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Tunisie : la surprenante conversion au djihad d'un célèbre rappeur

Tunisie : la surprenante conversion au djihad d'un célèbre rappeur

 

Par Thierry Portes

 

REPORTAGE - Celui qui se faisait appeler Emino et qui dénonçait les répressions policières, louait la vie facile, le luxe, et chantait les femmes, l'alcool et la drogue, a rejoint l'État islamique. Ses proches et ses fans sont bouleversés.

 

De notre envoyé spécial à Tunis

Enfant de la révolution tunisienne, rappeur connu, Marwan Douiri, Emino à la scène, vient d'annoncer qu'il avait quitté son pays et rejoint le califat du groupe État islamique. Celui qui dénonçait les répressions policières héritées de Ben Ali, louait la vie facile, le luxe, et chantait les femmes, l'alcool et la drogue, a posté, mercredi sur Facebook, sa nouvelle profession de foi. Sur la photo qui accompagne son allégeance à Abou Bakr al-Baghdadi, le jeune homme de 25 ans porte un pantalon court, un pardessus et un bonnet. Il est tout de noir vêtu. Il a un keffieh à carreaux autour du cou. Il sourit sur une place sur laquelle flotte le drapeau de Daech.

On comprend aisément que ses proches et fans ont été bouleversés par la nouvelle. Certains d'ailleurs doutent encore de sa conversion au djihad.

Né dans une famille de la classe moyenne de Tunis, célèbre, possédant son studio d'enregistrement dans sa chambre du quartier de la Mannouba, il avait participé à un concert il y a encore un an au Maroc. Ses amis rappeurs, qui partageaient joints et bouteilles avec lui, ne veulent pas s'exprimer publiquement. Son ancien avocat, Me Ghazi Mrabet, est le seul à avoir accepté de nous parler ouvertement.

Emino avait été condamné en 2012 pour possession de cannabis et avait effectué plus de huit mois de prison. Poursuivi pour avoir insulté la police, il avait été relaxé en première instance en avril 2013. Mais le parquet avait fait appel. Son parcours suivait parallèlement celui de Weld 15, son ami rappeur, dont les démêlés avec la justice ont longtemps rythmé l'actualité tunisienne.

Pour avoir comparé les policiers à des chiens dans un rap, Weld 15 et toutes les personnes qui avaient participé à la musique et au clip ont été, à un moment donné ou un autre, condamnés. En juin 2013, à la sortie d'un nouveau procès de Weld 15, raconte Me Ghazi Mrabet, Emino a explosé: «J'en ai marre de ce pays, on vous le laisse! Pourquoi cet acharnement contre la jeunesse!» Et il est parti dans la foulée pour de courtes vacances en Turquie.

Pour son avocat, comme pour ses amis rappeurs, «la répression policière» est la principale responsable de la conversion d'Emino à l'islamisme radical. «Beaucoup de nos jeunes disent que ce pays brise les espérances», souligne Me Mrabet. L'émigration, la religion, le djihad seraient, pour certains, des voies de fuite. Étouffant en Tunisie, nombre d'artistes issus de la révolution, à commencer par Weld 15, vivent, eux, en France.

«Il ne voulait plus entendre parler de son procès en appel et me disait qu'il se moquait de la justice», se souvient Me Mrabet, qui comprend aujourd'hui que la démarche de son client était dictée par une vision salafiste rejetant la société et ses institutions.

Cette dernière année, Emino s'était fait pousser la barbe, il portait le kamis, cette tunique d'origine pakistano-afghane appréciée des islamistes, il priait beaucoup. Il avait arrêté le rap.

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