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Une perception du Machia'h, par le Rabbi de Loubavitch

Une perception du Machia'h, par le Rabbi de Loubavitch

 

 

Le Talmud affirme (Sanhédrin 98a) : « Le fils de David (ben David) ne viendra pas avant qu’un malade ait besoin de poisson et qu’on n’en trouve pas. »

Le nom « fils de David » (ben David) constitue le qualificatif le moins noble parmi ceux donnés au Machia’h, caractérise une qualité qui ne lui est pas propre mais qu’il doit à ses ancêtres. Le nom même David le dénote, car il désigne un degré de complète abnégation ; ainsi David dit de lui (Psaumes 22,7) : « Je suis un vermisseau et non un homme… » . Ainsi, le qualificatif ben David ne caractérise pas une filiation mais un plutôt statut au sens de ben ‘Horin(« personne libre ») attestant que le Machia’h possède le « statut » de David.

C’est la raison pour laquelle le Midrach fait usage de l’expression ben David[qui caractérise un degré trivial du Machia’h] chaque fois qu’il fait état des calamités liées aux temps messianiques.

Les Sages affirment également (Sanhédrin ibid.) « Le Machia’h ne viendra que lors d’une génération entièrement méritante ou entièrement déméritante  », ce qui signifie que la venue du Machia’h ne se conçoit que dans un contexte de déchéance ou d’insigne noblesse. Quant au fait que le Machia’h soit également appelé du nom de ben David, [le statut « dérisoire »] dans un contexte de noblesse, la raison en est que l’abnégation et l’esprit de sacrifice — qui valent à David d’être appelé « le plus petit » (I Samuel 17, 14) — atteignent aux plus sublimes degrés.

C’est ainsi que la parole des Sages « Le fils de David (ben David) ne viendra pas avant qu’un malade ait besoin de poisson et qu’on n’en trouve pas » peut être interprétée dans les deux contextes : celui d’une génération déméritante et celui d’une génération méritante.

 Première interprétation : la parole des Sages caractérise une génération déméritante.

La génération est déchéante car elle est en lutte permanente contre un mal omniprésent qu’elle ne parvient pas à juguler entièrement. Dans cette génération se trouve un « malade » : un individu qui a fauté et qui a besoin de se repentir au sens ou selon l’expression des Sages (Yomah86) :« la techouvah apporte la guérison au monde »Le fait qu’un individu en vienne à fauter – la « maladie » – provient de ce qu’au moment de son acte, il oublie son attachement fondamental au D-ieu dont la parole le maintient en vie. (Tanya, chap. 24-25). Si l’individu avait conscience que la moindre faute commise par lui, le défait de D-ieu, il n’aurait aucune peine à juguler son penchant et ne commettrait jamais la moindre transgression.

C’est la raison pour laquelle les Sages ont affirmé : « Le fils de David (ben David) ne viendra pas avant qu’un malade ait besoin de poisson… ». LeRamban(sur Lévitique 11,13) explique en effet que les animaux dont la consommation est interdite sont ceux qui suscitent chez l’individu qui les consomme une nature cruelle et inversement, pour les animaux permis.

D’où le fait que le malade doive recourir au poisson : les poissons possèdent en effet la caractéristique de demeurer constamment dans le milieu qui les a vu naître, car s’en défaire  leur serait fatal. Ils sont animés d’une abnégation issue de la conscience profonde de ce qui est la source permanente de leur existence. Ainsi, la consommation du poisson infuse chez l’individu cette abnégation qui restitue la conscience de sa source de vie et réduit d’autant l’éventualité d’une transgression.

 

Seconde interprétation : la parole des Sages caractérise une génération méritante.

 En hébreu « malade » (‘holeh) a pour valeur numérique 49, chiffre qui caractérise les quarante-neuf portes de la sagesse. L’individu qui aspire à la cinquantième porte (ChaarHaNoun) et souffre de ne pas y atteindre est appelé « malade » selon l’expression du Cantique des Cantiques (2,5) : « Je suis malade d’amour ».

Car pour servir D-ieu avec grand amour, le Juste parfait qui l’aime et le craint porte en lui une conscience d’aimer et de craindre (Tanya chap. 35) qu’il voudrait voir disparaître pour atteindre à une entière abnégation qui le ferait se  fondre en D-ieu comme ces poissons qui se confondent avec le lieu auquel ils doivent la vie.

Cependant, ce poisson « ne le trouve pas » : ce n’est pas le malade qui ne peut trouver le poisson mais le contraire. Le poisson ne peut atteindre le malade car celui-ci aspire à un degré de fusion avec D-ieu qui transcende l’abnégation qui caractérise les poissons. Car pour unis que soient les poissons avec l’eau, ils ne se confondent cependant pas avec elle.(1)

C’est cet insigne degré d’élévation qui caractérise la génération méritante (koulo zakaï) qui verra la venue du Machi’ah. Cet ultime degré  – caractérisé par le nom ben David – où culminent l’abnégation et l’esprit de sacrifice.

 

(1) [C’est la raison pour laquelle la loi n’a pas été tranchée selon l’avis de Rabban Chimon ben Gamliel lequel affirme (Mikvaot 6,7) que [lors d’une immersion dans la mer, en vue d’une purification] les poissons ne constituent pas une séparation entre le corps et l’eau (‘hatsitsah).]

 

(Écrit par le Rabbi de Loubavitch dans ses carnets le 11 juin 1941 (16 sivan 5701) à Lisbonne  la veille de son embarquement pour les États-Unis.) (Adaptation libre)

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