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CHAPEAU ! L’affaire du rabbin Amsellem et du Shass

 

CHAPEAU !

Brigitte ULLMO BLIAH *

 

J'avoue ne pas avoir vérifié si officiellement Monsieur le Rabbin Haïm Amsellem a le titre de GRAND Rabbin, mais s'il ne l'a pas encore, le courage dont il fait preuve est un bon motif pour le lui attribuer.

Il importe de saluer et de soutenir par tous les moyens possibles ce grand rabbin érudit, authentique dans son identité sépharade, qui ose braver les autorités et institutions dans les domaines religieux et politique.

Car on ne badine pas avec la discipline, dans le parti orthodoxe Shass dont le Rabbin Amsellem est un des représentants à la Knesset.

Pour avoir osé soutenir que les élèves de yeshivot qui n'étudient pas vraiment feraient mieux d'aller travailler pour gagner la vie de leurs familles, le conseil des sages du Parti a exigé sa démission immédiate.

Dans sa décision, le Conseil lui a supprimé le titre de Rabbin en l'appelant Monsieur, et a recommandé à tout bon juif de s'éloigner de lui car il est ''cofer'' c'est-à-dire excommunié.

Il est en outre traité du nom du plus grand ennemi du peuple juif, ''Amalek'' dans les feuilles distribuées le shabbat dans les synagogues.

Je frémis à l'idée que le Parti soit au pouvoir : cela suppose, bien sûr, la disparition de la démocratie et dans un tel contexte, quel serait le sort d'un opposant à la ligne officielle ?

La décision du conseil des sages reproche au Grand Rabbin Amsellem de faire le jeu des ennemis de la Thora : Messieurs du Shas, vous vous trompez : c'est le contraire.

Nous savons tous qu'il existe une manière d'être juif sépharade fort différente de celle des lithuaniens. Le Rabbin Amsellem a publiquement demandé pour quelle raison les juifs du Shas, parti religieux sépharade, se plient aux normes du monde religieux lithuanien.

L'ouverture et la tolérance des Rabbins sépharades, basées sur une érudition de très haut niveau, sont à même de redonner à tout une partie du peuple juif en Israël la saveur de l'esprit vivant de la Torah.

Les idées défendues par le Rabbin Amsellem peuvent régler beaucoup de problèmes du pays : il a jugé qu'il faut faciliter les conversions de nouveaux immigrants ayant servi dans l'armée, parce qu'en servant dans l'armée ils gardent ''le peuple juif en terre d'Israël''.

La révolte de Monsieur le Grand Rabbin Amsellem doit être propagée : s'il s'agit du début d'un véritable mouvement, alors le peuple d'Israël connaîtra une révolution : les sépharades commenceront à affirmer leur identité véritable, et leur manière d'être juif contribuera à la nouvelle identité israélienne.

Plus généralement, il est clair que l'avenir du pays passe par l'entrée dans la vie active de tous les religieux, privés dès leur plus jeune âge de toute chance de participer au monde du travail, faute de qualification, et par la force de la pression sociale.

Leur apport sera significatif au plan économique, puisque l'importance de la population active est faible en Israël, mais aussi au plan de l'identité nationale : le seul fait de sortir du ghetto permet des rencontres et un dialogue indispensables à l'intérieur du peuple, entre frères.

M. Le Grand Rabbin Amsellem défend le droit des religieux à gagner leur vie dans l'honneur, car c'est une forme de déshonneur que de vivre de charité.

Pour être précis on pourrait ajouter que la formule de l'étude à plein temps pour les personnes douées devrait être considérée comme un travail utile à la société et méritant salaire, et les autres, c'est-à-dire la majorité devront prendre exemple sur les grands du Talmud par exemple, ou sur un Maïmonide qui travaillaient et étudiaient à la fois.

Rappelons aussi qu'une des prières le plus souvent répétée –après les repas-vise à être capable de gagner sa vie dans l'honneur.

A nous de défendre l'honneur de Monsieur le Grand Rabbin Amsellem, et de le soutenir dans son combat.

*Brigitte Ullmo-Bliah est Avocat à Jérusalem

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