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Ghriba : Un rituel bien ancré et immuable

 

Un rituel bien ancré et immuable

 

L’avènement du pèlerinage de la Ghriba est un rituel annuel qui marque de son empreinte l’île de Djerba et le vécu quotidien du Djerbien. Avant l’apparition des premiers pèlerins juifs venus d’ailleurs, vite remarquée dans les souks de la capitale Houmt-Souk dont la visite constitue pour beaucoup

une occasion pour renouer avec des repères depuis longtemps perdus des yeux, une demeure, une école, un magasin, pour saluer des connaissances de longue date,  pour s’approvisionner en denrées culinaires du terroir ou en produits  cosmétiques qui raniment de vieux souvenirs,  un remue-ménage sécuritaire est souvent palpable, vite remarqué au renforcement des fouilles au niveau de tous les passages donnant accès à l’île, puis, à mesure que l’échéance se rapproche, les mesures sécuritaires se généralisent pour couvrir toute l’île, notamment au niveau de la zone touristique lieu de résidence de la plupart des pèlerins et aux alentours du village d’Erriadh abritant le sanctuaire. Cette année encore, on n’a pas dévié de la règle : le service de sécurité mis en place était sans faille, impressionnant, omni présent,  veillant au moindre détail, opérant quasi discrètement, mais efficacement  sans avoir à irriter la population, ni à lui compliquer son vécu quotidien ou à compromettre ses affaires courantes quotidiennes, comme c’était le cas de triste souvenir, quand lors de telles occasions, l’île finissait par être assiégée, ses habitants presqu’interdits de libre circulation et certains lieux par être réquisitionnés.

Le pèlerinage de la Ghriba, est un rituel annuel fêté en grande pompe autour de cette très vieille synagogue composant avec les deux caravansérails limitrophes le site. Comme toutes les fêtes juives, et en dépit de l’allure folklorique que prennent certaines pratiques, cette cérémonie est à comprendre comme un rappel de faits marquants de l’histoire du judaïsme et un retour vers la mémoire. Le rituel de la Ghriba correspond donc au 33ème jour après Pessah, fêté en commémoration de la  mort de deux éminents rabbins kabbalistes : Rabbi Meyer Baal Bail Heness, homme de miracles, et Rabbi Shiméon Bar Yohai, considéré par les juifs d’Afrique du Nord comme le commentateur, l’inspirateur ou l’auteur du Sépher du Zohar, le livre des Splendeurs, et l’un des grands ouvrages de la mystique juive.

L’affluence, cette année, n’est pas des grands jours, 400 pèlerins ou presque, certes très en deçà des quelques milliers  enregistrés au début des années 2000, mais légèrement en hausse par rapport à l’année dernière. Qu’il pleuve ou qu’il vente, les inconditionnels sont toujours présents, en général des familles installées en France, ou dans d’autres villes du pays, ne ratant aucun pèlerinage dont ils profitent de l’occasion pour retrouver des personnes de leurs connaissances perdues de vue depuis longtemps, pour venir plonger dans l’atmosphère mythique de la Ghriba, avec ses vieux rouleaux de la Thora, ses ex-votos en or et en argent, portant les noms de familles juives et dédiés à la mémoire d’un être cher perdu ou pour la bénédiction d’une descendance, ou encore pour méditer devant la petite grotte où l’on vient déposer des œufs pour une fertilité souhaitée qui tarde, ou en quête d’un époux à une fille qui commence à avancer en âge ou d’une descendance mâle bien désirée, etc…

 

La Mnara, ou l’ «Aroussa», e rituel de la procession

Dimanche 28 avril, était le jour prévu de la Ziara ; le moment était très attendu : tôt dans l’après-midi, les pèlerins étaient tous réunis dans l’oukala, le caravensérail en face de la synagogue, aménagé le temps des festivités en un espace de contact et de consommation de victuailles de toutes sortes, grillades, briks, gâteaux, boissons, etc... . Dans les différentes cours du caravansérail et dans les couloirs, on buvait, on mangeait, on chantait et on dansait, dans une ambiance de ferveur et de liesse, comme le veut la tradition, comme le stipulent les règles régissant le rituel. Une foule hétéroclite remplissait les patios du caravansérail et l’intérieur de la synagogue ; on remarquait vite la différence entre les juifs autochtones et ceux venus d’ailleurs pour fêter ce jour de Lag Baomer, ostentatoirement vêtus, Des Tunisiennes et des Tunisiens de confession musulmane étaient aussi de la partie et suivaient avec intérêt le cérémonial changeant au fil des minutes et des heures. A 17 heures, la Mnara, une pyramide hexagonale en argent dans laquelle sont inscrits les noms des douze tribus d’Israël et ceux des rabbins renommés de Tunisie, quittait la cour du caravansérail, décorée de foulards vendus aux enchères, semblable à la jeune fille sur le point d’être conduite à son époux. Conduite en procession pour un petit tour, écourté cette année par rapport au parcours traditionnel qui prévoit le passage à travers les ruelles du village de Hara Sghira pour s’arrêter devant l’autre synagogue et revenir, elle était précédée de l’orchestre local, parée de tous les soins, suivie et entourée  de toutes et de tous, entonnant en chœur durant tout le parcours des chants et des refrains connus repris dans le répertoire local.  Au retour de sa promenade rituelle, la Mnara, avant de regagner la seconde grande salle de la synagogue pour y retrouver la place qui lui revient, a été placée face à la porte d’entrée de la synagogue faisant face au portail du caravansérail, en attendant l’arrivée des officiles. Vers 18 :30, M. jamel Gamra, Ministre du Tourisme, accompagné de M.François Gouyette, Ambassadeur de France, du Grand Rabbin de Tunis, du gouverneur de Médenine et des membres du Comité de la Ghriba, a fait son apparition ; place était alors aux discours protocolaires de bienvenue, de félicitations, d’hommages, de reconnaissances, de gloire à la Tunisie et à sa Révolution, reçus par des applaudissements nourris et enthousiasmés de l’assistance et suivis, en guise de clôture de la Ziara, par l’hymne national entonné en chœur par la foule.

 

Naceur Bouabid

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