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Judaïsme: la tribu perdue des Bnei Menashe poursuit son immigration vers Israël

Un Bnei Menashe devant le rouleau de la Torah - scène extraite du film Aliyah (2006), produit par Desire Machine Collective (Inde), sous la direction de Sonal Jain et Mriganka Madhukaillya.

Judaïsme: la tribu perdue des Bnei Menashe poursuit son immigration vers Israël

Plus de 7.000 membres du groupe des Bnei Menashe, venant du Nord-Est de l'Inde, viendront bientôt rejoindre leurs 1.700 compatriotes déjà établis en Israël: le feu vert du gouvernement israélien est attendu prochainement, sauf imprévu.Parmi ceux qui immigrent en Israël au titre de leur identité juive, la majorité sont des personnes juives de naissance, mais on trouve aussi parmi eux des convertis. Les Bnei Menashe placent dans un position différente: ils se considèrent en effet comme descendants de l'une des "tribus perdues" d'Israël.

Ils ne sont pas les seuls: le thème des "tribus perdues" a enflammé bien des imaginations depuis des siècles. A l'origine, un événement historique: après la mort du roi Salomon, les dix tribus du nord formèrent le royaume d'Israël, tandis que les tribus de Juda et de Benjamin restèrent loyales à la maison de David, avec Jérusalem pour centre; au VIIIe siècle avant Jésus-Christ, le royaume du Nord tomba sous les assauts assyriens et une grande partie des Israélites furent déportés, principalement en Haute-Mésopotamie et également en Médie. Des populations d'autres régions furent installées pour les remplacer. Le même sort frappa le royaume de Jérusalem en 587 av. J.-C., lorsque Nabuchodonosor II s'empara de la ville, mais une partie des juifs déportés à Babylone purent retourner à Jérusalem quelques décennies plus tard et reconstruire le temple.

Qu'advint-il donc des Israélites du Nord? La plupart des historiens estiment que quelques-uns avaient peut-être maintenu leurs traditions et se sont joints aux juifs exilés lors du retour de l'exil babylonien, mais que la plupart se sont probablement assimilés aux peuples au milieu desquels ils se trouvaient, disparaissant ainsi de la carte de l'histoire en tant qu'entité distincte.

Cette explication n'a cependant pas convaincu tout le monde: d'autant plus que des textes prophétiques semblent faire allusion au rassemblement, un jour, de toutes les tribus. Dans le Nouveau Testament, l'épître de Jacques est adressée "aux douze tribus qui sont dans la dispersion".

Mais si les dix tribus "perdues" existent toujours, où se trouvent-elles donc? Au cours des derniers siècles, certains ont cru les avoir retrouvées ici et là — un peu partout, des Andes au Japon en passant par le Cachemire, des tribus africaines ou le peuple britannique. Différents arguments sont présentés à l'appui de ces thèses, qu'il s'agisse d'étymologies, de traditions, de coutumes particulières ou, plus récemment, de codes génétiques.

Parmi les groupes qui ont estimé descendre d'une des tribus perdues d'Israël, certains ont embrassé le judaïsme. Pour que leur appartenance au judaïsme soit reconnue comme telle par les autorités juives, il a cependant fallu, dans tous les cas, passer par un rituel de conversion.

Les Bnei Menashe résident au Manipur et au Mizoram, à la frontière entre l'Inde et la Birmanie, dans le Nord-Est de l'Inde. D'ethnie mizo, chin ou kuki, cette "collectivité de tribus" (Shalva Weil) rassemblé sous le nom de Shinlung est d'origine mongoloïde. Nombre de tribus du Nord-Est de l'Inde se distinguent fortement des habitants du reste de l'Inde: de nombreux mouvements insurrectionnels ont d'ailleurs agité plusieurs de ces régions jusqu'à aujourd'hui. Dans un tel contexte, il n'est pas étonnant que des questionnements identitaires puissent surgir.

Les Mizo sont généralement chrétiens. En découvrant la Bible, certains ont cru discerner dans leurs traditions pré-chrétiennes des réminiscences des pratiques décrites dans l'Ancien Testament. Au début des années 1950, il y aurait eu chez une ou plusieurs personnes la certitude d'un lien entre Mizo et tribus perdues. Un songe révéla au diacre d'un communauté pentecôtiste au Mizoram que les Mizo descendaient des tribus perdues et qu'ils devaient retourner en Israël; une vision lors d'une transe durant un "réveil" religieux aurait inspiré la même conviction à un chef de village. Certains fidèles, avec une notion très vague de la géographie, entreprirent aussi de partir vers "Sion", mais n'allèrent pas plus loin que les Etats indiens voisins. Peu importe: le rêve israélite était né.

Petit à petit, au Mizoram et au Manipur, des Shinlung commencèrent à pratiquer leur propre forme de judaïsme, avant de trouver finalement, dans les années 1990, des rabbins qui acceptèrent de les y convertir formellement.

 

Jean-François Mayer - Institut Religioscope

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