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L’arme absolue : la conscience d’israël

Ayrault, attendu à Jérusalem dimanche Nul doute qu’il sera reçu comme il se doit. Sur l’Esplanade des mosquées ?

L’arme absolue : la conscience d’israël (info # 011305/16)[Analyse]

Par Ilan Tsadik © MetulaNewsAgency

 

Mercredi, les Hébreux ont commémoré le Jour du Souvenir à la mémoire des quelques 23 477 Israéliens, soldats et victimes civiles du terrorisme morts dans les divers conflits et opérations armées de l’Etat hébreu, de 1860 à nos jours.

 

La guerre israélo-arabe participe d’un minuscule conflit en comparaison des guerres qui ont secoué la planète, avec ses 115 000 décès au total depuis 1920 et dans les deux camps. Elle n’entre pas dans les soixante plus importantes belligérances qu’a connues la Terre.

 

A titre de référence, la guerre Civile Syrienne, qui a éclaté en 2011, a déjà fait un demi-million de tués, à peu près autant que la Première Guerre d’Indochine, qui a fait rage entre 1946 et 1954. Les Guerres Napoléoniennes appartiennent à une autre catégorie, avec leurs quelques cinq millions de victimes, mais c’est encore cinq fois moins que la Guerre Sino-Japonaise, par exemple, qui a dévasté l’Extrême-Orient entre 1937 et 1945, sans parler des 60 à 80 000 000 de morts de la Seconde Guerre Mondiale.

 

Reste que, pour un pays de huit millions et demi d’habitants, qui n’a jamais connu la paix depuis cent-soixante ans, soit bien avant qu’il ne déclare son indépendance, le 14 mai 1948, 23 477 morts constitue un chiffre considérable.

 

Au point que je ne connais pas de famille habitant le pays depuis son indépendance qui n’ait eu à déplorer la disparition violente d’un parent proche à l’occasion d’un conflit. Et c’est encore sans compter l’impressionnant cortège des centaines de milliers de blessés et d’invalides que l’on croise plus souvent qu’ailleurs dans la rue.

 

En ce 68ème anniversaire d’Israël, le débat public permanent n’a jamais été aussi animé. On en est à seposer beaucoup de questions sur à peu près tous les domaines concernant le pays. Au centre de la discussion, "faut-il être un Etat comme les autres ?" ou "est-il préférable de nous replier sur nous-mêmes et nos valeurs traditionnelles ?". 

 

Cette interrogation que l’on croyait classée depuis des lustres resurgit alors qu’une vague d’antisémitisme ravage les démocraties occidentales et que les instances internationales ne manquent pas une occasion de nous ostraciser en essayant de nous délégitimer. Naturellement, le vote de la France à l’UNESCO, définissant le site du Temple de Salomon comme exclusivement musulman et palestinien, remue nos consciences et pousse les indécis au retrait identitaire et sécuritaire face à autant de mauvaise foi et de haine au niveau étatique. Même les plus optimistes d’entre nous se demandent quelle va être la prochaine résolution anti-nous dans les instances internationales.

 

On imagine avec gêne que le ministre français des Affaires Etrangères, Jean-Marc Ayrault, celui qui a ordonné de voter la résolution de l’UNESCO, s’emploie d’arrache-pied (si seulement) à convoquer une conférence internationale visant, en fin de compte, à nous obliger à vivre dans des frontières indéfendables. Reconnaissons qu’en matière de neutralité du médiateur on pourrait trouver un peu mieux.

 

On lit chaque jour les dépêches de l’AFP, écrites à la bave de crapaud à la place de l’encre, qui confondent à dessein les Palestiniens et les terroristes palestiniens, les bourreaux de l’Intifada et leurs victimes, les implantations juives et les colonies françaises en Algérie, les "territoires palestiniens occupés" et les territoires perdus par la Jordanie à l’issue de son offensive militaire contre l’Etat hébreu en 1967, les "frontières d’avant 67" et la ligne d’armistice de 1948, etc.

 

Il est vrai que depuis que l’on sait que le temple de Jérusalem - pardon, M. Hollande, je voulais évidemment parler du Ḥaram aš-Šarīf ! - est un lieu saint exclusivement palestinien, on saisit mieux l’inspiration des articles dans les media tricolores. Ces confrères nient l’existence du peuple israélite, son histoire et, partant, son attachement millénaire à sa terre. Ce faisant, ils pratiquent, comme leurs prédécesseurs en 39-45, l’exception juive en traitant les enfants d’Isaac selon des critères sémantiques péjorés qu’ils n’appliquent qu’à ce peuple. Bref, ça schlingue l’antisémitisme à pleins (grands) nez.

 

Sur les questions domestiques, la mer n’est pas plus calme. On s’accorde en général sur le fait que le chef de notre exécutif, Binyamin Netanyahu, a fait son temps, qu’il manque de crédibilité et d’initiative, et qu’il est le vecteur principal du nivellement par le bas de notre vie politique. Mais on le préfère toutefois à ceux qui sont encore bien plus à droite que lui et aux edennistes. On se demande également qui pourrait bien le remplacer, entre Herzog le pastelle-transparent, Lapid – vous voyez Cyril Hanouna à l’Elysée ? -, Yvette Raspoutine Lieberman – si vous voulez qu’Israël soit gouverné par un avatar de Poutine… -, ou la gauche israélienne, restée scotchée quelque part dans les couloirs du temps, entre 1950 et 1970, mais avec des Godefroy de Montmirail nettement moins inspirés que Jean Reno.

 

Bref, mieux vaut passer un week-end à Eilat que des’attarder sur la classe politique qui garnit les bancs de la Knesset. On se console comme on peut en pensant que les Français ont Marinette, François Hollande, Alain Juppé (hi hi), Mélenchon, Royal et Montebourg.

 

Il est vrai que notre situation est complètement différente : nous, nous sommes entourés d’ennemis, tandis qu’eux en sont infestés.

 

De plus, sujet de satisfaction, notre économie est saine, notre high-tech flambe, nous avons du pétrole et du gaz naturel, et lorsque nous aurons fini de nousdisputer sur le partage des bénéfices, on pourra probablement commencer à les extraire de la Méditerranée.

 

Cette année, s’exprimant à l’occasion d’une commémoration de la Shoah, l’animation principale est venue d’un passage du discours du Major-Général Yaïr Golan, le numéro deux de l’Armée israélienne. Golan a établi un lien entre certains développements actuels dans la société israélienne et des "processus révoltants s’étant déroulés en Europe en général, et en Allemagne en particulier, il y a de cela 70, 80 et 90 ans". Le général a particulièrement visé dans son allocution des politiciens de droite.

 

Il a asséné : "Il n’existe rien de plus facile que de haïr l’étranger, il n’y a rien de plus facile que de remuer les peurs et de menacer. Il n’y a rien de plus facile que dese comporter comme un animal et d’agir avec pudibonderie".

 

Ces propos n’ont évidemment pas plu à Netanyahu, qui, dimanche, les a décrits comme "des choses fondamentalement injustifiées", ajoutant qu’ "il n’existait pas de pays qui ne montrât pas de signes d’intolérance et de violence, mais que la démocratie israélienne étaitforte. Elle dénonce ces signes et s’en occupe par des moyens légaux et d’autres mesures". 

 

Sous la pression de la droite et de l’extrême droite, on a eu, quelques heures durant, l’impression que le Général Golan allait être renvoyé de ses fonctions et de Tsahal, mais les chefs militaires, actifs et à la retraite, à commencer par le chef d’état-major Gadi Eisenkot, ont plaidé la cause de l’ "effronté" auprès du 1er ministre, lui expliquant simplement que l’Armée de Défense d’Israël ne pouvait pas se passer de son numéro deux, qui est son plus brillant officier.

 

Le Major-Général Yaïr Golan a présenté des sortes d’excuses, sans revenir sur ses propos et les choses ont semblé rentrer dans l’ordre. Mais en fait, cet incident a donné le signal de départ à un débat fondamental qui agite depuis la quasi-totalité des intellectuels du pays.

 

Pour synthétiser la discussion, je dirai que la polémique s’articule autour de deux questions : premièrement, les "signes de violence et d’intolérance", dont Netanyahu et Golan reconnaissent tous deux l’existence, participent-ils de faits isolés – donc sans danger pour la société israélienne -, ou constituent-ils l’émergence de processus construits issus de courants politiques actifs, auquel cas, le Général Golan aurait fait preuve de courage en agitant la sonnette d’alarme ?

 

A quoi Yaïr Golan a-t-il fait allusion ? Aux assassins edennistes qui, en juillet dernier, ont bouté le feu, sans autre raison que la haine raciale, à la maison de la famille arabe Dawabsheh, dans le village cisjordanien de Douma. Ali, âgé de 18 mois, ainsi que ses deux parents, ont péri brûlés vifs lors de ce pogrom ?

 

Un edenniste, habitant d’une implantation, Amiram Ben-Uliel, de même qu’un mineur, ont été arrêtés en janvier et inculpés pour ce crime. L’acte d’inculpation inclut, outre l’assassinat, la charge de participation à une organisation terroriste. Il s’agit du groupement "La Révolte", fondé en 2013 au cœur des implantations, dont l’objectif opérationnel consiste à mener des actes de terrorisme contre des Palestiniens, d’instiller le chaos en Israël et de conduire à une guerre avec les Arabes. Quant à la finalité idéologique, elle aspire à démanteler la démocratie israélienne afin de la remplacer par un roi qui fera régner la Halakha, la loi rabbinique, en Israël.

 

Selon le Shabak, le contre-espionnage, le chef de La Révolte serait Meïr Ettinger, le petit-fils du rabbin de l’ultra-droite edenniste Meïr Kahane, mort assassiné à Manhattan en 1990. Un tribunal de Rehovot a prononcé une peine de deux ans de prison à l’encontre de Haïm Auerbach, un activiste du même courant, condamné pour avoir publié le fascicule "Le Royaume du Mal", un ouvrage qui explique comment malmener les Arabes et incendier les mosquées. Les juges ont atteint la conviction que les conseils révélés dans Le Royaume du Mal avaient servi lors de l’assassinat de Douma.

 

Dans l’attente du jugement, on pouvait se dire que le crime avait été perpétré par une minuscule bande d’illuminés qui ne feraient parler d’eux qu’une seule fois. En décembre dernier, on a bien été contraint de déchanter en découvrant, stupéfaits, avec les autres Israéliens, une vidéo qui avait fuité montrant les 600 invités – uniquement des hommes, évidemment - d’un mariage edenniste dansant avec des mitrailleuses, des revolvers et des cocktails Molotov, et chantant des versets bibliques, du genre : "Les jeunes lions cherchent des proies". Cette orgie raciste, connue depuis sous le nom de "Mariage de la haine", atteignit son paroxysme lorsque les invités brandirent un poster d’Ali Dawabsheh, que d’autres danseurs criblaient de coups de couteaux ou tentaient de consumer… une seconde fois.

 

Deux soldats qui participaient au mariage avec leurs armes ont été sanctionnés et les procédures se poursuivent contre une dizaine d’individus. Les militaires qui ont brandi leurs armes appartiennent au Nakhal kharedi, une unité cousue-main pour les quelques ultrareligieux, une petite minorité, qui effectuent leur service militaire en principe obligatoire. Les images du Mariage de la haine posent une fois de plus la question de savoir si la société peut faire confiance à cette partie de la population et s’il n’existe pas un problème de fidélité à l’Etat en ce qui les concerne. En effet, je connais peu de mes compatriotes qui ont envie de vivre dans une monarchie pratiquant la loi halakhique. 

 

Le Major-Général Yaïr Golan, qui n’a strictement rien d’un gauchiste, a aussi probablement fait allusion au cas de Mohamad Abou Khdeir, 16 ans, brûlé vif et de sang froid en juillet 2014 par un groupuscule de Juifs orthodoxes, dont le chef, Yossef Haïm Ben David, résidant dans l’implantation d’Adam, vient d’écoper de la prison à vie augmentée d’une période supplémentaire de sécurité de vingt ans. 

 

Certes, la comparaison avec l’Allemagne nazie était sans doute malvenue, parce que grossièrement exagérée, mais ces cas de violence inouïe du fait de Juifs israéliens sont nouveaux dans notre société, et semblent bel et bien résulter d’une idéologie gravitant autour d’une perception du judaïsme. Cette nouvelle réalité est issue d’un courant d’extrémistes qui sont occupés à détourner l’orientation traditionnelle d’Israël, qui a de tous temps rejeté la violence gratuite et la haine raciale. Et l’observation du terrorisme arabe et des centaines d’Israéliens innocents auxquels il a enlevé la vie n’a droit à aucune place dans notre réflexion.

 

Ceux qui prônent le contraire n’ont rien à voir avec Israël. Ceux qui prétendent que les aveux des auteurs de ces délits leur ont été arrachés sous la torture par les agents du Shabak, sont des imbéciles exaltés n’ayant aucun égard pour l’Etat de droit et les hommes de qualité qui le protègent, qui les protègent contre nos ennemis et contre eux-mêmes.

 

Un autre sujet d’inquiétude tient à la manière dont notre pays traite les requérants d’asile, africains pour la plupart. Là aussi, on pourrait attendre beaucoup plus de mansuétude de la part d’un peuple qui a connu, des millénaires durant, les affres réservées aux minorités dans les sociétés privées de conscience.  

 

J’ai parlé, plusieurs paragraphes plus haut, de deux questions que propulse l’écart de langage de Yaïr Golan ; la seconde a trait au type de personnalité que l’on désire voir incarnée par l’Israélien de ce début du XXIème siècle. Cette interrogation touche évidemment le soldat israélien, membre de cette armée de milice, qui demeure, sans aucun doute sensé, la plus éthique du monde.

 

Est-ce qu’on veut des hommes comme Golan, parachutiste de formation, puis commandant de la compagnie Orev (corbeau), une unité d’infanterie d’élite de la Brigade Golani, commandant de la Brigade 890, commandant de l’école des officiers de Tsahal, chef des opérations dans la Division Judée et Samarie, commandant de l’unité de liaison de la division responsable de la partie orientale du Liban, chef de la Direction des Opérations, l’organe chargé de préparer Tsahal à la guerre et de coordonner les efforts de toutes ses composantes, commandant de la Brigade d’infanterie Nakhal, commandant de la Division Judée et Samarie, commandant de la Défense Civile, commandant de la Région Nord (Liban-Syrie), et, depuis décembre 2014, vice-chef d’état-major ?

 

Un soldat ayant, à l’âge de 54 ans, participé à cinq conflits : la Guerre du Liban de 1982, la 1ère Intifada, le Conflit du Liban-Sud (1985-2000), la Seconde Intifada, l’opération Rempart, la Guerre du Liban de 2006 et l’opération Plomb fondu à Gaza ?

 

Ou préfère-t-on Elor Azria, un militaire qui, comme le précise son acte d’accusation, "sans justification opérationnelle alors que le terroriste était blessé à terre et ne présentait aucun danger", le 24 mars à Hébron, a tiré une balle dans la tête du terroriste palestinien, sans autre fait de guerre à son palmarès.

 

Un appelé que la partie de la population israélienne que critique Yaïr Golan considère comme un héros uniquement parce qu’il a achevé un ennemi à terre, blessé lors d’une confrontation à laquelle Azria n’avait pas pris part ?

 

Le fossé qui sépare les deux profils est colossal, il ressemble malheureusement à celui qui existe entre les partisans des deux visages d’Israël. Si l’on ne veut pas que le populisme genre cow-boy edenniste ne nous étouffe, il faut absolument réagir et exiger la prévalence de l’Etat de droit ainsi que des valeurs humaines que nous cultivons depuis 68 ans.

 

Notre Etat est toujours plein de promesses, mais il est nécessaire que les "signes d’intolérance et de violence" qu’évoquait Netanyahu soient combattus sans état d’âme, comme si l’Intifada, le Hamas, l’Iran et le Hezbollah n’existaient pas. Parce qu’ "il n’existe rien de plus facile que dehaïr l’étranger, qu’il n’y a rien de plus facile que de remuer les peurs et de menacer", et que c’est précisément ce à quoi nos ennemis consacrent leur temps. Et que l’on n’a ni l’envie ni l’intérêt de leur ressembler. Car ce n’est pas pour brûler vifs des enfants que les 23 477 soldats tombés pour Israël sont morts, mais pour des valeurs qui justifient que l’on vive et que l’on se sacrifie pour elles. 

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