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LITTERATURE : LE DOUBLE SEDER DU JARDIN DES FINZI CONTINI DE GIORGIO BASSANI.

 

LITTERATURE : LE DOUBLE SEDER DU "JARDIN DES FINZI CONTINI" DE GIORGIO BASSANI.

 

 

 

Par Samuel Nathan
 Le jardin des Finzi Contini de Giorgio Bassani est une œuvre majeure de la littérature italienne. Paru en 1962, le roman a été immortalisé par le film qu’en a tiré Vittorio de Sica en 1971 avec Dominique Sanda et Helmut Berger.

L’histoire se déroule à la fin des années 30 en Italie du nord, à Ferrare, dans la communauté juive et une grande propriété, la fameuse magna domus appartenant à l’aristocratique famille des Finzi Contini.

La fin des années 30 en Italie, c’est notamment la promulgation en 1938 par Mussolini des Leggi razziali, les sinistres lois raciales qui vont surprendre douloureusement des Israélites complètement intégrés dans un pays dénué de véritable tradition antisémite.
Lors d’une conversation, on apprend que le père du narrateur, qui a pourtant adhéré au parti fasciste depuis 1919, a été rayé de la liste des inscrits par le secrétaire fédéral et qu’il vient d’être « démissionné » du Cercle des Commerçants par son président. En outre, il lui est désormais interdit d’employer du personnel de maison non-juif.

Arrive le printemps 1939, froid, gris et enneigé et la célébration de la Pâque juive. Dans la famille du narrateur, autant dire que le cœur n’était pas à la fête. Le frère Ernesto était resté à Grenoble pour ses études ; le personnel manquait, si bien que le père décida de n’organiser qu’un seul repas au lieu des deux dîners traditionnels et dans la petite salle à manger au lieu de la grande.

« Ce ne fut pas un dîner joyeux. Au centre de la table, la corbeille contenant en même temps que les « bouchées » rituelles la terrine de l’harosèt, les pieds d’herbe amère, le pain azyme et l’œuf dur qui m’était réservé à moi, l’aîné, trônait inutilement sur le mouchoir de soie blanc et bleu brodé quarante ans plus tôt par ma grand-mère Esther. Bien que mise avec tout le soin possible, et, même, justement à cause de cela, la table de la salle à manger avait pris un aspect très analogue à celui qu’elle offrait les soirs de Kippour, quand elle était préparée seulement pour eux, les morts de la famille, dont les ossements gisaient là-bas, dans le cimetière au bout de la via Montebello, et qui, néanmoins, étaient bien présents ici, en esprit et en effigie. »

A onze heures, alors que le chef de famille, pour dissiper l’angoisse et la morosité générales, entonne le premier couplet du Caprèt ch’avea comperà il signore Padre, en hébreu le Had Gadiah, le narrateur reçoit un coup de fil d’Alberto Finzi Contini qui lui demande de venir terminer la soirée du seder pascal à la magna domus en lui promettant une surprise. Secrètement amoureux de sa sœur Micòl, absente depuis de longs mois en raison de ses études à Venise, il accepte aussitôt malgré le froid la proposition de son ami et c’est bien elle, Micòl, en personne, qui l’accueille sur le seuil de la maison.

Reçu très cordialement par les membres de la famille Finzi Contini, le narrateur se livre au jeu de la flûte révélatrice d’avenir – car telle était la surprise annoncée par Alberto – et Dirce Perotti, la fille du gardien lui propose un dessert :

« Dirce entra à ce moment-là, tenant haut, en équilibre sur une seule main,un plat en bois sombre, surchargé de gâteaux de Pâque. Les joues de Dirce étaient roses, elles aussi,luisantes de santé et de bonne humeur. En tant qu’hôte et dernier arrivé, je fus servi le premier. Les gâteaux, ceux nommés des zucarin, faits de pâte feuilletée garnie de grains de raisins de Corinthe, étaient à peu près semblables à ceux que j’avais mangés à contrecoeur quelque temps plus tôt, chez moi. Mais ceux-ci, ceux des Finzi Contini, me parurent tout de suite bien meilleurs, extraordinairement savoureux : et je le dis même, m’adressant à la signora Olga, laquelle, occupée à choisir un zucarin sur le plat que Dirce lui tendait, ne sembla pas entendre mon compliment. »

Curieux des prouesses prophétiques de la flûte, le narrateur apprit des commensaux présents qu’elle avait prédit dans un avenir proche une guerre longue, sanglante, mondiale qui verrait cependant la victoire complète des forces du bien. Quant à la suite à donner à son aventure sentimentale, il eut le pressentiment que « cette nuit, d’ailleurs, ne finirait pas. »

Samuel Nathan

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