Share |

Un journaliste saoudien : L’Iran – non Israël – est l’ennemi n° 1 des pays du Golfe

Un journaliste saoudien : L’Iran – non Israël – est l’ennemi n° 1 des pays du Golfe

 

 

Le 8 mars, le journaliste saoudien Mohammed Aal Al-Sheikh écrit dans sa chronique du quotidien saoudien Al-Jazirah qu’aujourd’hui, l’Iran est l’ennemi n° 1 de l’Arabie saoudite et des pays du Golfe, supplantant l’ennemi historique : Israël. Tout citoyen du Golfe qui n’est pas de cet avis, ajoute-t-il, est un traître.

Estimant que l’Iran exploite le problème palestinien pour « s’infiltrer profondément au cœur du monde arabe, déchirer son tissu arabe et pousser la société arabe à soutenir son plan expansionniste », il considère que les Palestiniens ne devraient attendre aucun salut de l’Iran. Il avertit les chiites du Golfe qu’ils ne sont que de simples pions aux yeux de l’Iran, qui les utilise pour promouvoir ses aspirations nationales. Extraits : [1] 

L’ennemi persan est l’ennemi n° 1, et l’ennemi sioniste est [seulement] l’ennemi n° 2. Nous devons présenter cette vérité de manière franche, sans fioritures, à tous ceux [qui tentent] de nous extorquer avec la légende selon laquelle Israël est l’ennemi n° 1 des Arabes et l’Iran nous soutiendrait sur la question palestinienne. Cette légende pourrait s’avérer fondée concernant les Arabes du nord [de la Péninsule arabique], et d’Egypte, dont Israël menace la sécurité et la stabilité. Mais en ce qui concerne le royaume [saoudien] et les pays du Golfe, c’est l’Iran, et non Israël, qui arrive en tête de liste des ennemis et des dangers qui nous guettent, se dressant devant nous et nous menaçant. L’Iran utilise la question des Palestiniens et de la libération [de la Palestine] comme prétexte pour s’infiltrer profondément au cœur du monde arabe, déchirer son tissu arabe, et pousser la société arabe à soutenir son plan expansionniste.

Il est vrai que le problème palestinien fut tout au long de l’histoire la cause arabe n° 1, et libérer Jérusalem du joug de l’occupation israélienne est sans doute notre deuxième priorité, rien n’étant plus important. Toutefois, pour l’heure, si l’on considère l’ambition perse, que le gouvernement extrémiste musulman iranien soutient avec toutes ses ressources et pour laquelle il mobilise toutes ses forces et capacités, l’ennemi perse est plus menaçant – et doit être considéré comme plus menaçant – que le danger israélien.

Par exemple, lorsque [l'ancien président irakien] Saddam [Hussein] a envahi le Koweït, occupé son territoire, exproprié sa souveraineté et l’a annexé à l’Irak, l’ennemi n°1 du Koweït et l’ennemi n° 1 du [reste] de nos pays du Golfe n’était pas Israël, mais l’Irak de Saddam. En outre, je n’ai pas honte de dire que quiconque dans le Golfe, notamment parmi les Koweïtiens, fait passer la libération de la Palestine avant celle du Koweït, pris entre les griffes de l’occupant irakien, est considéré comme un traître ostentatoire. Les Libanais doivent le comprendre, à l’instar des Egyptiens et des Palestiniens…

Je pense qu’aucun résident raisonnable du Golfe ne considérerait que le danger [posé par] l’ennemi sioniste est plus grand que [celui posé par] l’ennemi perse. Les Palestiniens, Libanais et Syriens, dont la terre est entièrement ou partiellement occupée par Israël, attendent de nous – quelles que soient les raisons prétextes émis – que nous soyons courtois envers eux et placions le danger israélien avant celui posé par l’ennemi persan. Ils délirent.

En outre, permettez-moi de dire ceci sans ambages : tout citoyen de l’un des cinq Etats du Golfe qui fait passer le danger israélien avant celui de l’ennemi perse, que ce soit dans une optique panarabe ou islamiste, sacrifie sa patrie, sa sécurité, sa stabilité et peut-être son existence pour la cause de son voisin. Selon toutes les normes nationales, ceci représente une trahison absolue.

Ce problème touche à notre existence même, et ne peut faire l’objet de négociations, d’un rejet ou de négligence. C’est une question sur laquelle les résidents du Golfe, qu’ils soient sunnites ou chiites, obtempèrent aussi. Je sais que pour une minorité parmi les chiites ordinaires du Golfe, l’affiliation communautaire est le facteur le plus important, et qu’ils la placent au-dessus de l’appartenance nationale. A eux je dis : Les Perses ne s’intéressent aucunement à une quelconque communauté ou même religion. Ce qui les intéresse vraiment, c’est de se servir de [votre affiliation] communautaire comme d’un leurre pour vous mobiliser contre votre patrie, telle une cinquième colonne.

Prenez, par exemple, les Arabes du [district] de l’Ahwaz [en Iran]. [2] Bien que ce soient des chiites duodécimains, ils sont opprimés et exclus [dans leur propre patrie], et les Perses ignorent leur identité [arabe] et avec elle leurs droits humains. Les régions [de l'Iran] où ils vivent sont les moins développées et ont les taux de pauvreté et de chômage les plus élevés – [même s’] ils sont les plus riches [du pays] en ressources naturelles.

Si la communauté et la foi étaient importantes [aux yeux des Perses], ils ne combattraient pas l’identité et le patrimoine [ahwazis], ne forceraient pas [les Ahwazis] à s’assimiler pour adopter une identité perse et ne les empêcheraient pas de parler leur langue [arabe], la langue du Coran… L’objectif et le but [des Perses] est de [promouvoir] le contrôle de la race perse [dans la région] et de créer un empire perse avec Bagdad comme capitale, comme un érudit religieux perse l’a déclaré dans un communiqué de presse… » [3]

Lien vers l’article en anglais

Notes :

[1] Al-Jazirah (Arabie saoudite), le 8 mars 2016.

[2] Sur les récentes initiatives arabes pour promouvoir la cession d’Ahwaz d’Iran, voir Enquête et analyse de MEMRI N° 1233,

MPs In Gulf Countries Urge Recognition Of Ahwaz Province In Iran As Occupied Arab Country, le 9 mars 2016.

[3] Peut-être une référence à une déclaration de mars 2015 d’Ali Younesi, conseiller du président iranien Hassan Rohani, dans laquelle il a déclaré que l’Iran est de nouveau un empire dont la capitale est l’Irak. Voir Dépêche spéciale de MEMRI n ° 5991, Advisor To Iranian President Rohani: Iran Is An Empire, Iraq Is Our Capital; We Will Defend All The Peoples Of The Region; Iranian Islam Is Pure Islam – Devoid Of Arabism, Racism, Nationalism, 9 mars 2015.

Contenu Correspondant