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Il y a 100 ans, le premier kibboutz était fondé

 

 

Il y a 100 ans, le premier kibboutz était fondé

 

Aujourd’hui, l’idéal traditionnel d’une société collectiviste et communautaire tend à disparaître

Le 28 octobre 1910, deux femmes et huit hommes traversent le Jourdain en direction de l’est. Ils s’installent sur les rives du lac de Tibériade et y fondent Degania – celle que l’on nomme aujourd’hui encore «la mère de tous les kibboutz». Ces pionniers issus de la deuxième alyah – littéralement «montée» ou émigration vers Israël – avaient fui les pogroms de Russie et d’Europe de l’Est pour venir s’installer en Palestine. Imprégnés des courants révolutionnaires et utopistes de la fin du XIXe siècle, ils débarquent en «Terre promise» avec pour seul et unique rêve celui d’y construire une vie nouvelle.

Sans exploitants ni exploités

Les nouveaux migrants vont alors profiter du Yishouv – l’ensemble des Juifs présents en Palestine avant la création de l’Etat d’Israël – comme d’un «laboratoire» pour l’édification d’une nouvelle forme de société idéale où tous les habitants vivraient libres et égaux. Avec l’aide du Fonds national juif, ils vont – le plus souvent – acheter des terres aux Arabes et y mener des expériences de villages communautaires.

Il faut toutefois attendre la fondation de Degania pour qu’une implantation se dote véritablement d’une structure et d’une organisation collectiviste. La raison est très simple: ses habitants ne souhaitent plus travailler pour le compte d’autrui mais veulent ­vivre des fruits de leur propre labeur. Suivant son exemple, de nombreuses collectivités s’organisant autour du principe de la propriété commune des moyens de production et des biens de consommation vont alors fleurir aux quatre coins de la Palestine.

L’idéal d’une société nouvelle n’est cependant pas la seule raison de ce succès. La vie en communauté répond aussi à des questions d’ordre pratique. Face à l’hostilité de la terre sur laquelle ils arrivent – malaria, marécages dans le nord, désert au sud et bédouins qui ne voient pas forcément d’un bon œil l’arrivée de nouveaux habitants – les migrants ont tout intérêt à mettre leurs forces en commun s’ils entendent pouvoir y construire le foyer juif tant espéré. A l’inverse, un village où chacun vivrait individuellement dans son propre coin ne serait pas viable. Les kibboutz vont ainsi devenir l’un des piliers du sionisme et activement participer à la construction de l’Etat d’Israël ainsi qu’au dessin de ses futures frontières.

Lorsqu’ils s’installent dans un kibboutz, les nouveaux arrivants abandonnent toute forme de bien personnel. Tout ce qui leur appartient personnellement est désormais propriété de la communauté. Les décisions sont prises de manière démocratique et horizontale lors d’assemblées régulières. Quant à l’individualisme, il fait place à une vie communautaire qui se construit autour d’activités sociales, économiques et culturelles partagées. Le réfectoire constitue généralement le centre névralgique du kibboutz. Autour, des logements, des écoles et des salles de soins sont à la disposition des habitants. Plus loin, dans la périphérie, on retrouve les champs et les usines où des rotations s’organisent entre les membres pour faire vivre économiquement la communauté.

Car le kibboutz ne vit pas en autarcie. Il commerce et engage même du personnel provenant du monde extérieur. Par contre, l’argent n’existe pas en tant que tel à l’intérieur du kibboutz. Les ressources – que ce soit des fruits ou des habits – ne s’achètent pas mais sont toujours distribuées de façon égalitaire entre tous les habitants.

La fin d’une époque

Cet idéal n’aura pas survécu à la globalisation et à la crise économique et démographique des années 1980. Même si en 2010 – année de son centenaire – il y a toujours plus de 120 000 personnes qui vivent dans quelque 270 kibboutz en Israël et en Cisjordanie, le modèle traditionnel est devenu minoritaire. La plupart des membres travaillent aujourd’hui en dehors du kibboutz. Ils donnent toujours un pourcentage de leur salaire afin de couvrir les dépenses communes mais la distribution des ressources se fait de plus en plus souvent en fonction des revenus de chacun. Pour certains, cela prouve que le kibboutz en tant que projet de société n’existe plus. 

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