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Révélation : des F-16 israéliens et jordaniens ont arrêté les Russes au sud de la Syrie

Au premier plan des F-16 jordaniens, à l’arrière, des F-15 israéliens

Révélation : des F-16 israéliens et jordaniens ont arrêté les Russes au sud de la Syrie (info # 012603/16)[Analyse]

Par Jean Tsadik © MetulaNewsAgency

 

avec Fayçal Hache à Amman

 

Des appareils israéliens et jordaniens sont intervenus conjointement face à des avions russes sur la frontière syrienne dans la région du Golan ouest et sud. On est passé très près d’une confrontation aérienne majeure, dont la menace a été rapidement réduite grâce à des discussions à Amman, Jérusalem et Moscou entre les intéressés.

 

Ces révélations ont été faites par le Roi Abdallah II à des membres éminents du Congrès américain lors d’une réunion secrète tenue à Washington le 11 janvier dernier.

 

Ce scoop ne provient pas de la Ména mais d’Haaretz, qui a rendu ces évènements publics à l’occasion d’un articlediffusé dans sa livraison d’hier (vendredi). Le quotidien israélien base ses révélations sur le témoignage d’un intermédiaire qui aurait eu accès aux minutes de la réunion.

 

La Ména a interrogé son représentant permanent à Amman, Fayçal Hache, qui ignorait l’occurrence de l’incident. Après avoir sollicité ses contacts au plus haut niveau de la monarchie hachémite, jusqu’à très tard la nuit dernière, Hache a été en mesure de confirmer l’ensemble des infos d’Haaretz, et même d’ajouter certains commentaires.

 

Nous sommes ainsi en mesure de proposer quelques points d’analyses de notre cru suite à cette exclusivité. Notamment de situer l’incident dans la période de la mi-octobre 2015, ce que le témoin de nos confrères télaviviens n’avait pas été en mesure de faire. Le porte-parole de Tsahal, quant à lui, s’est refusé à confirmer ou à infirmer la teneur du scoop.

 

A en croire celui-ci, les avions de Poutine s’étaient aventurés dans le Golan afin d’évaluer les défenses israéliennes. Selon les propos attribués au roi, ce dernier fait aux législateurs américains le compte-rendu suivant : "Nous avons vu les Russes descendre, mais ils ont été accueillis par des F-16 israéliens et jordaniens, opérant tour à tour et ensemble dans les espaces aériens israélien et jordanien".

 

Abdallah a précisé que "les Russes étaient en état de choc et ils ont compris qu’ils ne pourraient pas extravaguer avec nous".

 

Des discussions trilatérales s’en sont suivies afin d’atténuer les tensions. Le roi a reçu un émissaire de Poutine dans sa capitale, non sans y avoir préalablement coordonné ses positions avec le chef du Mossad. "Nous avons conçu des idées pour maintenir les Russes à leur place", a déclaré le souverain.

 

"Au cours des discussions avec les Russes relatives au sud de la Syrie, "la Jordanie a souvent parlé au nom d’Israël", d’après Abdallah.

 

A la Ména, à partir du 28 octobre dernier, nous avions également fait état de trois rencontres à Moscou et à Jérusalem entre les états-majors russe et israélien. Nous ignorons si ces réunions ont été concomitantes ou postérieures à celles d’Amman qu’évoque le monarque. Nous ignorions aussi, à l’époque, qu’elles impliquaient la Jordanie. Nous pensions que les deux états-majors avaient préventivement déterminé des zones d’influence et d’action réciproques, alors que les négociations faisaient en fait suite au "presque engagement" révélé hier par Haaretz, ainsi qu’aux mises en garde proférées par Abdallah à l’endroit des Russes.

 

Toujours est-il que ces négociations furent couronnées de succès et qu’Israéliens et Jordaniens convinrent avec Moscou des limites (géographiques) de leur zone d’intervention aérienne. "Nous les avons prévenus", détaille le roi, "que si une seule balle était tirée au-delà de cette frontière au Sud, nous tomberions tous nos gants".

 

Par-delà les révélations d’Haaretz, nous sommes en mesure d’avancer que cette menace comprenait la possibilité de se confronter avec les Mig et les Soukhoï sur l’ensemble du territoire syrien et de les frapper au sol à l’aéroport international de Damas et à Lattaquié, où ils étaient déployés.

 

Nous réitérons à cette occasion nos évaluations précédentes et affirmons qu’Israël possédait la capacité de détruire ces appareils, au sol et en vol, de même que les deux bases terrestres établies par Poutine dans la province de Lattaquié et son importante antenne navale de Tartous (la plus conséquente hors de Russie et de Crimée), dans la même province.

 

Les craintes de Jérusalem se situaient au niveau de l’hypothèse d’un conflit durable avec l’immense armada russe. A ce propos, les révélations d’Haaretz sont particulièrement éclairantes ;  en effet, si, d’un point de vue strictement opérationnel, le Khe’l Avir, l’aviation israélienne, aurait pu se passer du concours de son homologue jordanienne afin de tenir les Russes à distance de l’Etat hébreu, ce dernier aurait été largement fragilisé s’il avait eu à tenir tête isolément à Moscou lors d’un élargissement de l’affrontement.

 

En revanche, en se présentant face à Poutine comme des alliés unis, opérant de façon synchronisée pour défendre des intérêts placés en commun, Israël et la Jordanie ont signifié au Tzarévitch qu’en cas d’embrasement, il aurait non seulement affaire aux Israéliens, mais à la totalité de l’alliance stratégique liant désormais les sunnites et les Hébreux, qui surprend par son envergure.

 

En termes stratégiques, si la Russie aurait été favorisée lors d’un affrontement limité mais durable avec Jérusalem, dans le cadre d’un conflit l’opposant à la fois à Israël et au monde arabe, en revanche, c’est Poutine qui se serait trouvé en situation délicate. Cette constatation permet d’évaluer à sa juste dimension le potentiel synergique de l’alliance israélo-sunnite. Evoqué encore plus simplement, si cette coalition avec les Arabes n’avait pas existé, le Khe’l Avir aurait été cantonné dans une posture défensive, condamné à répondre au coup par coup aux provocations russes, en évitant l’extension de la confrontation à tout prix.

 

La participation physique de la Jordanie aux opérations militaires pour contenir les Russes loin des frontières du Golan, ainsi que dans la phase de négociations, a indiqué au Président Poutine qu’il buttait sur une alliance solide et bien organisée qu’il aurait tort de défier. C’est cette relation de force qui a permis au Roi Abdallah de hausser le ton et d’émettre des menaces. Observons aussi que, sans la participation d’Israël, avec sa maîtrise technologique et sa force de frappe, le monde arabe ne serait pas en position de se frotter aux Russes et de leur parler à hauteur d’yeux. Selon Fayçal Hache, l’homme de la Ména à Amman, la participation dominante d’Israël dans l’alliance, et son encadrement des capacités militaires arabes, leur procure une efficacité opérationnelle qu’ils ne possédaient pas précédemment.

 

Selon Hache, un ministre saoudien aurait récemment eu cette phrase en sa présence : "Avant de nous coordonner avec les Juifs, nos F-16 étaient des statistiques dans un ordinateur ; désormais, ce sont des chasseurs-bombardiers".

 

A une occasion, les Russes sont intervenus pour bombarder al Nosra (al Qaëda en Syrie) à proximité de la limite qui avait été fixée avec les Israélo-jordaniens. "Nous avons sur-réagi afin qu’ils saisissent le message", affirme le Roi Abdallah.

 

Nous situons cet autre incident entre les deux derniers jours de novembre et les deux premiers de décembre. Moshé Ya’alon, le ministre israélien de la Défense, avait alors parlé d’un appareil russe qui avait franchi notre frontière en pénétrant notre espace aérien sur une distance de deux kilomètres. En fait, il avait été pris en chasse par le Khe’l Avir, peut-être avec la participation des Jordaniens, et fermement éconduit, renvoyé sans ménagement au fin fond de la Syrie. Israël avait minoré l’incident mais avait tout de même été contraint d’en parler, car des milliers d’habitants du Doigt de la Galilée avaient entendu le vrombissement inhabituel des réacteurs et auraient pu, pour peu qu’ils aient levé le nez au ciel, apercevoir ce qui ressemblait à s’y méprendre à un combat aérien impliquant un assez grand nombre d’appareils.

 

Le souverain hachémite avait, préalablement à cet incident, confié aux Russes son intention de "liquider al Nosra", mais en refusant de leur communiquer les coordonnées des positions de l’organisation djihadiste [dans le Golan, au sein du Front Sud. Ndlr.] pour ne pas leur donner de prétexte pour bombarder l’Armée Syrienne Libre (ASL).

 

Dans le Nord, la situation était différente et la Russie frappait sans discernement. Après que les Russes se soient plaints de ne pas atteindre leurs cibles, la Jordanie leur a fourni des coordonnées spécifiques qu’elle avait elle-même reçues des Etats-Unis.

 

Le document d’Haaretz nous apprend aussi que c’est en réponse à une requête du chef des Gardiens de la Révolution iraniens que le Tzarévitch avait décidé de lancer des frappes aériennes en Syrie. Le roi commentant : "Les Russes furent choqués de découvrir à quel point le régime d’Assad était faible et ils se sont sentis aspirés [dans le conflit]".

 

Abdallah, qui relate, de plus, que la menace représentée par le Califat Islamique était évoquée durant toutes les négociations avec Poutine, qui rencontre les mêmes problèmes avec DAESH que les Européens, mais à la puissance dix, du fait du [grand] nombre de ressortissants russes et des anciens pays de l’Union Soviétique qui combattent en Syrie [dans les rangs djihadistes].

 

Quant à l’alliance israélo-sunnite, nous vous avions mis au courant du fait que les Israéliens formaient les pilotes jordaniens sur leurs propres F-16 en Israël. Nous avons également largement couvert les bribes d’infos qui nous parvenaient par la voie de nos correspondants, faisant état de coopération militaire et stratégique avec les Arabes. Nous n’en sommes désormais plus là, nous sommes devenus des frères d’armes, après avoir défini des intérêts communs dépassant l’échelle régionale. Fayçal Hache ne nourrit aucun doute quant à l’existence d’une coopération entre l’Etat hébreu et d’autres pays de la sphère sunnite ; notamment dans le Golfe et dans la Guerre du Yémen. Nous en sommes au stade des visites banalisées de Saoudiens en Israël et d’Israéliens à Riyad. Fayçal est prêt à mettre sa main au feu qu’il existe une présence militaire de Tsahal en Arabie et dans certains émirats, face à l’Iran et à l’Irak fortement iranisé. Maintenant que l’on sait que les pilotes israéliens et jordaniens patrouillent en formation, indéfiniment sur les deux pays, c’est le contraire des convictions de Fayçal Hache qui nous surprendrait. D’autant plus que si les Jordaniens survolent le Golan et le Néguev, ils doivent inéluctablement avoir été mis au courant de nos petits secrets. Du genre que l’on ne partage pas avec n’importe qui, si vous suivez mon regard.

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