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Les mystères du Karpas au Seder..., par Felix Asher Perez

 

Les mystères du Karpas au Seder...

à partir de Michna Pessahim (114) et surtout de nombreux commentateurs et décisionnaires.

 

Le Karpas est l'un des rituels traditionnels dans le Seder de Pessah.

 

Le pourquoi du Karpas ?

- La Guemara analyse cette phase du Seder et conclut qu'elle a été instituée pour que les enfants, remarquant ce comportement étrange (manger immédiatement le Karpas après le Kiddouch mais avant le pain), posent les questions essentielles à l'expérience du Seder.

- Vu sous cet angle, le Karpas représenterait un élément séparé ou indépendant du Seder que les Sages ont institué uniquement pour stimuler ces questions.

Quoi en guise de Karpas ?

- Il se réfère à des légumes : persil *, céleri (ou aussi oignon cru, pommes de terre bouillies)… trempés (généralement de l'eau salée et/ou du vinaigre) puis mangés.

- Rachi (Souka 39b) : Karpas pourrait aussi être du « cresson » ou ce qu’il appelle « apie » que des commentateurs ultérieurs et les dictionnaires provençaux notamment identifieront au céleri

http://books.google.co.il/books?id=5VA0AQAAMAAJ&pg=PA18&lpg=PA18&dq=%22apie%22+c%C3%A9leri&source=bl&ots=mW4D2KWVzo&sig=e2tdyxfMzI45rv0vNb3v9As7QZY&hl=fr&sa=X&ei=Qs9FUZPBJISsOv_UgaAP&redir_esc=y#v=onepage&q=%22apie%22%20c%C3%A9leri&f=false

* Beaucoup utilisent le persil, mais plusieurs décisionnaires le refusent soutenant que le Karpas nécessite une Brakha Borei péri haAdamah, alors que le persil ne peut justifier que chéhakol.

Quel rituel pour tremper ?

- L'eau salée symbolise les larmes des Hébreux et le vinaigre l’aigreur de leur vie durant leur esclavage.

- A l'époque du Talmud, quand le rituel du Seder fut finalisé, un repas (comme ceux des romains) commençait toujours par des légumes trempés dans un liquide (eau salée, vinaigre ...) pour ouvrir l’appétit.

A noter que la guematria de Karpas est de 360 comme tous les jours de l’année où l’on trempe une fois.

- Mais pendant le Seder le rituel conduit à tremper deux fois (la deuxième fois avec le Maror dans le ‘haroset - comme geste symbolique de la liberté).

NB: Rambam dans son commentaire sur la Michna redéfinit "metabbel" comme synonyme de manger en général et ne trouve ainsi pas le trempage du Karpas comme obligatoire.

Quelles lois sur le Karpas ?

- On se lave les mains avant de consommer le Karpas sans brakha et sans parler entre les deux.

- Il est préférable de ne pas se pencher (attitude d’homme délivré) pendant le Karpas qui évoque les souvenirs difficiles d’esclavage.

- Durant la Bra'ha sur le Karpas, le Maror doit être couvert car, selon de nombreux Richonim, le Karpas doit évoquer, dans une certaine mesure, la même image que le Maror.

- Quand on récite le Beracha "haAdama" sur le Karpas, on doit penser à en acquitter le Maror.

Les références au mot "Karpas"

- Certains ont expliqué que le trempage du Karpas symbolisait la tunique de Joseph « ketonet passim », que ses frères avaient trempé dans le sang afin de faire croire à Jacob à sa mort accidentelle : comme ce trempage fut le prélude à la descente en Egypte, le trempage du Karpas est le prélude au Seder ! (cf notamment Rachi sur Genèse 37:3).

- Le trempage peut aussi être identifié au trempage prescrit aux Hébreux (Exode 12:22) d’un bouquet d'hysope dans le sang de l'agneau pascal pour en asperger les linteaux de leurs portes afin de les protéger de la dixième plaie (mort des premiers-nés).

- Il est cité dans Esther 1:6 : « khur Karpas utechelet » qui, dans ce contexte, signifie un type de matière textile de grande finesse (« Kirpas » en sanskrit ou persan).

- Dans la Mishna, la Tosefta, et le Talmud, il est dérivé du mot grec signifiant « karpos » "fruits", tels que les fruits de la terre.

- Karpas représente l'idée d’esclavage à travers ses lettres lues à l’envers (SPRK) :

"Samech"= 60 (évoquant les 600.000 Hébreux qui ont quitté l'Egypte) et "PeRaKh" (évoquant les Hébreux écrasés par le travail).

Les mystères du Maror pour le Seder

Quelles Sources Scripturales ? Bible :

Dans Exode 12: 7-8 et Nombres 9: 10 -20, la Torah nous ordonne de manger le sacrifice pascal "avec des matsot et des herbes amères" "dans toutes leurs générations". Cela représentait du temps du Temple l'une des 613 Mitsvot incluse dans celle de consommer le sacrifice pascal.

Depuis la destruction du second Temple, l'obligation de consommer du Maror au Seder n'est plus que rabbinique (sauf pour certains Rabanim comme R. Saadia Gaon) car il n'y a pas plus de possibilité d’offrande pascale (cependant, la consommation de Matsa demeure une obligation scripturaire car Chemot 12.8 nous ordonne de la manger sans condition préalable: «ce soir-là, vous mangerez des matsot»). a) Dans la Bible, le mot apparaît seulement au pluriel, "Merorim", mais "Maror" apparaît dans le Talmud et la Haggada.

b) Le mot dérive du mot hébreu mar / mara (amer) et peut être liée à la myrrhe (araméen mriro, arabe murr). Talmud : Le Maror est mentionné entre autres dans les chapitres 2 et 39 de Pessahim Hagada de Pessah : Raban Gamliel dit dans la Haggadah que «celui qui n'a pas dit « Pessa'h, Matsa et Maror "n'a pas rempli son obligation». Il cite aussi la signification du Maror se référant à l'amertume de la vie des Hébreux citée dans Exode 1, 14: «Ils leur rendirent la vie amère par de rudes travaux». NB: Rabban Gamliel évoque aussi l’obligation d’en parler. En effet, le Maror, à la différence de bien des Mitsvot, nécessite absolument des intentions préalables, car il résume notre foi en Dieu : avec son accent et son rapport à la souffrance, il reflète notre croyance en la récompense et la punition.

Quel Rituel du Seder pour le Maror ? Pendant le Seder, le Maror est, après la bénédiction sur la Matsa et après une bénédiction spécifique « al akhilat Maror », mangé deux fois : - Une première fois après l’avoir plongé dans le Haroset puis après l’avoir secoué de sorte que le Haroset en soit en grande partie enlevé.

- Une seconde fois (Korekh) où l'on casse la troisième Matsa pour en envelopper des morceaux avec le Maror, les plonger dans le Harosset, réciter "Zecher Lemikdash keHillel" avant de manger le "sandwich" ainsi prescrit. Il s'agit ici de rappeler la pratique du temps du Temple, comme Hillel, qui voulait suivre littéralement Nombres 9,11 («ils mangeront l'agneau pascal avec des Matsot et des herbes amères»)*

La Guemara impose de goûter son amertume: on ne peut pas l’adoucir par trempage, le manger avec trop de Haroset, ni l'avaler sans l’avoir d’abord mâché. * Certains comme Rambam estiment que «Hillel enveloppait et mangeait ensemble cette Matsa et le Maror puis le Korban séparément". Selon d’autres comme Rachi ou Rashbam « Hillel mangeait les 3 ensemble». Aujourd'hui, nous suivons les deux opinions : nous récitons la Berakha sur la Matsa et la mangeons, puis idem sur le Maror ; ensuite nous consommons ensemble la Matsa et le Maror dans Korekh « keHillel Zecher Lemikdash ».

Quelles sont les significations du Maror ? - En mangeant des herbes amères, nous ressentons nous-mêmes l’amertume, et pouvons plus facilement nous imaginer comme esclaves. Plonger le Maror dans le Haroset symbolise le mortier avec lequel les Hébreux fabriquaient les briques pour les Egyptiens.

- Rabban Gamliel dit dans la Hagada "..." il faut dire "Pessa'h, Matsa et Maror" ... ". Mais cela semble contraire à l'ordre chronologique : nous avons commencé avec l'esclavage et l’amertume du Maror et fini par la pleine libération d'une Nation libre offrant son sacrifice de Pessa'h.

Nos commentateurs ont tenté d'expliquer ce point : - La profondeur de l'amertume et de la souffrance, et la grandeur du salut, ne peuvent être pleinement appréciées qu'après avoir été sauvés (Ritva entre autres). -Même après la délivrance, il est important de rappeler la souffrance afin de ne pas oublier les miracles de D.ieu.

- Nous devons bénir D.ieu dans toutes les circonstances

Quand nous trempons le Maror dans le Haroset nous reconnaissons que amer et doux vont souvent de pair. Même les épreuves à l'air amères comme le Maror, peuvent se révéler douces à long terme. Manger le Maror avec la Matsa (symbole de la rédemption) nous montre que les épreuves comme la délivrance viennent de D.ieu.

- Au moment où nous célébrons notre succès, nous devons aussi faire l’expérience d’humilité par le souvenir de notre ancienne condition (Maharcha entre autres). Le Maror nous rappelle aussi que la misère n'est pas dénuée de sens.

- Quelques-uns des grands Maitres ‘hassidiques perçoivent le Maror comme un élément clé du processus de libération. La douleur en Egypte a conduit nos ancêtres à implorer D.ieu pour leur liberté et à provoquer leur rédemption. Noam Elimelekh ou le Sfat Emet entre autres pensent que sans l'amertume de la soumission, nos ancêtres auraient été assimilés en Egypte. - Le Maror est intemporel car il permet de se référer aux exils ultérieurs.

Que pouvons-nous utiliser pour le Maror? La Michna (Pessahim 2:6) énumère cinq candidats: - Ḥazeret : chasah dans la Guemara. Rachi l’appelle en français « leituge », notre actuelle laitue romaine

- Ulshin : endives ou chicorée - Tamkhah : les feuilles amères sauvages de « marrube » (http://botanical.com/botanical/mgmh/h/horwhi33.html) selon Rachi et de nombreux autres décisionnaires, la chicorée sauvage ou l’endive selon Maïmonide, une forme de cardon, sans doute une racine amère de la famille du panais - carotte claire -, - plus tard, à tort, considéré comme le raifort (qui n'existait pas en Israël dans les périodes en question) pour la première fois par le Maharil (Rabbi Ya'akov Mollin, vers 1400) - Ḥarḥavina : une forme de coriandre ou de chicorée - Maror : le « murar » en arabe, sans doute le "laiteron maraicher" ou salade des pauvres en Israel - aux-vertus nutritives élevées -. Conclusions

- Pour Pessahim 39a, n'importe quel légume amer avec une sève laiteuse quand on le coupe et une couleur pâle serait acceptable. Il doit également être un légume poussant de la terre, et non pas à partir d'un arbre. (Même si on a tendance à se référer au Maror comme à une « herbe », il serait plus exact de le qualifier de « légume »).

- Mais Rachi (sur Chemot 12:8) déclare que le texte se réfère à "n'importe quel légume amer"

- Meiri explique l’ordre ci-dessus de Pessahim 39a comme un ordre de préférence : la Hazeret serait alors le premier choix, soit parce qu'elle est la plus amère, soit parce que son nom ferait allusion à la grâce de D.ieu ("chasah").

- Synthèse

a) D'un côté la Guemara interdit l'utilisation de racines (le raifort est une racine). Par ailleurs, le raifort est au gout ultra-aigüe mais sans réelle amertume.

Il serait aussi difficile d’en manger un kezayit (18gr).

Notez que dans la Guemara Rabbi Oshaya énonce : «Mitzvah baHazeret".

b) Mais de l'autre côté, le nettoyage de la laitue peut s’avérer difficile et la consommation d’insectes est à éviter absolument.

Le respect des traditions est également important et à prendre en compte dans les choix.

c) Bien que le raifort soit maintenant considéré comme acceptable selon de nombreux décisionnaires, la laitue et les endives restent préférables.

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