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Tunisie : Les hôteliers de Sousse menacent de brûler leurs hôtels!

Tunisie : Les hôteliers de Sousse menacent de brûler leurs hôtels! 
 

 

 

La déception était énorme, mercredi 24 septembre, lorsque les premiers tweets étaient sortis de la réunion de l’ANC qui devait statuer sur le sort de la loi portant création de la société de gestion des actifs. Des hôteliers déçus par une ANC dont certains membres, comme Jounaïdi Abdeljaoued (Parti El Massar), Khmaïes Kessila (Parti Nida Tounes) ou encore Salah Chouaïeb étaient venus apporter leur appui aux professionnels du tourisme des régions de Sousse, Monastir et Mahdia, réunis en conférence de presse pour expliquer les méfaits de cette loi. Des députés qui affirmaient alors que la loi ne passera pas. Ils déchanteront tous et la majorité quittera la salle de l’hôtel où se déroulait la réunion, propriété d’un hôtelier concerné de près par la loi sur la société de gestion des actifs(SGA).

En résumé, ladite loi se donne pour objet le rachat des dettes des entreprises actives dans les secteurs de production auprès des banques et des sociétés de recouvrement. Les dettes concernées sont celles devenues impayables trois années après la date de promulgation de la loi (article 7), même si elles faisaient encore l’objet de contestation juridique (article 69) à un prix non déterminé mais payé par le biais de bons négociables et ne venant à échéance qu’après 12 années (article 11). La loi reconnaît à la SGA le droit de racheter les dettes des entreprises dont les dettes échues restent impayées, sans aucun droit de recours des propriétaires ou d’aucune autre personne en lien (article 9) et sans avoir besoin pour cela d’aucune décision de justice.

Et ce sont essentiellement ces points-là qui provoquent le courroux des hôteliers dont certains traînent depuis des années des dettes, depuis l’âge de pierre de la BNDT (Banque nationale de développement touristique) et de la BDET (Banque d’investissements touristiques), les deux fusionnées avec la STB (Société tunisienne de banque). Des dettes, en très grande partie faites de créances accrochées ayant induit des intérêts, puis des intérêts de retard et des intérêts sur les intérêts de retard.

Des crédits accordés alors à des taux prohibitifs et avec des conditions bancaires qui friseraient le vol, à en croire l’étude faite par la commissaire aux comptes (CC) Néjiba Chouk et l’avocat Nabil Arrayan. La CC a quantifié d’ailleurs que ce qu’elle a appelé les «erreurs contractuelles» à la somme faramineuse de 2.220 MDT. Une CC qui fera compilation des irrégularités bancaires commises à l’encontre des hôteliers et qui ont aggravé leur endettement et les ont mis, depuis plus de 20 ans, dans une situation inextricable. Des irrégularités telles que les taux d’intérêt excessifs, le recouvrement préalable des intérêts, la recapitalisation des intérêts et des intérêts des intérêts, le détournement de la bonification des taux d’intérêt et l’omerta sur le taux d’intérêt de référence ainsi que des pénalités de retard excessives.

Arrayan dira de cette loi qu’elle touche à l’ordre public économique, qu’elle va à l’encontre du droit fondamental de la propriété, qu’elle est une loi de prédation et qu’elle est une injure et une violation de l’autorité de la loi.

Ce qui est sûr, c’est que cette loi confère à la SGA une autorité au-dessus de toutes les lois, une autorité du type fait du prince, qu’elle ne reconnaît aux propriétaires des entreprises endettées aucune possibilité de récupérer leurs biens et aucun droit de recours même pas auprès de la justice administrative, une SGA en somme anticonstitutionnelle et facilement attaquable auprès de la Cour Constitutionnelle dès qu’elle aura acquis force de loi.

Les hôteliers en veulent surtout à la Banque Centrale (BCT) de ne pas avoir agi contre les multiples erreurs contractuelles et les dépassements des lois bancaires des établissements de crédit. Une colère contre la BCT que reflète d’ailleurs cette large banderole qui accueillait les participants à l’entrée de l’hôtel. «Nous préférons vivre d’eau et de pain…et la Banque mondiale [ndlr : qui serait derrière cette loi et l’exigerait même] non. BCT, lève ta main, le tourisme est coriace et nous ne te défendrons pas». Leur colère contre la BCT gagnera en intensité lorsque l’un des participants exhibera un Tweet de l’intérieur de l’ANC accablant le gouverneur de la BCT de l’accusation de vol contre les hôteliers. Un gouverneur dont ils honnissent aussi le refus de recevoir les professionnels de l’hôtellerie venus lui faire part de leurs doléances. Des hôteliers qui ne décoléraient pas contre Ennahdha, lorsque les premiers noms des députés qui ont voté pour la loi commençaient à sortir par téléphone. Des hôteliers qui affirment toute leur disposition à payer leurs dettes, mais dans des conditions plus humaines et qui tiennent compte de la conjoncture d’un secteur malade. Ils affirment d’ailleurs avoir proposé un projet de loi palliatif que les responsables tunisiens refusent d’étudier. Ils accusent aussi le chef du gouvernement de vouloir vendre leurs patrimoines à une société qui a préparé déjà un fonds d’investissement spécial tourisme et dont la dirigeante est une ancienne du ministère des Finances de l’ère Jalloul Ayed. L’un des hôteliers nous déclare même avoir vu «de mes propres yeux à Mahdia», le chef du gouvernement en compagnie de cette personne, du ministre des Finances et de celle du tourisme. Et lorsque nous lui demandons, incrédules, les preuves de cette réunion, il se borne en souriant à nous dire que «c’est le même jour où Mehdi Jomaa s’était foulé le pied après un match de foot à Mahdia».

Selon ces hôteliers, ce fonds d’investissement ne veut que racheter leurs hôtels pour en faire un trésor foncier qu’ils compteraient bien écouler, alors que si le gouvernement avait accepté que certains hôteliers changent la vocation d’une partie de leurs terrains, ils auraient été capables de payer leurs crédits.

La colère des hôteliers du Sahel tunisien étaient grande, ce mercredi, et même sans limite et débordait sous toutes les formes d’expression. L’un d’eux ira même jusqu’à menacer que lui et ses confrères préfèreraient brûler leurs hôtels que de les donner à la SGA. «Je vous jure que nous le ferons », renchérit un de ses confrères.

Pour la petite histoire, en 1969, lorsque le ministre Ahmed Ben Salah avait commencé à appliquer la confiscation des terres agricoles au Sahel pour les intégrer dans des coopératives, le propriétaire du terrain où se trouve maintenant une salle des fêtes avant qu’elle ne soit rachetée par un producteur de cinéma saoudien connu, avait préféré déraciner tous ses oliviers pour en faire du charbon de bois.

Les hôteliers du Sahel iront-ils jusque là et comme ils en agitent ouvertement la menace?

Khaled Boumiza. 

http://www.africanmanager.com/172547.html

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