Share |

L’éminent journaliste saoudien Al-Rashed : L’Europe doit éduquer les réfugiés syriens pour prévenir leur radicalisation sur place

Abd Al-Rahman Al-Rashed (Source : http://hizmetnews.com/

L’éminent journaliste saoudien Al-Rashed : L’Europe doit éduquer les réfugiés syriens pour prévenir leur radicalisation sur place

 

 

 

Dans un article intitulé « Eduquer les réfugiés d’Europe est aussi important que les nourrir », l’éminent journaliste saoudien Abd Al-Rahman Al-Rashed, ancien rédacteur en chef du quotidien Al-Sharq Al-Awsat, basé à Londres, et ancien directeur d’Al Arabiya TV, aborde la question des réfugiés syriens en Europe. Il souligne que l’Europe, et notamment l’Allemagne, est certes capable d’intégrer les réfugiés sur le plan économique, mais que le véritable défi est de les intégrer au niveau culturel et social. L’objectif est, selon lui, d’empêcher les réfugiés de devenir la proie d’islamistes européens qui pourraient chercher à les radicaliser.

Pour anticiper ce danger, affirme Al-Rashed, il est important, non seulement de nourrir et de loger les réfugiés, mais de les enrichir sur le plan intellectuel, afin qu’ils s’intègrent à la société, mus par des valeurs de coexistence et de respect mutuel, et qu’ils puissent résister à l’attrait de l’extrémisme. Selon lui, ces valeurs ne sont pas étrangères aux réfugiés, car elles font partie de leur culture musulmane et moyen-orientale qui s’est désagrégée ces trois dernières décennies, suite à la propagation de l’extrémisme et de la violence.

L’article de Rashed a été publié le 17 janvier sur le site d’Al-Arabiya en anglais. [1]

Les musulmans extrémistes d’Europe peuvent faire des réfugiés des adversaires de la société dans laquelle ils vivent

Plus d’un million de réfugiés du monde entier sont arrivés en Europe. Ils pourraient être considérés comme une proie facile pour les groupes extrémistes. Ces groupes ont gagné l’Europe avant l’afflux des réfugiés et jouissent d’une plus grande liberté d’expression. Ils sont également plus impliqués dans des activités sociales. Les nouveaux réfugiés, pour leur part, ont rejoint l’Europe à la quête d’une nouvelle vie. Pourtant, beaucoup d’entre eux finissent par devenir la cible d’extrémistes qui cherchent à étendre leur présence. Leur objectif est de produire des terroristes et de diffuser une idéologie extrémiste qui transformera ces réfugiés en adversaires de la société même dans laquelle ils vivent.

Depuis qu’ils ont commencé à fuir en grand nombre leur pays ravagé par la guerre, les Syriens se sont dirigés vers l’Europe via la Turquie. Cela a marqué le début d’une nouvelle phase de la crise, qui va probablement se poursuivre, même si le conflit syrien est résolu. Un million de réfugiés, syriens pour la plupart, ne représentent pas un grand nombre dans un continent peuplé de quelque 300 millions de personnes. Leur nombre n’est pas non plus un problème pour l’Allemagne, plus grand pays d’accueil de réfugiés, car sa colossale économie est capable de les absorber. Mais le défi posé par ces réfugiés est plus grand sur les fronts intellectuel, social et sécuritaire.

Ce qui importe est de les éduquer afin qu’ils s’intègrent facilement à la société et puissent résister aux tentatives des extrémistes de les radicaliser.

De vraies menaces pèsent sur ces réfugiés victimes d’une guerre répugnante qui a injustement déplacé plus de 10 millions de Syriens et quelques millions d’Irakiens. Les réfugiés en Europe sont susceptibles d’être exploités et utilisés dans ce jeu de plus en plus compliqué et dangereux. Des forces se querellent à leur sujet en Europe, telles celles qui s’opposent aux réfugiés, des groupes protestant contre le chômage et d’autres soutenant les régimes syrien et iranien. Evidemment, les plus dangereux sont les extrémistes et ceux qui coopèrent avec des groupes terroristes tels que l’Etat islamique et le front Al-Nosra.

Il est aussi important d’éduquer les réfugiés que de les nourrir et loger

Il est dans l’intérêt des autorités allemandes et européennes en général de gérer ce problème en amont en ne laissant pas ces réfugiés devenir la proie d’extrémistes cherchant à les influencer, sous couvert d’aide humanitaire. Ces réfugiés doivent recevoir un bagage intellectuel leur permettant de vivre dans la dignité et de coexister dans la nouvelle société qui les a accueillis, une société qui respecte leurs droits et leurs croyances et attend la même chose des réfugiés. Les gouvernements et populations d’Europe sont actuellement focalisés sur l’aide aux réfugiés. Ils reçoivent denrées alimentaires et logement pendant que leurs papiers sont traités. Toutefois, le plus important est de les éduquer afin qu’ils s’intègrent facilement à la société et puissent résister aux tentatives des extrémistes de les radicaliser.

Les gouvernements ne peuvent rien faire d’autre que de menacer d’expulser qui s’est livré à des activités extrémistes de façon avérée, comme on l’a vu en Allemagne. Cette démarche ne concerne qu’un faible pourcentage du million de réfugiés. Le plus grand défi est d’enrichir sur le plan intellectuel la majorité d’entre eux [pour les protéger] de tentatives d’extrémistes d’en faire des haineux et des extrémistes qui rejettent leur nouvelle société et l’affrontent, au lieu de lui être reconnaissants.

Je suis convaincu qu’il est possible de propager la culture de la coexistence et de la tolérance,  peut-être sur la base des valeurs des réfugiés musulmans et moyen-orientaux, qui se sont effondrées au cours des trois dernières décennies à cause d’idéologies extrémistes et haineuses et des guerres actuelles.

Memri.fr

Lire la traduction en anglais

Notes :

[1] English.Alarabiya.net, le 17 janvier 2016.

Contenu Correspondant