et santé à mon défunt PAPA.
Si nous sommes ce que nous sommes, sortis des ténèbres vers la LUMIÈRE c'est parce que D ieu l'a décidé ainsi.

Merci de m'avoir lu.

Breitou le fils de Ayouche DEIDOU SIMEONI.
Re: A LA SANTE DE MON PERE z'al AYOUCHE
06 septembre 2021, 07:27
A LA SANTE DE MON PERE DAVID.
VOLET 2°
PAR ALBERT SIMEONI BREITOU

L’ENFANT DE LA GOULETTE.
Paris le 6/09/2021
15 HEURES 10.

Papa et ses frères et sœurs...AYOUCHE...ELIE...FRITE...se retrouvent donc orphelins bien jeunes.
Du coté de la HARA, le quartier des gens pauvres et modestes mais plein de compassion pour la veuve et l’orphelin.
sa MAMAN Julie, une belle jeune fille …décède à 25 ans…..Son époux ALBERT BREITOU NE pouvant supporter le chagrin décède.
Nous savons tous que l’orphelinat laisse des séquelles dans vie des enfants, séquelles qui ne s’effaceront jamais.
Alors qui va pendre en charge ces 4 enfants, qui a payé les tombes de leurs parents… ? Qui a payé et contribué aux bar mitswots, aux mariages etc...?

Voilà un volet que j’ignore mais ce que je sais, c ‘est qu’ ils n’ont pas été pris en charge par aucune association ni organisation caritative.

Papa avait un oncle, le frère de son père MOUMOU ALIAS PANAMA parce qu’il portait le chapeau panaméen. Il était tanneur de métier, dans un atelier qui teignait le cuir d’où que ses mains étaient tjs brunes. Moumou, les tantes et cousins proches ont contribué à leur façon à prendre en charge la fratrie. Les enfants n’ont jamais été scolarisés, Ayouche le cadet, ne parlait qu’en judéo arabe, FRITNE de même, Papa aussi tandis qu’Elie le dernier avait qqs notions de vocabulaire en français.
Mon papa a compris, étant l’aîné, qu’il fallait survivre et se débrouiller. Il ne tombera pas dans le vice, au contraire il cherchait du boulot, très dégourdi, il tenta sa chance dans la capital en plein chantier. Il va trouver le moyen de se faire embaucher chez les maçons italiens. Des taches pénibles, mais au moins , il était payé. Et sa paye allait chez sa tante paralytique qui gérait la maisonnée, ajouter à cela que dans ce quartier, la priorité de l’aide était essentielle et même sacrée.

Les voisins, des inconnus, des gens bien de Tunis à l’affût de cas comme la famille de papa ont contribué incognito à aider ses orphelins. Des hommes appelés LES QUETEURS AU MOUCHOIR BLANCS sillonnaient les beaux quartiers, les commerçants juifs tenus par des granas et touenssa pour récolter qq argent qui allait chez les veuves et les orphelins. On appelle cela la MHARMA. Il leur suffisait de se présenter avec un mouchoir blanc à la main et le donateur comprenait ce signe.

Pas un mot d’échangé, le donateur mettait sa quôte-part dans le mouchoir. Et ainsi de suite. Au soir venu, l’homme au mouchoir faisait la tournée des familles pauvres et distribuaient cette petite manne. Plus tard papa fut un de cela.
Je suppose donc que c est bien grâce à ces’ dons anonymes’ que leur bar mitswa fut accomplie.
Papa et ses frères sont oubliés par les nazis. Ils échappent au STO. Ils ne le feront pas.
Papa est né le 13/10/1913.

Un certain BERDAH marbrier à la HARA, il travaillera à la luimière d’une bougie, il apprendra la gravure sur marbre blanc et pour se perfectionner Papa, en côtoyant les italiens, apprend d’eux la maçonnerie et surtout la pose du marbre. Il apprend vite. Les italiens bons vivants, buvaient leur bière durant leur pose. Les hommes de la gamelle. Bosseur à souhait, mais d’un caractère dur. Ainsi sont les gens de la pierre ceux qui ont construit le Colisée et jaloux de leur connaissance, ils avaient pris papa en estime d’autant plus qu’ils ont apprit son histoire. Italiani uomini di cuore.
A force d’enregistrer les facettes de son futur métier, et grâce à son oncle MOUMOU, il ouvre une échoppe de marbre rue BAB CARTAGENE en 1942. Papa a enfin sa boutique. Il aura comme voisin CHFENI un quincaillier , spécialiste dans la vente de lattes pour PARQUET, BOULIMITOU….et AZOURA le garagiste…

Papa a 29 ans. Il va aider ses frères et sœur. Il ouvrira un atelier de coupe à la rue NAVARIN, son frère AYOUCH sera coupeur de marbre. Il ouvrira une boutique de tailleur à son autre frère ELIE rue de LONDRES. Fritna se mariera entre temps avec un RABBIN CHOHET.

Ie couple habitera dans un mansarde située dans une terrasse à la HARA, les jours de pluie, toute la maison était innondée. Elle sera concierge d’un immeuble haut gamme de trois étages, pourri , qui risque à tout moment de s’effondrer…..
A suivre ….

Pièces jointes:
magasin de PAPA  2°.jpg
Re: A LA SANTE DE MON PERE z'al AYOUCHE
26 septembre 2021, 10:40
A LA SANTÉ DE MON PERE
VOLET 3°

Par l’ENFANT DE LA GOULETTE
ALBERT SIMEONI BREITOU

Résumé des volets précédents.
Deidou est né le 13/10/1913. A LA HARA le gueto juif.Il devient orphelin à 11 ans. AYOUCHE...ELIE ET FRITNE sa sœur. Sa tante paralytique s’occupera d’eux. Les aides financières sont assurées par la solidarité les familles haraouites et par un oncle tanneur MOUMOU DE PANAMA. Deidou très débrouillard va fréquenter les maçons italiens, il apprendra d’eux les ficelles du métier puis il est prit en charge par un certain MR BERDAH marbrier, il est apprenti graveur. Avec le temps, il se perfectionne et les premiers salaires hebdomadaires iront chez sa tante paralytique qui gère le quotidien des orphelins.
Vers ses 18 ans, il commence à fréquenter les bars, il est adorateur de la Boukha. Il se fait bcp d’amis vers l’age de 20 ans. Il s’est fait aussi connaître grâce à ses quêtes auprès des commerçants aisés de la capitale au profit des démunis de la HARA. LA MHARMA .
REPRISE.
Elie se marie, papa lui a ouvert un magasin de tailleur avenue de Londres. Fritné aussi avec un CHOHET. Ayouche reste célibataire comme papa.
La chance va lui sourire, il demande à son oncle MOUMOU de lui prêter de l’argent pour ouvrir une petite marbrerie rue BAB CARTAGENE en 1941. Il ouvrira olus tard, un atelier à la rue NAVARIN. Son affaire est florissante, et des architectes viennent passer commande chez lui. Il a 28 ans.
Les familles de la HARA au vu de sa grande compassion pour les démunis, feront sa pub, il ne fait pas payer les veuves et les veufs. Il contribue aussi au bar mitwots des enfants des familles indigentes car entre temps son commerce de pierres tombales pour musulmans et juifs fait monter d’un cran les rentrés d’argent, il gagne bien sa vie à tel point qu’il va s’habiller luxueusement, ses chaussures dites diplomates seront faites par un italien. Costumes bien coupés, allure de dandy.
Sa générosité dans les bars et brasseries font de lui un personnage très fréquentable. Ses amis ne jurent que par lui.
Il se sert pour ses cigarettes chez une dame du nom de LOUIJJE, ma future tante, endurcie, autoritaire, buveuse. Tous les jours. Il remarque, dans le ‘gomroc’, débit de tabac, une jeune fille de 16 ans sagement assise, un livre de lecture entre les mains. Il va user dés lors d’un stratagème, comment approcher cette jeune fille sagement assise. Louijje et Lui deviennent les meilleurs amis du monde, ( et pour la bonne cause) ils boivent ensemble dans les bars. Après la fermeture du débit.
Un jour, il assiste à une scène qui lui fait mal, Louijje houspille violemment la jeune Victorine Hayé et la gifle, dans son débit de tabac. La jeune fille ne rapportera jamais ce fait à ses parents.
Un soir qu’elle était bu, papa demande qui est cette jeune fille qui travaille avec elle. ‘..C’est ma nièce, la fille de ma sœur MEIHA. … !’ Hayé, la vie, est née en 1920 soit 7 ans après la mort de ses frères et sœurs, coïncidence papa est né 1913….
Papa ne va pas hésiter un instant, il lui demande ‘..Louijjé el bnéyé ehdi khatba… ! ( Ta nièce est fiancée…?’...Non, taj’beq…. ? ( Elle te plait..!) ‘...Eye, barcha…! ( Oui, beaucoup).
‘...Tewe en jibélec, boua CHOUA ou Oma Meiha yaq’lou fi yédi.. ! ) ( Je vais de l’apporter, ses parents mangent dans ma main..) Elle subvient financièrement aux fins de mois des parents de la fille. Elle va user d’un chantage. Louijje très autoritaire, et selon son bon vouloir, va faire chanter les parents de la jeune HAYA.
Ces derniers voient d’un très mauvais œil cet homme buveur et dispendieux. ‘..Choufou loucen mei tââ’tiiuch Hayé el Deidou, nââ’diqom âiché mchoumé…!) ( Si vous ne donnez pas la main de votre fille à Deidou, je vous rends la vie amère..!) C’est à dire couper les subsides.
Haya a tout entendu, et pleure dans un coin de la maison, elle ne peut que consentir, contre la volonté de ses parents, à ces fiançailles avec un homme qu’elle ne connaît que de vue. De peur de se retrouver encore plus démunis MEIHA ET CHOUA consentent à laisser sortir leur fille sous la surveillance d’un cousin du nom de KAKOU. Deidou, Kakou et Hayé, sortent dc ensemble et papa se montre qu’une grande douceur et d’une grande générosité. Elle en fait part à ses parents qui sont rassurés. Sans doute qu’ils se sont trompés sur cet inconnu qui s’avérera être plus tard, un papa et époux exceptionnels. Il l’emmènera au théâtre, au cinéma, lui offrira de petits cadeaux et toujours en compagnie du cousin KAKOU. Au théâtre lui sorti de la HARA qui n’a jamais lui MOLIÈRE et moins encore entendu parler de la révolution française. Elle assiste au Palmarium à une pièce jouée par HABIBA MCHIQA, elle n’a pas oublié toutes ses chansons et ses mimiques.
La situation qui règne à Tunis ne permet pas encore un mariage mais le couple se fiance en 1943 chez la famille Lellouche à la rue de l’Alfa, une chambre, une petite cuisine et une fenêtre sur la cour. Le studio est appelé DAR ARBI. Seuls témoins son frère Jo et sa sœur Poupée. Plus qqs voisins arabes.
La fin du régime allemand prend fin et en 1944 DAVID ET VICTORINE HAYE LOUISE se marient. A Tunis. Ils ne resteront pas longtemps, et la fin de l’année 44, ils déménagent à la Goulette. Rue Pasteur…..
Ils auront 4 enfants, Albert Breitou Abraham ( 1945)..Sauveur Choua..( 1947) Richard Charles Chouilem. 1948)..Max Mouchi ( rabinou) (1954)et en 1960 enfin, papa tire la perle rare ma sœur JOELLE JULIE du nom de sa maman, je porte le prénom de son père, Sauveur celui du père de maman ...Richard Charles ( Celui de Charles Nicole lollll et ma sœur Julie le prénom de sa maman.
Ce qu’ils sont devenus ...Papa décède en 1980...Milles personnes à la rue Navarin et même son ami un Ministre était présent pour lui rendre hommage.
Ayouche a eut 8 enfants, trois à Tunis et le reste en Israël, il fait son Alya en 1956 et leur vie au début fut un enfer. Papa décède en 1980…. Elie est décédé. …. FRITNE sa sœur, décède en Israël. Ayouche (marbrier à LOD) décède aussi en Israël, ainsi que son épouse HAYOUNA.
Vous comprenez que je ne peux aller plus loin sur certaines choses intimes. Les protagonistes ne sont plus là. Les enfants sont là, ils sont les gardiens de leur histoire. Mais ignorent certains faits très douloureux.
Nous sommes particulièrement fiers d’avoir 3 dentistes dans la famille et deux vendeurs de magie. Les enfants de Ayouche en Israël sont devenus des cousins excellents, les enfants d’ELIE, tous mariés, n’ont pas échappés à leur bonheur, ils sont au top.

Les enfants de FRITNE, l’aîné KAKICHE, après un passage comme vendeur dans les vêtements au Sentier, il fut directeur général de la grande CHOCOLATERIE LEONIDAS en France. Sans aucun diplôme. Ses frères,et sœurs perdus de vue.

Conclusion.

Orphelins, pauvres, démunis, vivants dans la misère noire, il faut croire que tout destin est contrôlé par le TRES HAUT.
Il y aura un 4 iéme volet.

DÉPRESSION FAILLITE ET REBONDISSEMENT.
Re: A LA SANTE DE MON PERE z'al AYOUCHE
03 octobre 2021, 10:47
A LA SANTE DE MON PERE.

VOLET 4°

PAR ALBERT SIMEONI
LE 2/010/2021/

L’envol.

L’orphelin, mon papa malgré la dureté de la vie dans son quartier, décide donc de se battre à 11 ans, prendre sa destiné en main.
Puisque sa vie d’enfant s’est transformée par les aléas de la vie, il va prendre sa revanche et retrousser ses manches.

Le sieur Berdah, marbrier, l’embauche donc comme apprenti marbrier. Il se spécialise dans la gravure. Mais le jeune adolescent, après un stage qui dura un an dans des conditions misérables, il était mal payé, il sort de son quartier et vers ses 15 ans, il va se faire embaucher comme manœuvre chez les maçons italiens. Ils le prennent en sympathie et surtout il voit en lui un travailleur sérieux.

Un jeune homme qui apprend vite l’italien. Obéissant et surtout curieux de tout. Les italiens lui apprendront comment poser les dalles de marbre et surtout les façades. Il mettra la main dans la construction du Colisée. Il a 20 ans. Donc nous sommes en 1933. Il se lance à corps perdu dans ce qui sera sa passion, le MARBRE. Il travaillera dur et surtout il sera bien payé. Toute sa ‘ semaine’ (son salaire ) ira chez sa tante paralytique. Qui gère la fratrie.

Il assiste à la rentrée des allemands mais échappera au STO mais pas son frère Ayouch qui en revient asthmatique, je ne sais pas par quel miracle, il passe au travers des mailles.

En 1940, il demande à son oncle MOUMOU de PANAMA de lui prêter de l’argent pour ouvrir un petit commerce de marbre, à la rue BAB CARTAGENE.

En 1942, il ouvre sa première marbrerie et se fournira chez COURTEAUX. Un grand marbrier. L’affaire prend son essor et il va même embaucher un certain Mouldi, comme apprenti qui deviendra un des meilleurs graveurs tune de la profession. Il est ambitieux papa, il achète à la rue NAVARIN juste à coté du funérarium juif une battisse, une ancienne écurie qu’il va transformer en atelier et ce sera son frère Ayouche qui sera son coupeur.

L’argent rentre. Première chose qu’il fait, il change de look, il se vêt de costumes, il se gomine les cheveux, et surtout il commence à fréquenter les bars et brasseries et c’est là qu’il va connaître ses amis. De vrais amis.

Il achète une calèche pour frimer sur l’avenue JULES FERRY.

Il va mordre à pleines dents la vie, laissant derrière lui son ancien vécu. Il sera un grand fan de football, uestien, toujours accompagné par ses mais qui feront le coup de main contre les équipes adverses sur les gradins du stade GEO ANDRE, papa se montre bagarreur, et ne craint pas la bagarre. Il fréquentera aussi les champs de courses, tjs avec ses amis. Il devient la coqueluche de ces derniers, il sera un meneur, il acquit ainsi une certaine renommée. Il est connu de partout.

L’ancien orphelin est devenu méconnaissable avec ses chaussures dites diplomate et son chapeau Borsalino, ses amis vont l’imiter et on les verra souvent ensemble sur la grande avenue JULES FERRY. On le verra aussi lors des galas de boxe, il rencontre ROBERT COHEN et Alphonse Halimi, lors des grands événements, il a carte blanche pour aller les saluer dans leurs vestiaires.

Enfin, en1943, il fera la connaissance avec celle qui deviendra son épouse HAYA VICTORINE LELLOUCHE. Grâce à la tante de cette dernière, la sœur virile, célibataire endurci mais qui a sauvé de nombreux juifs en leur fournissant des documents français, elle était une grande amie du préfet de cette epoque GUILLON. Elle va donc imposer DEIDOU à ses parents CHOUA ET MEIHA.

La jeune fille est instruite, elle pleurera à chaudes larmes en sachant qu'elle va les quitter, et papa un ignorant dira plus tard MEIHA. Ils se marient dc en 1944 contre l’avis de ses beaux parents. Il fera tout pour se faire aimer par cette jeune femme timide. Ils habiterons la Goulette. Rue Pasteur. Deux pièces étriquées. Une cuisine comme on dit chez nous HAQUE NEFFA. Mais bon, ils ont un toit.

Papa a bcp aidé ses frères et sœur, pour qu’ils aient une bone situation. Il les a même poussé à se marier. Et surtout sortir du ghetto juif.

La vie sourit à mon papa, connu pour être aussi un homme de cœur. Généreux. Son coiffeur attitré sera LALOU LATINO du Colisée, il ira même jusqu’à se ‘manucurer’ au premier étage.

L’orphelin a poussé des ailes. Il sent bon, il est au fait de sa célébrité. Mais jamais, il n’oubliera ses origines et surtout ses familles pauvres. Il les aidera financièrement et matériellement. Avec bcp de discrétion. Les commerçants aisés du Colisée, seront ses sponsors …..

J’oubliais de vous dire que papa aimait fumer le taqrouri avec ses amis, le chquibichinou, une longue pipe, passera de bouche en bouche en compagnie de la boukha. …. Le taqrouri c’est de l’herbe , comme on dirait aujourd’hui du ACHE. D’où Hchich……. Maman n’en saura rien.
Sa situation étant faite, il va penser à meubler la maison, par des cris d’enfants….

A suivre…..

Naissance et décadence...
Re: A LA SANTE DE MON PERE z'al AYOUCHE
07 octobre 2021, 11:34
A LA SANTE DE MON PERE.
VOLET 5°


Par Albert Siméoni Breitou.


Naissance.

L’Ancien orphelin par son courage et volonté s’est fait par lui même. Il fonde une famille et en 1945 le 9 FEVRIER, UN vendredi exactement, vers le coup d’une heure du matin, maman ressent les premières douleurs, mon papa se levè s’habille et sous une nuit froide se rend chez madame JEUNE la sage femme très connue à la Goulette. Il la tient par le bras, car la bonne dame est obèse, et arrivent enfin sur le lieu de l’accouchement. Elle demande à papa de rester dans la salle à manger,Meiha, sa maman, venue exceptionnellement pour aider sa fille dans les taches ménagères au vu de sa grossesse, est réveillée, assise sur son banc. Papa, je devine fait le va et vient, entre le couloir de l’immeuble et la salle à manger...Meiha lui dira ‘..Erzen, okyad, douekhni.. ‘ Calme toi, assis toi, tu m’apporte le vertige… !’ La fumée des cigarettes embrume la salle à manger, papa trépigne, et tous les voisins entendent les cris de l’enfantement. Je sors enfin et la sage femme aprés avoir fait son boulot, annonce à papa qu’il est papa d’un joli garçon. Mon père ne se retient plus, il embrasse sa belle mére. Il est fou de joie, il a un fils. Et avoir un premier fils, un garçon, autrefois c était qq chose. Personne ne dormira cette nuit là, la voisine italienne, qui habite face à notre appartement, rentre chez nous, pour aider maman à se remettre tant soit peu.
Il y a aussi sa sœur Poupée et mon oncle JO.
Le lendemain matin MEIHA allume un canoun et encense la maison avec du bkhour. Je ne suis pas né très gros. Juste comme il faut.
Papa le lendemain à vite fait, vers le midi d’alerter tous ses amis ‘...Tberqet boulied… !’ (Je suis paps d’un garçon..!) Ses amis l’embrassent, et bien sur, ils vont boire à ma santé. Qqq demis huitiémes de Boukha. Il n’attendra pas toute une semaine pour me nommer, du nom de son papa Albert, Breitou. Celui qui 55 ans plus tard fait votre connaissance, grâce à ses écrits farfelus. Le surlendemain, il avertit le rabbin et loue une charrette pour apporter la grande chaise. La circoncision est fixée pour le 17. Soit 8 jours après ma naissance comme le veut la loi de MOISE.
Le 17 au matin, la maison est trop étriquée pour recevoir tous ces amis, bien que les meubles furent montés à la terrasse. Mon oncle s’y est mit pour ce déménagement provisoire. Les youyous résonnent dans toute la Goulette. Sans parler du bkhour qui a encensé toute la ville. Pour peu Papa aurait soufflé, le CHOFFAR sur le toit du CINEMA REX.
Le Moel coupe devant mes tantes et oncles, mais comme il est myope, il a trop coupé, que D ieu lui pardonne, il n’avait pas de cms sur lui, ce qui fait donc que j’ai zebi kssir ou lcheni seqet...bref…
Durant toute une semaine papa s’en ai donné à cœur joie avec ses amis dans les bars et brasseries. C’était des beuveries à midis et soirs, à tel point que maman, remise sur pied lui fait remarquer que le petit ne supporte pas son haleine boukheique.

Les sorties nocturnes et les grands apéros étaient terminés.
Le rabbin informe mon papa que la vente de son premier né, se fera dans un mois soit le 9 mars 1945. ils vont me mettre aux enchères ‘publiques’ à l’hôtel DROUOT. …

A suivre… ;

Pièces jointes:
PAPA ET MOI.jpg
Re: A LA SANTE DE MON PERE z'al AYOUCHE
10 octobre 2021, 10:13
A LA SANTÉ DE MON PÈRE
PAR ALBERT SIMEONI
L’ENFANT DE LA GOULETTE.

Paris le 10/10/2021. 18 HEURES 10.

PETIT RETOUR EN ARRIÈRE.

Je vous ai parlé des GNAWIS, en général, des gens de couleur, musiciens, leurs instruments, la viole, le tambourin ( bendir) et la zokra (zok omoq) c est pour la bonne raison que papa, durant une partie de sa jeunesse, après être sorti de la miséré, fut un homme de fêtes, il voulait mordre la vie à pleines dents, ne rien raté et surtout rassembler ses amis, il était le meneur d’une joyeuse bande dont certains noms et prénoms me reviennent….Il y avait JACQUES KOSKAS( qui fut son conseiller bancaire après avoir ouvert son commerce de marbre, papa était inculte) il y avait RAYMOND DANA, EDOUARD CESAS…. BENISTI….UN CERTAIN BISMUTH, court de taille, et parmi eux LALOU LATINO….et tant d’autres.

LE PARIS BAR ...LE FLOREAL , SURTOUT LA BRASSERIE SUISSE et chez HENRI cafetier brasserie qui jouxtait le marchand de glaces chez BEBERT. C était des hommes de la bringues nocturnes. Ils ne rataient aucun gala orientale et pour boire ils buvaient la Boukha dans un HALLEB. Qd les bars mans les voyaient entrer, ils étaient servis comme des rois. Kemia à gogo et pourboirs. ( Je précise que c est à la BRASSERIE SUISSE que papa à rencontré mr GUY BOUBLIL, cette rencontre fut pour mon pére une chance inouïe, je raconterai plus tard de quoi il en retourne.)
Papa rassemblait tous ses amis dans une petite salle, et c est là que rentrait en jeu les GNAWIS tjs les mêmes, ils habitaient HALFAOUINE, ils se sont prit d’affection pour mon papa.

Papa dansait comme un vrai de vrai, très rythmique, on avait l’impression qu’il a passé sa jeunesse à danser l’orientale. Parfois, une danseuse, qui s’en retournait les seins remplis de dinars. Ses amis ont bcp profité de ses frasques et je ne pense pas qu’ils ont regrettés ces moments inoubliables en compagnie de mon papa.
Lorsque je vous dis que presque tout Tunis le connaissait je ne vous raconte pas des bobards. Il était un homme de bien reconnu , charitable, aimant, humain sympathique et surtout généreux.

Je voudrais vous raconter une anecdote. Dans la hara, une famille modeste, parents d’une fratrie ont un souci majeur. La maman décide d’en parler à mon pére.. ‘...Ouldi yé Deidou, méchi fél tniyé el mhoume ( la mauvaise voie, la pédérastie). Papa lui promet de s’en occuper. Un jour, il croise le jeune homme dans une ruelle, le prend par le bras, le fait entrer dans un couloir d’immeuble et lui donne une raclée. L’histoire s’arrête là.
En 1990 alors que je bossais au fbg du TEMPLE, j’étais assis sur la marche du magasin, je vois une ombre immense me couvrir ‘...Tu es le fils de AYOUCHE… ? ‘...Je le toise et je lui réponds ‘….Oui… !’ Il me regarde, ses yeux s’embuésnt et là il me dit ‘...Ton papa m’a sauvé d’une situation délicate autrefois, à présent je suis papy de 6 petits enfants… !’ Le jeune homme qui allait tomber bien bas est devenu un papa et papy. Et j’avais bien compris de quoi il parlait.

1947...J'avais 2 ans. Maman attendait son second bébé.

Pièces jointes:
PAPA ET UN AMI.jpg
Re: A LA SANTE DE MON PERE z'al AYOUCHE
16 octobre 2021, 10:16
A LA SANTE DE MON PERE VOLET VI
PAR ALBERT SIMEONI
L’Enfant de la Goulette
Maisons Alfort le 15/10/2021.


VENTE AUX ENCHÈRES ET TRAGÉDIE. ( Rachat du premier né)

Ma circoncision eut donc lieu le 9/02/1945, un vendredi vers les 1 heure du matin.
Je vous laisse deviner les conditions dont cette coupe eut lieu, dans l’étroitesse et sans bousculade. Chaises tables et divan à la terrasse. Maman était dans sa chambre, entourée par ses belles sœurs, elle ne devait pas se lever . La feuille des prières imprimée avec bcp de motifs de mains de fatma trône au dessus de son lit.
30 jours plus tard, soit le 9/03/1945 c est le feqen el couhin. Le rachat c’est à dire que l’on va me mettre aux enchères. Un rabbin est présent ainsi que 5 personnes, ( je devine) LES ACHETEURS. Le rabbin donne le signal de ma vente et chacun des participants donne son prix lorsque le prix est atteint le rabbin stoppe la vente et me remet à l’acquéreur qui lui le remet à mon papa.

La vente se fait au seuil de la maison. A l’intérieur MEIHA est assise sur le banc, tout comme sa fille Poupée et Jo mon oncle mais voilà que mon grand père ne se lève du matelas jeté à terre. Les enfants et sa femme s’étonnent et là , Meiha, Poupée et Jo étouffe des sanglots, maman sort de sa chambre et comprend que son papa gît sans vie sur le matelas.

Choua mon papy que je ne n’’ai pas connu est décédé. Le rabbin de la vente est avisé mais ne doit pas interrompre la vente, ni cris ni hurlements. Les haberims ( leveurs de morts) sont mis au courant, ils rentrent et mettent mon papy inerte à terre, le lendemain. Ils installent deux bougiies. D’un coté joie et en même temps pleurs sans cris ni lamentations. Horrible. Je suis donc vendu entre un deuil et une vente alors que mon papi gisait le lendemain à même le carrelage.

La fête pousse le deuil et je n’aurai qd même pas droit à la télet lilé. La Troisiéme nuit qui est une soirée de musique. On se rappellera de ses trois musiciens dont un est aveugle, trois violinistes, en principe si cela s’était déroulé normalement, la porte de la maison reste ouverte et toute personne qui désire entrer sera la bienvenue. On lui offrira l’assiette anglaise, la musique et la danse plus les youyous. Rien de tout cela.

En guise d’assiette anglaise, de danses et de violon, je eu droit à l’assiette de l’amertume, celle des larmes mais en aucun cas, je n’ai bouffé la vie de mon papy. Il faut savoir qu’à l’époque on disait ‘...Il lui a mangé sa tête’ mais ce n’est pas le cas parce qu’il m’a tenu dans ses bras et qu’il est mort non pas le jour de ma naissance mais un mois plus tard. L expression ne s’applique donc pas à moi car pour ceux qui l’ignorent, des cas de morts lors d’un mariage, d’une naissance ou d’une bar mistawah est rare mais possible. L’émotion y est pour quelque chose. On parlera dans ce cas de AÏN ARA.

Papa qui était un homme heureux et joyeux, fêtard, se retrouve dans une tristesse incommensurable,il aimait son beau père et surtout sa belle mère comme on le verra plus tard. Il escomptait apporter en plus des trois violonistes des GNAWS pour conjurer le mauvais sort il me le dira plus tard.
Ses amis furent touchés par ce concours malheureux de circonstance. Parce que quelques uns étaient présents pour cette vente. Ce rachat.

Ainsi l’a voulu ma destinée.

De nos jours, rares sont les télèts liléts, mais pas le rachat de l’aîné garçon.


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