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Chroniques d’un tunisien dépassé par les événements…

Chroniques d’un tunisien dépassé par les événements…

 

Ce policier gai et amoureux que j’ai rencontré à l’entrée d’une grande ville était impressionnant de calme et de décontraction. Son arme en bandoulière et son téléphone, dernier cri scotché à ses oreilles, il a laissé le destin contrôler les voitures pour se consacrer à une discussion trop personnelle mais trop publique. Sa dulcinée, je présume, était en manque de tendresse ou de quelque chose de ce genre et il faisait tout pour la rassurer.

Son romantisme scolaire : « ya Asfourti mannejmch ntir blè bik » (oh mon oiseau, je ne peux voler sans toi) était désagréable et mal placé. Il hurlait sa passion tellement haut et fort que les voitures ralentissaient pour le mépriser. De désolation , je lui ai lancé : « ya chef, votre téléphone risque de vous tuer et de nous tuer aussi ». Il est urgent de décréter que l’usage abusif et personnel du téléphone pendant l’exercice de ses fonctions, surtout pour un policier, est une infraction qui mérite de très lourdes sanctions.

Tourisme local !

J’ai succombé à une publicité annonçant 50 % de réduction dans une chaîne d’hôtels bien connue. Profitant du progrès scientifique, J’ai réservé par internet sur le site officiel de l’hôtel. Le solde a été débité intégralement un jour après la réservation. Le jour (J) je me suis présenté à l’hôtel. j’ai découvert que toute la Tunisie a eu la même idée que moi. Trois heures devant la réception pour m’entendre dire : vous n’avez pas confirmé votre réservation. Je suis resté poli et j’ai demandé qu’un responsable vérifie ma réservation sur le site de l’hôtel, car confirmer une réservation ferme avec paiement intégral déjà effectué est une « belle » étrange affaire.

Au bout d’une heure d’attente et d’énervement, j’ai réussi à obtenir une chambre au rez-de-chaussée dans une aile en cours de réouverture : odeur de moisi, fuite d’eau dans le couloir et dans la salle de bain, climatisation à 16 degrés après intervention d’un technicien mais impossible de la faire bouger, télé d’entre les deux guerres sans télécommande et draps qui sentent le renfermé à 4 mètres.

Je ne vous raconte pas les repas ! Pénurie à chaque étage : si tu trouves le hors d’œuvre, tu ne trouves pas le dessert et si tu trouves le dessert, tu ne trouves pas le plat de résistance… Bousculades, injures et mauvaise humeur. Il faut avouer que les vacanciers étaient des morfales ! Ils remplissaient les assiettes jusqu’au débordement et, en partant, ils laissaient sur leur table de quoi nourrir la terre entière.

Les gamins étaient insupportables sans la moindre éducation et sans aucune autorité des parents. J’avais souvent entre les pattes un gamin surdimensionné (le même), il avait décidé de me rendre la vie dure et le séjour aussi détestable que possible. On dirait qu’il me guettait : je le voyais partout et souvent j’avais envie de lui mettre une belle rouste pour faire réagir sa mère emmitouflée dans trois couches de vêtement pour être imperméable à tout, y compris à l’insolence de son fils.

Dans la piscine que j’ai « admirée » juste du regard, j’ai vu des bébés se baigner avec leurs couches et des mères ou grand-mères flotter avec 10 kilos de tissu dessus. Parait-il que se sont les maillots de la nouvelle saison et de la nouvelle vague. Complètement trempés et souvent pieds nus, mes camarades vacanciers déplaçaient un bout de la piscine à chaque fois qu’ils rentraient dans le hall de l’hôtel où les boissons étaient en libre service, des boissons avec arômes qui donnaient envie de gerber. Avec 50 % de réduction sur la réservation, j’ai eu droit à une vraie galère avec 20 % du service standard dans un hôtel qui se respecte, 10 % des repas normaux, 200 % de plus d’énervement, et surtout j’ai compris que pour régler le problème du tourisme en Tunisie, il ne faut pas baisser les prix, mais, encore et toujours, il faut éduquer les gens.

Le train !

Je n’ai pas pris le train en Tunisie depuis plus de 30 ans. Ma voiture étant en panne et ayant une course importante à Tunis, j’ai décidé de prendre le train pour pouvoir consulter tranquillement certains documents et profiter de la fraîcheur de la première classe pour voyager sans souci. Première joie et première déception. Le site de la SNCFT donnait bien les horaires des différents trains et proposait même une réservation en ligne. Hélas la réservation ne marchait pas. je me suis donc dirigé vers la gare de ma ville (….) pour réserver sur place mon billet (Sousse-Tunis-Sousse). Je me suis trouvé devant un guichet vide ! j’ai cogné légèrement sur la vitre et le guichetier qui prenait l’air dehors est venu s’enquérir de ma doléance. J’ai pensé qu’il allait avoir une syncope quand je lui avait annoncé le but de ma visite !!

  • mais Monsieur il faut aller à Sousse pour ça !la je ne donne que des billets pour un départ d’ici ! Vous imaginez si le train de Sousse est annulé, vous me réclamerez le remboursement de votre billet ! C’est trop compliqué vous savez !

  • et cette machine qui est devant vous, elle sert à quoi ?

  • pour prendre les billets au départ d’ici !

  • et si un habitant de Tozeur veut réserver un billet pour un parent à Tunis qui désire le visiter, faut-il qu’il se déplace à Tunis pour le faire ?

  • mouch mouchkolti ! (ce n’est pas mon problème).

Comme si j’étais assommé, je n’avait bizarrement pas réagi aux énormités de mon interlocuteur, qui cherchait à couper la discussion pour aller reprendre l’air.Tellement il était pressé qu’il avait commencé à déboutonner le haut de sa chemise à fleurs.

Dans mon désespoir, j’ai appelé un ami pour me déposer à la gare Sousse. Sur place, donc, où j’ai acheté ma première classe (10,800D). La caissière, une femme charmante et compétente à qui j’ai raconté mon aventure, m’a dit que son collègue ne m’avait raconté que des bobards. Et puis je suis monté dans le train ! une aventure digne des trains de l’Afrique de l’Ouest !

Il faisait plus chaud dans le wagon « climatisé » qu’à l’extérieur du train. L’odeur du chacal était omniprésente. Mon sandwich a tourné au bout d’une heure et mon Coca est devenu imbuvable. Pour passer le temps et pour supporter la foule, vous ouvrez le journal et vous tombez sur de nouvelles déclarations de Imed Daimi, un vrai chameau dans sa rancœur et un authentique malade dans ses délires. Supporter le policier, l’hôtel, le guichetier et Daimi est un vrai acte de bravoure ! Je dirais même que c’est du vrai « jihed ». Je l’ai fait mais je ne le referai plus!
Par Ali Gannoun, professeur-chercheur à l’Université de Montpellier 

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