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Faut-il manger du chocolat pour être plus intelligent ?

 

Faut-il manger du chocolat pour être plus intelligent ?

 

Par Jean-Marie Bourre

 

 

AVIS D'EXPERT- Le docteur Jean-Marie Bourre, membre de l'Académie de médécine, vous répond.

 

Un médecin américain reconnu, spécialiste de l'hypertension, chercheur à la prestigieuse Université Columbia de New York, a profité de l'actualité liée à la traditionnelle remise des prix Nobel pour publier dans le numéro d'octobre d'une revue médicale très sérieuse une étude montrant que, dans chaque pays, le nombre de Prix Nobel dépend de sa consommation de chocolat…

Après avoir lu des publications établissant que la consommation de flavanols, une sous-classe de flavanoïdes présents en quantité notable dans le cacao, était associée chez l'homme à une moindre diminution des performances intellectuelles liée à l'âge et chez le rat âgé à une amélioration significative des performances cognitives, il n‘y avait qu'un pas à franchir pour en déduire qu'une consommation importante de chocolat était également susceptible d'accroître le niveau intellectuel moyen d'une population donnée et donc, ipso facto, le pourcentage d'individus ayant une intelligence supérieure, les prix Nobel en étant «objectivement», selon lui, les meilleurs témoins.

Effectivement, le résultat ne s'est pas fait attendre et une corrélation surprenante, mais bien linéaire et significative, s'est révélée entre la concentration de prix Nobel et la consommation de chocolat par habitant. Parmi les 23 pays étudiés, sont ainsi apparus, à une extrémité, les moins performants au vu du jury de Stockholm et les plus faibles consommateurs: Japon, Brésil, Portugal, le plus mauvais élève étant la Chine (que se passera-t-il quand elle s'éveillera au chocolat?). Dans la petite moyenne, la France est désespérément «normale». Naturellement, la Suisse est de loin la meilleure. Mais la Suède, créditée de 2 fois plus de prix Nobel que prévisible, crée la surprise, à moins que dans la patrie d'Alfred Nobel, on n'ait le cerveau plus sensible aux bienfaits du chocolat ou que le jury du fameux prix n'y soit plus patriote…

Théobromine, caféine, cannabinoïdes...

Plus sérieusement, pourquoi le chocolat serait-il donc efficace sur le fonctionnement cérébral? Serait-ce parce qu'il contient de la théobromine, de la caféine et d'autres molécules «stimulantes»? Probablement pas. Parce qu'il recèle des substances apparentées au cannabinoïdes? Non plus, à moins d'en absorber une petite centaine de kilos par jour avant de commencer à bénéficier de leurs effets. Parce qu'il contient des oligoéléments, dont le magnésium, réputé efficace contre la spasmophilie? Peut-être.

Ce dont on est sûr, en revanche, c'est que, études scientifiques à l'appui, le chocolat est un stimulant cérébral grâce à son contenu en flavonoïdes et autres tanins, les mêmes qui font monter la «cote santé» des fruits, du vin, du thé vert, notamment. Le chocolat est, en effet, de tous les aliments que nous consommons, l'un des plus riche en , et 13 % des polyphénols apportés par l'alimentation proviendraient du chocolat pour des teneurs s'élevant à 500 et 840 mg/100 g pour les chocolats au lait et noir, respectivement. Ce sont eux qui limitent le stress oxydant auquel nos tissus sont constamment soumis ; ce sont ces mêmes flavonoïdes qui, en favorisant la fluidité de la circulation, non seulement protègent contre les maladies cardio-vasculaires, mais augmentent le débit sanguin dans la matière grise cérébrale, comme le révèlent clairement les examens radiologiques. À quoi il faut ajouter les «bonnes graisses» du beurre de cacao, dont l'acide oléique, qui renvoie aux bienfaits de l'huile d'olive et du régime méditerranéen sur la protection cardio-vasculaire ; or ces graisses sont d'un tiers aussi efficaces que les oméga-3 contenus dans les poissons gras, dont l'huile est remboursée au même titre qu'un médicament par la Sécurité sociale… Et ce sont des chercheurs de Norvège, premier producteur mondial d'oméga-3, qui le disent…

Corrélation n'est pas raison

Notre chercheur a certes réussi à créer le «buzz» sur Internet, mais il n'a rien prouvé. Tout d'abord, il eût sans doute été utile, sinon indispensable, de prolonger ce travail par une enquête sur la consommation de chocolat par les Prix Nobel eux-mêmes. Ensuite, le résultat ne montre pas (encore?) une causalité, mais une corrélation, les deux événements pouvant éventuellement ne pas être liés. On se souvient, dans le même genre, d'une étude très sérieuse qui montrait qu'en Alsace, le nombre de naissances était corrélé à celui des cigognes! Effectivement, plus il se forme de couples, plus il se construit de maisons et plus il y a de cheminées susceptibles de nicher de plus nombreux volatiles…

Ainsi, faute de savoir si le chocolat rend plus intelligent, il semble avéré qu'il puisse allonger l'espérance de vie par le seul plaisir qu'il procure. Antistress, tonique et stimulant, le chocolat contribue pour un peu moins de 4 % à nos apports énergétiques, et, s'il ne faut pas en abuser, car c'est un aliment effectivement très calorique, il fait du bien, et c'est là un atout majeur de bonne santé. Nous en consommons près de 4 kg par an et par personne ; continuons, sans modération excessive…

*Auteur de La Nouvelle Diététique du cerveau et de La Chrono-nutrition, Odile Jacob

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