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La Justice sociale selon la Torah

 

La Justice sociale selon la Torah

 

 

La vague de revendications sociales qui touche le pays depuis plusieurs semaines déjà a certes été suivie de près par le public religieux et orthodoxe, mais on n’a vu que très peu de rabbanim rejoindre ce mouvement ou appeler à y participer. La Torah n’aurait-elle pas son mot à dire en matière de justice sociale ? La « lutte des classes » ne la concernerait-elle pas ? Ou bien, tout simplement, n’a-t-elle pas la prétention de vouloir réduire les écarts sociaux ? Le rav Its’hak Chouraqui, du Beth Midrach Mimizra’h Chémech pour un leadership rabbinique et social, répond à ces questions.

- Hamodia : Les manifestants de Tel-Aviv ont réclamé une « justice sociale ». Qu’est-ce que la justice sociale selon la Torah ? Existe-t-il, dans la Torah, une notion d’État providence ?
- Rav Its’hak Chouraqui
: En exil, ce qui se rapprochait le plus de la notion d’État est la communauté et là, on observe deux aspects. Le premier est individuel et il s’agit des mitsvot de Tsédaka auxquelles tout Juif est astreint. Le second touche la collectivité, dans la responsabilité de la communauté vis-à-vis de ses membres : caisse de Tsédaka commune, la « Koupat Hakahal », dont les fonds provenaient d’impôts collectés par la direction de la communauté et destinés à toutes sortes d’aides sociales. Les problèmes sociaux n’étaient pas gérés uniquement par des individus riches et au grand cœur, mais également par la communauté, investie d’une responsabilité vis-à-vis de chacun de ses membres, appliquant la mitsva d’aider « ton frère qui est en train de faiblir » (Vayikra 25, 25). Cela va jusqu’à des engagements carrément sociaux comme, au 18e siècle, une grève des enseignants du Talmud Torah de Séfrou, au Maroc, qui se plaignaient de ne pas avoir été payés, ou des grèves des consommateurs lors d’une subite augmentation des prix ou encore l’intervention des rabbanim pour empêcher les dérives d’un marché libre aux dépens des plus démunis.

- Comment cela se passait-il lorsque le peuple d’Israël était souverain sur sa terre ?
À l’époque de la Bible, on trouve quelques exemples de débats qui tournent autour de questions sociales ou de la répartition des budgets et la politique économique du roi. Prenons le cas du roi David. Dans le traité Bra’hot, on raconte que les Anciens viennent voir David en se plaignant de la situation économique et sociale du pays. Autre exemple : le Midrach qui explique que le roi Salomon n’a pas utilisé l’argent amassé par son père, le roi David, pour construire le Beth Hamikdach, car à l’époque de David, une famine sévissait en Israël et nos maîtres énoncent clairement que David aurait dû utiliser cet argent destiné à la construction du Temple pour nourrir son peuple ! « Au lieu de construire un bâtiment (sic), tu aurais dû sauver des Juifs ! », affirment-ils.

- La Torah est-elle « socialiste » ou « capitaliste » ?
Il ne semble pas que la Torah se situe sur l’axe droite/gauche au niveau économique, mais à un tout autre niveau moral et spirituel. Ainsi, il est difficile de tracer aujourd’hui à partir de la Hala’ha une politique précise sur chaque problème soulevé dans ce domaine. Par contre, il est nécessaire d’approcher ces problèmes sous le prisme des valeurs de la Torah, de l’esprit et des principes de la Hala’ha. Ce qui est certain, et l’exemple du roi David et du budget destiné à la construction du Temple est très clair, c’est qu’il existe un ordre de valeur et un ordre de priorité entre ce qu’on pourrait appeler le budget des affaires sociales et le budget du culte par exemple. L’esprit de la Hala’ha est clair : le facteur humain et social doit être pris en compte !

En ce qui concerne le débat « socialisme » contre « capitalisme », je pense que ceux qui tentent de dessiner la vague actuelle de revendications sous ce faisceau font une erreur. Il existe des questions capitales qui doivent être réglées et la Torah a son mot à dire dans ce débat. Je pense que la majeure partie des Israéliens veulent un marché libre et vivre dans un pays libéral.

- Mais jusqu’où doit aller le libéralisme et la non-implication de l’État dans les affaires sociales ?
Selon la Torah, il semble que l’État doit s’impliquer au moment où le marché libre constitue une menace pour les individus défavorisés. Dans le traité de Baba Batra par exemple, les Sages tranchent qu’il convient de nommer des contrôleurs sur les « Chéarim », sur la hausse du prix des produits de base. La Guémara prend en compte le fait que le marché peut être faussé par un individu ou un groupe - cartel. Le Beth-Din doit donc imposer le prix des produits de base comme, aujourd’hui, le Cottage !

Il est clair qu’une telle position relève d’une politique qui accepte l’intervention de l’État même si elle limite parfois le libre cours du marché, afin de conserver les valeurs humaines et sociales que la Torah prône. C’est pour cela que la Torah ne se place pas sur l’axe horizontal : économie de droite ou de gauche, libérale ou socialiste, mais plutôt sur l’axe vertical de l’homme à D.ieu, en appelant l’homme dans sa progression vers le ciel à prendre en compte sa responsabilité vis-à-vis des hommes qui l’entourent et du monde que D.ieu l’a enjoint de perfectionner.

Source : Par Laly Derai, Hamodia, 10 août 2011

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