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Raid aérien d’Israël à Homs avec le OK de Poutine

Un binôme de F-15 du Khe’l avir

Raid aérien d’Israël à Homs avec le OK de Poutine (info # 010806/16)[Analyse]

Par Jean Tsadik © MetulaNewsAgency

 

Des chasseurs-bombardiers israéliens ont attaqué et anéanti des positions de l’Armée gouvernementale syrienne, tard dans la nuit de samedi à dimanche derniers. Les appareils frappés de l’étoile de David auraient ciblé des positions de la puissante IVème division mécanisée, commandée par le Général de brigade Maher al Assad, frère cadet de Bashar, considéré comme la seconde personnalité la plus puissante du régime.

 

Les objectifs se situaient à Shinshar, dans la périphérie de la ville de Homs, à 110km en plein nord de Damas, et surtout, à 23km du nord-est du district libanais de l’Akkar, sous contrôle quasi-absolu du Hezbollah.

 

Le principal media à avoir annoncé la nouvelle est le journal électronique d’opposition au régime Zaman al Wasl[le temps de la discussion], opérant depuis Homs. L’information a également été commentée par des officiers de l’Armée régulière, qui prétendent que les avions hébreux ont été repérés par leurs radars mais qu’ils se sont abstenus de tirer.

 

Nous ne pouvons accorder de crédit à cette tartarinade, persuadés que nous sommes que les Israéliens sont parvenus depuis longtemps à aveugler totalement les moyens anti-aériens ennemis. De plus, si les F-16 du Khe’l avir [l’Armée de l’air israélienne] avaient effectivement été localisés, les forces gouvernementales n’auraient pas tenté de les intercepter tout sachant qu’ils allaient leur infliger des pertes et des dégâts ? Cela ne tient pas l’eau.

 

De plus, comme pour démontrer que les militaires syriens n’ont pas compris ce qui leur est arrivé, ils expliquent que les déflagrations initiales au moment de l’impact étaient trop fortes en comparaison de l’armement à disposition de la rébellion. Ce qui désigne à leurs yeux Israël comme étant l’auteur du raid.

 

Les réseaux sociaux syriens grouillent également de témoignages au sujet de cette opération, les habitants de Shinshar faisant état de "gigantesques explosions". Un habitant de Maskanah, à 7km au nord de Shinshar, que le chef de la Ména libanaise, Michaël Béhé, est parvenu à joindre a confirmé avoir entendu d’énormes bruits d’explosions "provenant de plusieurs positions de l’Armée", sans pouvoir dire si elles étaient les résultantes de frappes aériennes ou de tirs de missiles.

 

Ces derniers temps, Tsahal semble avoir largement recouru à de nouveaux missiles hyper-précis – possédant une marge d’erreur se comptant en centimètres - de moyenne portée.

 

Les rapports provenant de sources étrangères ne parviennent pas à déterminer si ces engins sont envoyés à partir du sol (sol-sol) ou s’ils sont largués par des avions (air-sol), mais ils le sont à grande distance de l’objectif visé. Un confrère russe auquel je me suis adressé, m’a affirmé que ce sont des avions ou des drones qui lancent ces nouveaux missiles, d’une portée qu’il estime actuellement à une centaine de kilomètres, ce qui permet aux Israéliens de les tirer sans avoir besoin de survoler le territoire syrien, c’est-à-dire sans exposer du tout les pilotes.

 

Des pilotes qui survolent fréquemment le territoire libanais, largement moins pourvu en missiles sol-air sophistiqués que la Syrie, en route vers des objectifs situés dans ce pays.

 

Ce mercredi matin, d’ailleurs, pendant que je rédige ces lignes, Métula et le Doigt de la Galilée sont l’objet du survol incessant des appareils du Khe’l avir, rendant plausible l’hypothèse que de nouvelles interventions soient actuellement en cours. Les avions de ce type ne traversant rarement la frontière pour aller faire du tourisme à Beyrouth.

 

Que visaient les F-16 si cette information est exacte ? Nous notons que les mêmes positions au sud (10km) de Homs avaient déjà fait l’objet d’un très probable raid de l’Aviation bleue et blanche il y a deux ans de cela. Soit les entrepôts détruits contenaient des armes de destruction massive, par exemple des gaz de combat, soit c’étaient des armes sophistiquées envoyées par l’Iran au Hezbollah et ayant transité par l’aéroport international de Damas, à l’instar de missiles sol-sol ou de systèmes anti-aériens.

 

C’est une constante de la politique stratégique de l’Etat hébreu, depuis le début de la Guerre Civile Syrienne, d’empêcher la prolifération des armements de ces types.

 

Elément intéressant : cette opération s’est déroulée en marge de la visite de Binyamin Netanyahu à Moscou ; or la région de Homs se situe en plein territoire de chasse en principe réservé aux Soukhoï de Poutine, à la même enseigne que la partie syrienne du Golan est le pré carré du Khe’l avir.

 

Ce n’est assurément pas pendant le voyage sensible du Premier ministre qu’Israël aurait brûlé la politesse à son hôte. C’est donc qu’ils étaient au courant du raid et qu’ils avaient donné leur accord afin qu’il se déroule.

 

Cela signifie ainsi que Moscou comprend réellement les impératifs sécuritaires de Jérusalem en Syrie et qu’ils ne le dérangent pas. S’il fallait une preuve de l’état de coordination avancé qui règne désormais entre les deux pays, en voici une de taille.

 

A Métula, on se demande avec curiosité ce que peut ressentir Bashar al Assad en léchant ses plaies, sachant que l’allié russe, dont dépend littéralement la survie de son régime, est en train de synchroniser sa stratégie avec Israël, et qu’Israël, précisément, détruit les positions de sa meilleure division avec l’assentiment des Russes.

 

Cela signifie au moins que la coordination avec Jérusalem est plus chère à Poutine que l’Armée du régime, et aussi, que Moscou n’est pas favorable à la détention par la Syrie et à l’exportation vers le Liban de matériels de destruction massive.

 

C’est également un message envoyé par le Tzarévitch aux Syriens et aux Iraniens, pour leur signifier que l’assistance que leur apporte la Russie n’est pas automatiquement garantie et qu’elle dépend de l’adoption par ces régimes des desideratas du Kremlin.

 

Ne serait-ce que dans ces limites, le rapprochement spectaculaire entre Israël et la Russie procure de gros avantages à Jérusalem. Nous nous félicitons, par exemple, d’entretenir de bonnes relations avec le fournisseur à l’Iran du système anti-aérien S-300, à la pointe de la technologie.

 

Au cas où Poutine ne serait pas satisfait de la politique de Khamenei, notamment si ses menaces visant la destruction d’Israël étaient accompagnées de préparatifs hostiles, rien ne serait plus facile aux Russes que de  rendre le système inopérant ou d’en confier les contremesures à leur nouvel allié. La simple hypothèse selon laquelle elle pourrait se retrouver démunie comme un ver face à une offensive aérienne des Hébreux a de quoi calmer sérieusement la faconde de la junte théocratique persane. Elle est aussi à même de soumettre les Ayatollahs à la volonté des Russes, du genre : si vous faites les andouilles, ou si vous préférez les Airbus aux Tupolev ou les BMW bi turbo aux Lada GT, on vous laisse vous débrouiller sans S-300 avec les Juifs. Ce qui démontre que la coordination Poutine-Bibi est pour l’instant un win-win.

 

Le rapprochement Israël-Russie est sans doute dû au travail du nouveau ministre de la Défense Yvette Lieberman, le relai de Poutine et son homme de confiance russophone au sein du gouvernement hébreu. Et si l’attaque aérienne sur Homs a réellement eu lieu, c’est Lieberman, évidemment, qui l’a ordonnée. Tiens, tiens, comme les choses se recoupent !

 

Il est midi trente à Métula, et les survols des F-15 et des F-16 en direction du Liban, qui ont duré plus de trois heures à un jet de missile de Damas, viennent seulement de cesser. A la rédaction, on se demande si Lieberman ne s’inspire pas aussi de la manière d’agir de Poutine.

 

A Moscou, Netanyahu, reçu en grande pompe, dépose une couronne sur le tombeau du soldat inconnu aux airs de la Tikva [l’espoir, l’hymne national israélien], impeccablement interprété par l’orchestre de l’Armée, qui défile en rangs serrés, sabre au clair, devant le dirigeant israélien.

 

Poutine n’a pas envoyé Lavrov à Paris pour assister à la pathétique conférence française dont la finalité consiste à imposer une solution non-négociée à Jérusalem dans son différend avec les Palestiniens. Il ne tarit pas d’éloges pour Israël et a même proposé qu’il intègre l’organisation militaire dirigée par Moscou qui est le pendant de l’OTAN.

 

A Téhéran, Washington, Damas, Paris, Ramallah et Ankara, on fait la grimace face à une situation qui leur échappe.

 

Mais l’essentiel, pour le moment, c’est ce qui se déroule sur le terrain, et en particulier la redistribution des équilibres stratégiques dans la région. Et si cela contribue à la sécurité d’Israël et si cela entraîne un large sourire à Riad, au Caire, à Erbil et à Kobané, c’est clairement plus important.

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