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Humeurs de Farouk: Tunis à l'heure de Ramadan

Humeurs de Farouk: Tunis à l'heure de Ramadan

 

 

 

 

Aujourd'hui, je vais vous conter l'histoire du, ou plutôt de mes ramadans. Ramadan, c'est donc le mois saint qui réunit tous les musulmans autour du jeûne qui doit rappeler que le pauvre souffre et n'a pas de quoi manger tous les jours. Qu'en est-il vraiment aujourd'hui en Tunisie ?

"7chichet romdhan" 

Le concept de "7chichet romdhan" est typiquement tunisien. Il répond à une logique illogique très logique:

1/ Je suis sur les nerfs (appelé aussi postulat de départ tunisien)
2/ J'ai faim 
3/ Je suis sur les nerfs parce que j'ai faim
4/ Quoi? Tu me cherches????!!!

C'est ainsi que, durant le mois saint, et paradoxalement, le taux d'insultes dans la rue augmente de manière vertigineuse. Au lieu de prières et de paroles pieuses, ce sont les blasphèmes et insultes qui vous chatouillent les oreilles (et Dieu seul sait combien les Tunisiens peuvent être créatifs en termes d'insultes). D'ailleurs, avec un peu de "chance", en sortant du bureau vous pourrez assister à des insultes ou même des coups de poings échangés de manière conviviale et chaleureuse.

Autre point, et non des moindres, celui relatif aux filles. Dès qu'une femme passe devant un homme, pour peu qu'elle ait ne serait ce que 3 cm de peau visible, nous entendrons le désormais traditionnel "Estaghfer allah!", que l'on peut approximativement traduire par "Blasphème!", parce que Ramadan c'est aussi le jeûne de la chair.

Bref, vous voyez qu'il y a entre la théorie et la pratique un abîme, un abîme qui s'accentue maintenant dans la société, pour peu qu'un abîme puisse le faire, entre ceux qui jeûnent et les "fataras" qui ne jeûnent pas.

Ramadan, guerre des clans

D'un autre côté, les extrêmes s'attirent ou se repoussent, c'est selon. A ma gauche, Adel Ilmi, ancien vendeur de légumes (je n'ai rien contre les vendeurs de légumes, au contraire, vu le prix des tomates ils ont tout mon respect) à la Marsa, qui aurait été proche du RCD et qui, miracle révolutionnaire aidant, se fait maintenant le porte-parole d'un des nombreux satellites associatifs de la galaxie Ennahdha. Quelques jours avant le début de Ramadan, il déclara, grosso modo: "Nous prendrons en photo ceux qui mangeront durant le mois de Ramadan". Bien évidemment, l'homme sensé ne peut qu'être interpellé par l'intelligence de cette menace, un brin puéril et frôlant le pathétique.

La réaction ne s'est pas fait attendre avec la création d'une page remplie de photos de facebookers mangeant, buvant des cafés et mêmes des bières.

On a vraiment l'impression d'être tombés dans une surenchère. Ainsi, sur les réseaux sociaux, c'est une véritable course à l'absurde qui se met en place, entre, d'une part, ceux qui publient 20 statuts par jour (J'ai soif/Ramadan cette année, c'est dur/Plus que trois heures :)/Direction la mosquée/...) afin de montrer qu'ils font Ramadan, et les autres (Direction la plage et quelques bières/Qui est partant pour un café?/Mmmh! une cigarette en plein Ramadan). Comme disent les anglais « Who cares?".

Et donc...

Moi, au risque de paraître nostalgique voire réactionnaire, le ramadan dont je me souviens, c'est un ramadan durant lequel les gens faisaient leurs courses, durant lequel il y avait des étals de pains parfumés, des gens qui allaient faire la prière, un mec qui buvait une bouteille d'eau et un « haj » passant qui lui disait en riant « Rabi yehdik ». Ceux qui faisaient Ramadan et ceux qui ne le faisaient pas vivaient tranquillement ensemble. Depuis, les élections sont passées par là et le gouvernement en place semble apprécier de créer de fausses tensions entre Tunisiens. Ne dit-on pas: "Lecteur, lectrice, ce n'est pas un Ramadan fantasmé, c'est un Ramadan que j'ai vu et senti de mes propres yeux quand j'étais enfant"? Et ce Ramadan me manque.

Farouk Bahri

Huffpostmaghreb

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