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Les petites affaires de la famille Erdogan

Et brûlent et brûlent et brûlent les camions d’Erdogan

Les petites affaires de la famille Erdogan (info # 013011/15)[Analyse]

Par Ferit Ergil à Istanbul © MetulaNewsAgency

 

Il ne fait pratiquement aucun doute que la décision turque d’abattre un avion russe était préméditée, et qu’elle a été consécutive à la destruction par l’Armée de l’air russe, dans la semaine du 16 au 20 novembre, d’entre 500 et 1 000 camions-citernes, dont la cargaison était destinée à la Turquie.

 

A en croire le député turc Mehmet Ali Ediboglu, du Parti Républicain du Peuple, le plus grand de l’opposition parlementaire à Ankara, "quelques 800 millions de dollars [d’autres sources parlent d’un milliard] de pétrole provenant des zones que DAESH a occupées [la quasi-totalité des champs pétrolifères syriens ainsi qu’un site d’exploitation en Irak près de Mosul] sont vendus en Turquie. Ils ont posé des tuyaux partant de villages proches de la frontière turque d’Hatay. Des conduits similaires existent à Kilis, Urfa et Gaziantep. Ils transfèrent le pétrole en Turquie et repartent avec du cash (…)".

 

Le Président Poutine a confirmé ces allégations, jeudi dernier, à l’oreille de François Hollande, dans les termes suivants : "Des véhicules transportant du pétrole sont alignés en une chaîne s’étendant au-delà de l’horizon. Cela ressemble à un pipeline vivant géant s’étirant des régions syriennes sous le contrôle des rebelles et d’ISIS et aboutissant en Turquie. Jour et nuit ils se rendent en Turquie. Les camions y arrivent pleins et en repartent vides. Nous parlons de livraisons de brut à une échelle commerciale, en provenance des territoires syriens saisis par les terroristes. Cela provient de ces zones et d’aucune autre, et nous voyons depuis les airs vers où ces véhicules se dirigent".

 

L’importation, la vente, la distribution de ce pétrole, ainsi que l’organisation du trafic, le financement des camions-citernes, ainsi que le recrutement des chauffeurs est l’œuvre de la Çalik Holding, dont le PDG n’était autre que le gendre de Recep Erdogan, Berat Albayrak.

 

Suite à la victoire électorale du parti présidentiel, le nom d’Albayrak a cessé d’émerger sur le site Web de la Çalik, puisqu’il vient d’être nommé… ministre de l’Energie et des Ressources Naturelles.

 

Le prix payé par les Turcs pour le pétrole de Daesh, compte tenu des risques et des financements de la Çalik Holding, varie entre 5 et 25% du prix du marché au départ des convois. Une fois importé, l’entourage du président n’a aucune raison de le revendre en-dessous du prix du marché, réalisant ainsi des profits colossaux.

 

Une partie des cargaisons est payée en cash, l’autre sert à financer l’achat d’armes, de fournitures et de munitions pour le Califat Islamique. Nous nous trouvons dans un environnement de concordance idéologique islamiste entre Erdogan et el Baghdadi, renforcée encore par des intérêts économiques communs.  

 

Vu le prix des camions-citernes, on imagine la colère noire qui a dû s’emparer du despote démocratiquement élu d’Ankara, au point de lui faire perdre la tête et d’aller provoquer la seconde plus grande puissance militaire de la planète.

 

Cela explique la raison pour laquelle les F-16 de notre Armée de l’air se tenaient à l’affût, non loin du saillant de la frontière avec la Syrie, sachant que, par le passé, les pilotes russes n’avaient déjà pas fait l’effort de l’éviter.

 

Suite à la perte du Soukhoï, Vladimir Poutine a réagi comme le prévoyaient nos spécialistes de Métula : sans risquer une confrontation directe avec l’OTAN, mais en n’épargnant rien à son adversaire. Le Kremlin a ainsi pris des mesures d’ordre militaire et économique très dures et coûteuses pour Erdogan.

 

Quant à l’OTAN, bien qu’une clause du traité liant les nations membres prescrive l’obligation d’apporter une assistance militaire à un Etat subissant l’attaque d’un pays tiers, je doute que les alliés de la Turquie se pressent à son chevet au risque d’entrer en guerre ouverte avec la Russie simplement pour préserver les intérêts pécuniaires de la famille Erdo.

 

C’est ce qu’a dû dire le Secrétaire général de l’Organisation militaire, Jens Stoltenberg, au président turc, lorsque ce dernier a voulu s’assurer de pouvoir compter sur l’Alliance en cas de réplique cinglante de Poutine à la perte du Soukhoï. Stoltenberg lui a conseillé de calmer le jeu et d’adopter un discours proche des excuses publiques.

 

Ce, d’autant plus que le Tzarévitch a soigné son image de "barbare incontrôlable n’hésitant pas à faire usage de la force militaire brut". Dès le lendemain de la perte du Soukhoï, soit le mercredi 25 courant, il a lancé son aviation sur un convoi turc destiné à l’Etat Islamique. Ce raid a fait sept morts et dix blessés dans la localité d’Azaz, en Syrie, et les vingt camions qui composaient le convoi ont été détruits par les flammes.

 

Azaz est située à 5 kilomètres environ du poste frontière turc d’Öncüpinar ; c’est un centre de tri, de stockage intermédiaire et d’enlèvement par les camions, construit par les Turcs en Syrie afin de dissimuler les efforts qu’ils consentent afin d’aider les djihadistes de ce pays.

 

Le centre est géré par l’ONG turque IHH, dont les effectifs à Azaz se chargèrent d’éteindre les camions. C’est aussi cette "organisation [ONG] de charité islamique" qui avait affrété ce convoi "humanitaire" pris sous le feu des bombardiers russes.

 

Fait intéressant, c’était également l’IHH qui fut l’armateur de la "Flottille de la Paix" pour Gaza, en mai 2010, à l’origine de l’arraisonnement du Mavi Marmara. Ce navire ne transportait aucun chargement humanitaire – pas un gramme - mais un noyau d’une quarantaine de gros bras de l’IHH, qui se confrontèrent aux soldats de Tsahal, munis de barres de fer et d’armes blanches. Ces 40 voyous avaient été les seuls passagers à ne pas être contrôlés lors de l’embarquement en Anatolie ; l’altercation fera neuf morts et vingt-huit blessés chez les islamistes, dix militaires israéliens seront blessés.

 

A Azaz, c’est cette ONG "charitable" qui s’occupe de répartir les armes, les munitions et les mercenaires étrangers sur les camions, au plus près des désidératas des chefs de DAESH. Le MIT – les services secrets turcs – transportent ces équipements militaires dissimulés sous des cartons de médicaments jusqu’à Azaz et d’autres centres d’envoi en Syrie, où ils les transmettent aux experts d’IHH.

 

Deux grands confrères journalistes, dont le rédacteur en chef du journal libéral et laïc Cumhuriyet (la République), Can Dünar, ont été incarcérés il y a quatre jours pour avoir, le 29 mai dernier, proposé des images montrant des officiers de la police et de la gendarmerie turques, qui n’avaient pas été prévenus, procédant à la fouille, début 2014, de l’un de ces camions d’ "aide humanitaire". Sur cette vidéo, celle qui a justifié l’incarcération de nos camarades, on distingue le chargement réel d’armes et de munitions destinées à l’Etat Islamique.

 

Ils sont accusés par le chef de l’Etat en personne d’espionnage et d’être des membres d’une organisation terroriste armée. Il s’agit de la FETÖ, composée de sympathisants de l’imam islamiste Fethüllah Gülen, réfugié aux Etats-Unis ; un ex-allié d’Erdogan dans la prise du pouvoir, devenu l’un de ses pires adversaires.

 

Can Dünar et Erdem Gül, son chef du bureau à Ankara, ont peut-être reçu les informations sur l’arraisonnement du camion grâce à des adeptes de Gülen, mais ils n’ont aucun lien avec cette organisation qui sert de prétexte au régime islamiste en place à Ankara. Recep Tayyip Erdogan, qui contrôle les juges de notre pays a prévenu : "La personne qui a écrit cette histoire va le payer cher !".

 

Peut-être, mais pour le moment, c’est lui qui "le paie cher" : son trafic avec les djihadistes syriens est découvert et il a du plomb dans l’aile ; et Moscou s’emploie à interdire le commerce avec la Turquie, notamment la vente du gaz qui fait tourner le pays et l’achat de produits agricoles et fermiers. Il procède à l’exclusion des nombreux hommes d’affaires turcs qui travaillaient en Russie ou pour le compte de sociétés russes, et il a fortement conseillé à ses compatriotes d’éviter les voyages en Turquie. Pour les y encourager, le Tzarévitch a annulé les vols charters entre les deux pays et rétabli la nécessité d’un visa d’entrée pour nos ressortissants.

 

Des responsables russes ont aussi fait savoir qu’ils acquerront une partie des produits qu’ils achetaient en Turquie, en particulier la volaille, probablement en Israël, sans se soucier de savoir dans quelle partie de ce pays les poulets ont été élevés. Cette mesure doit enrager notre Sultanévitch, dont l’antisémitisme hystérique est connu de tous.

 

Ce qui doit aussi le rendre fou, est qu’il est forcé d’abandonner son idée de zone tampon, ou zone de sécurité, du côté syrien de la frontière, censée être assortie d’une interdiction de survol. Cette zone devait s’étendre sur une centaine de kilomètres de long et une trentaine de large.

 

Officiellement, c’était pour empêcher les islamistes de s’approcher de notre frontière – la belle blague -, et pour ne pas laisser les Kurdes syriens établir une continuité territoriale le long de ladite frontière, ce qui pouvait encourager les Kurdes turcs et syriens à envisager la création d’un Etat indépendant. Mais le bombardement russe d’Azaz, qui se situe à l’extrémité sud-ouest de la zone tampon envisagée [jusqu’à Jarabulus, à 100km au nord-est, où recommence la Rojava (kurd. : Ouest), la région autonome kurde], est venu détruire aussi le plan d’Erdogan.

 

D’une part parce que les Soukhoï n’ont pas hésité à frapper la zone tampon, et de l’autre, parce qu’ils ont installé un système de missiles S-400 à Lattaquié, qui leur permet, s’ils le désirent, d’interdire à l’Armée de l’air turque le survol de sa propre "zone de sécurité". C’est l’arroseur arrosé, et un Erdogan, qui devait faire dans ses pantalons, laissant sans demander à ses avions d’intervenir, les Russes détruire l’une de ses réalisations, à cinq kilomètres de notre frontière.

 

Quant à l’IHH, l’Organisation Non Gouvernementale au service du Gouvernement Turc et financée par les amis politiques d’Erdogan, il s’agit d’une entité jouissant de gros moyens, employée par le régime, sous une fine couche de verni humanitaire, pour exécuter ses desseins les plus violents.

 

Il n’y a guère que l’édition francophone de Wikipédia, de plus en plus aux mains d’administrateurs islamistes, pour la décrire comme un "acteur de référence dans le domaine de l'action humanitaire". Il est vrai que les auteurs de la même encyclopédie ont longtemps décrit la Ména comme une officine du Mossad et de la CIA, et qu’ils bloquent et imposent encore la publication de mensonges délirants sur la page qu’ils consacrent à notre agence.

 

Reste que l’Allemagne de Madame Merkel a décrété l’IHHhors la loi, et que lejuge Jean-Louis Bruguière, le champion de l’anti-terrorisme en France, interviewé en 2010 sur les liens entre l’IHH et de djihad mondial, déclarait ce qui suit : "Malgré la difficulté de prouver ce fait, tous les éléments de l'enquête (y compris l'attaque du Millénaire préparée contre l'aéroport de Los Angeles en 1999) démontraient qu'au moins certaines des activités d'IHH servaient à couvrir des activités djihadistes, et qu'une partie des activités d'IHH n'avait rien à voir avec la charité, mais servait de canal pour transférer des fonds aux terroristes. Il a ajouté être convaincu que la stratégie était claire et bien connue pour IHH. Il a souligné que les liens [avec des terroristes] étaient étendus et intensifs, et qu’il était peu probable que les chefs de l'organisation n'en soient pas conscients".

 

Il est navrant, et pour tout dire incompréhensible, que l’IHH, qui livre la plupart des armes de DAESH, jouisse d’un statut consultatif auprès de l’ONU, que l’Administration Obama a annoncé qu’elle n’entendait pas la placer sur la liste des organisations terroristes ("parce que placer une organisation sur cette liste participe d’un long processus"), non plus que l’Union Européenne.

 

Nous avons donc deux pays européens, la France et l’Allemagne, qui bombardent à Raqqa des armes fournies par une organisation qui a pignon sur rue en France. Nous avons aussi un Etat, le nôtre, la Turquie, dirigé par des djihadistes actifs, qui fournit l’Etat Islamique, tout en demandant d’intégrer l’Union Européenne, avec l’appui enthousiaste de Barack Obama.

 

Comment, dans ces conditions, voulez-vous qu’Erdogan vous prenne au sérieux ? Ce sont des dirigeants conséquents, comme Vladimir Poutine, qui font trembler les tyrans comme Recep Erdogan, pas les flans au caramel retournés et leurs lubies passagères embrassées à l’emporte-pièce. 

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