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La Tunisie s’apprête à renouer avec le pèlerinage annuel de la Ghriba.

 

La Tunisie s’apprête à renouer avec le pèlerinage annuel de la Ghriba.

 

C’est à Djerba, après la destruction du premier Temple par Nabuchodonosor II en 586 avant Jésus Christ, que quelques milliers de juifs trouvèrent refuge, ils avaient suivi le prophète Jérémie qui lui allait se diriger vers Eléphantine en Haute Egypte, ces juifs ont traversé la Cyrénaique et la Tripolitaine. La majorité d’entre eux serait composée de Cohen (Cohanim) qui auraient même apporté avec eux des pierres du Temple édifié par Salomon, les autres juifs surtout l’élite et les Hauts Fonctionnaires ayant été massivement déportés à Babylone.

On pense que la Synagogue dite de la Ghriba date de cette époque. Cependant, ces juifs auraient rejoint d’autres familles qui avaient suivi les Phéniciens et avaient contribué à l’édification de Carthage pour fonder leur première diaspora. La Ghriba, ce n’est pas simplement une très vieille synagogue et ce n’est pas non plus un lieu de pèlerinage comme tant d’autres.

C’est surtout un témoignage : d’abord celui de la présence des Juifs dans l’île de Djerba avant celle des autres arrivants et c’est le témoignage de la tolérance et du respect entre les religions et depuis des siècles les musulmans ont protégé et honoré les juifs djerbiens et tous ceux qui venaient leur rendre visite.

La Ghriba fait partie de l’inconscient collectif tunisien et cette gloire passée doit continuer d’exister comme une preuve contre toutes les intolérances, comme un défi contre toutes les ignorances! »

Il existe 16 synagogues dans l’île de Djerba où vivent encore 1500 juifs dans deux quartiers que l’on appelle « Hara Kebira » et la « Hara Sghira » avec leurs maisons décorées de mains, d’yeux, de poissons et d’étoiles de David.

Tous les ans lors de Lag Bahomer, une Hilloula est organisée à la synagogue de la Ghriba située dans la Hara Sghira. Rattachée au rite séfarade la Ghriba accueille des milliers de pèlerins, venus du monde entier, les femmes viennent prier pour leur fertilité et celle de leurs descendants et déposent, en faisant un vœu, un œuf dans le soubassement creux, derrière le tabernacle qui contient les Tables de la loi

 

Rencontre avec René Trabelsi, organisateur de ce pèlerinage

Tribunejuive.info : Vous êtes le fils de Perez Trabelsi, le Président de la communauté juive de Djerba et du Comité pour la Ghriba. Vous organisez depuis de longues années des voyages vers Djerba et particulièrement pour le pèlerinage de la Ghriba. Vous avez annoncé il y a quelques jours que ce pèlerinage aurait bien lieu les 9 et 10 mai 2012. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

René Trabelsi : En effet, l’an dernier, le pèlerinage n’avait pas eu lieu pour cause de révolution et d’instabilité en Tunisie. Cette année les autorités tunisiennes, tout comme nous, ont souhaité que cet événement soit célébré dans la tradition.

Tribunejuive.info : Après les appels à la haine, et les cris de mort aux juifs, ne craignez vous pas des débordements ?

René Trabelsi : Ce pèlerinage témoigne d’un retour du climat de confiance, nous avons toutes les garanties pour que celui-ci se déroule dans les meilleures conditions de sécurité sous haute surveillance policière. En effet, les menaces proférées le 25 mars dernier par un cheikh salafiste qui a appelé à tuer les juifs, ont fait beaucoup de mal et dissuadé des touristes juifs à venir en Tunisie. Beaucoup de juifs qui devaient venir en Tunisie pour célébrer les fêtes de Pâques ont dû annuler leur voyage. Ils étaient traumatisés par ces propos dangereux qui intervenaient après le drame de Toulouse. Pour la première fois, le président de la communauté juive de Tunis, Roger Bismuth a porté plainte contre ce cheikh salafiste avec le soutien d’avocats tunisiens qui militent au sein d’associations qui protègent les minorités et qui proposent gratuitement leurs services.

Tribunejuive.info : Vous dites avoir reçu des garanties ? Venaient-elles du gouvernement Tunisien dans un climat d’apaisement ?

René Trabelsi : Moncef Marzouki, le Président, a voulu dissiper les craintes de la communauté juive. Il s’est rendu à la synagogue de la Ghriba pour commémorer les victimes de l’attentat, commis en 2002 par un terroriste lié au réseau Al-Qaïda. Il a ensuite dévoilé une plaque commémorative devant la synagogue, à la mémoire des tunisiens et des hôtes de la Tunisie tombés en victimes de cette lâche agression. Il a dans son discours, affirmé que la Tunisie ne laissera aucun tunisien quelque soit sa religion, être menacé ou agressé par des cris de haine. Le président a dit avoir une pensée pour les enfants tués à Toulouse et a invité les enfants de la Yechiva et de l’Ecole Pinson à visiter le Palais présidentiel à Carthage. 80 élèves, kippa sur la tête ont répondu, le dimanche qui a suivi la fin de Pessah, à l’invitation qui leur avait été faite. La Tunisie veut redorer son image et véhiculer un massage d’ouverture et de tolérance. Nous avons confiance, et nous restons prudents, mais nous espérons que les actes antisémites ne seront plus que de mauvais souvenirs.

Tribunejuive.info : Pensez-vous que les hôteliers sont aussi prêts à accepter les pèlerins dans leurs établissements ?

En marge de la 6ème conférence internationale de l’Organisation Mondiale du Tourisme qui s’est tenue à Djerba les 16 et 17 avril derniers, le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali, issu du parti islamiste Ennahda, a affirmé : «La Tunisie, pays ouvert et tolérant, va accueillir, comme à l’accoutumée, les pèlerins juifs à la Ghriba et veillera à assurer les conditions favorables au tourisme, dans le pays.». Les hôteliers et la population locale qui ont souffert de la chute du tourisme, attendent avec le plus grand égard la communauté juive pour célébrer avec elle cet événement trois fois millénaire

Tribunejuive.info : Combien de pèlerins attendez-vous pour cette année ?

René Trabelsi : Les 2.000 visiteurs attendus cette année seront majoritairement des Tunisiens de confession juive, résidant pour la plupart en Tunisie, et seulement 500 venus de l’étranger. Ce pèlerinage sera une grande fête religieuse pleine de ferveur. Il atteindra sûrement son rythme de croisière en 2013 et 2014.

Sylviane Adda

La Tunisie s’apprête à renouer avec le pèlerinage annuel de la Ghriba.

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